Les racines du désarroi de la jeunesse
Le système fonctionne comme un impitoyable entonnoir au service des enfants des couches intellectualisées - Par Monique Dagnaud.
- Manifestation d'étudiants à Paris Gonzalo Fuentes/Reuters -
Le gouvernement entend imposer des quotas d'étudiants boursiers dans les «grandes écoles» et se heurtent à une forte opposition de ces institutions. Les «grandes écoles», spécificité du système français d'éducation supérieur, qui seraient aujourd'hui le principal vecteur de la reproduction des élites et du blocage de l'ascenseur social, n'entendent pas pourtant changer de modèle.
Nous republions à l'occasion de ce débat un article, mis en ligne en mars 2009, de Monique Dagnaud sociologue et directrice de recherche au CNRS, sur le désarroi de la jeunesse française face à l'absence de toute ouverture de son système d'éducation et notamment de la filière classes préparatoires-grandes écoles.
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Au pays de Voltaire, les principes autour de l'éducation exsudent de générosité. «Sois toi-même, développe tes potentialités» dit le parent aimant à sa progéniture. Dans l'acheminement vers l'âge adulte, cette incitation revient à valoriser l'expérimentation, le libre arbitre, la construction de sa propre subjectivité, et non comme autrefois l'identification aux modèles parentaux. Etre l'entrepreneur de sa propre vie, l'enfant est bercé par cette rengaine... qui se met en sourdine lors de l'entrée dans la grande école.
Cette dernière pose un autre impératif. L'excellence scolaire est inscrite comme la voie royale pour l'accès à une position dans la société, pour la promotion sociale, et même pour l'épanouissement individuel. Hors de l'école, peu de salut: les places dans la société se distribuent presque irrémédiablement en fonction du niveau atteint, et de la filière scolaire dans laquelle chacun s'est engouffré pendant les vingt premières années de sa vie.
A vingt ans les dés sont jetés. La promotion au mérite dans l'entreprise, à la débrouillardise, le «yes we can» («Oui, nous pouvons») de l'optimisme américain sont réservés à ceux qui vraiment n'ont pas pu faire autrement : et de toute façon ils n'iront guère haut dans l'échelle sociale. Enfin, ne pas avoir de diplôme du tout constitue aujourd'hui une calamité, un handicap infiniment plus pénalisant qu'autrefois, quand c'était le lot de l'écrasante majorité des jeunes, et quand nombre de secteurs employaient facilement de la main d'œuvre sans requérir ce fameux sésame.
La précocité dans la réussite scolaire, enfin, se révèle un paramètre décisif, quoique d'une bienséante discrétion. Sous la bannière fleurie de la méritocratie républicaine, la distribution des cartes s'opère de manière précoce par une sélection via les filières et les établissements d'excellence. Dans l'école républicaine, mieux vaut avoir un an d' avance même avec des résultats moyens qu'être «en retard» avec des notes brillantes.
Cette sélection très en amont, cette prime donnée à l'avance en âge, c'est la martingale des enfants de la bourgeoisie, puis qu'elle revient à potentialiser les atouts culturels du milieu familial. Le système fonctionne comme un impitoyable entonnoir au service des enfants des couches intellectualisées : alors que les cadres et professions intellectuelles ne représentent que 11% de la population française, leurs enfants représentent 30% des étudiants du supérieur et plus de la moitié des classes préparatoires. L'ouverture des grandes écoles aux enfants d'origine populaire, déjà fort étroite, s'est encore raréfiée -au point que plusieurs d'entre elles ont du recourir à des mécanismes de discrimination positive qui, timidement, corrigent le tir.
Le système d'enseignement est organisé pour sélectionner une petite élite, dont la plupart des membres seront passés par la filière des classes préparatoires: soit environ 5% d'une classe d'âge. Ceux-ci trouveront (presque) à coup sûr une place dans une plus ou moins grande école et pourront réaliser leur rêve car, en France, un diplôme d'une école prestigieuse ouvre toutes les portes, y compris dans les secteurs professionnels qui ne sont pas liés au diplôme d'origine (par exemple les industries de l'image ou l'humanitaire).
Pour ceux qui se rabattent vers l'université, environ 50% d'une classe d'âge, la sortie est beaucoup plus aléatoire. Dans le premier cycle du supérieur, se concentrent les échecs et les abandons : l'entrée dans une filière universitaire est libre quand on a obtenu le bac, mais de fait s'opère une sélection qui ne dit pas son nom en première et seconde année. De surcroît un certain nombre de filières universitaires remplissent mal les promesses d'un emploi de bon niveau : 5 ans après une licence, 13% des jeunes sont chômeurs ou inactifs, 19% sont ouvriers ou employés, et pour les sciences humaines et les lettres, la rentabilité est encore inférieure. Au bout du compte, résultat étonnant dans le wonderland de l'obsession scolaire, l'université et les grandes écoles produisent 40% de diplômés du supérieur, un chiffre insuffisant pour une économie développée.
La combinaison du discours encourageant l'autoréalisation, d'une part, et une compétition scolaire qui débute dès le primaire et obéit aux lois souterraines d'une sélection d'airain par les compétences sociales, de l'autre, décuple les tourments et les angoisses de la jeunesse. Elle génère un pessimisme qui n'a guère d'équivalent dans d'autres pays développés (sauf au Japon). Dans une certaine mesure, elle explique la culture de l'excès et du risque qui séduit les jeunes. Les paradoxes du système social français sont connus, répertoriés par une foison d'études depuis vingt ans. Rien ne change, rien n'a changé et peut être rien ne changera. Pourquoi ?
D'un côté, ce qui touche à l'architecture du système des études, à la sélection et aux modalités d'entrée dans le travail sont des sujets hypersensibles pour les étudiants et les mobilisent. Mais, d'un autre côté, avec ses injonctions contradictoires, et donc ses hypocrisies, le monde adulte et plus encore le monde de l'élite, ne suscitent aucune confiance de la part des jeunes. Résultat : toute réforme est perçue comme suspecte et engendre effroi et raidissement. La propension au NON l'emporte alors sur d'autres attitudes qui pourraient être conciliatrices.
Par ailleurs, une école dont la finalité absolue serait l'intégration, comme cela se pratique dans d'autres pays européens, et non la sélection précoce est aux plus loin des intérêts de l'establishment français. L'élite dirigeante qui, de manière générale, a bénéficié pour elle-même et souvent pour ses propres enfants, de cette sélection dans le secondaire, pense que ce système est le meilleur, le plus méritocratique. Les réformes qu'elle pose sur la table constituent alors plutôt des inflexions correctrices -en 2008, un texte de l'Enseignement supérieur fixe comme objectif de faire entrer 30% de boursiers dans ces fameuses classes préparatoires- qu'un dynamitage de la logique dominante de l'école. En entretenant dans toutes les familles l'espoir de voir son enfant dans «une classe préparatoire» (à un avenir radieux), elle est ainsi prosélyte de sa propre cause. Aux 95% autres jeunes de se débrouiller au mieux. Trop fort, dirait-on.
Monique Dagnaud
Image de Une: Manifestation d'étudiants à Paris Gonzalo Fuentes/Reuters
Mis à jour le 06/01/2010 à 16h48














































L'article décrit un système de plus en plus grippé au fur et à mesure que le monde change. Il a été conçu pour un monde stable et les fils et filles d'enseignants sont aux premiers rangs des "classes intellectuelles" citées par Monique Dagnaud.
Pour grandir les enfants ont besoin d'apprentissages comportementaux et sociaux en milieu protégé.
Pour grandir les jeunes ont besoins de modèles sociaux et professionnels pour faciliter leur inscription dans l'âge adulte.
Pour grandir les hommes ont besoin de « maîtres » c'est à dire de personnes (parents, éducateurs, figures d'autorité et de maturité) qui leur indique ce que c'est que la maîtrise de soi et de son existence.
Cela s'appelle l'éducation. Il est légitime que la nation et toute communauté de vie se préoccupe de l'éducation à différents âge en rapport avec les différents rôles et les différentes situations à traverser.
Pourquoi en France L'Education Nationale n'a-t-elle pas de mission éducative, mission éducative qui serve de critère d'évaluation et d'évolution des pratiques et des réformes donc? Pourquoi c'est même un refus catégorique de la part d'un grand nombre d'enseignants, syndicats en tête? Pourquoi la reproduction des savoirs, de plus en plus décalée par rapport à ce que vivent et savent les jeunes, est-elle la doctrine officielle. Comment peut-on encore croire que les savoirs valent quelque chose hors de tout contexte culturel?
Dans la période de mutation accélérée beaucoup de jeunes en savent bien plus que leur entourage sur le monde qui se construit, notamment avec internet. Les structures de la société, de la vie familliale, et de la vie professionnelle sont en plein bouleversement. Les adultes ne sont plus en mesure de fournir les modèles facilitateurs de transition vers la vie adulte. L'Education nationale s'occupe d'autre chose.
Pourquoi voulez-vous que par miracle les jeunes soient tranquilles quant à leur avenir alors que par idéologie conservatrice le service d'éducation nationale leur est refusé dans ce pays.
Outre ceux dont les parents compensent les carences institutionelles, les seuls qui soient tranquilles doivent être ceux qui vivent dans des milieux conservateurs et au premier rang les enfants d'enseignants. Dans les statistiques de la « réussite scolaire » quel est le pourcentage de fils et filles d'enseignants?
Pour compléter le propos de Roger Nifle. Quand l'éducation nationale refuse de se voir attribuer un autre rôle que celui d'instructrice de la république, l'éducation populaire, aux finalités forcément éducative, prends le relais. Ce sont tous les animateurs, les éducateurs, les moniteurs sportifs etc ... La plupart des projets de l'éducation populaire sont, d'ailleurs, orienté vers la citoyenneté, l'autonomie et le développement du jeune et/ou de l'enfant.
Il est intéressant de voir l'accroissement du nombre d'accueil périscolaire dans les écoles (ALAE ou CLAE). Pour les parisiens (chez qui ces accueils ne se sont pas encore vraiment développés), il s'agît de structure d'éducation populaire, dans les écoles, qui prennent en charge les temps du matin, du soir et du midi avec les enfants. Loin d'être de simples "garderies", il s'agît de véritable structures éducatives encadrées par des animateurs qualifiés.
Est-ce symptomatique du "désarroi de la jeunesse" dont parle Mme Dagnaud et du refus catégorique d'éduquer de l'EN dont fait état M. Nifle ? J'aurais tendance à le croire.
OK, on peut partager le constat.
Mais, tout d'abord, le système éducatif est ce qu'il est non pas par volonté mais par défaut. La France est un des pays qui consacre le plus de moyens à l'éducation. Vu les résultats, soit les formateurs sont mauvais soit ils ne font rien. C'est probablement un peu des 2. Je suis toujours sidéré quand je constate le faible niveau de professionnalisme des enseignants; ils travaillent peu mais aussi sans contrôle, sans soutien, sans moyens, sans référence extérieure et sont seuls maîtres à bord. Ceci n'est pas voulu, c'est le résultat d'un système dans lequel l'état ne veut surtout rien imposer d'important à ses fonctionnaires, par lâcheté. Comme je le dis dans les conseils de classe quand on évoque les bons élèves devant des profs médusés qui s'octroient la performance de ces élèves: ils n'ont pas besoin de vous pour être bons, ils le sont déjà tous seuls. On n'a pas besoin de profs pour les bons élèves, ils se distinguent tous seuls...
Ensuite, l'article vient s'ajouter à une longue liste de constats mais ne propose rien se contentant de se défausser sur "les élites". Comme ailleurs dans les politiques publiques, il y a pourtant peu de décisions à prendre pour que tout aille mieux. Je me contenterais de quelques idées :
1/ recruter les enseignants en priorité sur leurs qualités d'encadrement et pédagogiques.
2/ axer leur formation sur les conditions d'une transmission des connaissances,
3/ soumettre les enseignants à un contrôle hiérarchique et des évaluations.
4/ axer la formation des élèves sur la découverte de leurs envies et sur le soutien aux plus faibles.
Quoi de neuf docteur?
Rien, vraiment rien.
Ce discours on l'a entendu mille fois, les classes préparatoires sont réservées à l'élite (responsable, rappelons-le de tous les maux de la France) et quand on va à la fac, on ne peut rien faire. Dans ce cas, effectivement il vaut mieux encourager à l'entrée en classe préparatoire. Encore heureux, Il faudrait "dynamiter" ça, dynamiter ce qui fonctionne? Parce que oui, les classes prépas fonctionnent, il serait peut être temps de le reconnaitre et les diplômés de grandes écoles sont compétitifs face aux grands universités américaines, anglaises, allemandes, etc.
Je ne nie pas qu'il y a un problème de représentativité en classe préparatoire, mais il y a surtout un problème dans les universités. Enfin, ça aussi c'est convenu.
Et je pense qu'il y a d'autres raisons au désarroi de la jeunesse. Il faut voir aussi comme la jeunesse est stigmatisée : "les bandes de jeunes" d'alliot marie, "les jeunes de l'ultra gauche", "les jeunes qui jouent tout le temps au jeux vidéos" "les jeunes qui téléchargent" "les jeunes et le binge drinking" et j'en passe, pourquoi quand on parle du racisme, des violences sur les femmes, des fraudes, des pollueurs, etc. on ne stigmatise pas une classe d'âge? Parce que c'est ridicule, parce qu'on est dans un pays qui affirme dans sa devise "égalité"...
Mais c'est sûr que devant une telle conception de l'égalité, les jeunes peuvent se sentir perdus...
Enfin, c'est déjà bien de se rendre compte de l'existence de ce désarroi, quand on saura en analyser les causes (ce qui précède n'est nullement une analyse, juste un constat fait sur le vif), on pourra peut être trouver des solutions... et peut être que les jeunes auront leur mot à dire dans la recherche de la solution (ce, sans rien enlever au rôle de l'éducation par rapport à l'instruction que les deux commentaires soulignent)
Pierre Pik a raison, le terme "dynamiter" est malheureux. De toute façon tout pays se construit autour de mythes, et celui des "grandes écoles" fait partie de notre patrimoine commun. De même que la "gratuité" de l'enseignement supérieur, alors qu'il est inutile d'avoir fait les grandes écoles, justement, pour réaliser qu'entre un pays A où l'enseignement supérieur est entièrement financé par le contribuable et un pays B où le contribuable finance seulement les études des "pauvres" via des bourses, c'est le pays A qui est de loin le plus favorable aux "riches" ou plus précisément à ceux qui ont déjà fait des études supérieures, dont les enfants sont de loin les plus nombreux à l'université (au sens large). C'est toujours amusant (ou consternant selon le point de vue) de voir les profs et tous les intellos défendre becs et ongles cette gratuité comme signe évident d'égalité, fraternité, générosité et tutti quanti, alors que c'est à eux que le système profite de façon inouïe !
Ceci dit il faut faire avec, on peut juste sourire de certains discours enflammés, mais on ne dynamitera rien, ce qui tout compte fait n'est peut-être pas plus mal, la dynamite étant très difficile à contrôler en société.
Reste que ni l'article, ni les précédents commentaires ne mentionnent de près ou de loin des acteurs principaux aux cotés des jeunes et de leur désarroi, je veux parler des parents. Ne sommes nous pas parfois "les racines du désarroi de la jeunesse"? N'avons nous pas une résponsabilité plus grande que celle d'un enseignant concernant nos enfants? La sortie des écoles primaire est extraordinairement révélatrice à ce sujet. Il suffit d'observer les attitudes "parents enfants".
Il y a un aspect humain, individuel même qui jamais ne ressort lorsque l'on parle de la jeunesse et de l'enseignement. Les sujets de discordes sont l'éducation nationale, les grandes écoles, les réformes, l'université... mais l'élève dans tout cela?
Pour finir je me permettrait d'ajouter au commentaire de Roger Nifle: Pour grandir les enfants ont besoin de parents qui donnent des limites des repères sans les privés de liberté.
La sélection des élites, fait partie de ce processus que Norbert Elias, dans « la société des individus » appel, l’ordre invisible, qui place chaque individu dès sa naissance, dans une offre restreinte de comportement et de fonctions possibles.
L’article met en évidence deux processus contradictoires, la démarche et l’application. Si l'establishment français conçoit « l’application ». L’éducation nationale l’organise comme tel, pendant que les parents dans leurs souhaits les plus généreux, tendent à essayer d’associer les deux.
L’excellence se borne au résultat, qui n’est autre que la résultante, de l’application d’un processus établit, alors que la réalisation se base sur la démarche, une construction, qui tolère l’erreur et le recommencement amenant au résultat.
L’impératif de l’excellence est paradoxalement ce qui nuit aussi au développement des potentialités. Elle pose l’interrogation de savoir, si l’étudiant répond à la question que lui pose l’enseignant pour le satisfaire (processus d’application), ou s’il s’y prend de manière autonome, prenant ainsi le risque de déplaire à l’enseignant en ouvrant le champ des possibles (processus issu d’une démarche). La nature de l’enjeu, comme entrer en classe de préparatoire ou à l’université, participe consciemment ou inconsciemment à ce choix.
Le diplôme sanctionnant la réussite, comme preuve irréfutable du résultat, il est lui aussi soumit au jugement sélectif de l’establishment. Si l’élite accorde une valeur aux diplômes et diplômés appartenant aux siens, il n’en est pas de même pour les autres.
Pour les autres, ce qui est paradoxal, c’est que le diplôme ne vaut rien sans expérience professionnelle. Ce qui est gênant dans cet article, c’est qu’il laisse supposer que les non diplômés, les manuels, n’ont rien à espérer de cette société, pourtant ce n’est pas forcement le cas. Il est un apprentissage que l’on oublie trop souvent, c’est l’apprentissage d’un métier ou d’une spécialité sur « le tas ». Cet aspect formateur ouvre pourtant lui aussi des perspectives, par une transmission de savoirs qui échappent aux règles établies, conduisant beaucoup d’individus à devenir artisans, entrepreneurs, s’élevant ainsi dans l’échelle sociale. L’élitisme peut se construire dans une catégorie manuelle par un savoir faire, visant à atteindre la perfection en son domaine (ex cuisiniers, bijoutiers, meilleurs ouvriers de France, compagnons du devoir, etc).
L’incapacité à réformé le système des étude est peut être due à cette incapacité qu’on les élites à passer d’un système de sélection par application à un système plus ouvert, d’expérimentation, développant le libre arbitre, et la construction de sa propre subjectivité. Le libre arbitre constituant une menace pour ce qui est établit !
Dans ce système concurrentiel ou les dominants ont peur de perdre leur place au profit des dominés, les grandes écoles, n’ouvrent pas leur porte par bonté d’âme. Leur préférence irait plutôt au repli sur soit. Elles sont ou seront pourtant obligées de se renouveler sous peine de devenir des institutions archaïques, affaiblies par une consanguinité reproductrice d’un élitisme à la marge des changements, des bouleversements, et dépassées par un monde en constante évolution.
Les «grandes écoles», spécificité du système français d'éducation supérieur, qui seraient aujourd'hui le principal vecteur de la reproduction des élites et du blocage de l'ascenseur social, n'entendent pas pourtant changer de modèle;
=> Il faudrait pas plutôt se poser la question de l'utilité et du bénéfice des grandes écoles avant de débattre de la mixité et des quotas au sein de ces établissements. Le système marche sur la tête. Si on arrêtait de mettre les grandes écoles en parangon de la réussite sociale et que les entreprises faisaient un effort pour s'ouvrir sur d'autres horizons, on arrêterait peut-être ces vains et faux débats, non?
Le jacobinisme et le cartésianisme sont, entre autres, les deux mamelles de l'échec de tout notre système de formation.
Les passe-droits évoqués dans l'article ne sont pas la cause du problème, mais uniquement un des symptômes. Il y en a d'autres. Ils seraient trop long à énumérer.
La France doit se regarder dans la glace. Ces élites, recroquevillés dans leur arrogance et leurs certitudes hexagonales, incapable, à quelques rare exceptions, de faire autorité sur le plan international, doivent se regarder dans une glace et prendre conscience de l'étendu des dégâts.
Pour remette ce pays sur les pieds, il faut entièrement revoir l'ensemble du logiciel qui sert de base à la formation, quelle soit celle des universités ou celles des grandes écoles, qui arrivent certes à s'aligner avec certaines grandes écoles étrangères mais que sur un point: la formation d'une élite prédatrice profondément handicapée sur le plan de l'empathie.
Pour le reste nous devons nous libérer de l'ensemble des dogmes que nous avons pris pour des vérités absolus, parce qu'elles étaient à l'origine d'un renouveau salutaire à d'autres moment de notre histoire. Ah la France, engoncée dans son corset des Lumières, bien trop petit pour affronter les bouleversements qui nous attendent, incapable de laisser, par exemple, s'exprimer le forme d'intelligence dont le monde a le plus besoin demain, l'intelligence émotionnelle.
Bien au contraire, nous naviguons dans les méandres de la planète avec un logiciel qui n'a plus été réactualisé depuis des décennies.
Cette crispation, que l'on retrouve aussi dans d'autres pays, mais qui s'exprime d'une manière assez spécifique dans notre hexagone, trouve ses causes dans des maux bien propres à notre organisation politique et territoriale, et qui vont provoquer une explosion sans précédent, si nous nous obstinons à ne pas vouloir regarder ces vérités en face, et à se jeter des arguments d'apothicaires sur ce qu'il faudrait faire où ne pas faire. Il n'y a plus rien à faire. Il faut changer du tout au tout.
Je suis parfaitement d'accord avec votre analyse. J'ai oublié de le rajouter à mon commentaire.
La consanguinité, qui découle du logiciel dont je parle plus haut.
quelles différences entre la fac fin de cycle et les "grandes écoles" RIEN.
En fac en master 2 les admis doivent avoir des références de leur parcours 2 à 3 mentions. Les classes de master 2 sont en moyennes inférieures à 40 étudiants qui étudient en moyenne 14 heures par jour, pour un résultat de salaire dans le monde du travail inférieur à 20% à ceux grandes écoles.
Les "grandes écoles" ont monopolisé les pouvoirs en France mais pour avoir cotoyés, dans la même catègorie hiérarchique, pendant des années des "cerveaux" des grandes écoles il y a des incompétents notoires, mais sortir d'une grande école donne DROIT, comme une sorte de cuissage, à un minimun de management dans les entreprises.
Alors fac ou grandes écoles pas de différence pour ceux qui arrivent au bout de leur cursus.
Une différence qu'il faut noter, l'arrogance des étudiants des grandes écoles face aux étudiants des fac.
Au fait l'état économique castrophique n'est-il pas du pour une part aux énarques , aux sciences-po qui n'ont pas su évoluer en dehors de leur guerre-guerre de leur égo, enseignée dans les "grandes écoles"
Il est important de sortir des grandes écoles l'ENA et Science-po 2 écoles qui ont formé la dictature des commandes de notre pays avec les résultats que l'on connaît.
Reconnaître non pas la dictature des grandes écoles mais la compétence des Hommes voilà un vrai sujet pour l'avenir de notre pays.
"Reconnaître non pas la dictature des grandes écoles mais la compétence des Hommes voilà un vrai sujet pour l'avenir de notre pays."
C'est en gros mon propos. Deleuze disait que " l'expérience émotionnelle à la lecture d'un oeuvre philosophique, est plus importante et plus productive pour l'humanité en terme de création de concept, que la parfaite connaissance des différents concepts philosophiques propre aux professeurs de philosophie."
On peut appliquer ce propos à l'ensemble de la formation dans notre pays. On y apprend pas à appréhender le savoir par une expérience émotionnelle, mais bien dans la froideur, l'inhumanité de la distance de la connaissance déconnectée de toute émotion.
Ce qui m’étonne tant dans tous les articles et commentaires publiés sur le sujet des boursiers et des grandes écoles c’est que le débat ne se porte que sur l’éducation et pas sur le monde de l’entreprise.
Etant sorti d’une grande école d’ingénieur après une classe prépa, je me suis toujours dit que si j’avais du passer par la fac, je n’aurais pas forcément fini mes études. En effet l’émulation, l’encadrement très strict ainsi que la présence de profs hors du commun en classes prépas m’ont permis de continuer.
Le monde de l’entreprise a également un rôle à jouer dans ce phénomène car les discriminations entre diplômés sortant de la fac et des grandes écoles sont légions :
- Les grilles de salaires des grandes entreprises ; plus de 10 ans après la fin des études une majeure partie des grandes entreprises françaises continues à différencier les salaires en fonction des études réalisées et non pas du poste ou des fonctions.
- La cooptation entre les dirigeants issus d’une même grande école et ce souvent au détriment d’autres personnes de qualité (corps des mines, polytechnique, ENA…)
- La frilosité des recruteurs pour lesquels un seul cursus est valable car : ils sont « sur de la qualité ». Les entreprises étrangères (et plus particulièrement anglo-saxonnes) laissent plus de places aux filières littéraires et c’est la volonté de l’individu ainsi que son travail qui sont véritablement ses promoteurs au sein des entreprises.
Mais ces points ne sont que rarements abordés
Je souhaiterais donner mon avis modeste sur ce problème que j’ai touché du doigt personnellement. Issu d’une famille pauvre, je n’ai pas pu faire les grandes Ecoles auxquelles je pouvais prétendre compte tenu de mes résultats scolaires. Je devais travailler parallèlement à mes études pour subvenir à mes besoins quotidiens donc la Fac m’a ouvert ses portes.
J’ai reporté cette frustration sur mes enfants qui, brillants, ont intégrés deux grandes Ecoles. Cela ne m’a rien coûté sinon le gîte et le couvert que je leur offrais avec plaisir tant j’étais fier pour eux. C’est le grand avantage de l’éducation française qui permet la promotion sociale. Les parents ont l’ultime mission de pousser leurs enfants aux études et de leur faire comprendre qu’en dehors de l’université il n’y a alors point de salut.
Seulement ils ont été perdus pour la France car les groupes français n’ont pas su évaluer à leur juste valeur à la fois la qualité de leurs diplômes et bien sûr, les compétences des nouveaux diplômés qui avaient besoin d’un premier emploi pour donner la mesure de ce qu’ils étaient capables de faire. Ils ont donc été forcés de s’expatrier. L’Etat a investi quinze années pour rien et ce sont les américains qui en profitent aujourd’hui. L’un est à New-York et l’autre à Chicago pour des postes de très haut niveau qu’ils n’auraient jamais atteints en France où la promotion se fait uniquement à l’ancienneté et souvent par copinage.
La seule satisfaction cependant est celle de ne pas avoir honte de l’Education nationale qu’on a tendance à fustiger et qui pourtant a un système éducatif des plus performants.
Vu que je vous ai défendu récemment, je me permet de poser 2-3 questions :
Tout d'abord, pourquoi n'avez pas, vous, fait de Grande École ? L'argument du "je devais travailler parallèlement à mes études" est fallacieux. J'ai vu dans mon école des étudiants suivre leurs études tout en travaillant, c'est tout à fait faisable. De plus, les banques prêtent généreusement aux étudiants de grande école, qui ne posent que rarement de problèmes niveau remboursement ensuite.
Ensuite, vos enfants, se sont expatriés pourquoi ?? pour de meilleurs salaires ?? ne vous en déplaise, on vit très (très) bien en France avec les 2000-2500 € nets qu'offrent généralement les entreprises aux diplômés de Grande école de moins de 30 ans. Vos enfants ont été "forcés" de s'expatrier ?? Ils ne trouvaient pas d'emploi ici ?? Ils étaient discriminés ?? Ils étaient menacés physiquement ?? ou juste ils voulaient gagner plus (beaucoup plus...) de thune ??
Si la réponse est qu'ils voulaient gagner plus d'argent, alors j'en conclus que vous avez élevé vos enfants dans l'amour de l'argent, et nous ne pourrons être d'accord à ce sujet.
Si vos enfants ont été discriminés/menacés physiquement, alors j'en suis désolé.
Mais ne dites pas qu'ils ont été FORCES de quitter la France si ce n'est pas le cas.
Et ne me dites pas non plus que les salaires proposés par la France aux jeunes diplômés ne sont pas assez élevés. Une jeune sortant de grande école gagne généralement en premier salaire plus que 50% des français. Au bout de 5 ans, il fait généralement parti des 20% les mieux payés. Pauvre France en effet.
Alors, Mr Benillouche ?? Quelle conclusion ?? Vos enfants sont ils de bons capitalistes qui veulent toujours plus de salaire, ou sont ils de réelles victimes qui ont été forcées (par la peur de violences physiques ou morales) à s'expatrier ?
Merci de me répondre.
A mon sens, le gouvernement et le ton général de cet article vont dans la mauvaise direction.
Le problème de l'enseignement en France vient pas d'une sursélection, il vient d'un trop peu de sélection qui saborde automatiquement toute possibilité de former convenablement les élèves. C'est comme si, au lieu de faire monter 5 000 personnes sur un navire, on en faisait monter 50 000. Résultat, le bateau coule, et personne n'arrive nullepart.
Ce qui se passe en France au niveau des universités est une aberration totale comparé à ce qui se fait dans les autres pays développés. La France n'a aucun moyen de contrôler qui entre à l'université. On a instauré un système de cntrôle à la sortie du lycée (comme dans d'autres pays) au lieu de contrôle à l'entrée des universités, mais qui a deux effets pervers:
- Il sert de diplôme en soi, ce qui veut dire que des gens qui n'ont rien à faire en université ni même la motivation vont pousser jusqu'au bac pour avoir le "sésame".
- Pour arriver aux "80% d'une classe d'age" (concept imbécile en soi), on l'a dévalorisé de plus en plus, pour en arriver à des critères d'évaluation inférieurs à ceux du certificat d'études dans certains domaines...
Le manque de sélection convenable a en lui-même les effets déplorables suivants:
- Surcharge des universités, avec des amphis pleins à craquer en première année
- Redoublement de parfois 50% des effectifs d'une classe (donc 50% de gens à qui l'Etat doit financer une année supplémentaire inutile d'études)
Couplé à la gratuité totale des études:
- Le gouvernement dépense des fortunes mais qui se disséminent dans des milliers d'étudiants pour rien, pour en arriver à un ratio euro/étudiant des plus faibles du monde occidental (par contre, le budget consacré est un des plus élevés...)
- Les élèves peu motivés peuvent aller en cours - aucune motivation financière de ne pas redoubler, ou de vraiment faire des efforts, de toute façon "ça coûte rien de redoubler" ou de changer de cursus
- Les boursiers sont trop nombreux, et donc ne reçoivent pas des bourses suffisantes. La plupart finissent par arrêter en route, obligés d'avoir des emplois à côté etc. Ce qui fait donc encore une fois de l'argent gaspillé.
Ce qu'il faut à mon sens c'est:
- Regrouper les universités et arrêter de multiplier les antennes etc. qui ne fon que dilluer les moyens des universités
- Redonner aux universités une autonomie complète niveau sélection des étudiants et professeurs
- Permettre les droits de scolarité avec des plafonds entendus par le gouvernement (pour ne pas glisser dans l'extrême inverse avec des frais de scol à plus de $40,000)
Quant aux grandes écoles, ce n'est pas parce qu'on va leur imposer de prendre des élèves qui n'auraient pas été capables d'y entrer par ailleurs qu'on va arranger les choses - c'est simplement du pur populisme fasciste, qui marche bien en temps de crise: Faire beugler la plèbe contre ces "salauds de bourgeois". Ca permet de détourner l'attention des véritables problèmes (mais en contrepartie, ça se finit souvent très mal).