Monde

Créer un choc de confiance

John Dickerson, mis à jour le 26.02.2009 à 7 h 15

Peut-il transformer cette confiance en succès et relancer la machine économique américaine?

Le 24 janvier devant la chambre des Représentants. REUTERS/Pablo Martinez Monsivais/Pool

Le 24 janvier devant la chambre des Représentants. REUTERS/Pablo Martinez Monsivais/Pool

Barack Obama a livré un message modéré dans sa première allocution au Congrès, c'est pourquoi il était singulier que son appel au sacrifice et aux choix douloureux se fasse le jour du Carnaval, qui est normalement réservé aux festivités délirantes. Le président a essayé de livrer une évaluation honnête de la grave situation économique que nous traversons tout en essayant de renouer avec les fortes traditions d'optimisme et de persévérance de notre pays.  Il l'a bien fait.

Avant le discours, on accusait Obama d'avoir été trop négatif sur l'économie qui est en train de s'effondrer.  Bill Clinton lui a conseillé d'apporter un peu d'embellie. Le titre de la réponse républicaine, livrée par le gouverneur Bobby Jindal, et envoyée aux journalistes avant qu'Obama n'ait pris la parole, était «Les Américains peuvent tout faire.» C'était une réplique au discours qu'attendait le Parti Républicain, c'est-à-dire une litanie de malheurs. «Ne laissez personne vous dire que nous ne pouvons pas rebondir - ou que les meilleurs jours pour l'Amérique sont derrière nous», a dit Jindal. Un angle d'attaque potentiel consistait à dire qu'Obama sapait la confiance dans l'économie. L'indice Dow Jones ayant atteint son plus bas historique, la tactique politique a été de lier le manque d'optimisme supposé d'Obama avec le déclin de la bourse.

L'accusation était un peu spécieuse - les marchés obéissent à leur propre logique - et le Dow a grimpé de 200 points mardi. Mais le président et son équipe avaient hâte de repousser cette idée.  La stratégie était double. D'abord, Obama a fait des cadres de Wall Street les méchants récurrents de son discours, responsables de notre déclin économique par leur comportement irresponsable, pour aboutir à la conclusion que l'on ne devait pas faire confiance aux réactions venant de Wall Street. Ensuite, son programme d'aides a apporté un rayon de soleil. Les extraits de son discours confiés en avance aux journaux télévisés ressemblent à ces aphorismes que l'on trouve sur les affiches ornées d'adorables petits chatons.

Obama a commencé la soirée au sommet de sa popularité. Selon le dernier sondage de CBS/New York Times, les gens attendent patiemment les changements, et ils ont confiance dans la capacité d'Obama à les emmener vers un monde meilleur. Quand Obama est entré dans la Chambre des Représentants, l'optimisme était palpable. Il avait l'air de quelqu'un qui est aux commandes et qui s'y amuse. Il avait aussi l'air d'être chez lui. Il n'était pas là pour livrer une déclaration solennelle sur l'Etat de l'Union, mais il était tout de même obligé d'exécuter tous les rituels bizarres - déjeuner l'après-midi avec les présentateurs de la télévision, massage des épaules des Représentants le long du couloir de la Chambre, applaudissements incessants.

L'atmosphère n'est pas tout, mais si la responsabilité d'un président est d'avoir l'air de quelqu'un qui voit les jours meilleurs arriver, ça aide si vous jouez le rôle. La comparaison avec le discours de février 1981 de Ronald Reagan est frappante. Reagan aussi était confronté à une crise économique, mais l'homme connu pour son optimisme hors norme a été moins souriant qu'Obama dans sa première allocution au Congrès. Reagan avait décrit un pays où «le désespoir dominait la vie» des chômeurs et où le navire de l'Etat était «hors de contrôle.»  La plupart de son discours avait été consacré à l'exposé de sa politique et il avait dit très peu de choses sur les fondamentaux du pays.  «Les ressources humaines, technologiques et naturelles sur lesquels l'économie est fondée ne se sont pas effondrées», avait-il dit.

Obama a souvent affirmé sa foi dans la capacité qu'à l'Amérique à se rassembler - et il l'a refait en racontant des histoires inspirées comme celles qui ont si bien marché pendant sa campagne.  Le grand moment sentimental de la soirée est survenu quand il a lu un extrait d'une lettre de Ty'Sheoma Bethea, un jeune étudiant de Dillon, en Caroline du Sud: « Nous ne sommes que des étudiants qui essaient de devenir avocats, médecins ou sénateurs comme vous, et un jour Président, pour que nous puissions changer non seulement l'Etat de Caroline du Sud mais aussi le monde.  Nous n'abandonnerons pas. »

En esquissant ses plans pour le système de santé ou l'indépendance énergétique, le président a revisité à plusieurs reprises la grandeur du pays dans l'Histoire. Et il a fait des proclamations morales. En parlant des étudiants qui arrêtent leurs études avant la fin du lycée, il a parlé du devoir patriotique: «Quitter le lycée n'est plus une option. Vous n'abandonnez pas simplement votre avenir personnel, vous abandonnez votre pays - et ce pays a besoin et s'enrichit des talents de tous les Américains.»

Ce discours a aussi été un test sur la capacité d'Obama à convaincre. Dans sa première conférence de presse, il jouait le professeur, avec de longues réponses parfaitement argumentées mais sans la résonance émotionnelle de sa campagne. Dans cette performance digne d'un discours sur l'Etat de l'Union, il ressemblait beaucoup plus à l'Obama de la campagne.  Il a montré comment il allait utiliser le prestige de la fonction.

La question est maintenant de savoir ce qui va se passer pour la suite. Comme s'il cherchait à remplir une autre tradition du discours sur l'Etat de l'Union, Obama a passé beaucoup de temps à énumérer les différents programmes qu'il propose. Il va déployer des troupes supplémentaires, il aura peut-être besoin de plus d'argent pour le plan de relance, et il a promis l'éducation pour tous jusqu'à l'université et un système de santé universel. Il a même promis la guérison du cancer.

Ses promesses posent deux problèmes. D'abord, c'est trop beau pour être vrai, et ce paquet-cadeau de bonnes intentions cloche avec tout ce qu'Obama a dit récemment au sujet de la stabilité fiscale. Les sondages montrent que les Américains considèrent le déficit budgétaire comme leur première préoccupation. Ces programmes ambitieux ne vont pas les rassurer.

Il y a aussi un problème pratique dans les promesses d'Obama. Tout en augmentant ses engagements, il a fait de grandes promesses sur la responsabilité fiscale et la rigueur.

«Tout le monde dans cette Chambre - Démocrates et Républicains - sera obligé de sacrifier des priorités pourtant louables mais pour lesquelles l'argent manquera. Moi inclus», a-t-il dit.  C'est une posture un peu rhétorique, mais Obama en rajoute. Il s'est engagé à relire ligne par ligne le budget pour chercher des dépenses superflues et à tenir également le Congrès pour responsable.  «L'année prochaine, je veux faire passer un budget où on est sûr que chaque dollar qu'on dépense va à nos priorités nationales les plus importantes.» Et quand il parle de «chaque dollar», il ne plaisante pas.  Lors du sommet sur la responsabilité fiscale lundi, Obama s'est vanté du million de dollars qui pouvait être économisé en mettant à jour le site Web du Ministère de l'Agriculture.

Formidable. Et il place la barre haute pour le Congrès. Mais est-ce qu'il va vraiment passer à la moulinette «chaque dollar»? Il ne l'a pas fait quand il s'agissait de négocier le plan de relance. Et il est assez peu probable qu'il le fasse pour le programme de dépenses de 410 milliards de dollars qui sera discuté cette semaine, un paquet qui représente la deuxième plus grande augmentation des dépenses discrétionnaires depuis 1978. Obama fait beaucoup de cas du rôle central du gouvernement, basé, en partie, sur l'idée que ses méthodes sont honnêtes, carrées et sans malice.  Mais si ces promesses tournent à vide, il risque de perdre le capital politique nécessaire pour soutenir les projets à long terme qu'il a lancés ce soir.

Le discours n'était pas une allocution solennelle sur l'Etat de l'Union, je le répète, mais Obama a respecté les usages pour ce type de discours, jusqu'au choix de l'adjectif «fort» (« strong, » en anglais, ndlr) -pour décrire l'état de l'union. (Même George Washington, dans son premier discours solennel, s'était senti obligé de dire qu'il appréciait «hautement l'occasion qui m'est ici donnée de vous féliciter pour les perspectives engageantes qui s'ouvrent pour nos affaires publiques. »)  Etant donné la situation économique de notre pays aujourd'hui, le président Obama aurait eu du mal à dire la même chose. Néanmoins, il n'était pas très loin: «je veux que chaque Américain sache ceci: nous allons reconstruire, nous allons nous relever, et les Etats-Unis en sortiront renforcés.»

C'est de la fanfaronnade, et il n'y a qu'un orateur confiant en lui-même qui peut le dire. Il va falloir un président encore plus confiant pour le réussir.

Par John Dickerson. 

Cet article, traduit par Holly Pouquet, a été publié sur Slate.com le 25 février 2009.

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