Limiter enfin les salaires des patrons
Il n'y a aucune raison pour que diriger une grande entreprise permette automatiquement de faire fortune
- John Thain, ancien Pdg de Merrill Lynch Reuters -
Le plafond de 500 000 dollars fixé par Barack Obama pour le salaire annuel des dirigeants de sociétés qui reçoivent l'aide financière de l'Etat constitue plutôt qu'une politique cohérente, un premier cri d'indignation. Notamment après avoir appris que la banque Merrill Lynch a versé 3,6 milliards de dollars de primes à ses 700 principaux cadres l'an dernier.
Ce cri a au moins le mérite d'ouvrir un débat, depuis longtemps nécessaire, sur les salaires effarants des dirigeants des entreprises américaines, qui, à force d'être tolérés, sont devenus la norme. Les Américains sont scandalisés par les sommes excessives qu'ils reçoivent et ont reçu car ils se rendent compte désormais que ces millions étaient versés au détriment des investisseurs conduisant ainsi à l'effondrement de l'économie américaine et mondiale. En 1985, le ratio moyen du salaire des PDG par rapport à celui de l'employé moyen était de 40 pour 1. En 2005, il avait atteint 450 pour 1. Cette inégalité croissante des revenus était relativement tolérée tant que la vague de hausse des revenus était générale. Ce n'est plus le cas du tout.
Que devrait-on faire à propos du salaire de ces cadres dirigeants? Tout d'abord, nous devons reconnaitre que le chiffre de 500 000 dollars est tout à fait arbitraire. Il serait bien trop bas dans un certain contexte et bien trop élevé dans un autre ; ce plafond ne touche que trop peu de cadres, il pourrait être facilement évité grâce à des techniques de paiement alternatif et plonge le gouvernement dans un domaine où il ne peut qu'être maladroit, celui de la détermination des salaires du secteur privé.
Si nous voulons mettre un terme à ces salaires scandaleux, le but n'est pas de répondre à l'irresponsabilité de l'idéologie de Bush, celle d'un libertarisme sans garde-fou se faisant appeler capitalisme, par une approche tout aussi erronée prônant que le « gouvernement sait mieux que tout le monde », sans prendre en compte le marché. Nous devons mettre en place un véritable marché des services relatifs aux dirigeants, de manière à favoriser une concurrence significative et des résultats socialement acceptables.
Conflits d'intérêts multiples
Afin de réaliser ce processus, nous devons commencer par regarder le passé. La Securities and Exchange Commission (la SEC - l'organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers), forte de sa toute nouvelle vigueur, devrait fournir, dans moins de six mois, le rapport officiel sur les errements des plus grandes entreprises en matière de rémunérations de leurs dirigeants. La SEC devrait exiger les rapports des comités et consultants chargés des rémunérations et révéler les méthodes biaisées dont ils se servent pour calculer les salaires, ainsi que les pressions qu'ils subissent de la part des dirigeants. La SEC devra pointer les innombrables conflits d'intérêts qui résultent des comités siégeant sur la rémunération.
Elle devra également observer la manière dont sont embauchés les consultants chargés des indemnités, qui les engage et quels sont leurs précédents dossiers. Ce rapport sera profondément révélateur de la nature népotique et essentiellement corrompue des décisions relevant des salaires des dirigeants.
Pour parer à cette débâcle des indemnités de départ ou parachutes dorés, il va falloir s'atteler au comportement de trois groupes : les consultants en rémunération embauchés par les conseils d'administration, les comités de rémunération et par-dessus tout, les actionnaires institutionnels. Ces groupes doivent s'insurger et se réapproprier un système actuellement dominé par les PDG. Un progrès réel ne pourrait venir d'une décision, essentiellement arbitraire, du gouvernement mais bien d'un système de gouvernance d'entreprise remis à neuf, dans lequel les actionnaires - c'est-à-dire les propriétaires - auront enfin leur mot à dire.
Reprenons la question des consultants en rémunération. Le problème structurel sous-jacent vient du fait qu'ils font preuve de plus de loyauté envers les dirigeants qu'envers les actionnaires. Et ce n'est pas étonnant puisque les dirigeants ont joué un rôle bien trop important dans le choix de ces mêmes consultants. Les sociétés de conseil font souvent partie d'organisations plus larges qui signent des contrats avec l'entreprise, contrats que les dirigeants sont donc susceptibles de résilier. La solution est évidente : un comité spécial d'actionnaires chargés de sélectionner les consultants en rémunération doit être créé, en exigeant que ces consultants appartiennent à des entreprises indépendantes qui n'ont aucun type d'intérêt commercial dans l'entreprise qui les recrute. Si l'on agissait de cette manière, on serait surpris de voir la rapidité avec laquelle les indemnités de départ et les parachutes dorés diminueraient.
Les PDG seraient alors rémunérés comme tout employé, à hauteur de leurs fonctions et de l'accomplissement de leur devoir fiduciaire. Ils ne seraient pas payés sur la base d'une inquiétude illusoire selon laquelle, sans eux, l'entreprise s'effondrerait. La plupart des négociations relatives aux rémunérations se fondent sur l'idée que tel PDG est irremplaçable. Mais comme l'avait remarqué dans une phrase devenue célèbre De Gaulle, les cimetières sont remplis de gens irremplaçables.
Par ailleurs, une règle simple devrait être appliquée en ce qui concerne les comités de rémunération des conseils d'administration : ceux qui participent doivent être entièrement indépendants du PDG. Aucun conflit d'intérêt, qu'il soit direct ou indirect, ne peut être toléré. Ils ne peuvent en aucun cas appartenir aux mêmes conseils, clubs mondains ou donner pour des œuvres caritatives qui se recoupent. Les membres des comités de rémunération ne doivent pas non plus être des PDG ou des cadres dont la propre rémunération sera immanquablement comparée au salaire qu'eux-mêmes attribueront à leurs employés.
Distribuer l'argent d'autrui
Et surtout, les actionnaires devraient voter directement la constitution des comités de rémunération. C'est devenu bien trop simple pour les conseils d'administration de distribuer « l'argent d'autrui » sans avoir à en répondre auprès des actionnaires. Ces derniers devraient voter l'entrée ou la sortie de chaque membre du comité et pouvoir proposer directement des nouveaux membres, tandis que les PDG ne devraient en aucun cas le faire.
Enfin, et par-dessus tout, il est temps de prendre conscience du fait que le salaire du PDG relève essentiellement de la responsabilité des actionnaires : s'ils sont prêts à tolérer un tel gaspillage, c'est à eux d'en payer le prix. Que faisaient les actionnaires pendant tout ce temps? La triste vérité est que la gouvernance d'entreprise est en péril parce que les actionnaires ont laissé la direction ne faire aucun cas d'eux. Tout comme en politique, le pouvoir du vote peut reconquérir ces droits. Alors voilà une proposition simple : faisons en sorte que les salaires des dirigeants soient l'affaire des actionnaires. Finissons-en avec les votes « non contraignants » qui font fureur. Faisons en sorte qu'ils soient soumis à un véritable vote, pour ou contre. Rendons aux actionnaires leur pouvoir. Obligeons les cadres dirigeants à se présenter devant les employés pour leur expliquer pourquoi ils méritent de telles indemnités.
Ce vote actionnarial permettrait au gouvernement américain de jouer un rôle constructif, non pas en imposant des seuils de salaires, mais en usant de son rôle d'actionnaire. Le gouvernement devrait transformer les sommes considérables qu'il a infusées dans toutes ses entreprises en actions avec droit de vote et ainsi utiliser son pouvoir actionnarial pour prendre des décisions de marché, comme tout actionnaire, et mener, si nécessaire, leur révolte. Le gouvernement fédéral pourrait s'octroyer des alliés parmi les groupes qui se sont montrés étonnamment silencieux pendant tout ce processus : les trésoriers d'Etat et les inspecteurs des impôts. Ils contrôlent les énormes fonds de pension des employés publics, qui représentent peut-être le plus grand réservoir de la force actionnariale. Certains diront qu'encourager le gouvernement à décider du salaire des PDG reviendrait à faire basculer excessivement la balance du côté des actionnaires. Mais il est temps de décider si l'on croit à la « démocratie actionnariale ». Il ne s'agit pas d'une nationalisation. Il s'agit d'actionnaires - publics et privés - qui font enfin valoir leurs droits.
Une fois que les actionnaires publics agiront comme chefs de file, les autres investisseurs institutionnels ne tarderont pas à demander une rémunération liée au résultat. Étant donné les centaines de milliards de dollars que nous avons investi dans les services financiers et le secteur automobile, nous devrions avoir le droit de nous prononcer sur la rémunération des dirigeants, et pas juste fixer une limite passoire de 500 000 dollars, facile à contourner. Warren Buffett n'aurait jamais investi sans se raccrocher à ce pouvoir. Pourquoi devrions-nous le faire ?
Eliot Spitzer
Traduit par Luisa Lobofausto
Mis à jour le 21/02/2009 à 14h32











































N'oublions pas que ces salaires sont sensés récompenser la prise de risque de super-commerciaux-gestionnaires. En effet, dans ces sphères, c'est elle et elle seule qui légitime normalement de si gros émoluments. Il n'y a donc pas vraiment lieu de critiquer ces situations en comparaison de professions plus tranquilles qui tablent plutôt sur la régularité et la sécurité. C'est un choix.
Non, ce qui n'est pas admissible, c'est que TOUS les hauts cadres bénéficient de ces avantages (disproportionnés), quels que soient leurs mérites. Car il y a patrons et patrons :
- ceux qui ont créé leur entreprise et qui l'ont faite prospérer depuis des années. Ceux-là ont pris tous les risques, depuis le début, et ont bien souvent gagé leurs propres revenus pour atteindre ce niveau. Ils ont embauché, ont subit des crises, des revers mais ils ont toujours été seuls responsables des réussites comme des échecs. Si ce comportement-là n'était pas récompensé à sa juste mesure, même si c'est démesuré, alors il n'en vaudrait pas la peine.
- et puis il y a les SALARIES hauts-cadres, issus de grandes écoles de commerce ou, pire, d'écoles pour hauts-fonctionnaires (ENA), qui n'ont eu d'autres mérite que celui d'être embauché par des sociétés et des actionnaires qui leur demandaient de gérer, simplement gérer, ce que d'autres ont bâti à leur place. On les appelle des "patrons", parce qu'ils sont responsables, à un moment donné, du devenir de la boîte, et ils ont en cela une grande importance, méritant au moins... allez ! un demi-salaire par rapport aux véritables créateurs... Car que risquent-ils en définitive ? Des stock options non-valorisés ? Un parachute doré ? Une faible prime ? Le turn-over ? Une super-retraite basée sur peu d'années ? Ils ne risquent rien et imposent chaque année de nouveaux airbags pour eux-mêmes, niant en cela le principe-même du capitalisme !
C'est bien là le véritable scandale : que des pseudo-patrons, véritables mercenaires s'offrant aux actionnaires les plus offrants, soient aussi bien traités que les véritables créateurs de richesses, attachés toute leur vie au sort de leur entreprise, jouant honnêtement et sincèrement le jeu du capitalisme qui récompense le RISQUE. Voilà une règle qui s'applique aussi bien aux petits artisans qu'aux plus riches des créateurs de multinationales : que ceux qui espèrent beaucoup, puissent gagner beaucoup et perdre beaucoup (en rémunération, pas par le jeu financier !) ou au moins ne gagnent rien s'ils ont fauté.
Si cette règle était respectée, le plus gigantesque des salaires pourrait être justifié.
Ce qui est inadmissible, c'est que l'outil de production de base qu'est le salarié et sans lequel RIEN ne se fait, ne gagne que de quoi bouffer et payer ses impôts tandis que d'autres surengraissent. Ce qui est inadmissible c'est le fait que ce sont ces mêmes producteurs (= NOUS) qui vont payer la casse de la crise. Les responsables, eux, sont à l'abri depuis fort longtemps, grâce à leur argent et aux privilèges qu'il leur octroie automatiquement. Je me fous que mon patron gagne plus que moi, c'est normal. Mais je veux que ma famille se permette, elle aussi, d'acheter un logement digne de ce nom ET de partir en vacances quand même, après des années à me défoncer au boulot chaque jour.
N'est pas l'avidité des banques qui a crée la crise financière?
Depuis quelques années les gros salaires,revenus et dividendes ont été fortement augmenté au détriment des petits salaires.
N'est ce pas ce déséquilibre qui est la cause de cette crise économique ?
bonjour, la solution à quasiment tous les déséquilibres et défauts de gouvernance et inégalités de salaires au sein des entreprises côtées ou non s'appelle ACTIONNARIAT SALARIAL MINORITAIRE OBLIGATOIRE.
Actuellement l'actionnariat salarial reste sous développé, les salariés détiennent en moyenne 2% du capital de leur propre entreprise.
1 - L'actionnariat salarial est SIMPLE à mettre en oeuvre par la loi, comme le fut la participation ou l'intéressement
2 - L'actionnariat salarial permet aux salariés de PARTAGER les fruits de la croissance de leur entreprise
3 - L'actionnariat salarial permet aux salariés de CONTRÔLER les décisions de l'entreprise et de rétablir la gouvernance d'entreprise selon le principe que les salariés sont souvent plus préocuppés de la santé de l'entreprise et des réalités de sa gestion que des actionnaires passifs comme le sont beaucoup de fonds d'investissements. Les défaillances répétées de gouvernance d'entreprise par ses mêmes fonds le prouvent de façon éclatante en ce moment.
4 - Pour être effectif il faut que les salariés détiennent toujours au moins 1/3 des droits de vote, il faut donc une MINORITE de blocage. En pratique chaque salarié se verra attribuer des actions à son entrée dans la société, en proportion de son salaire. Ces actions seront considérées comme une rémunération complémentaire ou non et pourront subir des régimes fiscaux différents pour favoriser la prise de risque de celui qui substitue réellement du salaire brut au bénéfice d'actions. L'entreprise devra s'assurer une réserve d'auto-contrôle de 1/3 du capital pour ses employés, cette réserve pourra être ajustée par des rachats d'actions ou des émissions si besoin.
La proposition du gouvernement de répartir les bénéfices des entreprises en 3 tiers est bonne sans aucun doute. Le problème est qu'elle ne règle en rien le problème de la GOUVERNANCE, actuellement défaillante.
Ma proposition est parfaite, elle règle TOUS ces problèmes d'un coup.
Merci de vos commentaires
Bonjour.
La décision de limiter les salaires est bien entendu une décision arbitraire, et ne précise pas ce qui en est des techniques de paiement alternatives. Cet aspect autoritaire et arbitraire du montant maximum de la rémunération d’un patron ne peut exister que dans un temps limité… Le temps de la crise !
Que les patrons soient in fine nommés par trois groupes que sont les consultants, les comités de rémunération, ou les actionnaires institutionnels ne changera pas grand-chose.
Comment vérifier qu’ils n’appartiennent aux mêmes conseils, clubs mondains ou donnent pour des œuvres caritatives ?
Et puis, Si les actionnaires décident de tout, la pression qu’ils exerceront sur les PDG pour engranger le maximum de dividendes peut se révéler tout à coup aussi improductif !
La véritable mesure consisterait à poser des critères d’évaluations, à la fois généraux et spécifiques à l’entreprise. La rémunération (y compris des possibles paiements alternatifs) se trouvant liée à ces critères, deviendrait de fait indépendante des comités et consultants chargés des rémunérations.
Les employés sauraient alors pourquoi telle ou telle rémunération est si élevée ou si basse et sur quels résultats elle a été octroyée !
...aucune raison non plus pour que les politiques s'enrichissent systématiquement ou presque en passant leur vie au parlement ou au gouvernement !
Si ce n'était pas aussi aisé, le cumul des mandats serait moins systématique.
Je pense que de Gaulle et Bérégovoy doivent se retourner dans leur tombe en voyant tous ces profiteurs de l'état !
Rappelons que de Gaulle payait lui même son pain et son essence pour rentrer chez lui le week end !!
ça me fait trop marrer de repenser à ça !
mais c'est vrai que le Gaullisme dont se revendiquait encore récemment une grande partie des hommes politiques est en train de passer de mode...
on va finir par être nostalgique...
Aujourd’hui, les 100 plus gros patrons touchent en moyenne 37.5 millions de dollars par an, soit 1000 fois plus que le salaire moyen d’un travailleur. En France aussi la situation est inégalitaire : les 10% les plus riches possèdent 24% du gâteau tandis que les 10% plus pauvres reçoivent 3.7% de l’ensemble. (mon avis complet ici http://bit.ly/aIpKx1 )
Difficile de parler d'égalité et de fraternité quand nos élus (députés et sénateurs) se sont octroyés des avantages chômage et retraite totalement exorbitants et absolument inconvenants, alors que des centaines de milliers de chômeurs vont arriver en 2010 en fin de droits!
Difficile pourtant de limiter les gros salaires de dirigeants de multinationales, quand ces dirigeants peuvent recevoir des compléments de salaires venant de filiales étrangères, voire de comptes offshore!
Difficile de limiter les bonus quand on sait qu'un trader vedette qui ne recevrait pas son bonus pourrait partir illico avec son équipe dans une banque concurrente qui lui offrirait un pont d'or!
Quand au rapport de la SEC qui va "révéler la nature népotique et corrompue des décisions sur les salaires des dirigeants", il risque de faire, hélas, beaucoup rire à Wall Street!
So what?
La seule solution: taxer très fortement les plus hauts revenus, conseille l'économiste Thomas Piketty!
Et le président Roosevelt a eu le courage, après la crise de 1929, d'appliquer cette mesure dès 1932 (taux marginal passant de 25% à 63 % puis 91% en 1941).
Je doute que le président N. Sarkozy ait ce même courage!
Taxes, impôts, contributions ne devraient-ils pas être du seul droit des états dont nous sommes tous membres associés?