Economie

Que devrait faire Sarkozy? Presque rien

Eric Le Boucher, mis à jour le 18.02.2009 à 20 h 03

Il lui faut avant tout gagner du temps en espérant un redémarrage de l'économie américaine

Nicolas Sarkozy à l'Isle-Adam en février 2009 / REUTERS

Nicolas Sarkozy à l'Isle-Adam en février 2009 / REUTERS

Il y a la question politique. Avec 41 % d'opinions favorables, Nicolas Sarkozy est à son plus bas niveau depuis son élection. La proportion de sondés qui se disent très mécontents de l'action du chef de l'Etat atteint 34 %. Il y a la question symbolique. Les Français ne se sentent pas responsables de la crise et ils ne comprennent pas pourquoi l'Etat verse des milliards aux coupables : les banquiers. Il y a la question historique. Nicolas Sarkozy a promis, lors de sa campagne, d'être le président du pouvoir d'achat, « la feuille de paie n'est pas l'ennemie de l'emploi », avait-il déclaré. Les Français qui croient voir leurs poches se vider se disent que c'est le moment de tenir cette promesse.

Ces trois points de vue incitent le président de la République à répondre à son impopularité, à répandre la manne publique, à relancer par la consommation. Il achèterait, tout à la fois, des meilleurs sondages, la paix sociale et des points de croissance.

En face, il y a la question économique. Que faut-il faire de plus raisonnable aujourd'hui face à la crise pour tenter sinon de la vaincre, c'est au dessus des forces de la France seule, du moins d'en contenir les effets sociaux les plus dévastateurs ?

La réponse donnée jusqu'ici par Nicolas Sarkozy à cette question a été résumée lors de son intervention à la télévision du 5 février : « essayer d'entrer le plus tard possible dans la crise et essayer d'en sortir le plus tôt possible ». La première partie de cette stratégie est accomplie en laissant aller des dépenses publiques, déjà  très élevées en France, malgré l'assèchement des recettes (laisser jouer les stabilisateurs automatiques, disent les économistes). C'est ce qui vaut à la France d'être bientôt sujette d'une procédure de la Commission européenne qui craint que le déficit français dérape bien au-delà des critères de Maastricht. Il pourrait dépasser les 4,4% du PIB cette année a reconnu le gouvernement et filer jusqu'à 5,3% en 2010 (estimations Natixis).  Tous les pays voient leurs comptes se dégrader, c'est une réponse naturelle et utile à la crise. Mais la France est déjà loin devant les autres, avec la Grèce et l'Espagne.

Le second volet de la stratégie, celui destiné à « sortir vite de la crise », est accompli avec les mesures dites de « relance par l'investissement » du plan de 26 milliards d'euros annoncé dont les 1000 projets de travaux publics. Il s'agit d'améliorer la compétitivité de l'économie pour surfer sur la vague de la reprise dès que celle-ci viendra... de l'extérieur en fait : des Etats-Unis et de la chute du prix du pétrole.

Ce volet est-il bien construit ? Est-il suffisant ? Ce n'est pas le sujet du débat en France. Syndicats et l'opposition l'ont porté sur  la relance par la consommation. Henri Guaino, le conseiller spécial du président, a répondu qu'il ne fallait pas en faire plus sur le chapitre : « Quand l'économie est en pleine descente, ce genre de plan ne sert à rien. Si on emprunte pour investir, on se retrouve avec des dettes et des actifs. Si on emprunte pour consommer, on se retrouve avec rien en face des dettes ». Des déclarations que ne renieraient pas les rigoureux Allemands ! Décidément à rebours de sa ligne hétérodoxe habituelle,  le même Henri Guaino indique dans cet entretien que « pour l'instant a BCE a plutôt bien fait son travail ».

On a compris qu'il ne faut pas attendre de cette rencontre avec les syndicats de cette après-midi du 18 février un virage de la stratégie économique. Il ne s'agit que de répondre sur les plans politiques et symboliques. Le coût économique des mesures devrait être (en gros) couvert par les 1,4 milliard d'euros que doivent rapporter en intérêt les renflouements des banques. La suppression du deuxième tiers provisionnel de l'impôt sur le revenu ne coûterait que 300 millions, ce n'est pas là  une relance de la consommation à grande échelle...

Le gouvernement a raison de tenir sur cette ligne économique. Car aujourd'hui personne n'a de certitudes sur l'avenir de cette crise mais de deux choses l'une. Ou bien la reprise interviendra dès cet été, du fait du plan de relance Obama et de la baise de l'essence, dans ce cas, une relance de la consommation française supplémentaire est inutile. Ou bien la crise perdure et il faut garder les rares marges de manœuvre qu'il reste pour plus tard, quand la crise mordra vraiment. La consommation n'a pas encore chuté véritablement en France, elle tient même étonnamment bien si l'on juge par les départs aux sports d'hiver! Henri Guaino est fondé à dire qu'une relance par la consommation est « prématurée ».

Plus tard, si la crise s'aggrave, cela signifiera que Barak Obama a échoué,  il faudra alors qu'une relance soit faite au niveau européen et qu'elle soit très massive pour être juste et efficace. L'Europe saura-t-elle organiser un tel plan coordonné dont elle a été incapable jusqu'ici ?

Reste un aspect essentiel : aider les plus touchés, les femmes seules, les jeunes, etc. La rencontre d'aujourd'hui devrait aboutir à des meures une à une discutable mais dans l'ensemble très utiles, sur le plan social comme sur le plan symbolique.

Mais au bout du compte, bien entendu, la rencontre ne suffira pas à faire remonter la cote de popularité du président, ni à convaincre les Français que leur pouvoir d'achat est consolidé. Une journée pour presque rien. L'essentiel pour le président est de gagner du temps : soit la crise mondiale cesse vite et il aura eu raison de ne presque rien céder. Soit elle se renforce et seulement alors il faudra changer de stratégie.

Eric Le Boucher

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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