Monde

Obama demande vitesse et persévérance

John Dickerson, mis à jour le 27.03.2009 à 13 h 13

Lors de sa conférence de presse, le président américain a demandé aux Américains d'être patients et de vite accepter les réformes.

Comment Barack Obama peut-il convaincre ses concitoyens de se montrer patients face au sauvetage de Wall Street, tout en leur demandant de l'aider à adopter dans l'urgence des réformes fiscales qui ne leur bénéficieront que dans plusieurs années?

C'était l'objectif de la deuxième conférence de presse du président américain. Un objectif difficile. Mais rien n'est jamais facile, a-t-il répété à cette occasion. «Quand un problème finit par arriver jusqu'à mon bureau, il est devenu pressant», a-t-il expliqué en reprenant un argument qu'on entendait souvent dans la bouche de son prédécesseur. «Cela va être difficile», a-t-il ajouté à propos de la réduction des déficits. «Je ne vais pas vous mentir. Ce sera dur.»

Reprenant son rôle de thérapeute d'une nation angoissée, le président a également cherché à répondre au sentiment de colère ressenti par une large partie de la population. Il a dit comprendre un tel sentiment, notamment vis-à-vis des incroyables excès de Wall Street. Mais il a enchaîné en demandant aux Américains de ne pas «condamner a priori les investisseurs et les entrepreneurs qui cherchent à gagner de l'argent.» (On se dit que le président aimerait pouvoir distribuer ceci à tous les Américains, puisque, pour éviter une catastrophe encore plus grave, il leur demande de sauver des entreprises qui se sont mal comportées.)

Plus que tout, le président a besoin de stabiliser le pays, aussi bien sur le plan économique que psychologique, car le redressement sera long à venir. Pour l'atteindre, les Etats-Unis doivent traverser l'épreuve gigantesque qui consiste à nettoyer le système, tout en conservant suffisamment d'énergie et de foi en l'avenir pour soutenir le budget très ambitieux de leur président. Pour rassurer les esprits, Obama a réaffirmé que des progrès commençaient à se faire sentir. «Ma philosophie est celle de la persévérance, et je vais m'y référer constamment dans les mois et les années à venir, tout au long de mon mandat», a-t-il expliqué. «Je crois profondément en la persévérance.»

Obama est ensuite revenu sur la notion de cohésion nationale face à l'adversité, même si on peut avoir l'impression qu'il le fait de plus en plus pour gagner du temps. «Nous emprunterons ce chemin ensemble», a-t-il déclaré au début de son discours. «Nous dépendons tous les uns des autres.» Voilà des sentiments fort honorable, mais la situation commence à exiger une argumentation plus consistante. Pourquoi les gens devraient-ils se sacrifier au nom de la communauté alors que l'Etat sauve tous ceux qui ont agi au mépris de l'intérêt général? Les banquiers de Wall Street, les magiciens de la finance qui ont coulé AIG, les «propriétaires» qui n'auraient jamais dû acheter de maison, tout le monde demande aux citoyens responsables de payer les pots cassés.

La popularité d'Obama suffira peut-être à faire passer la pilule. Mais si le président veut convaincre les Américains de croire à nouveau au collectif, il devra peut-être revenir à une idée qui traverse son livre, «Les Rêves de mon père»: l'utilité de faire appel à l'intérêt personnel pour encourager l'engagement dans la communauté. En effet, lorsque les Américains acceptent de s'unir, c'est parce qu'ils pensent qu'ils en tireront profit. Voilà pourquoi, loin des bons sentiments d'un «Nous dépendons tous les uns des autres», le président écrivait dans son livre que l'appel à l'intérêt personnel est avant tout «une preuve de réalisme, un refus pragmatique du sentimentalisme.»

Cette fois, Obama n'a pas joué sur la corde de l'intérêt personnel, sauf pour rappeler à la population qu'il est urgent d'agir. «Ce budget est le seul moyen de sauver notre économie», a-t-il affirmé avant de rappeler que seuls des investissements à long terme dans l'éducation, les énergies propres et la santé permettront d'établir les fondations d'une prospérité durable.

Mais il était d'ores et déjà apparu qu'Obama allait peut-être devoir limiter ses ambitions. Le matin même, Kent Conrad, le président de la commission budgétaire du Sénat, venait d'amputer sérieusement le projet de budget présenté au Congrès, réduisant ce dernier de 600 milliards de dollars sur cinq ans, et rendant ainsi plus difficile la réforme du système de santé, la diminution des impôts pesant sur la classe moyenne et la généralisation des bourses offertes aux étudiants issus de milieux défavorisés. Conscient des difficultés qu'il ne manquera pas de rencontrer avec la Maison Blanche et le Congrès, Conrad a commencé sa conférence de presse en montrant aux journalistes la photo de son chien et en déclarant: «A Washington, si vous voulez vous faire des amis, adoptez un chien.»

Le président n'a fait que brièvement allusion aux questions de politique étrangère, et aucun journaliste n'a évoqué le plan de sauvetage du système bancaire annoncé la veille, ce qui laisse à penser que ce plan a convaincu. Ou qu'il est trop compliqué. Aucune question non plus à propos des critiques répétées dont fait l'objet Timothy Geithner, le jeune Secrétaire au Trésor. Là encore, la stratégie de la Maison Blanche, laisser la polémique retomber d'elle-même, semble porter ses fruits.

Barack Obama n'a que peu de patience avec les gens qui exigent des réponses simples et rapides à tous les problèmes. On a pu le constater à nouveau lorsqu'il a mouché Ed Henry, de CNN, qui lui demandait pourquoi il n'avait pas réagi plus vite au scandale des bonus versés par AIG. «Je préfère savoir de quoi je parle avant de m'exprimer», a répondu le président avant de passer la parole à un autre journaliste. Contrairement à ce que suggérait Henry, le président semble tout à fait capable de réagir au quart de tour.

John Dickerson
Traduction de l'anglais par Sylvestre Meininger

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