ECONOMIE
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- Par Eric Le Boucher
- Eric Le Boucher est un des fondateurs de Slate.fr. Journaliste, chef de service, chroniqueur économique au journal Le Monde, il est depuis 2008 directeur de la rédaction d'Enjeux-Les Echos. Il est l'auteur d'«Economiquement incorrect».
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Eric Le Boucher
Eric Le Boucher est un des fondateurs de Slate.fr. Journaliste, chef de service, chroniqueur économique au journal Le Monde, il est depuis 2008 directeur de la rédaction d'Enjeux-Les Echos. Il est l'auteur d'«Economiquement incorrect».
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Les réformes ratées de Nicolas Sarkozy
Le livre des économistes Pierre Cahuc et André Zylberberg dénonce des réformes «néfastes» qui obtiennent l'effet contraire du but recherché.
En juillet dernier, lors des rencontres du Cercle des économistes à Aix-en-Provence, Pierre Cahuc, professeur à Polytechnique, m'avait gentiment reproché, comme journaliste, de ne pas mener assez loin les critiques des réformes conduites par Nicolas Sarkozy. J'avais répondu qu'il me semblait, comme à beaucoup, que les réformes n'étaient, certes, faites «qu'à moitié» mais que «ce n'était déjà pas si mal dans ce pays de l'immobilisme». Pierre Cahuc a poursuivi: «Il faut voir les décrets d'application, les détails, les mises en place sur le terrain», pour voir que les réformes ne sont pas du tout faites «à moitié»: «ce sont de fausses réformes». Ce à quoi j'avais répondu, non sans un peu de mauvaise conscience d'ailleurs, que «je n'avais pas les moyens d'aller examiner les détails techniques mais que c'était aux économistes, comme lui, de faire ce travail».
Voilà . Pierre Cahuc a, depuis, fait ce travail, avec son complice habituel André Zylberberg, directeur de recherche au CNRS. lls viennent de publier «Les réformes ratées du président Sarkozy» chez Flammarion. Et leur conclusion est plus impitoyable encore pour les réformes de Nicolas Sarkozy: elles ne sont pas simplement «fausses» ces réformes, elles sont «néfastes» au sens où elles aboutissent à des résultats contraires à l'objectif souhaité. Au lieu de résoudre les graves problèmes structurels qui handicapent le pays (un taux de chômage très élevé malgré des prélèvements obligatoires records), les-dites réformes les accroissent. Elles consolident les ayant-droits, les seniors, les emplois stables, les syndicats installés, les grandes surfaces, etc. alors que la précarité et les difficultés s'abattent toujours sur les mêmes: jeunes, femmes, exclus...
Le livre est impressionnant. Il était, en effet, instructif d'aller dans les détails, comme me demandait Pierre Cahuc. On sort convaincu de la lecture qu'il s'agit d'un vaste problème de méthode: Nicolas Sarkozy veut prendre de vitesse les opposants en les «étouffant» de plusieurs réformes menées à la fois et tambour battant et, en parallèle, en acceptant sur chacune d'elles des «généreuses conciliations» au motif qu'elles ne remettent pas en cause le bénéfice général. Cahuc et Zylberberg montrent que le résultat est inverse: le bénéfice général est maigre, voire inexistant, mais en revanche les conciliations confortent bigrement des catégories dont on voulait réduire les avantages.
En prologue, les auteurs reprennent l'épisode éclairant de la carte famille nombreuse de la SNCF. Les avantages accordés en France aux familles nombreuses quelque soit leur revenu sont dans l'ensemble injustes et inefficaces. C'est le cas des tarifs SNCF. Des fonctionnaires de Bercy veulent s'y attaquer et supprimer cette «carte famille nombreuse», dans le cadre de la fameuse RGPP (Révision générale des politiques publiques). Dès que le bruit en court, les associations se mobilisent. Sarkozy recule immédiatement et il en rajoute en demandant qu'on prenne en compte «des situations familiales» jusque-là oubliées. A la fin, un nombre plus élevé de personnes qui pourront bénéficier de cette carte famille nombreuse. Les auteurs concluent: «Partant d'un objectif de réduction des dépenses publiques, on aboutit finalement à des dépenses supplémentaires!».
La réforme des régimes spéciaux de retraite est de la même eau. L'idée est de faire d'introduire de la justice et de faire des économies en alignant les conditions de retraites des salariés des services publics (EDF, RATP...) sur les autres, réforme qui a déjà avorté en 1995. Un accord est conclu avec les syndicats et en affichage la durée de cotisation est rallongée. Mais, en contrepartie, des primes et avantages sont «intégrés» dans les salaires ce qui augmentera les pensions. De combien? «C'est un secret d'Etat», déplorent les auteurs qui concluent, différents rapports du Sénat à l'appui, que cette réforme allait finalement coûter au contribuable.
Les auteurs passent ensuite en revue de détail les réformes des taxis, de la représentation syndicale, des grandes surfaces, du RSA et des 35 heures. La conclusion est la même: «L'essentiel est de produire l'apparence du changement».
Pour Cahuc et Zylberberg, c'est la méthode du président de la République qui est en cause. Le chef de l'Etat estime que la France est un pays irréformable par la force, il refuse d'être Thatcher. «Les réformes doivent être accompagnées d'une recherche constante de consensus». Le chef de l'Etat ouvre ainsi des négociations avec les syndicats et leur renvoie la balle: à vous en somme «de vous auto-réformer». Or, selon les auteurs, cela ne marche pas. Les syndicats ne font que servir les intérêts de ceux qu'ils représentent: la fonction publique en majorité, et les emplois stables des grands groupes privés. Négocier avec eux, c'est conforter ces catégories.
Tirant les leçons des expériences étrangères, ils citent plusieurs études internationales qui prouvent que les réformes structurelles n'avancent pas dans les pays faiblement démocratiques où la crédibilité des acteurs est mince et la transparence absente. La France, selon les critères de gouvernance de ces mêmes études internationales, est très mal classée. Pour faire avancer les réformes, il faut donc, en préalable, réviser la gouvernance institutionnelle française, en clair la représentation salariale et la représentation politique dans les Assemblées. Pas de réformes sociales avec des syndicats qui ne représentent que 8% des salariés, pas de réformes économiques dans une Assemblée chasse-gardée des lobbies.
Ces conclusions du primat institutionnel sont très fortes. On objectera que d'autres réformes ont été engagées qui ne sont pas examinées dans le livre: l'université, la carte judiciaire, etc. On demandera aussi avec qui négocier si on refuse de négocier avec les syndicats actuels? Faut-il passer en force? N'y a-t-il rien entre l'immobilisme et Thatcher? Reste que les auteurs marquent des points. Nicolas Sarkozy, soutenu par son énergie, a des apparences, il manque de résultats.
Eric Le Boucher
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Comments
réconfortant
Cette analyse me réconforte sur ma vision de la poltique menée par le Président. Je pense que les élus de tous bords sont trop attachés à leur prérogatives pour mener à bien les réformes dont à besoin la France.
Il est évident que les réformes ne pourront être menées que par des actions fortes sans penser à la prochaine élection. Peut-être que notre pays devrait être gouverné pour un temps par des institutions type Cour des Comptes pour mener avec PEDAGOGIE les réformes nécessaires. Il est évident, que reculer ces dernières aura pour conséquence et rapidement de mettre la France en grande difficulté, la vente du patrimoine pour faire face aux échéances ne dure qu'un temps . Qui paiera? la majeure partie des citoyens et en premier lieu ce qui à qui on fait croire que la France est encore un grand pays .
MAYOMBE
Prudence
Oui aux réformes, mais pas celles-là je crains que l'argument soit archi-rebattu, et j'ai hélas toute confiance dans un directeur de recherche au CNRS pour lui donner toutes les apparences d'un travail savant. A quoi on m'objectera que je n'ai pas lu ce travail, mais je me fie à des travaux comparables que j'ai lus (il y en a eu un publié ici même) dans un domaine que je connais un peu (réforme de l'université). Bref cher ELB ne vous laissez pas impressionner -- de très grands intellectuels avec prix Nobel et tout et tout ont écrit des bêtises (et bien pire) sous une forme très convaincante !
Le problème politique est brutal: qui propose des réformes cohérentes, qui passe à ce travail plus de temps et d'énergie qu'à critiquer Sarko ? Sur les impôts il y a eu un temps Piketty, mais il a misé sur Ségo qui, de son côté, ne semble pas vraiment se consacrer à la question, je me trompe ?
Comme souvent, Mr Le Boucher
Comme souvent, Mr Le Boucher pointe ce que nous ressentons ,
une vraie question serait de se demander si " la rupture" est utile plutôt qu'un lent et quasi imperceptible travail de reforme, d' amélioration voire de changement très progressif
L.Jospin s'y est cassé les dents de son ambition présidentielle, J.Chirac y est presque arrivé;
modifier les habitudes forgées depuis un siècle ou deux , ce n'est pas simple , mais nos grands parents ont réussi à construire un pays ou il fait bon vivre , et ça, c'est à garder ...
le génie français ,s'il existe, est là ;
maintenant, le gros risque, c'est la faillite pour cause de déficit, avec réduction des salaires et pensions et TVA à 25% ,là ,on pourra hurler .
De l'immobilisme à l'agitation permanante .
Nous sommes passés de l’immobilisme, à l’agitation permanente.
Pire, de l’inspiration à la fabrication de réformes sans passer par la case réflexion ! Qu’importe le contexte, qu’importe si cela détruit plus d’emploi que cela n’en crée.
Il faut créer de l’agitation, du mouvement, faire croire que si cela bouge, c’est que la France avance…
Lui, « il sait » ! En tout cas, c’est ce qu’il essai de faire croire au travers le tas de « réformes minutes » qui ne laissent plus de place ni à l’analyse, ni au recul minimum nécessaire.
Le culte de l’apparence… Ou l’embobinage des foules, des medias, le reniement des promesses et l’excuse du pragmatisme sont soit un manque de convictions, soit une succession de contradictions et de mensonges.
La gouvernance n’est plus institutionnelle, elle est devenue patronale d’où sa difficulté de négocier les réformes avec les acteurs de la vie économique et sociale. Pointer du doigt, stigmatiser une catégorie socioprofessionnelle pour la forcer à accepter le point de vue unique du chef, c'est la méthode .
Qui dans ces conditions peut croire qu’il négocie lorsqu’il dit « qu’il écoute mais qu’il n’en tient pas compte » !
Mais vous pouvez le croire, si vous en avez le temps… Les réformes porteront leurs fruits dans… 15 ans, à moins que d’ici là , la crise ne change notre mode de vie et de pensée !
Jen
Peut mieux faire
Le livre cité par ELB aborde différents thèmes que les auteurs amalgament de manière non pertinente, celui des politiques publiques (comme la politique familiale et la réduction familles nombreuses), qui sont l’expression d’une volonté politique d’orienter le comportement de la société et des citoyens, celui des responsabilités de tutelle de l’État (comme les régimes de retraite). et la réforme de l’Etat lui-même dans l’exercice de ses missions (comme la carte judiciaire).
Sur le premier point, l’exemple donné de la politique familiale n’est pas probant dans la mesure où la RGPP a pour objectif de faire des économies par un effort de rationalisation et de pertinence plutôt que par des coupes systématiques ou aveugles. La politique familiale, qu’il faut analyser à la lumière du cadre plus général du pouvoir d ‘achat, ne me paraît pas être un secteur prioritaire à réformer en dépit des critiques d’injustice et d’inefficacité qui lui sont faites et que je juge largement infondées.
Dans le cas des régimes spéciaux de retraite, la réforme consiste à appliquer la même conséquence de l’allongement de la durée de vie que pour les autres salariés. C’est chose faite et tant mieux. La prise en compte des primes dans le calcul est en totale cohérence avec cette réforme dans la mesure où elle aligne, là aussi, les services publics concernés sur les pratiques du privé, et cette disposition n’est en aucun cas interprétable comme un recul, mais comme un complément logique à la réforme de la durée des cotisations.
A la lumière de ces deux exemples, les critiques des auteurs ne me paraissent pas convaincantes. Il est certain que, de la campagne à la réalité du pouvoir, Sarkosy a dû s’adapter au conservatisme prononcé de la société française, qui était connu, et maintenant à la crise, dont tous nos brillants économistes avaient omis de nous signaler la prochaine venue.
Cela dit, si je compare les réformes engagées pendant ces deux années écoulées aux deux décennies précédentes, pour moi il n’y a pas photo, même si la note globale est "peut mieux faire"
Europe
Nuancons !
Doute, inquiètude, interrogations ... Une société troublée en proie aux tourments de l'âme qui dans l'ombre nocturne cherche désespérement... Maintenant que le style , les réformes de Sarkosy ne soient pas à la hauteur des attentes qui peut sérieusement en douter ? Seulement je crains que nos deux auteurs ont trouvé là un bouc émissaire un peu commode. Sarkosy serait responsable de tout, les syndicats en sus ! Est-ce bien sûr ? Les syndicats ne sont uniformes. Il y a un monde entre la CFDT et Sud...Les français se montrent aussi terriblement frileux, conservateurs, volontiers xénophobes, corporatistes... D'ailleurs, ils votent à droite, voir même à l'extrème droite et tout pouvoir doit composer avec cette France là ! Un pouvoir issue des urnes...
Analyse sans doute intéressante mais peut être sans grande nuance, un portrait à charge, une charge nécessaire qui ne rend toutefois pas compte de la complexité du drame.
A bas la réforme!
Non, décidemment la France n'aime pas les réformes. Révolutions si (pas trop souvent). Réformes NON!
Après 14 ans de Mitterrand où la réforme s'est résumée à l'abolition de la peine de mort (enfin) et l'abolition de la 1ere classe dans le metro parisien, puis Chirac qui n'a réformé rien du tout, on a aujourd'hui ce trouble-fête.
Pour les uns va trop loin, trop vite, pour des autres pas assez loin, pas assez vite et surtout il n'hésite pas à piquer les vêtements des 'progressistes' de gauche qui les avaient oubliés dans leurs placards.
Quant à son style! Un président qui tutoie? Qui porte des Rolex? Qui pense que gagner de l'argent en travaillant n'est pas une si mauvaise chose? Comment voulez-vous qu'un membre du fameux CNRS (universellement connu jusqu'à Calais) prenne un tel homme au sérieux?
Il faut quand même respecter les normes. Une réforme se fait à gauche, débattu par les philosophes, par les syndicalistes et surtout par cet énorme think tank l'Education Nationale. Tout les autres s'abstenir.
Ca convient à tout le monde comme ça - aux békés, aux magistrats, aux rechercheurs, aux réprésentants des communes, aux chauffeurs de taxi, aux fonds à formation, à France Inter, à l'Education Nationale et bien sûr aux syndicats...
Et si, pour une fois, on le laissait travailler? Ce n'est que pour 5 ans après tout. Après vous verrez!
Peter Wright
Nombrilisme franco-français ?
Les réformes ratées ? Peut-être, peut-être pas, un peu tôt pour apprécier me semble t-il. Mais bon sang des REFORMES. Et en France qui plus est. Voilà le français contraint de se remettre en question. C'est tout simplement révolutionnaire. Une nouveauté dans ce beau pays, on réforme même si la rue bouillonne, si les grèves menaçent, malgré la crise. Je n'ai pas lu le livre de Messieurs Cahuc et Zylberberg. Mon avis n'est que la suite d'observations sur les tentatives de réformes depuis environs 30 années . Le schéma simpliste de mes 15 ans n'a pas changé jusqu'à aujourd'hui.
Proposition de réforme = Manif dans la rue = retrait de la réforme.
A trop regarder son nombril on oublie que les autres en ont un.
pascal