France

L'ombre de Raymond Barre

François Hollande, mis à jour le 17.02.2009 à 7 h 49

La chronique de François Hollande

Raymond Barre, Premier ministre de 1976 à 1981

Raymond Barre, Premier ministre de 1976 à 1981

La récession est là. Profonde, violente, douloureuse. Avoir imaginé que la France pouvait y échapper malgré la crise était déjà un leurre. Avoir différé la relance alors qu'à l'été 2008, la tendance dépressive était déjà installée était un manque grave de discernement. Et avoir bâti un budget pour 2009 en prétendant préserver une croissance positive, relevait autant de la méthode du docteur Coué que du mensonge du président Sarkozy. Du temps a été perdu, de l'énergie gaspillée, de la parole publique dévaluée. Car qui croire en cette période? Les libéraux deviennent étatistes, les rigoureux laxistes,  et les démagogues fatalistes. Comme dans toute crise, celle de la confiance est la plus destructrice.

Aussi, à la veille du sommet social de mercredi, les imaginations sont à l'image des caisses: vides. Le plan de relance du gouvernement à peine voté au Parlement apparaît comme racorni et jauni. Aussi inefficace qu'un arrosoir à moitié plein pour éteindre une maison en feu. Ce qui est vrai en France l'est aussi en Europe : incapables de coordonner leur politique, frileux à l'idée d'un emprunt européen, obsédés par le respect des règles de concurrence, les gouvernements font leur petite soupe dans leur petit coin. Ils font le gros dos, comme des chats échaudés par l'accumulation des mauvaises nouvelles.

Alors d'où peut venir le salut? Des Etats-Unis! Sûrement puisque c'est de là qu'est venu la crise et c'est encore là que les masses financières déployées par le Trésor américain sont les plus considérables. C'est toujours là, que l'on se moque comme d'une guigne du niveau excessif du déficit public, dès lors que l'épargne mondiale, les couvre. Au moins pour le moment!

Avec le plan Obama, ce sont plus de 840 milliards de dollars qui seront consacrés à des réductions fiscales pour les ménages, des aides à l'emploi et du soutien à l'investissement. Ce chiffre est à comparer ave les 26 milliards du plan français: 33 fois plus! Parallèlement est prévu d'isoler les actifs toxiques des banques dans une structure à capitaux mixtes publics-privés, une sorte de banque poubelle pour expurger les mauvaises créances du système financier américain. Cette solution devrait d'ailleurs être un modèle pour le reste du monde et même en France, où l'on feint de croire que les banques sont plus solides qu'ailleurs pour découvrir qu'elles ont fait les mêmes erreurs et qu'elles portent des pertes virtuelles supérieures à leurs bénéfices réels!

Tant que les établissements financier n'auront pas été nettoyés, les pouvoirs publics pourront s'épuiser dans la relance, ils jetteront du sable sur du sable.

Mais que faire de plus ici? Partons de l'hypothèse la plus favorable et considérons que le plan Obama va réussir à remettre de l'ordre dans les banques au prix de désordre dans les comptes publics et à redonner la visibilité qui manque pour que la machine à prêter reparte, combien de temps faudra-t-il pour que les premiers effets sur la croissance se fassent sentir en Europe et donc en France?
Un an au moins! Pas le temps d'attendre mais pas d'illusion sur la durée qui nous sépare de la sortie de crise. Ce qui revient à dire qu'un pays comme le nôtre doit à la fois régler l'urgence, apaiser le présent et anticiper. Soit une politique en trois volets.

Le premier doit soulager la situation des plus fragiles à travers une aide directe sous la forme d'une prime anti-crise (de 500 à 1.000 euros selon la situation de famille d'une amélioration de l'indemnisation du chômage et d'un financement exceptionnel de stages de longue durée de formation professionnelle.

Le deuxième doit venir en appui des secteurs les plus exposés avec le relèvement de la prime à la casse pour l'automobile et des dotations exceptionnelles de l'Etat aux offices HLM et aux collectivités locales pour des mises en chantier immédiates.

Le troisième volet vise à préparer l'avenir avec un fonds d'au moins dix milliards d'euros pour les pôles de compétitivité qui pourrait être alimenté par de l'épargne défiscalisée.

Voilà qui rend caduque le débat académique qui oppose investissement et consommation, entreprises et ménages, offre et demande. Dans une économie tout est lié. C'est en sens que l'obstination avec laquelle Nicolas Sarkozy récuse le soutien à la consommation tient de l'aveuglement idéologique et de l'esprit de contradiction. N'était-ce pas le candidat de 2007 qui reprenait la vieille chanson chiraquienne de la feuille de paie meilleure amie de l'emploi?

N'est-ce pas le même qui se proclamait président du pouvoir d'achat et qui paradoxalement retrouve les accents de Raymond Barre à la fin des années 1970 avec le succès que l'on sait.

Nicolas Sarkozy est comme ces chanteurs d'opéra comique qui prétendent marcher, courir et voler mais qui font du surplace. Plutôt que d'entonner les vieux refrains des gouvernants durant les crises passés, il faut inventer une thérapeutique adaptée. C'est de pragmatisme, de rapidité, de fluidité dont le pays a besoin et non pas de malice, de facilité et d'obstination. Mieux vaudrait que Nicolas Sarkozy le comprenne le 18 février.

François Hollande
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