L'Europe paralysée
Le système institutionnel de l'Union bloque toute initiative non conventionnelle contre la crise.
- Salle de presse du Conseil de l'Europe à Bruxelles Francois Lenoir / Reuters -
Le décor est planté pour le sommet du G20 qui se tiendra le 2 avril à Londres. Les principaux protagonistes ont fourbi leurs armes. Et il apparait que les représentants des puissances industrielles de l'Ouest ne sont pas d'accord sur la manière d'affronter la crise économique. Les Européens parlent régulation des marchés ; les Américains répondent injection massive de capitaux dans l'économie. La réunion des ministres des finances du G20 chargée de préparer le sommet de Londres a échoué à proposer des mesures concrètes faute d'accord sur les principes. On se bat à coup de statistiques pour savoir qui a décidé la plus forte relance en pourcentage de PIB (Produit intérieur brut). Les chiffres varient du simple au double selon les sources.
Mais l'essentiel n'est pas là. Il était à la «une» de l'International Herald Tribune et du New York Times à la fin de la semaine dernière dans la bouche de l'économiste en chef de la Deutsche Bank à Londres : «Le système européen n'est pas prévu pour prendre les mesures non conventionnelles dont nous aurions besoin maintenant», déclarait Thomas Mayer. Dans les circonstances actuelles en effet, il serait nécessaire de réagir rapidement, de sortir des cadres établis et des schémas préconçus pour prendre des décisions éventuellement iconoclastes. Le pacte de stabilité, la politique de la concurrence, le dogme de l'équilibre des finances publiques, la soif de dérégulation qui s'accompagne d'une frénésie de réglementation, tout ceci et d'autres idées bien arrêtées devraient être sinon abandonnées, au moins mises en question.
L'Union européenne (UE) en est incapable. Ce n'est affaire de mauvaise volonté mais de structure. Quand il en était le président, au second semestre 2008, Nicolas Sarkozy a bien tenté de dynamiter les rites. Il y est en partie parvenu, par exemple en réunissant un « G4 », les quatre Européens membres du G8 ou encore un sommet de l'eurogroupe. Jusqu'à nouvel ordre ces réunions ont été sans lendemain.
L'opposition de nos partenaires se comprend. Le mécontentement des laissés pour compte est légitime. Le respect des règles est une condition indispensable au bon fonctionnement d'une organisation comprenant vingt-sept membres aux intérêts divers et parfois divergents. La recherche patiente d'une voie moyenne est la seule garantie d'une certaine cohésion. Les Etats participant à l'UE ont accepté de renoncer à une part de leur souveraineté, alors que pour certains d'entre eux, ils venaient juste de la recouvrer, parce que des procédures ont été fixées par les traités. Il n'est pas possible de les ignorer impunément. Le souci de l'équilibre l'emporte sur la volonté d'action. Si l'on ajoute que les commissaires européens, et en particulier le président de la Commission, sont en campagne pour leur réélection, la conjoncture n'incite pas aux expérimentations hasardeuses. En période de crise, c'est un handicap sérieux.
La question est toujours la même. C'est celle que posait Henry Kissinger à propos de la politique étrangère : «L'Europe, quel numéro de téléphone ?». Et il faudrait ajouter : «Qui décroche ?». L'espoir rituel est placé dans la ratification et la mise en œuvre du traité de Lisbonne. En matière économique et financière, il ne changera pourtant pas grand-chose. Il ne résoudra ni la capacité d'initiative de l'eurogroupe, ni la représentation de l'euro dans les organisations financières et économiques internationales, ni le manque d'imagination des technocrates. D'ailleurs la présidence tournante, tous les six mois, du conseil éco-fin n'est pas abolie par le traité de Lisbonne contrairement à ce qui devrait se passer pour le conseil des ministres des affaires étrangères.
En matière de défense et de sécurité, les Etats-Unis se plaignent traditionnellement de cette dispersion des Européens. Ils entonnent maintenant la même complainte à propos de l'économie. En effet, il n'existe personne dans l'UE qui puisse décréter, à l'instar de Barack Obama, un plan de relance de 700 milliards d'euros. Mais les Américains auraient tort de jeter la pierre aux Européens. Eux aussi sont confrontés à des obstacles institutionnels et, vu les réticences des différents acteurs, il y a loin d'une décision de la Maison blanche à sa mise en œuvre sur le terrain. Ce n'est pas très rassurant pour la sortie de crise.
Daniel Vernet
Lire aussi sur la chronique de François Hollande: «Il faut stopper Barroso»
Mis à jour le 20/03/2009 à 3h36











































L'Europe n'a pas trouvé sa voie et, au moment où tout l'y appelle, c'est une voie de garage qui est mobilisée par la commission européenne selon l'auteur de l'article. Donc, au choix, paralysie par contradiction ou impasse par conservatisme?
Comment lire la situation autrement, dessiner une voie pour l'Europe qui soit aussi la voie pour la crise.
La voie de l'Europe est d'être un communauté de communautés, nationales, régionales, etc. unies par un Sens du bien commun. Ce n'est pas d'être un système normatif épris d'uniformités. Ce n'est pas d'être une coalition de puissances opportunistes régie par le chacun pour soi. Ce n'est pas d'être une forteresse assiégée à vocation hégémonique. ( analyse des cohérences culturelles de l'Europe cf. google)
Une économie mondialisée sytémique va bien avec une Europe administrée normalisée.
Une économie protectionniste va bien avec une coalition de puissances opportunistes.
Une économie de défense va bien avec une Europe de combat.
C'est à une économie communautaire que l'Europe des communautés devrait avoir recours. Chaque communauté est une économie singulière, culturelle, avec son Sens du bien commun et ses solutions de développement approprié. C'est vrai pour les régions (si elles sont majeures - problème en France). C'est vrai pour les nations, l'économie nationale ne se confondant pas avec les économies régionales ni avec d'autres communautés économiques du pays. Pas besoin d'étatisation normative pour cela.
C'est vrai pour l'Europe dont l'économie n'est pas la somme des économies nationales ou régionales. C'est ce que la communauté des nations met en commun de son devenir et son développement formant ainsi une économie spécifique. Et puis, au-delà, rien n'empêche de participer à des communautés économiques plus larges (méditerranéenne, atlantique, euro-asiatique, ou tout ce qu'on veut).
Il y a une théorie des communautés et des ensembles communautaires qui s'applique aux économies. Plus question des modèles précédents. A l'Europe de montrer la voie, la sienne, celle de l'économie communautaire, économies de communautés majeures. Les autres sont des archaïsmes ou des impasses.
Daniel Vernet nous ressert l'idée d'une Europe politiquement unie et solidaire, un peu le rêve de F. Bayrou. Mais l'Europe est ce que ses membres en ont fait, c'est tout: un marché ouvert, une communauté économique. Il n'y a que 15% des Français qui voudraient en faire plus et encore ne seraient-ils pas d'accord dans le détail avec les habitants des autres pays qui partageraient leur objectif. M. Vernet nous présente donc une Europe bouc émissaire, comme quand Sarko déplorait que la BCE ne fasse pas plus pour la croissance alors que les traités lui imposent de lutter seulement contre l'inflation. C'est comme reprocher à sa femme qu'elle soit brune alors qu'elle est blonde.