Monde

L'Europe paralysée

Daniel Vernet, mis à jour le 20.03.2009 à 3 h 36

Le système institutionnel de l'Union bloque toute initiative non conventionnelle contre la crise.

Salle de presse du Conseil de l'Europe à Bruxelles  Francois Lenoir / Reuters

Salle de presse du Conseil de l'Europe à Bruxelles Francois Lenoir / Reuters

Le décor est planté pour le sommet du G20 qui se tiendra le 2 avril à Londres. Les principaux protagonistes ont fourbi leurs armes. Et il apparait que les représentants des puissances industrielles de l'Ouest ne sont pas d'accord sur la manière d'affronter la crise économique. Les Européens parlent régulation des marchés ; les Américains répondent injection massive de capitaux dans l'économie. La réunion des ministres des finances du G20 chargée de préparer le sommet de Londres a échoué à proposer des mesures concrètes faute d'accord sur les principes. On se bat à coup de statistiques pour savoir qui a décidé la plus forte relance en pourcentage de PIB (Produit intérieur brut). Les chiffres varient du simple au double selon les sources.

Mais l'essentiel n'est pas là. Il était à la «une» de l'International Herald Tribune et du New York Times à la fin de la semaine dernière dans la bouche de l'économiste en chef de la Deutsche Bank à Londres : «Le système européen n'est pas prévu pour prendre les mesures non conventionnelles dont nous aurions besoin maintenant», déclarait Thomas Mayer. Dans les circonstances actuelles en effet, il serait nécessaire de réagir rapidement, de sortir des cadres établis et des schémas préconçus pour prendre des décisions éventuellement iconoclastes. Le pacte de stabilité, la politique de la concurrence, le dogme de l'équilibre des finances publiques, la soif de dérégulation qui s'accompagne d'une frénésie de réglementation, tout ceci et d'autres idées bien arrêtées devraient être sinon abandonnées, au moins mises en question.

L'Union européenne (UE) en est incapable. Ce n'est affaire de mauvaise volonté mais de structure. Quand il en était le président, au second semestre 2008, Nicolas Sarkozy a bien tenté de dynamiter les rites. Il y est en partie parvenu, par exemple en réunissant un « G4 », les quatre Européens membres du G8 ou encore un sommet de l'eurogroupe. Jusqu'à nouvel ordre ces réunions ont été sans lendemain.

L'opposition de nos partenaires se comprend. Le mécontentement des laissés pour compte est légitime. Le respect des règles est une condition indispensable au bon fonctionnement d'une organisation comprenant vingt-sept membres aux intérêts divers et parfois divergents. La recherche patiente d'une voie moyenne est la seule garantie d'une certaine cohésion. Les Etats participant à l'UE ont accepté de renoncer à une part de leur souveraineté, alors que pour certains d'entre eux, ils venaient juste de la recouvrer, parce que des procédures ont été fixées par les traités. Il n'est pas possible de les ignorer impunément. Le souci de l'équilibre l'emporte sur la volonté d'action. Si l'on ajoute que les commissaires européens, et en particulier le président de la Commission, sont en campagne pour leur réélection, la conjoncture n'incite pas aux expérimentations hasardeuses. En période de crise, c'est un handicap sérieux.

La question est toujours la même. C'est celle que posait Henry Kissinger à propos de la politique étrangère : «L'Europe, quel numéro de téléphone ?». Et il faudrait ajouter : «Qui décroche ?». L'espoir rituel est placé dans la ratification et la mise en œuvre du traité de Lisbonne. En matière économique et financière, il ne changera pourtant pas grand-chose. Il ne résoudra ni la capacité d'initiative de l'eurogroupe, ni la représentation de l'euro dans les organisations financières et économiques internationales, ni le manque d'imagination des technocrates. D'ailleurs la présidence tournante, tous les six mois, du conseil éco-fin n'est pas abolie par le traité de Lisbonne contrairement à ce qui devrait se passer pour le conseil des ministres des affaires étrangères.

En matière de défense et de sécurité, les Etats-Unis se plaignent traditionnellement de cette dispersion des Européens. Ils entonnent maintenant la même complainte à propos de l'économie. En effet, il n'existe personne dans l'UE qui puisse décréter, à l'instar de Barack Obama, un plan de relance de 700 milliards d'euros. Mais les Américains auraient tort de jeter la pierre aux Européens. Eux aussi sont confrontés à des obstacles institutionnels et, vu les réticences des différents acteurs, il y a loin d'une décision  de la Maison blanche à sa mise en œuvre sur le terrain. Ce n'est pas très rassurant pour la sortie de crise.

Daniel Vernet

Lire aussi sur la chronique de François Hollande: «Il faut stopper Barroso»

Daniel Vernet
Daniel Vernet (439 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte