France

NKM et Dailymotion inaugurent les nouveaux codes de la politique

Matthieu Josse, mis à jour le 23.03.2009 à 22 h 25

L'épisode polémique entre la secrétaire d'Etat à l'Economie numérique et Dailymotion est révélateur d'un changement époque.

DR

DR

Si j'étais mauvaise langue, je dirais que Nathalie Kosciusko-Morizet utilise à plein les ressources de son réseau social depuis qu'elle est devenue secrétaire d'Etat à l'Economie numérique. Comme je suis honnête, j'ajouterai que l'ancienne secrétaire d'Etat  chargée de l'Écologie avait des côtés «geek» bien avant et qu'elle est loin de découvrir la roue. Mais depuis son web-bashing avec Dailymotion, en direct live sous les yeux des internautes, NKM comme on dit (c'est plus rapide à écrire surtout), s'est clairement prise au jeu. Avec retour de bâton inclus.

Retour en arrière pour ceux qui n'auraient pas suivi. Le 18 mars, les deux dirigeants de Dailymotion publient sur lefigaro.fr une lettre ouverte reprochant à NKM de ne pas assez défendre le web français et ses acteurs, en référence à son absence de prise de position claire pour ou contre la loi Hadopi, et à son absence de réaction face aux sorties musclées de Frédéric Lefebvre réclamant une régulation tout aussi musclée d'Internet.

La réponse de l'intéressée à cette attaque frontale est publiée le soir même sur son profil Facebook en même temps qu'envoyée à l'AFP. Une réponse cinglante dans laquelle la secrétaire d'Etat à l'Economie numérique tape fort. Et parfois en dessous de la ceinture. Comme lorsqu'elle reproche à Martin Rogard, d'être le fil de son père, Pascal, président influent de la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques), alors qu'elle-même a en marre des journalistes qui la questionnent sur l'influence présupposée de son frère, patron d'une plus importante boîte française du e-commerce (PriceMinister), sur son job ministériel... Un coup de sang tenant plus de l'émotion que de la raison qui colle parfaitement au ton employé sur les réseaux sociaux habituellement. La réponse plus traditionnelle viendra deux jours plus tard sous la forme d'une longue interview dans Le Figaro.

Pizzeria

L'histoire ne s'arrête pas là et elle va se poursuivre dans les statuts de NKM et de Martin Rogard. En effet, vendredi soir, c'est là que NKM annonce qu'elle s'est réconciliée avec Martin Rogard lors d'un dîner dans une pizzeria de Longjumeau, la ville dont elle est maire. Et d'ajouter un peu plus tard que la soirée s'est terminée dans un bar avec concert cajun. Avec la copine de son ancien ennemi, précision qui permet de ne pas prêter le flanc aux interprétations d'ordre graveleux. De son côté, dans ses statuts Facebook, Martin Rogard confirme un «dîner très sympa» avec NKM. Et publie même une photo sur son wall le lendemain. Ce qui lui vaudra ce commentaire paternaliste de son père (normal quoi): «vous êtes amusants tous les 2».

Je trouve qu'il est à la fois amusant et déroutant de suivre une polémique publique avec plusieurs niveaux de lecture selon le média utilisé. Il est aussi surprenant de voir une personnalité politique de premier plan utiliser ainsi les outils du blogging et du microblogging via Facebook et ses statuts, pour répondre à une polémique, en jouant à la fois sur l'émotion et l'intime, une attitude qui va au-delà de la simple occupation du terrain numérique due à la fonction. De plus, NKM semble y prendre goût. Ce week-end, elle a même publié une note sur Facebook pour annoncer une décision du Conseil d'Etat validant sa victoire aux municipales de Longjumeau en 2007. Une note amenant comme les autres beaucoup de commentaires et de « I like », option de Facebook permettant d'approuver une note ou un statut.

La fin du sens unique

Clairement, Facebook et Twitter deviennent des médias à suivre pour se tenir au courant en continu, pour connaître parfois le dessous des cartes. Déjà il y a quelques mois, c'est par ce biais qu'était sortie en premier une altercation musclée entre un responsable de l'UMP et un proche d'un ministre. Mais le chemin est encore long. Les outils de microblogging sont le plus souvent utilisés pour annoncer une réunion politique, créer un groupe de soutien, indiquer la date et l'heure d'un passage télé... Bref pour délivrer un message politique, pas forcément entrer dans un nouveau genre de relations. Ainsi Benoit Hamon (PS) semble s'être vite lassé de son twitter, les mises à jour du statut Facebook d'Yves Jégo (UMP) sont comme par hasard suivies de près par celle de son conseiller en communication, le profil de Valérie Pécresse n'est plus actualisé depuis une éternité, et elle a même préféré créer un groupe de soutien qui a l'avantage d'avoir besoin de beaucoup moins d'entretien...

Mais attention, pour ceux qui voudraient jouer le jeu, l'utilisation des réseaux sociaux ne se fait pas à sens unique. Et il faut s'attendre à des retours de bâton qui n'ont rien de virtuels. Dimanche, sur la page Facebook de NKM, un anti-hapodi a publié la vidéo parodique de Brazil réalisée par La Quadrature du Net, farouche opposant à la riposte graduée. De plus, l'homme politique n'a plus le dernier mot sur le Net, comme il pouvait l'avoir dans les médias traditionnels. Ainsi, ElectronLibre a publié ce week-end la version non expurgée (c'est-à-dire avant relecture et polissage du ministère concerné), de l'interview de NKM donnée au Figaro. A vouloir jouer le même jeu que les internautes, il va aussi falloir en accepter les codes qui ne sont pas ceux auxquels les personnalités politiques et leurs communicants ont été habitués.

Matthieu Josse

Matthieu Josse
Matthieu Josse (8 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte