Economie

Obama: un budget plein d'astuces

John Dickerson, mis à jour le 28.02.2009 à 14 h 56

Les trucs du budget présenté par Barack Obama sont d'un nouveau genre.

Barack Obama, jeudi soir, lors d'une rencontre de la NBA. REUTERS

Barack Obama, jeudi soir, lors d'une rencontre de la NBA. REUTERS

Tous les budgets présentés par les présidents contiennent des espèces de trappes, des astuces et des combines destinées à enjoliver la réalité. Chaque année, l'exercice budgétaire fait penser à une grande histoire marseillaise que tous les présidents ont le plaisir de raconter. Chaque administration exagère à sa façon, mais la trame de l'histoire ne change pas.

Cependant, le budget de 35.550 milliards de dollars de Barack Obama diffère nettement des autres à deux égards. Premièrement, il sera soumis à des critères plus stricts; c'est l'administration elle-même qui insiste sur ce point. Et deuxièmement, ses astuces ont été spécialement pensées pour donner l'impression que l'administration Obama va économiser plus et non dépenser moins.

Ce n'est pas souvent qu'un gouvernement américain fait autant de chichis à propos de son honnêteté et de sa transparence. Dans son discours de mardi dernier devant le Congrès, Barack Obama a déclaré: «S'agissant de notre budget, je m'engage à rétablir un sens de l'honnêteté et de la responsabilité». En préambule à sa présentation du budget, Peter Orszag, le directeur du Bureau du budget, s'est voulu rassurant: «La première étape pour juguler notre énorme trou fiscal consiste à faire preuve d'honnêteté. Le budget de cette année ne donnera pas lieu aux jeux habituels.»

Trucs contre combines

Nous voilà donc confrontés à une question familière. Sur quels critères doit-on évaluer l'administration Obama? Doit-on la juger en la comparant à la présidence de Bush, qui a usé de nombreuses combines — y compris celle de ne pas rendre compte des dépenses de la guerre d'Irak — ou sur les critères qu'Obama s'est lui-même imposés? La question n'est pas nouvelle. En matière de transparence, de déontologie et de vérité à l'égard du budget, la réalité a eu raison des revendications audacieuses. On a présenté les règles éthiques d'Obama comme les plus rigoureuses de l'histoire. Pourtant, après quelques jours de fanfaronnades, nous avons appris qu'elles comportaient des exceptions. Le plan de relance a été encensé comme étant un modèle de transparence mais, en définitive, il n'a pas été élaboré dans la transparence.

Certaines des astuces du budget d'Obama sont plus que classiques. L'administration part du principe que la reprise de l'économie américaine se fera plus rapidement que celles de la plupart des autres économies. Mais peut-être ces projections qui émanent de la Maison Blanche sont-elles plus optimistes simplement parce qu'elles justifient les effets du plan de relance récemment adopté. Pas de chance: quand j'ai interrogé un employé de l'administration Obama pour savoir si des conjoncturistes avaient revus leurs prévisions économiques en fonction du plan de relance, il m'a répondu que les prévisions du secteur privé avaient déjà anticipé les effets du «plan de stimulation».

Le postulat d'une économie croissante permet aux mordus de chiffres de l'administration Obama de supposer que les recettes fiscales augmenteront, ce qui implique un déficit moindre. Ainsi, Obama peut clamer avec audace qu'il réduira de moitié le déficit d'ici à la fin de son mandat. En prouvant qu'il est sérieux sur le plan fiscal, le président arrive plus facilement à contrer les inquiétudes au sujet des milliards de dollars qui sortent des caisses de l'Etat pour sauver les propriétaires de biens immobiliers, les banquiers, les fabricants de voitures, les assureurs et tous ceux que j'aurais pu oublier.

De la fac au monastère

Barack Obama dit pouvoir économiser 2.000 milliards de dollars sur les dix prochaines années. Pour réaliser une partie de cette épargne, il gonfle ce que l'on appelle les «coûts de base» [baseline] (l'indicateur qui sert à mesurer les changements politiques).

Voici une analogie qui devrait vous aider à mieux comprendre le truc. Admettons que votre fille soit sur le point de terminer sa dernière année d'études. Après l'université, elle compte intégrer un monastère où elle fera vœu de pauvreté et refusera toute aide de ses parents. Vous êtes en train de préparer votre budget pour les dix prochaines années, et vous prenez les dépenses de l'année en cours comme «coûts de base» en faisant comme si votre fille serait encore à la fac ces dix prochaines années et que vous auriez encore à assumer ses frais de scolarité annuels. Quand votre fille obtient son diplôme et entre au monastère comme prévu, vous pouvez vous vanter d'avoir «économisé» l'argent consacré aux neufs ans d'études dont vous saviez que votre fille n'aurait jamais besoin.

C'est ainsi que l'administration Obama explique que certaines des réductions d'impôts de Bush continueront d'affecter le budget pendant plusieurs années après leur date d'expiration. Elle prévoit également des paiements pour les médecins de Medicare (le système d'assurance de santé géré par le gouvernement américain) supérieurs à ceux exigés par la loi en vigueur. Il en va de même pour les dépenses associées à la guerre d'Irak. Dans le nouveau budget, les coûts de base sont très élevés pour les dix ans qui viennent, alors que Barack Obama prévoit de rappeler 100.000 hommes au cours des 19 prochains mois.

En exagérant les coûts de base, une administration parvient à être crédible sur la réduction du déficit sans avoir à faire les choix difficiles et pourtant nécessaires pour maîtriser le budget (Obama a fait savoir qu'il s'agissait d'un objectif majeur de son administration). «Ces ajustements créent des projections de déficits de base bien plus importants, ce qui permet d'affirmer plus facilement que le nouveau budget représente une amélioration par rapport à la politique actuelle», explique Susan Tanaka, spécialiste de longue date du budget qui travaille à la fondation Peterson. Si une administration parvient à démontrer qu'elle accomplit des progrès en diminuant le déficit, elle gagne en capital politique, car elle peut invoquer l'impératif moral de prendre des décisions difficiles et passer pour un bon gérant des fonds publics.

Les changements que l'administration Obama a opérés au niveau des coûts de base ne sont pas tous artificieux. En fait, certains sont raisonnables. Contrairement à ce qui se faisait sous Bush, l'équipe d'Obama ne prétend pas que l'impôt minimum de remplacement (Alternative Minimum Tax) ne sera pas fixe (comme il l'est tous les ans). Par ailleurs, elle prévoit prudemment un certain niveau de dépenses extraordinaires en cas d'urgence. Enfin, la nouvelle administration choisit la transparence concernant le financement de son projet de couverture santé ou de réductions des impôts.

Les astuces d'Obama ne sont pas aussi graves que les combines — simplement énormes — que l'administration Bush a pu utiliser pour arranger son budget. Certes, Obama prévoit de grosses dépenses pour une guerre à laquelle il compte mettre fin. Mais Bush, lui, faisaient comme si ces guerres n'existaient pas. Et même si Obama n'est pas irréprochable quand il affirme que son budget est dépourvu de toute combine, il reste connecté à la réalité. Lorsque j'ai développé ma métaphore de la fille en dernière année de fac devant un spécialiste du budget, il m'a fait remarquer à juste titre : «Bush prétendrait que vous n'aviez même pas de fille».

John Dickerson

Cet article, traduit par Micha Scziffra, a été publié sur Slate.com le 27 février.

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