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  • Par Jean-Claude Casanova
  • Economiste, universitaire, cofondateur avec Raymond Aron de la revue Commentaire dont il est le directeur, ancien conseiller de Raymond Barre, président de la Fondation nationale des Sciences politiques. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont dernièrement De Giscard à Mitterrand (1977-1983), Editions de Fallois.
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Jean-Claude Casanova

Economiste, universitaire, cofondateur avec Raymond Aron de la revue Commentaire dont il est le directeur, ancien conseiller de Raymond Barre, président de la Fondation nationale des Sciences politiques. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont dernièrement De Giscard à Mitterrand (1977-1983), Editions de Fallois.

OTAN: fausse et vaine querelle

Toutes les décisions que prend l'Organisation sont volontaires et se font à l'unanimité

Mardi 24 Février 2009
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Contrairement à ce que l'on a dit, les Français n'ont pas la mémoire courte. Au contraire, ils ont la mémoire longue. Souvent nos  politiques — je ne sais pas pourquoi on attribué cette faiblesse aux seuls militaires — mènent les combats du présent avec les souvenirs du passé. C'est pour cette raison que renaît la querelle de l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord).

En 1966, le général de Gaulle a voulu quitter l'Organisation, sans quitter l'Alliance. Depuis 2007 Nicolas Sarkozy, successeur du Général à l'Elysée, a entrepris de normaliser nos rapports avec l'OTAN et d'effacer les derniers symboles de notre singularité. Immédiatement, il a fait presque l'unanimité contre lui. Presque, puisque c'est au sein du parti gaulliste qu'il obtient encore quelques soutiens. Mais les socialistes et les centristes, qui avaient condamné la décision du général de Gaulle, rejoignent les communistes et les trotskystes dans ce dernier avatar de la lutte anti-impérialiste.

A l'arrière plan de cette attitude un trouve les traits caractéristiques de la politique française. L'esprit de division: s'opposer consiste à s'opposer à tout, même en matière de politique étrangère et de défense, surtout lorsque l'on éprouve la vague impression d'être en accord avec l'opinion dominante. Le sentiment de l'exception: les Français se désolent tellement de la moindre place que leur pays tient à l'échelle du monde qu'ils vénèrent tout ce qui les distingue et, notamment, tout ce qui les oppose à la première puissance mondiale.

Ces sentiments sont compréhensibles. Ils seraient justifiés s'il existait une raison valable d'adopter cette attitude. J'avoue ma profonde incrédulité devant toutes ces proclamations d'indépendance. Je ne vois aucune raison autre que la vanité ou l'esprit de parti pour condamner, sur ce point, la politique du chef de l'Etat. Je trouve même des raisons de l'approuver, car en ce domaine personne ne le soupçonnera de flatter l'opinion.

En vérité, si tous ses prédécesseurs ont maintenu, par le verbe, la fiction gaulliste à propos l'OTAN, c'est par crainte de l'opinion. Ils ont fait semblant de ressembler au de Gaulle de 1966, tout en s'en écartant progressivement et en se comportant différemment.

En 1974, à Ottawa, Pompidou a admis que la dissuasion nucléaire française contribuait à la sécurité de l'Alliance. En 1979, Giscard, au sommet restreint de La Guadeloupe, a encouragé l'engagement d'engins nucléaires à moyenne portée dans les forces américaines de l'OTAN en Allemagne de l'Ouest. En 1983, Mitterrand a affirmé avec éclat son soutien à l'installation des fusées Pershing à nos portes, en Allemagne, face à l'Est soviétique. En 1994, Chirac a accepté que des troupes françaises, au sein de l'OTAN, pacifient la Bosnie, avant d'autoriser que l'aviation française, toujours intégrée à l'OTAN, ne bombarde Belgrade, seule grande ville européenne à avoir donc subi, avec notre accord et nos encouragements, le feu de l'Organisation atlantique. En 1995 et 1996, le même président, Alain Juppé étant ministre des affaires Etrangères, avait souhaité rapprocher notre pays des structures militaires de l'OTAN et avait même réclamé des commandements en Méditerranée. Enfin, depuis 2003, nos troupes sont engagées, hors d'Europe et au sein de l'OTAN, en Afghanistan, pour instaurer la démocratie, tâche périlleuse, on en conviendra.

L'appartenance à l'OTAN, à l'Alliance comme à l'Organisation, n'impose aucune autre obligation que celle de soutenir un allié attaqué. C'est pourquoi la France a réaffirmé, avec ses alliés européens, ce principe au lendemain du 11-Septembre. C'est pourquoi les Français qui n'étaient pas communistes, et parmi eux, le plus illustre d'entre eux, Charles de Gaulle, applaudirent au pacte Atlantique en 1947.  Il nous mettait à l' abri de l'invasion russe, c'est-à-dire du sort que connaissaient les Polonais, les Tchèques et une partie des Allemands. Toutes les décisions que peut prendre l'OTAN sont volontaires et se prennent à l'unanimité. L'Allemagne a refusé de participer à la guerre d'Irak, sans que cela remette le moins du monde en cause son appartenance à l'OTAN. Il est donc inexact de dire que les décisions de Nicolas Sarkozy remettent en question notre indépendance et notre liberté d'agir hors d'Europe ou en Europe.

Deux raisons justifient et expliquent cette décision. La première est secondaire, il s'agit de ne pas nous couper, de ne pas nous séparer de la réflexion stratégique et militaire que va mener la nouvelle administration américaine. La seconde, celle-là est primordiale, il s'agit de ne pas nous séparer, ne pas nous distinguer de nos principaux partenaires européens en matière de défense. Les Polonais ne rompront jamais avec l'OTAN et les Etats-Unis, tant qu'il n'existera pas en Europe une force équivalente à celle des Américains, sur laquelle ils pourront s'appuyer. De même pour les Allemands, les Anglais, les Italiens et pour tous les autres.

En nous distinguant, nous faisons naitre la suspicion et nous paralysons tout effort commun des Européens. Autrement dit, en réintégrant pleinement l'OTAN nous ne perdons rien, puisque de fait nous sommes déjà dans l'OTAN à un ou deux comités près, et nous gagnons, puisque nos officiers seront associés aux nouvelles réflexions militaires et, surtout, parce que la possibilité d'une défense européenne devient crédible. Tout soupçon d'anti-américanisme étant désormais effacé, nous pouvons pousser nos amis Européens à construire ce pilier européen de la défense, qui restera l'allié des Etats-Unis et qui deviendra un jour leur égal. Le pari de Sarkozy est comme celui de Pascal : d'un côté, il n'y a rien à perdre, et de l'autre un espoir probable de gain. Oui, un espoir, une probabilité. Mais la politique n'existerait pas s'il n'y avait que des certitudes et des nécessités.

Pourquoi alors tant d'adversaires à ce projet? Je ne vois qu'une explication et elle est déraisonnable. Les adversaires du retour à l'OTAN veulent rétrospectivement ridiculiser le général de Gaulle. Celui-ci avait une vision stratégique. Il pensait, en 1966, que l'URSS lâchait prise et que les Etats-Unis quitteraient l'Europe. Il se trompait à court terme. L'invasion de la Tchécoslovaquie par les chars russes, en 1968, devait effacer la perspective qu'il entrevoyait. Mais à long terme, il voyait juste et il voulait que l'Europe soit européenne. En oubliant cette vision, ceux qui invoquent De Gaulle, à propos du retour dans l'OTAN, réduisent sa politique à la vanité et à la posture. Peut être les socialistes et les centristes manifestent-ils ainsi ouvertement, comme le faisait discrètement François Mitterrand, leur antigaullisme? Si les gaullistes s'y mettent aussi, où va-t-on?

Jean-Claude Casanova

Image de une: démonstration d'un chasseur Rafale au Bourget / Reuters.

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Comments

elites et OTAN

votre analyse est peut-être exacte s'agissant des élites, mais croyez-vous vraiment que le français moyen est contre "par anti-gaullisme" ??? A mon avis il n'a strictement rien à faire de DG, il est contre par anti-américanisme, et certes, aussi parce que le fantasme de la France indépendante est encore vivace.

oublie?

http://www.lexpress.fr/actualites/2/londres-propose-la-creation-d-une-fo...

avec ceci vous avez oubliez les anti mondialisation qui voient en l'otan un embryon de force armée mondial.
les propos des divers présidents français sur l'otan ....

enfin l'armée est Le Symbole de l'indépendance d'un pays.
allez dans une instance qui "pourrait" commander votre armée .....

les peur sont liées au passé et aux peur de dissolution de l'identité national au sein d'un ensemble "abstrait" ....
non je parlais pas de l'europe mais bien de l'otan.... mêmes problèmes vis à vis de l'opignon?

Otan suspends ton vol...

Merci à vous, Monsieur Jean-Claude Casanova, pour votre intervention sereine et claire... qui semble nécessaire en ces temps de faux débats, d'autant que la redistribution des cartes de notre planète a sensiblement évolué depuis Charles de Gaulle et, entre autres, l'éclatement de l'URSS... Au surplus, n'est-il pas plus judicieux de renforcer des alliances que de se créer des ennemis dans notre propre camp ? sous des prétextes aussi fallacieux que poussiéreux... ? Ne serait-ce que pour peser un peu plus qu'une plume sur la scène internationale et pouvoir faire acte de présence sans prêter le flanc aux quolibets... et prendre position pour la Géorgie, par exemple ?

Sans oublier que Charles de Gaulle lui-même appelait de ses voeux une "Europe de l'Atlantique à l'Oural", récusant ainsi la politique des blocs et misant sur l'avenir, aléatoire certes, mais réfléchi.

Que certains Gaullistes relisent ces lignes... "L'organisation d'un groupement occidental, tout au moins équivalent à celui qui existe à l'Est pourra permettre un jour, dans l'indépendance et la liberté de chacun d'établir l'entente européenne de l'Atlantique à l'Oural. Alors, l'Europe toute entière, cessant d'être coupée en deux par des ambitions et des idéologies qui deviendront périmées, redeviendrait le foyer capital de la civilisation"... qui nous viennent de lui...

Fabdekar

Bravo

Je trouve cette analyse d'une rare lucidité. Je félicite Mr Casanova (même si cela émane d'un quidam). Ce texte devrait être relayé très largement pour que les français qui n'ont pas encore d'avis sur la question puissent se forger une opinion.

Encore Bravo

Merci de votre analyse. La

Merci de votre analyse.
La France est déjà dans l'OTAN. Elle en supporte les inconvénients, principalement les couts humains et financiers, et ne bénéficie pas des avantages, économies d'échelle et commandements. Elle participe aux opérations et exercices de l'OTAN depuis des décennies...
Pour ce qui est de l'indépendance nationale, il est toujours possible de mettre en avant des restrictions nationales. Par ailleurs, le chef des armées est et restera le Président de la République (c'est la constitution).
La vrai question à se poser me semble être : quelle OTAN durant la prochaine décennie ? ses buts ? sa zone d'action ? avec qui ? contre qui ?
Le prochain sommet (celui des 60 ans) devrait donner quelques réponses

SD

le monde de demain, pas celui d'avant-hier...

Je ne peux qu'acquiescer mille fois (et pour tout dire voilà des propos qui font plaisir à lire). Honnêtement ce débat sur l'indépendance fait vraiment franchouillard. Limite provincial.

Un débat franchement archaïque et pour tout dire un peu ridicule. Qui peut penser qu'un pays comme l'Allemagne aujourd'hui n'est pas indépendante ?? Et qui peut penser qu'un pays comme le Royaume Uni a une diplomatie affaiblie sous prétexte qu'elle fait partie du commandement intégré ??

Les choses ont changé en 50 ans sérieusement. C'est incroyable l'aveuglement et le conservatisme des esprits français! (à ce niveau on peut presque parler de ringardisme français). La guerre froide est finie! Nous ne sommes plus dans un monde bipolaire où les nations seraient en proie à des empires dominants...
Non nous sommes entrés dans un monde de puissances relatives, le but c'est d'équilibrer les rapports de force.

De plus n'oublions pas que De Gaulle est d'abord et surtout celui qui a tout fait pour créer l'otan... Et la France n'a jamais quitté l'otan : elle n'a même au contraire jamais cessé de s'y impliquer davantage. Au point qu'aujourd'hui nous sommes un des pays qui contribuent le plus au financement de l'organisation sans avoir les pouvoirs et les prérogatives qui vont avec... Pourquoi s'interdire inutilement de contribuer aux décisions de l'otan et à peser davantage ?

l'OTAN une mauvaise réponse à notre société

Je suis d'accord avec l'auteur, âtre membre actif de l'OTAN ne changera rien étant donné que l'on est déjà membre. Mais le fond du problème est la pertinence de cette organisation en 2009. Car l'OTAN a été bâtie pour créer un "rempart" contre le communisme qui fonda le Pacte de Varsovie. Le principe de bloc n'étant plus, l'OTAN doit-elle subsister? Car avec la dissuasion nucléaire, , il y aura plus de conflits majeurs où il faudra défendre la mère patrie. Bien sûr une défense aura toujours une utilité mais celle que l'on dessine aujourd'hui ne répond aux problèmes stratégiques actuels. Les chasseurs Raptors et tout le déploiement technologique de nos forces armées atteint sa limite dans des conflits armés sans véritable front. L'OTAN telle que l'on la connaît doit trouverune raison de son existence.

OTAN oublier son nom, et sa raison d’être !

Mr Casanova

Pour vous, les adversaires de ce projet ont « L'esprit de division ». Il me semble moi, que c’est plutôt l’expression d’un esprit critique. Le fait de ne pas dire amen à tout, de ne pas vouloir devenir le béni oui-oui d’une organisation qui s’est tellement élargie quelle ne sait plus ou donner de la tête.

« Le sentiment de l'exception » apparaît dans votre argumentation comme quelque chose de péjoratif, pourtant, « le sentiment d’exception » montre sûrement que nous sommes exceptionnels, nous ou nos valeurs, à moins que ce ne soit les deux. Cela montre aussi que nous ne sommes pas non plus les toutous des USA, comme les anglais ont pu l’être dans le montage de fausses preuves sur des armes soit disant nucléaires. Et qui ont conduit au déclanchement la 2ème guerre d’Irak.
J’ai d’ailleurs trouvé que le gouvernement de cette époque était « exceptionnel » face aux attaque « des alliers » dans son refus de participer à cette mascarade. Alors quand vous rappelez que la seule obligation dans l'appartenance à l'OTAN, et à l'Organisation de l'Alliance est de soutenir un allié attaqué (l’Irak n’a jamais attaqué les USA), on a pu constater effectivement, que les alliers avaient vite fait de faire un caprice… (J’ai même cru à un moment qu’ils allaient nous taper dessus (je plaisante))

Et puis nous serions donc vaniteux.., mais quel sens donnez vous à la vanité ? Celui de l’inefficacité, de la complaisance, du plaisir de paraître ? Si c’est le cas, je suppose que vous parlez de la politique du chef de l’état et de son attitude vis-à-vis des alliers de l’OTAN !
Enfin il faudrait choisir, soit nous sommes tributaires d’un « esprit de parti », soit d’un « esprit de division », l’un étant axé sur le rassemblement et l’autre sur la séparation.

Mr Casanova, penser que les opposants veulent ridiculiser le général de Gaulle c’est un peu dire des adversaires qu’ils sont comme ceux qui pensent qu’Elvis est vivant !

Il est dommage que votre analyse partisane trouve sa justification dans des propos réducteur envers ceux qui n’ont pas les mêmes points de vue que les vôtres. Vous auriez pu aussi analyser les raisons qui font qu’il y ai tant d’adversaires à se projet en abordant le sujet du point de vue idéologique, stratégique, pragmatique.

Qu’est ce que la réintégration au sein de l’OTAN apporte de plus ?

Du point de vue idéologique, on va dire pas grand-chose puisque la France fait toujours partie de l'Alliance atlantique. La France par ailleurs participé à plusieurs opérations en Bosnie, au Kosovo, ou en Afghanistan et participe aux opérations de l'Otan depuis 1996.
A part une normalisation atlantiste, et le paravent d’une hypothétique création d’une défense européenne (condition inconditionnelle prononcée par le chef de l’état pour le retour de la France dans l’OTAN), je ne sais pas si se sont « la normalisation atlantiste », les « exigences inconditionnelles » ou « la fin de non recevoir de ces exigences par les alliers » qui me font le plus rire !

Du point de vue pragmatique, la réintégration pourrait coûter cher, pour des bénéfices qui relèvent de l’aléatoire ! Et pour être plus pragmatique encore, il vaudrait mieux que l’on s’occupe de la construction d’une défense Européenne digne de ce nom, plutôt que de décider « d’un retour symbolique » (H.Védrine) au sein du commandement intégré de l’OTAN.

Ne m’en veuillez pas, Mr Casanova, si vous trouvez mon commentaire « déraisonnable ». C’est mon coté « franchouillard », ma vision « limite provinciale » pour reprendre l’expression d’un autre commentaire, et qui est sûrement moins « exceptionnelle » que celle qui habite « l’esprit de la capitale ».

Pour ceux que la question de la réintégration de la France dans le commandement intégré de l'OTAN intéresse, il y a une très bonne analyse d’Hubert Védrine et des questions ouvertes, parut dans - Le monde – Opinion -du jeudi 5 mars 2009.

Jen

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