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  • Par Eric Le Boucher
  • Eric Le Boucher est un des fondateurs de Slate.fr. Journaliste, chef de service, chroniqueur économique au journal Le Monde, il est depuis 2008 directeur de la rédaction d'Enjeux-Les Echos. Il est l'auteur d'«Economiquement incorrect».
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L'Europe défaille dans la crise

L'Union a rendu les armes et attend son salut des Etats-Unis et de la Chine

Mardi 10 Février 2009
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Ça n'a pas manqué. On savait que le premier test de l'Union européenne serait une bonne grosse récession. Nous y voilà et sérieusement! On peut même crainte une vraie Dépression. Ce qui devait arriver arrive: bisbilles et conflits de préséance s'ajoutent aux divergences de fond pour bloquer la machine européenne. Quand la crise meurtrit son économie, l'Europe se perd en querelles. Quand le chômage grossit, les responsables politiques jouent perso et s'accusent les uns les autres sans que de nulle part vienne l'élan commun indispensable.

Tout se passe comme si, en réalité, l'Union avait rendu les armes, qu'elle se savait trop divisée,  impuissante et qu'elle comptait sur les autres, les Etats-Unis et la Chine, pour surmonter la crise. Les plans nationaux ne sont là que pour colmater les brèches les plus voyantes, chaque pays dans son coin «sauve» ses banques ou son industrie automobile, mais pour ce qui est de la vraie sortie de crise, de l'arrêt de l'effondrement, «on attend les Américains». Comme en 1944.

Les chiffres parlent d'eux mêmes: l'ensemble des plans européens atteint 280 milliards d'euros soit près de 1,1% de PIB. Le plan chinois pèse 580 milliards de dollars, 7% du PIB pendant deux ans. Le plan américain 850 milliards de dollars, soit 6% du PIB. On a glosé en France sur le plan de 26 milliards d'euros et sur la question de savoir s'il devait être plus ceci (la consommation) et moins cela (les aides aux entreprises). Mais les sommes en jeu donnent la vraie réponse : macro-économiquement ce plan ne pèse guère! Pour sauver notre économie, mieux vaut espérer que Pékin et Washington réussissent à sauver la leur!

Lundi, alors que Barack Obama bataillait pour lancer un immense et deuxième plan de sauvetage des banques qui s'ajoute à la relance budgétaire, ici, sur le vieux continent, s'élèvaient des voix pour dire ... qu'il faudrait peut être commencer à se concerter et à agir. En réponse à une demande franco-allemande, le président de l'Union, le premier ministre tchèque, annonce «un sommet» avant la fin avril. Mais sans date de rendez-vous et sans programme précis autre que le minimum : s'entendre comment  comptabiliser les actifs toxiques des banques.

Voyant sans doute qu'on lui vole la vedette, le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, déplore que «les pays européens préparent, les uns après les autres leurs propres plans et programmes» sans concertation minimum avec les autres pays membres. «Il faut une meilleure coordination», dit-il. Il est bien temps, en effet !

«L'Europe conjugue désormais seize politiques budgétaires nationales et une politique monétaire», souligne Patrick Artus, de Natixis. Laurence Boone et Raoul Salomon, de Barclays Capital, estiment que « l'Europe est passée à côté d'une opportunité concrète d'avancer». Comme l'Europe a fait montre de désunion, les pays les plus faibles ont vu leurs «spreads» (taux d'intérêt sur les dettes d'Etat par rapport aux taux de référence, celui de l'Allemagne) s'élever de 2 ou 3 points. Coût pour les contribuables de ces pays : 30 milliards d'euros. Une paille! On imagine que cette somme aurait pu financer de bons programmes de relance.

Mais cette dérive pourrait coûter encore plus cher si les marchés se mettent à douter de la capacité financière des Etats à supporter le poids alourdi de la dette, et de celle de leur population à accepter que cette charge vienne amputer des projets d'investissement ou de soutien social. Les opinions vont-elles comprendre? Admettre? Se soumettre? La zone euro n'a rien prévu dans ses statuts pour se porter au secours d'un pays qui défaille. Il faudrait bricoler à la hâte, sans forcément convaincre les marchés qui, attirés par le sang, pourront immédiatement se porter sur le pays faible suivant : après la Grèce, l'Irlande, puis le Portugal, etc.

Nicolas Sarkozy a posé publiquement le problème. Mais la solution d'une action d'aide concertée est loin d'être admise. Il faudrait  donner un chèque à la Grèce de 40 ou 50 milliards d'euros! Les Allemands, pour l'heure, refusent catégoriquement de payer. Faudra-t-il alors se remettre au FMI (Fonds Monétaire International) pour remettre de l'ordre dans la zone euro? Faudra-t-il en arriver à cette issue de la honte européenne?

La crise était l'occasion de forcer à plus de fédéralisme économique, budgétaire, politique. Cela peut-il encore arriver? Personne n'y croit plus. On attend les vrais maitres de la sortie de crise: les Américains et les Chinois.

Eric Le Boucher

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Comments

Proportions

Evidemment que les plans de relance américain et chinois sont plus importants que les Européens. Les Américains sont les responsables et initiateurs de la crise et celle-ci s'y répand comme une traînée de poudre (600 000 chômeurs de plus pour le seul mois de janvier -- 20 000 de plus chaque jour ! -- au lieu de 45 000 pour la France). Les Chinois sont les premiers touchés puisque les Etats-Unis sont leur premier client. Gardons les proportions et arrêtons gémissements et catastrophisme, indignes des vieilles troupes.

Ilex

la bce nous tuera

c'est malheureusement exact. L'Europe aurait pu décoller à l'occasion de cette crise, mais les lourdeurs de l'ue emportent le cadavre. La présidence française n'aura été qu'une éphémère mélodie troublant le déroutant silence d'une Europe en décomposition. L'Allemagne est plus préoccupée par le respect de ses dogmes (à savoir une sacro sainte indépendance de la banque centrale) que par la sortie de crise. Aujourd'hui c'est plus clair que jamais : tant que nous serons dans une conception allemande de l'Europe, il n'y aura pas d'Europe.

La bce qui avait tout faux depuis de nombreuses années, continue de se fourvoyer en continuant de penser que le danger c'est l'inflation. Trichet plus monétariste que Friedman, il fallait le faire! Et pendant que les principales banques centrales dans le monde utilisent des moyens non conventionnels pour enrayer la déroute financière, la bce attend encore et toujours.

Je crois qu'il n'y a rien à tirer de cette UE. On a tellement longtemps critiqué (à tort) le Royaume-Uni au sujet de la construction européenne qu'on n'a pas vu à quel point l'Allemagne constitue son principal obstacle. Avec son refus d'une Europe puissance et d'ue gouvernance économique européenne, elle n'a cessé de casser toute nouvelle avancée. L'Allemagne avec ses Dieux 'banque centrale indépendante' et 'orthodoxie budgétaire' se contente à merveille de l'Europe actuelle. Si la France veut poursuivre la construction européenne, il faudra bien un jour faire sans Berlin...

Europe : l'inertie d'un nain politique

Et voilà que resurgit le vieux débat intégration/coopération. L'Europe était attendue au tournant de la crise. Le constat est sans surprise : comment un espace économique fondé sur l'inter-étatisme, digne d'une simple Organisation internationale, pouvait apporter une solution globale ? Le transfert de compétence à la Communauté ne suscite que des crispations des Etats membres qui redoutent la perte de leur souveraineté. Peuvent ils agir seuls dans un monde multipolaire ? Ont ils vocation à trouver des solutions indépendantes à une crise à 6 têtes (économique, financière, bancaire, monétaire, écologique, énergétique)?
Eric Le Boucher, vous pointez ce qui, à mon sens, est le coeur du problème : le manque d'intégration économique de l'espace européen fait de l'Unon Européenne un nain politique incapable d'agir dans l'urgence. Au fédéralisme politique de quelques fondateurs « idéalistes » (?) s'oppose le consensus des 27 qui permet tout juste à l'Union de rendre ses décisions au plus petit dénominateur commun. Les enjeux nationaux sont encore trop puissants pour que les Etats daignent s'engager dans une perspective communautaire et que le processus fédéralisateur parviennent enfin à s'imposer.

kat

L'UE ou plutôt .. la dés-union européenne !

Honte à cette Europe défaillante, dissolue, dont les dirigeants tentent tant bien que mal de faire face à la crise, par des "mesurettes" protectionnistes, du "chacun pour soi" , faisant enfler sans vergogne la dette des pays en question ..
Les caisses en France sont vides, et ce n'est pas le plan de relance tenté par Sarko. avec un financement dérisoire comparé à celui des USA et de la Chine qui va inverser le cours de cette débâcle !

De plus, l'Allemagne - qui joue de plus en plus perso - semble s'être complètement désolidarisée du sort qui attend l'ensemble des pays européens ! A. Merkel apparaît là bien timorée ! Croit-elle qu'en en étant aussi ouvertement protectionniste elle va parvenir à sortir SON pays de cette crise extra-ordinaire ... Quand donc les dirigeants des pays de l'UE admettront-ils qu'ils devraient , qu'ils auraient déjà dü , se mettre autour d'une table pour se CONCERTER et élaborer ensemble une POLITIQUE d'intérêt commun !

Et si nous devons attendre que l'Amérique d'Obama amorce un "redressement" économique, si nous nous mettons une nouvelle fois à la remorque des USA, nous allons - je crois- plonger encore plus profond dans la "déprime" ( à tous points de vue !! )

Le vent se lève!... Il faut tenter de vivre!
Paul Valéry

l'Europe un nain

Je pense que l' Euro a montré à l'ensemble des pays concernés que la force de l'Europe viendra d'unité en toute circonstance et plus particulièrement pour les pays les plus faibles, ceux du sud, dont la France. La politique politicienne montre combien nos hommes politiques sont bien loin des préoccupations de l' Europe et n'ont pas la carrure face à la situation. La crise va donner la force qu'attendait la Chine pour devenir le pays qui dictera les règles et les américains si endettés n'auront pas la puisssance de dire non.
L'irresponsabilité des politiques a sonné la fin d'une EUROPE PUISSANTE;

MAYOMBE

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