Life

Les footballeurs ne sont pas des «trop payés»

Patrick Magdelain, mis à jour le 27.03.2009 à 13 h 14

En temps de crise, le coup de gueule vaguement poujadiste du président de l'AS Nancy-Lorraine avait de quoi trouver un écho certain. «Je veux bien admettre qu'on a commis une erreur en installant les joueurs dans un trop grand confort», a balancé Jacques Rousselot dans «l'Est Républicain». «Notamment financier. Ils ont tous été revalorisés au niveau de leur contrat. Je pense même que, pour la plupart, à cette heure, ils auraient bien du mal à trouver mieux ailleurs.» Alors, trop payés les Nancéiens?

Au vu du jeu assez triste de l'équipe de Pablo Correa, les esprits retors répondront oui, sans doute un peu quand même. Et d'étendre la critique à tous les joueurs de foot, derniers nababs d'une France en temps de crise où tout le monde - même certains banquiers - se serre la ceinture.

Loi d'airain libérale

Sauf que si l'on se fie à la simple logique économique, les footballeurs ne sont pas trop payés, loin de là. Avec un salaire mensuel moyen de 40.000 euros, les footballeurs du championnat français ne sont certes pas à plaindre, mais ils ne sont pas pour autant des escrocs qui volent le bon pain des Français.

D'abord, parce que les footballeurs sont payés au mérite, c'est la conclusion d'une étude d'économistes anglais. Malgré quelques «accidents industriels», la loi d'airain libérale s'applique dans le football: meilleur le footeux est, meilleur est son salaire.

Pourquoi ne pas virer les joueurs?

D'autant que contrairement à d'autres corporations, les footballeurs sont scrutés, leur performance est décortiquée, notée chaque week-end par des millions d'observateurs. Inimaginable pour n'importe quelle autre profession. Même si un classement hebdomadaire des traders pourrait être assez amusant.

D'autant que les footballeurs valent plus que leur salaire. D'ailleurs, signe qui ne trompe pas, quand Roman Abramovitch a commencé à ressentir les effets de la crise financière et donc à vouloir réduire les coûts de sa dispendieuse danseuse Chelsea, il n'a pas viré Anelka, ni Drogba, mais quelques recruteurs n'émargeant même pas à 5.000 euros par mois. Bref, des lampistes. Pourquoi cette décision qui ne semble pas économiquement très rationnelle? Après tout, se séparer du quatrième attaquant des Blues (au hasard, Salomon Kalou, même si on n'a rien contre le petit frère de Bonaventure) ne nuirait pas beaucoup au rendement offensif du club, mais permettrait de faire de grosses économies. En tout cas plus qu'en virant quelques recruteurs. Roman Abramovitch est-il un inconscient? Oui parce qu'il a recruté Deco. Non, car si Abramovitch n'a pas viré Kalou, c'est parce que l'Ivoirien vaut plus que son salaire. Il fait partir des actifs de Chelsea et est inscrit tel quel dans les bilans comptables, au même titre que le parc immobilier du club. On n'imagine pas la personne de Daniel Bouton inscrit comme actif dans les comptes de la Société Générale. Et donc se séparer de Kalou ferait faire des économies de salaire, mais ferait aussi baisser la valeur de la société, ce qui n'est pas envisageable pour Roman Abramovitch.

Pour en revenir à nos vertes prairies hexagonales, la vraie inégalité avec monsieur-tout-le-monde-qui-se-serre-la-ceinture réside plutôt dans le rapport à l'impôt. Les footballeurs ne sont pas trop payés, mais ils ne sont pas taxés comme les autres. Une mesure transitoire leur permet de toucher une partie de leur rémunération sous forme de droit à l'image. Gain pour les clubs (et donc pour les joueurs): 30% de la rémunération est exonérée de charges sociales. Ce jackpot a, selon la Ligue Professionnelle de Football, permis aux clubs français de rester concurrentiels par rapport aux clubs européens, et donc d'offrir des salaires rondelets. Une mesure qui pourrait être appelée à disparaître, ce qui fait très peur aux instances du foot français, en plein lobbying pour aménager la mesure. De quoi comprendre les déclarations de Jean-Michel Aulas après l'élimination de Lyon, manière de mettre la pression sur les négociations en cours (même avec le budget du Barça, il n'est pas sûr que Lyon fasse aussi bien, en fait).

Gouffre

Ce qui est plus inquiétant, ce n'est pas tant l'ampleur de la rémunération des footeux qui fait scandale, mais la place de plus en plus grande que le poste occupe dans les budgets des clubs. Selon les conclusions de la peu sexy mais extrêmement pointilleuse Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) dans son rapport annuel, la masse salariale a absorbé 85% des revenus des clubs lors de la saison 07/08 contre 77% l'année précédente. De là à imaginer que d'ici quelques années, la masse salariale dépasse le revenu annuel des clubs? L'hypothèse n'est pas inimaginable : certains clubs anglais l'ont déjà testé au début des années 2000, avant de rentrer dans le rang. Une telle manœuvre peut se tenter dans un marché des transferts florissants, où quelques gros coups permettent d'équilibrer les comptes, pas dans le mercato moisi à venir. De toute façon, en France, le gendarme de la DNCG veille: impossible de dépasser les 100%.

Pour autant, cela ne donne pas aux sportifs le droit de dépenser leur argent avec autant de mauvais goût, n'est-ce pas Djibril Cissé, qui a porté l'art du tuning a un point jamais atteint auparavant. Voilà le vrai scandale de l'argent dans le foot.

Patrick Magdelain

Patrick Magdelain
Patrick Magdelain (2 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte