Monde

Les précieux conseils de Buffett à Obama

John Dickerson, mis à jour le 16.03.2009 à 11 h 24

Le président américain a besoin du soutien du milliardaire.

Warren Buffet en 2008. REUTERS/Carlos Barria

Warren Buffet en 2008. REUTERS/Carlos Barria

Pendant la campagne présidentielle, Barack Obama a régulièrement cité nommément l'homme le plus riche du monde. «J'ai un ami, Warren Buffett», disait-il, avant d'expliquer qu'ils étaient tous les deux d'accord sur la politique fiscale. Warren Buffet était peut-être le plus puissant «valideur» d'Obama. Aux Etats-Unis, «valideur» («validator») est un terme politique pas très heureux qui désigne un partisan dont la réputation inattaquable dans un domaine particulier rassure le public par rapport aux maigres références d'un candidat dans ce même domaine.

Barack Obama pourrait se servir d'un peu de validation de la part de Buffett en ce moment. Il souhaite en effet renforcer la confiance des investisseurs et des consommateurs dans les plans de relance qu'il a promulgués et ceux qu'il doit encore dévoiler. Il n'a pas vraiment obtenu cette validation, lundi, alors que Warren Buffett livrait son point de vue sur la crise économique dans une longue interview accordée à la chaîne CNBC. L'homme d'affaires a largement critiqué les responsables politiques de Washington. S'il a déploré l'obstruction des républicains, ses remarques les plus précises concernaient les démocrates du Congrès et le président. «Je crois que les démocrates ne devraient pas faire ça. Et j'ai pourtant voté pour Obama, je lui apporte mon ferme soutien et je crois que c'est l'homme qu'il nous faut. Quand ils appellent à l'unité autour d'une question de cette importance, ils ne doivent pas se servir de ce prétexte pour rouler les républicains.» Il a également indiqué qu'il était improductif d'accuser l'administration Bush et d'utiliser la crise pour des fonds destinés à leurs projets fétiches.

Robert Gibbs, porte-parole de la Maison Blanche, ne pouvait pas rejeter les critiques de Warren Buffett aussi prestement qu'il l'a fait pour les autres détracteurs de l'administration. De même, il ne pouvait pas affirmer que Warren Buffett n'est plus ce qu'il était, comme l'a fait un autre stratège démocrate au téléphone avec moi. Au cours de la récente crise économique, Buffett a pris beaucoup de mauvaises décisions, comme il l'a d'ailleurs reconnu dans son interview et dans sa lettre annuelle aux actionnaires. (Une citation à titre d'exemple : «En 2008, j'ai fait quelques bêtises concernant les investissements».)

Prudent, Robert Gibbs n'a répondu que sur une partie des critiques de Warren Buffett: Obama comprend sa frustration à l'égard du processus politique à Washington et son appel pour que les deux partis coopèrent. (Mardi, le président n'a pas saisi l'occasion de faire remarquer que, malgré les critiques de l'homme d'affaires, le Dow Jones avait gagné près de 400 points.)

Warren Buffett n'a pas cherché à imputer les responsabilités. Il appelait seulement à un recentrage de la politique, surtout de la part du président Obama, le chef de la communication. Car, selon Buffett, c'est le manque de communication qui est à l'origine de la situation économique actuelle. «Nous avons reçu des messages brouillés», a-t-il déploré. «Les Américains ne comprennent pas. Ils ont l'impression de ne pas savoir ce qu'il se passe, et leur réaction est de se braquer (...) Le temps qu'il faudra [pour redresser l'économie] dépend énormément du bien-fondé des politiques gouvernementales, mais aussi de l'efficacité de la communication.» (Dans ses propres communications au sujet de la crise économique, Warren Buffett a, à plusieurs reprise, comparé la crise à une guerre, développant des analogies avec l'attaque de Pearl Harbor.)

On ne peut pas dire qu'Obama n'a pas essayé d'éduquer le pays. Il le fait souvent dans ses discours et sur la route. Il l'a fait au début de sa conférence de presse en prime time et dans son allocution devant le congrès. Ses conseillers économiques mènent également des actions de sensibilisation auprès de cellules de réflexion et dans des émissions d'information à la télévision. Les sondages suggèrent que Buffett se trompe: les Américains sont contents de ce qu'ils entendent. Environ 41% des sondés pensent que le pays est sur la bonne voie (c'est le plus haut chiffre enregistré depuis cinq ans). Dans un récent sondage Wall Street Journal/NBC, 56% disent approuver l'action d'Obama sur le plan économique. Même tendance dans un sondage Quinnipiac, où 59% ont exprimé leur satisfaction. Cette proportion du public approuve les orientations économiques d'Obama, y compris son budget. Selon un sondage CNN, 80% des personnes interrogées pensent que la politique d'Obama améliorera la situation économique. Après le discours de leur président au Congrès, il y a deux semaines, les Américains ont confié à Gallup qu'ils étaient rassurés. Même le projet logement d'Obama est soutenu: si certains pensent qu'il est injuste et bénéficiera à ceux qui se sont mal comportés pendant la bulle immobilière, une majorité reste convaincue qu'il sera efficace.

Mais le richissime Buffett aurait probablement répliqué (il n'était pas disponible pour un entretien) que ces sondages sont trompeurs. Pour savoir si Obama a vraiment changé le climat économique, il suffit d'observer le comportement des consommateurs. Ils sont stressés, ne dépensent pas. Depuis l'adoption du plan de relance, l'état d'esprit des consommateurs ne s'est pas amélioré. A l'évidence, Barack Obama s'inquiète aussi de ce que pense Warren Buffett, car ce dernier s'efforce constamment de stimuler le marché en redonnant confiance aux consommateurs. Il a suggéré qu'il serait peut-être temps d'investir en bourse et, dans un entretien accordé au New York Times la semaine dernière, il a exhorté les Américains à ne pas «amasser de l'argent sous leur matelas». Le célèbre financier a tenté de les rassurer: «Je crois que les Américains ne doivent pas avoir peur de l'avenir», a-t-il déclaré. «Je ne crois pas qu'il faille soudainement remettre en cause toutes nos institutions financières».

Que Buffett ait raison ou pas en affirmant qu'Obama doit mieux communiquer pour permettre à l'économie de redémarrer, le président américain a d'autres raisons d'améliorer son argumentaire. Il doit convaincre l'opinion que son plan de relance fonctionne, car il se peut qu'il doive demander un important complément de dépenses publiques (pour un autre sauvetage bancaire ou peut-être un second plan de relance). Il faut qu'il défende son budget: le président du Comité budgétaire du Sénat a indiqué qu'il n'avait pas recueilli suffisamment de voix pour le moment.

Si Barack Obama tient compte du point de vue de son ami Warren, autant que pendant sa campagne, il s'évertuera davantage à éduquer le pays et montrera qu'il fait tout ce qui est en son pouvoir pour redresser l'économie. Dans son interview sur CNBC, le financier a cité Roosevelt plusieurs fois et évoqué l'esprit de solidarité qui régnait dans la nation sous sa présidence. Il n'est donc pas impossible que le nouveau président américain apparaisse bientôt au coin du feu, exposant les solutions qu'il préconise pour sortir les Etats-Unis de sa sombre situation économique. Barack Obama pourra peut-être même évoquer, dans ces conversations conviviales, à quel point il parle à son vieil ami Warren Buffett et écoute ses riches conseils.

John Dickerson

Traduit de l'anglais par Micha Cziffra

Image de une: Warren Buffett en 2008. REUTERS/Carlos Barria

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