Que les gros salaires baissent la tête
Un patron n'est pas le propriétaire. C'est l'actionnaire qui prend les risques.
- Laurence Parisot, présidente du Medef Philippe Wojazer / Reuters -
J'ai toujours été partagé sur le salaire des patrons. D'un côté je trouve bien qu'on puisse gagner de l'argent en France et même beaucoup d'argent. Ce pays est menacé par l'égalitarisme, virus de la médiocrité, et par l'envie, cancer du socialisme. Qu'on ne soit pas obligé de s'exiler pour devenir millionnaire par son travail ou ses idées est un signe de dynamisme, d'inventivité, de compétition, bref de bonne santé de l'économie.
De l'autre, trop c'est trop. Trop surtout en ce moment de récession meurtrière où tout se conjugue avec du «moins». Qu'est-ce que «trop» ? Difficile de chiffrer. Allons : un plafond de 3-5 millions de revenu annuel brut pour un PDG du haut du CAC 40 ? Ce qui est sûrement «trop», c'est l'ensemble : parachute de bienvenue, gros revenu, stock-options, frais et sur-frais, bonus, parachute de sortie, pension complémentaire, etc.
Un patron n'est pas le propriétaire. C'est l'actionnaire qui prend les risques et on en voit la réalité aujourd'hui avec l'effondrement des cours de Bourses. Les propriétaires ont perdu la moitié de leurs avoirs. Le PDG est bien payé pour être incité à «servir l'actionnaire» qui l'a désigné pour cela. Il doit donc avoir, comme ses collaborateurs, une part «variable» importante, liée aux résultats. Quand le résultat fait défaut, cette part doit être nulle, c'est le contrat, et non pas attribuée quand même, comme c'est le cas souvent par des conseils d'administration qui restent composés en France des copains, les autres patrons du CAC 40, qui se tiennent ainsi les uns les autres «par la barbichette». Le système de «part variable» est légitime mais il est dévoyé.
Longtemps, les patrons français ont été moins payés que leurs homologues étrangers, en particulier américains. Ce fut un argument pour rattraper leur retard, très brutalement, après 1986 et les premières privatisations. Le changement a été spectaculaire : de peu rémunérés sous la férule de l'Etat nationalisateur, les PDG des grands groupes privatisés se sont mis à toucher de quoi «devenir riches» en cinq-dix ans de mandat. Leurs prédécesseurs avaient pu accumuler l'équivalent de 2 millions d'euros en une carrière, eux ont pu mettre dix fois plus de côté, voire beaucoup plus encore. Ils se sont assez enrichis pour assurer leur propre avenir mais aussi celui de leurs enfants et de leurs petits enfants, acquerrant une «fortune» comme au XIXième siècle.
La raison pousse à dire que cela est allé «trop» loin. Quelle raison ? La raison morale ? Oui. En tout cas, au cours de cette crise. Quant la politique est impuissante à empêcher les drames - tout juste peut-elle les amoindrir un peu pour les plus secoués- alors l'opinion se tourne vers les symboles d'impunité et d'injustice. Nous y sommes. Les patrons devraient ouvrir les yeux sur le monde normal et le comprendre d'eux mêmes.
Raison économique ? Les dirigeants français restent accrochés à l'argument que leurs groupes sont internationalisés et que leur salaire dépend du «petit marché mondial des bons patrons». En clair, ils doivent être rémunérés comme des Américains. La crise va-t-elle alors, mondialement, réduire leurs salaires ? Barak Obama en limitant à 500 000 dollars les revenus de ceux qui touchent des aides d'Etat a-t-il, au delà du symbole, enclenché une inflexion historique ? Le France ne ferait-elle finalement que prendre le train mondial en marche ?
Deux tendances vont jouer dans des sens opposés. Un, nous entrons dans une phase où l'économie réelle peut espérer prendre sa revanche. L'argent facile, c'est fini. Dans ce cadre, on devrait assister à un retour du long terme, à un souci d'investir et de garder les équipes, à un besoin d'asseoir les rémunérations sur les performances de longue durée. Les patrons parachutés à prix d'or, ce pourrait être une période révolue. Deux, l'autre tendance, contradictoire, c'est la course à l'épargne qui va se durcir à l'échelle mondiale pour rembourser les dettes gigantesques laissées par la crise. Qui dit course à l'épargne dit rémunération élevée pour l'attirer et donc il y a peu de chance que l'actionnaire accepte des rendements abaissés.
En bref, on rentre dans une période qui devrait être favorable à une baisse relative des salaires des dirigeants mais avec des actionnaires qui exigeront toujours des rentabilités très élevées et qui voudront conserver des mandataires dévoués à leur cause et payés en conséquence. L'issue de cette bataille n'est pas facile à deviner, mais il y a de fortes chances pour que les salaires ne régressent que peu.
Que peut faire un gouvernement ? Nicolas Sarkozy a raison de ne pas vouloir légiférer et de vouloir éviter «la démagogie». Dans ces moments de tension de l'opinion en effet, le législateur fait toujours plus de mal que de bien. Il provoque des effets contraires à vouloir faire des lois pour seulement une poignée de personnes. Puisque les parts variables comme les bonus sont dénoncées, la loi risque d'élever en compensation la part fixe du salaire, au dépend de l'incitation à prendre des risques. Pressé, le législateur improvise souvent dangereusement : les stock-options par exemple sont très utiles pour les start-up, comment rémunérer les salariés si on les interdit ? L'autre arme gouvernementale, l'impôt, Nicolas Sarkozy la refuse. Il veut être le président pour qui le travail paie, il ne veut pas augmenter les impôts.
Lui reste la parole, la dénonciation publique d'autant plus vive qu'on ne légifère pas. Ce n'est pas inutile. Sans doute les conseils d'administration vont-ils surveiller de plus près les rémunérations et trouver un peu de courage pour écrêter les salaires les plus hauts. Mais cette arme de la parole a aussi un risque : celui d'encourager les dénonciations à n'en plus finir et de faire des PDG des boucs émissaires. Ce n'est pas bon pour réconcilier les Français avec les entreprises et somme toute avec le juste profit.
Eric Le Boucher
Mis à jour le 27/03/2009 à 14h09












































Excellent article qui résume parfaitement la situation, les conseils d'administration assurent l'autopréservation de ces dirigeants qui ne sont pas propriétaires de ces entreprises en validant le concept de "marché mondial des patrons", ce qui est complétement faux, il y a d'innombrables talents de part le monde disponibles qui feraient largement mieux que certains voir de la plupart. Ces dirigeants il ne faut pas se tromper sont avant tout des gestionnaires rigoureux associé à de bon communicant plus que des géniaux chef d'entreprise. Lafonta chez Wendel pour prendre un exemple d'actualité, soi-disant excellent financier, vous voulez dire excellent pour faire du reporting, pour sentir le marché pas terrible?Le résultat est un type surpayé dont la vanité à pris le dessus sur le rationnel et qui a réussi à presque ruiner de Wendel, il faut le faire. Quel industriel propriétaire gérant en bon pére de famille ferait les bétises que ce type a fait si celà avait été avec son propre argent?
Les actionnaires sont trop laxistes et c'est en partie de leur faute d'accepter cet état de fait.
Ce principe de corporatisme, "je te tiens tu me tiens par la barbichette", vaut pour les poiliticiens qui en résistant au suppressions des départements et coutent une fortune à la France en élus inutiles. C'est la même chose avec les fonctionnaires qui manisfestent pour que l'on augmente leur nombre etc.... Il y a bien eu la loi le Chapelier en 1791, il faudrait peut-être la remettre au gout du jour.lol
Pour les grandes entreprises, oui, mais la majorité des entreprises en France ne sont pas cotées en bourse, cela dit, j’adhère au point de vue de cet article. Comment combattre le dévoiement ? Je ne le sais pas, peut être faudrait-il passer pas des critères d’évaluations définis par ses actions (au patron) au sein de l’entreprise. Le copinage et la soutenance des uns par rapport aux autres dont vous faites état me fait sourire, tant la pratique rependue en France, et permettrait de faire le parallèle avec l’attribution de marchés.
La raison ne tient peut être pas tant dans la démesure de la rémunération des patrons, que dans la faible rémunération de ceux qui font la valeur de l’entreprise, à savoir, les salariés, de l’exécutant aux cadres. Pour peu qu’ils aient de quoi vivre correctement et un dispositif de part variable en fonction des bénéfices de l’entreprise, la disproportion deviendrait vite socialement acceptable, seulement il faudrait pour cela une plus « juste » répartition entre le triptyque actionnaires/patrons/salariés.
Il ne s’agit pas non plus de transformer ces entreprises, en entreprises coopératives, cela n’aurait aucun sens lorsqu’elles sont cotés, non, il faut trouver le bonne équilibre dans le temps, préférer un rendement plus constant, sur le long terme, plutôt que le rendement immédiat qui vampirise le profit au détriment de la pérennisation de l’entreprise et du travail.
La réconciliation des français avec les profits devra peut être en passer par là.
Je le trouve très bien votre article. J'apprécie cette phrase on ne peut plus juste et percutante : Ce pays est menacé par l'égalitarisme, virus de la médiocrité, et par l'envie, cancer du socialisme.
Il y a – à mon sens - une certaine indécence dans l'attitude et les justifications des dirigeants. N'auraient-ils ni pudeur, ni scrupule ?
L'Etat ne devrait pas aider une entreprise sans en changer ses dirigeants. Un dirigeant aidé est un dirigeant qui a fauté ou n'a pas été apte à anticiper. Bref, il n'a pas fait son travail. Or, soit on le garde en injectant des milliards sans contrôle – donc il va continuer comme avant. Soit on le remercie avec les honneurs et une belle enveloppe alors qu'il laisse une entreprise bancale et vire les salariés au passage. Je perçois ces enveloppes comme des primes à l'incompétence.
Quand au petit marché mondial des patrons, que les dirigeants français aillent s'y frotter ! On verra leur vraie valeur !
Autre chose qui entretient ce mode de fonctionnement, celui du " haro sur l'employé ". Dès qu'un dirigeant annonce un plan de licenciement, l'action de la société grimpe et sa rémunération aussi ! Vision à court terme. On s'étonne de la désaffection et du détachement des collaborateurs pour leur entreprise. Quand on se sait considéré comme un pion, à quoi faut-il s'attendre d'autre ?
Je trouve des similitudes entre les comportements des dirigeants accrochés à leurs bonus, parachutes, stock options et autres et ceux de nos politiques de tous bords, distants, hautains, éloignés de nos réalités. Il suffit de constater l'absence de réponse d'aucuns qui écrivent sur ce site.
L'un d'entre eux parlait de nouveaux aristocrates – en oubliant qu'il en fait partie de cette speudo élite - mais je trouve que la strate dirigeante – au sens le plus large - se prend pour une aristocratie. Si elle en a le titre et les pouvoirs, elle n'en a pas la classe.
Serions-nous revenus en 1788 ?
Cet article est, il est vrai, tres bien construit. L'egalitatarisme voulu soit disant par nos amis politiques n'est que pur populisme, a fortiori en periode de crise. Certes beaucoup de choses sont injustes a commencer par certaines remunerations de dirigeants, mais comment peut encore avoir la pretention de vouloir légiferer sur une donnée d'ordre purement contractuelle et juridique.
Il s'agit touours du même microcosme des elites , soit politique, soit économique. Il ne faut pas oublier qu'un tres grands nombre de patron du CAC sont administrateurs dasn d'autres sociétés cotées et les petits arragements sont monnaies courantes y compris entre concurrents. Mais il ya bien longtemps que le pouvoir économique a pris le pas sur le pouvoir politique. Quelquechose gène le peuple, il manifeste et le politique fait une loi pour contraindre le patron: Sauf que si ceci etait vrai il y a quelques années, ou le socle industriel etait encore important et ou le savoir faire voulait encore dire quelquechose, c'est beaucoup moins le cas aujourd'hui, et rien n'empechera un patron de partir dasn un autre pays si les contraintes sont trop importantes en France.
J'attends le jour ou une multi nationale francaise decidera d'expatrier son siege social et deviendra une entreprise non residente (les capitax sont etragers depuis bien longtemps deja). Ce jour la, les politiques diront que c'est inadmissible, que l'on ne quitte pas la France comme ca et qu'il y a un devoir et une responsabilité morale, le mot est laché. Il y a bien longtemps que la morale n'est plus une valeur économique (dommage sans doute).
On se plaint aujourd'hiul que Molex ferme en France, que Continental ferme en France, que Arcelor ferme en France etc....
Mais nous acceptons bien que Renault doivent fermer en Tchequie ou en Roumanie pour refaire de la production en France.
On a oublié que les Roumains et le Tcheques tout comme les americains ont les memes problemes que les Francais dans cette crise.
La conclusion est simple, on croit quand tout va mal que l'Etat est là pour nous sauver mais on est les premiers à partir de France en periode de croissance.
Le français , comme probablemnt les autres , reagrde aujourd'hui son nombril et ne pense qu'à sauver sa peau.
En France , du fait des charges et des impots , nous ne sommes plus rentables depuis bien longtemps et même si grace à cela nous avons le meilleurs systeme de retraite ou de santé du monde, les salariés ne regardent en ce moment que leur feuille de paye.
C'est legitime mais comme toujours les français veulent le beurre et l'argent du beurre, et en travaillant le moins possible si possible parce que depuis les 35 hgeures ils ont soit disant decouvert les loisirs.
Il y a beaucoup de chose à faire en France; moraliser un peu l'economie en est probablement une mais il s'agit surtout d'un changement de mentalité qui est necessaire voire indispensable, sinon on continuera à n'avoir que nos yeux pour pleurer.
Dans les grandes entreprises, il n'y a pas de relation entre performance et rémunération. Quel mérite a le PDG de l'Oréal, mis à part d'être arrivé à prendre la place de celui qui était là avant ? La stratégie était définie depuis longtemps, les marchés demandeurs... B. Arnaut a, à ce jour, raté tous les investissements qu'il a tentés en dehors de LVMH et sa vache à lait, c'est louis Vuitton, Dior et les champagnes qui avaient une stratégie bien avant lui. Le seul exemple qui me vient à l'esprit de quelqu'un qui a fortement adapté la stratégie d'une entreprise, c'est Ghosn chez Nissan. Il y a réellement peu de grands managers.
En France, tout est pollué par l'existence de l'ENA, école qui fournit des statuts en or à ceux qui savent qu'elle existe. Puis ces bonshommes s'ennuient dans l'administration, font de la politique et se retrouvent parachutés dans de grandes entreprises un jour ou l'autre. Il fait peu de doute que leur objectif est de s'enrichir en peu d'années car avant ils avaient le pouvoir mais pas l'argent. Sarko est d'ailleurs dans ce schéma: il est entouré soit d'héritiers dont la richesse le fait rêver, soit de vassaux qu'il a nommés ou qu'il soutient. Le cas de Christine Ockrent cité ces jours-ci est édifiant: un poste, des revenus, pas de stratégie. Nous ne pourrons pas avancer avec un président qui manie le mélange des genres en vénérant l'argent.
Pour ce qui est des "actionnaires qui sont ceux qui prennent des risques", M. Leboucher n'a pas raison. Les actionnaires ont l'argent mais n'ont pas de capacité à diriger. Dans des structures de grande taille, tout le jeux des dirigeants est d'arriver à convaincre les actionnaires. Ceux-ci s'en remettent à celui qui a fait la meilleur impression. Comme entre temps, sur des marchés porteurs, l'entreprise grossit malgré tout, les sommes manipulées sont énormes et les salaires suivent. Une société comme PSA, présente dans des dizaines de pays, comptant 200 000 salariés, met en œuvre des processus d'une complexité sans nom pour ne gagner qu'1 ou 2 milliards d'€ les bonnes années. C'est rien du tout en regard des efforts produits. Mais rapporté à un homme qui en serait l'origine c'est énorme.
Probablement aujourd"hui atteint-on aussi dans les grandes entreprise les limites des capacités de gouvernance. tenir Toyota ou Boeing ou EADS, est-ce à la portée d'un seul homme ? Nos grands hommes, arrivés au sommet, ne sont-ils pas condamnés à paraître, à se faire mousser et à se remplir les poches ? A mon avis, ils savent très bien ce qu'ils font: tenir quelques années à 5 millions d'€ par an et après moi le déluge!
Oui, problème de tempo ! la plupart des dirigeants des grandes entreprises côtées sont en place depuis avant la crise. Ils sont arrivés pendant une période beaucoup plus fastueuse et insouciante pendant laquelle, la négociation était sans doute plus facile pour servir aux actionnaires des rendements ou des taux de rentabilité élevés.
Une partie s'est plantée, beaucoup ont réussi à assumer les objectifs fixés et à négocier ne contrepartie des avantages faramineux. Aujourd'hui, patatras, c'est le gadin général mais les contrats de rémunération sont toujours là et les juristes restent en embuscade. Au delà des considérations morales et/ou médiatiques, il faudrait commencer par s'en prendre aux comités de rémunération, aux membres des conseils d'administration qui acceptent des conditions qu'on juge aujourd'hui indécentes.
Les prochains recrutements se feront sans doute en baisse, les bonus passeront à la trappe 1 an ou 2 pour faire bonne figure mais le fond du problème reste entier ... les administrateurs des grands groupes qui représentent bien souvent des fonds de pension ou des établissements financiers sont-ils capables d'introduire une dose de morale et de décence dans leur politique de rémunération ? y en a t-il un qui aura les couilles (pardon ^^) d'être le premier à refuser des bonus, parachutes et autres quand il pensera avoir trouvé la perle rare pour diriger son groupe ? rien n'est moins sûr.
Pour autant, l'état peut jouer son rôle quand il prête et le faire plus sérieusement. Exiger des contreparties, un siège éventuellement, contractualiser l'investissement avec les modalités de sorties, pourquoi pas des pénalités. Bref, dicter sa loi puisque quand on vient le chercher il est en général le seul à pouvoir et à accepter de s'engager.
Finalement, on tape allègrement sur les grands patrons dont le seul tord est d'avoir très bien négocié leurs contrats en mettant leur morale au fond de leur poche avec un mouchoir par dessus. Ce n'est qu' humain et ils auraient tord de ne pas le faire car tout les y pousse !
A lire l'excellent article d'Eric LeBoucher et les commentaires je suis affolé par le manque de morale de nos dirigeants qui ne reconnaissent plus que le veau d'or. Par un jour dans la Presse où il n'est question de bonus, primes, stock-option, parachutes etc... Les dirigeants sont devenus fous, sans aucune pudeur ni aucun sens de l'intérêt général. Et cela est encore plus caricatural lorsqu'il s'agit de dirigeants qui ont mené leurs sociétés au bord du gouffre.
Mais ces patrons ne sont pas tous les patrons. Il faut penser à tous les chefs de PME qui constituent le vrai tissu économique du pays et qui n'hésitent pas à réduire leurs revenus quand leur entreprise est dans une mauvaise passe. Décidément les "petits" patrons et les grands patrons ne partagent plus les mêmes valeurs.
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Eh, que n'avons-nous pas entendu, jusqu'ici, sur l'immoralité et la délinquance des jeunes de banlieue? "Salauds de pauvres", on n'a entendu que ça, pendant des décennies, non?
Alors maintenant, on regarde vers les vieux de centre ville. Et tiens, là aussi, il y a de l'immoralité et de la délinquance? Ma foi, jeunes et vieux, banlieues et centres ville, c'est bien la même chose, dans le fond. Kif-kif, c'est le même motif, l'appât du gain. La seule différence, c'est que les sommes en jeu ne sont pas égales, évidemment - tout le monde ne peut pas trafiquer en millions d'euros.
Alors, patrons, c'est votre tour, maintenant. Ne pleurez pas: la stigmatisation, c'est sûr, ça énerve. Tous ces articles qu'on écrit sur nous, pour nous excuser et nous justifier, ça part d'une bonne intention, mais ça ne sert à rien: quand on voit la manière dont les gens vous regardent, ça vous donne forcément la rage et des envies de meurtre. Non, il faut se retenir, c'est tout.
Ce n'est pas facile, je le reconnais, mais il faut se forcer. Et dans votre cas, peut-être même que vous n'aurez pas besoin de brûler des voitures, allez.
Ce qu’il y a de curieux dans le débat actuel, c’est l’insignifiance du volume financier mis en jeu par la rémunération des grands patrons comparée, non seulement au CA de leurs entreprises, mais aussi aux montants de la perte de valeur des patrimoines, de la baisse déjà constatée et à venir du PIB, et de l’explosion de la dette et des déficits publics. De Besancenot à Sarkozy, en passant par tous les médias, la paranoïa développée autour de ce thème mineur comparé à la réalité de la crise témoigne de l’aveuglement de la société française face à la tourmente de l’économie mondiale.
Il ne s’agit pas de défendre des comportements médiocrement cupides, - les « patrons » ne sont d’ailleurs pas les seuls-, et socialement insupportables dans les entreprises en difficulté ou en perdition, renflouées par le contribuable, mais il faut poser les problèmes là où sont les responsabilités.
D’abord au niveau des actionnaires pour les stock-options, car ce sont eux qui subissent la moins-value compensant les éventuelles plus-values perçues par les bénéficiaires, et, à ce titre, c’est donc bien à eux et eux seuls d’en évaluer l’opportunité. Le progrès à réaliser dans ce domaine résiderait dans une charte, ou à défaut une réglementation, destinée à combattre la consanguinité pratiquée dans les conseils d’administration et les comités de rémunérations, souvent à l’origine des dérives constatées.
Ensuite au niveau du gouvernement pour les aides sous formes diverses apportées aux entreprises qui les acceptent, aides qui devraient, être conditionnées à la mise sous tutelle des rémunérations des dirigeants et de l’encadrement supérieur, en liant la mise en œuvre des plans de bonus et primes au résultats de l’entreprise et à la fin de l’aide publique.
Pourquoi ne pas revenir à des mécanismes plus simples, par exemple supprimer l'ISF, impôt contestable qui représente une double imposition et mettre en place des taux supérieurs d'imposition réellement confiscatoires, 80 % par exemple, au delà d'un revenu de 4 ou 5 millions d'euros par an, peut-être plus ou peut-être moins? quand aux stock-options, pourquoi ne pas revenir à ce qu'ils étaient à l'origine , un instrument destiné aux jeunes entreprises(start-ups) qui n'ont pas les moyens financiers d'attirer et de payer des cadres de grande qualité, et les supprimer pour toutes les sociétés cotées?
Par ailleurs l'attitude des dirigeants qui ont ou qui ont failli bénéficier récemment de stock-options ressemble étrangement à celle de passagers du Titanic se ruant sur l'argenterie et volant tout ce qu'ils peuvent en disant: profitons-en tout de suite , on n'aura jamais plus une telle occasion de s'enrichir!