France

MyPolitique.fr à l'assaut des partis français

Guillaume Lor, mis à jour le 11.02.2009 à 10 h 56

Les techniques utilisées pendant la campagne d'Obama seront-elles transposables pour la présidentielle française de 2012?

blogopole

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Humour ou pas, Ségolène Royal estime avoir «inspiré»Barack Obama. Nicolas Sarkozy, lui, a envoyé pendant la campagne électorale du futur président américain quelques-uns de ses collaborateurs pour observer de l'intérieur l'organisation démocrate. Et Xavier Bertrand, le nouveau secrétaire général de l'UMP, a mandaté le cabinet Isobar pour travailler à la mise en réseau des militants du parti de la majorité sur les bases du «communité organizing» d'Obama.

Qu'ils le reconnaissent ou pas, concernant Internet, les deux principaux leaders politiques français se définissent désormais par rapport au président démocrate. Avec un objectif : la campagne présidentielle de 2012. La tâche est grande, tant la machine de guerre 2.0 du candidat Obama a donné un sacré coup de vieux aux différents dispositifs de campagne hexagonaux.

La victoire du président américain repose en grande partie sur une stratégie combinant campagne on line et off line. Pendant plus d'un an, 1,2 million de militants bénévoles se sont mobilisés sur le terrain et sur Internet. Cette «armée» est entrée en contact direct, par téléphone ou par le porte-à-porte, avec 68 millions d'Américains, soit plus de la moitié des électeurs. Une armée de volontaires levée majoritairement grâce à Internet.

Au centre du dispositif, MyBO, le site de campagne de Barack Obama conçu comme un réseau social type Facebook. La «communauté Obama» pouvait y trouver les informations de campagne (meetings, interviews télévisées...), mais surtout ce site permettait à ses utilisateurs de s'organiser en équipes militantes - par thème, région géographique... - avec à chaque fois, kits de campagne (affiches, programmes...) et listes téléphoniques pour faire du phoning.  Une mobilisation populaire qui, contrairement aux apparences, ne relevait pas de l'autogestion. Sur le terrain, 2.700 «field organizers» salariés, épaulés par 5.000 bénévoles, ont encadré et contrôlé l'immense armée militante. Formation dans des «Obama camps», reporting permanents des actions menées... l'organisation a été en réalité extrêmement pyramidale.

De Dean à Désirs d'avenir

Un tel dispositif est-il transposable en France? Le think thank Terra Nova le croit. Dans son rapport d'étude sur la campagne présidentielle américaine, la Fondation affirme que «tous les outils internet de la campagne Obama sont réplicables en France». Barack Obama n'a pas tout inventé seul. Il s'est nourri de la campagne d'Howard Dean en 2004, avec MeetUp qui avait commencé à déployer le Parti démocrate dans tous les Etats-Unis pour mieux structurer le travail de terrain. Ségolène Royal, avec Désirs d'avenir en 2006/2007 et son réseau de quelques milliers de personnes, avait déjà compris la puissance du web dans la mobilisation des sympathisants.

Si la France est techniquement prête (34 millions d'internautes en décembre 2008, 14 millions de foyers connectés à Internet, soit plus d'un foyer sur deux, plus de 7 millions de membres de Facebook début février 2009,...), elle a beaucoup de chemin à parcourir culturellement.

«La classe politique française n'a pas encore compris véritablement le phénomène Internet, estime Malek Boutih, jeune responsable du Parti socialiste. Pour beaucoup d'hommes et de femmes politiques français, Internet est comme une mini-télévision, ils sont ok pour y émettre un message mais pas pour en recevoir ». La culture d'appareil verrouille fortement les partis français, avec un manque de confiance évident dans la société civile, jugée trop peu professionnelle, et ses réseaux sociaux.

e-learning à l'UMP

Benoît Thieulin, responsable de la Netscouade à l'origine de Désirs d'avenir et membre de la mission Terra Nova, comme Arnaud Dassier, président de L'Enchanteur, qui conseille l'UMP sur les questions des nouvelles technologies, sont catégoriques: Obama a gagné parce qu'il a mis l'outil Internet «au centre » de sa campagne. «En France, l'élite politique n'est pas assez praticienne du web, contrairement à Obama qui est entouré de "digital natives". Résultat, Internet est un simple outil parmi d'autres des campagnes électorales», regrette Benoît Thieulin. «En 2007, nous n'avons pas réussi la jonction entre les 2.400 comités de soutien web de Nicolas Sarkozy, et les instances classiques de l'UMP, les deux campagnes ont fonctionné parallèlement, une expérimentale, l'autre traditionnelle», reconnaît Arnaud Dassier. Même constat au PS pour Malek Boutih : «très vite, l'équipe web de Ségolène Royal a été bridée pendant la campagne par la rue de Solférino et la direction du parti».

Néanmoins, les choses changent. L'UMP développe les formations d'e-learning pour ses élus locaux, met en place des réseaux sociaux pour les Français à l'étranger, systématise l'achat de mots-clés sur le web. Entre 2005 et 2007, la base de données mail du parti est passée de 40.000 à plus de 300.000. Au PS, la nouvelle direction a créé un «Laboratoire des idées», chargé entre autres de réfléchir à un nouveau dispositif Internet.

«Le web est l'arme du faible quand le fort ne fait rien, mais quand le fort va sur le web, c'est lui qui en profite le plus», analyse Arnaud Dassier. Petits ou grands candidats, la bataille pour 2012 aura lieu aussi sur la toile.

Guillaume Lor

(Capture d'écran du projet blogopole, réalisé par la société rtgi/linkfluence)

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