Le pouvoir russe se fissure
Le nouveau président Dmitry Medvedev cherche à se démarquer de Vladimir Poutine - Par Daniel Vernet
- Le Président russe Dmitry Medvedev, le Premier ministre Vladimir Poutine et le métropolite Cyrille 1er -
Vladimir Poutine avait tout prévu : la désignation d'une Douma où ses partisans auraient une écrasante majorité et qui donc ne risquerait pas de créer des problèmes au chef du gouvernement ; l'élection d'un président qu'il aurait lui-même choisi parmi ses affidés, un jeune homme présentable mais sans aucune base politique personnelle dans les milieux des forces de l'ordre, les seuls qui comptent dans la Russie post-eltsinienne. Un juriste qui pourrait charmer l'Occident avec des discours sur l'Etat de droit mais qui n'oserait jamais se retourner contre son créateur.
Un peu moins d'un an après le passage de témoin à Moscou, les faits n'ont pas encore contredit Vladimir Poutine. Et pourtant Dmitri Medvedev cherche les occasions de se démarquer de l'ancien guébiste qui l'a hissé sur la plus haute marche du pouvoir. Il ne se révolte pas contre le premier ministre qui garde dans ses mains le contrôle des organes de sécurité et des principaux groupes économiques. Il n'en a pas les moyens. Cependant, il essaie de se créer dans la nomenklatura sa propre clientèle qui, le jour venu, pourrait le soutenir dans une éventuelle épreuve de force. Et il critique le gouvernement afin de marquer sa différence.
La crise économique, qui frappe durement la Russie, est propice à des analyses divergentes. Pour résumer, deux conceptions s'affrontent : d'un côté les partisans d'une intervention encore plus poussée de l'Etat dans la vie des grandes entreprises qui gèrent les ressources naturelles et alimentent le budget de l'Etat ; ils veulent utiliser le trésor de guerre amassé du temps où les prix du pétrole étaient élevés pour sauver les banques, financer les oligarques bien-pensants et distribuer des allocations sociales, sans égard pour les déficits publics. De l'autre, ceux qu'on pourrait appeler les libéraux ; ils considèrent que la maîtrise de la crise exige un approfondissement des réformes économiques et des progrès dans le respect des libertés individuelles. Ce n'est pas un hasard si un institut de recherche proche de la présidence, l'Institut pour un développement moderne, vient de publier un rapport prônant un élargissement des droits civiques.
Ces divergences peuvent avoir des conséquences sur la politique extérieure de la Russie. La première tendance est compatible avec une rhétorique anti-occidentale, telle qu'elle s'est développée ces dernières années. La seconde tendance mise au contraire sur la coopération avec l'Europe et les Etats-Unis, seuls capables de fournir à la Russie la technologie et les investissements dont elle a besoin pour sortir d'une économie de la rente et développer une économie moderne et diversifiée.
Il serait simpliste de penser que la première tendance est incarnée par Vladimir Poutine et la seconde par Dmitri Medvedev. La guerre de Géorgie aidant, le président a été mis dans l'obligation d'endosser une politique dure à laquelle il ne croyait pas nécessairement. En même temps, il a compris que l'attitude de la Russie dans la crise du gaz avec l'Ukraine offrait de son pays une image peu accorte chez ses voisins européens.
En fait, la politique étrangère russe donne l'impression d'être schizophrène. Une illustration en est fournie par la position vis-à-vis de l'Afghanistan : au moment où les Russes signent un accord avec les Américains pour le passage des convois de ravitaillement, ils poussent les Kirghizes à fermer la base utilisée par les Américains. Il est probable que cette sorte de double langage durera aussi longtemps que la nouvelle administration américaine n'aura pas clairement défini sa politique envers Moscou. Les premiers signes sont à l'apaisement par rapport aux derniers mois du mandat de George W. Bush, que ce soit à propos de l'élargissement de l'OTAN, du déploiement d'un système antimissile en Europe ou de la reprise des négociations sur le contrôle des armements nucléaires. On attend que Barack Obama se prononce officiellement sur tous ces sujets.
Entre temps, la crise économique peut avoir deux conséquences opposées en Russie : un repliement sur soi accompagné d'un durcissement nationaliste et anti-occidental ou une ouverture sur un monde certes chahuté mais auquel la Russie ne peut se soustraire.
Daniel Vernet
Mis à jour le 27/02/2009 à 11h41












































Quel dommage qu'une si belle alternative aux médias traditionnels tombe dans les mêmes travers en ce qui concerne la langue française. Pourquoi pas ne pas utiliser le même principe à cet effet, et mutualiser les connaissances (via des relectures préalables à la publication par exemple) afin d'avoir des articles qui, en plus d'être complets d'un point de vue journalistique, soient sans fautes. Cela peut paraître secondaire aux yeux de certains, mais un contenu clair, compréhensible de tous, passe nécessairement par une bonne expression, et une langue correcte. D'autant plus que Slate n'est pas soumis aux même exigences de temps réel que peuvent l'être les sites internet des médias traditionnels.
A titre d'exemple, au moins quatre fautes basiques dans l'article présent.
"ils veulent utiliser le trésor de guerre amassé du temps où les prix du pétrole était (étaiENT) élevé (élevéS) pour sauver les banques, financer les oligarques bien pensant (bien-pensantS) et distribuer des allocations sociales, sans égard pour les déficits publics "
"Une illustration en est fournit (fourniE) par la position vis-à-vis de l'Afghanistan "
"aussi longtemps que la nouvelle administration américaine n'aura pas clairement définie (définI) "
NB : je ne souhaite en rien blâmer l'auteur de cet article par ailleurs fort complet et intéressant. Il est parfaitement humain de faire de fautes, même pour un journaliste. Mais quelques relectures suffisent souvent à en supprimer la plupart.
Merci pour les remarques, correction effectuée :)
Le déterminant principal de l'évolution politique est certainement l'évolution économique, et notamment l'avenir des banques russes, archi endettées, n'ayant pas d'argent propre pour rembourser, et au niveau de l'Etat, une monnaie qui a peu de chance de tenir le coup, des revenus liés au gaz qui s'effondrent... Dans ce contexte, la nationalisation des banques en Russie pour éviter la faillite complète s'accompagnera d'une "renégociation" musclée de ces nouveaux emprunts russes. Il est peu probable que dans un contexte aussi contraint la russie de Mevdvedev puisse opérer un rapprochement avec l'occident. Le repli nationaliste est plus probable que la nécessaire "ouverture à laquelle la Russie ne peut se soustraire".