La curée contre le pape
L'affaire des préservatifs, celle des évêques intégristes et l'excommunication d'une fillette brésilienne ont abîmé l'image de Benoït XVI. Mais attention aux amalgames.
- Le pape Benoït XVI lors d’une cérémonie de communion à Yaoundé Finbarr O'Reilly / Reuters -
Pour la première fois, le logo du Sidaction - dont la campagne annuelle a eu lieu du 20 au 22 mars - devait figurer sur les écrans télévisés des émissions religieuses du dimanche 22 au matin, y compris lors du culte protestant et de la messe catholique. C'est sur l'ordre de la direction de France 2 qu'une telle disposition a été prise. Réaction dans La Croix de Mgr Jean-Michel di Falco, président de la commission de communication des évêques de France: «Nous étions d'accord pour les magazines, mais pas pour la messe: c'est une question de bon sens». Interrogé sur l'existence d'un lien entre cette décision de France 2 et la polémique ouverte par les propos de Benoît XVI sur le sida, Mgr di Falco a répondu: «Je n'en serais pas surpris».
Cette anecdote en dit plus long que des sondages contestables, publiés dans le feu de la polémique et montrant le désaveu pour Benoît XVI, qui compterait 55% de mauvaises opinions, contre 25% en septembre 2008 lors de sa première visite à Paris et Lourdes. La succession de décisions ou paroles malheureuses de ce pape, la crise d'autorité qui a atteint toute l'Eglise, l'ébranlement des esprits dans et hors de la sphère catholique, laissent pantois bien des commentateurs, journalistes ou hommes politiques.
Mais les plus prompts à s'emporter sont ceux qui ignorent tout de l'Eglise, de ses mécanismes de fonctionnement, du substrat de ses décisions, de son histoire et de son droit. Sans doute tout observateur, même sans culture catholique, a t-il le droit de se faire une opinion, et de l'exprimer, sur des personnalités qui - pape ou président - assure un pouvoir politique ou moral.
Mais le désaveu sans nuance et l'exécution sommaire sont des méthodes d'autant plus insupportables que la connaissance des dossiers est médiocre, l'information incomplète, partiale et biaisée, l'interprétation expéditive, la répétition des mêmes mots abusive. C'est le règne de la doxa - c'est-à-dire d'une opinion médiatique dominante contre laquelle, au nom du «politiquement correct», personne n'ose s'insurger - ; celui de l'amalgame qui, pour entretenir les fonds de commerce de la polémique, mélangent des affaires qui n'ont pas toujours à voir entre elles. A cet égard, le pape n'est pas plus épargné que le sont les personnalités politiques civiles ou que l'ont été ses propres prédécesseurs.
L'auteur de cet article ne considère pas le pape soit «infaillible». Benoît XVI a une intelligence hors du commun et une culture théologique que reconnaissent ses pires ennemis, comme son faux frère Hans Küng, autre ancien de la faculté de théologie de Tübingen (Allemagne). Mais ses qualités d'Herr Professor n'en font pas forcément un homme de gouvernement et de communication. Sa faible capacité à bien s'entourer le conduit même à des dérapages désastreux. Mais la curée dont il est, depuis des semaines, la victime ne devrait pas dispenser l'honnête homme d'aller plus loin, d'en passer par l'épreuve du réel, de chercher à comprendre ce qui s'est réellement passé, au delà de ce qu'en rapportent les médias. Voici trois cas d'incompréhension.
1 - Simplification médiatique et complexité catholique
Rapporté à longueur de colonnes et d'antennes, le propos du pape sur le préservatif, le seul qui ait été entendu et retenu par l'opinion - «on ne peut pas résoudre le fléau du sida par la distribution de préservatifs. Au contraire, le risque est d'augmenter le problème» - ne correspond pas aux nuances de sa pensée. L'honnêteté s'impose - et nous choisissons de le faire sur Slate.fr - de citer intégralement son intervention sur le sujet.
A la question d'un journaliste, dans son vol pour l'Afrique, l'interrogeant sur les moyens de luttre contre le sida et, à cet égard, sur «la doctrine de l'Eglise qui se révèle ni réaliste, ni efficace», Benoit XVI a répondu : «Je dirais le contraire: je pense que la réalité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le sida est précisément l'Eglise, avec ses mouvements et ses différentes réalités (Le pape cite Sant'Egidio et d'autres communautés religieuses à la disposition des malades) (...)
Je dirais qu'on ne peut pas surmonter ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. Si on n'y met pas l'âme, si on n'aide pas les Africains, on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d'augmenter le problème.
La solution ne peut se trouver que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c'est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui apporte une nouvelle manière de se comporter l'un avec l'autre, et le deuxième, une amitié pour les personnes qui souffrent, la disponibilité, même au prix de sacrifices, de renoncements, à être proches d'eux. Tels sont les facteurs qui aident et qui conduisent à des progrès visibles.
J'exprimerai donc en Afrique cette double nécessité de renouveler l'homme intérieurement, de lui donner une force spirituelle et humaine pour un juste comportement à l'égard de son propre corps et de celui de l'autre, et de souffrir avec ceux qui souffrent, rester présents dans les situations d'épreuve. C'est la juste réponse, et c'est ce que fait l'Eglise, offrant une contribution très grande et importante.»
On ne dira pas ici que les médias ont fait de la désinformation. Mais on admettra que ce propos sur le sida, retransmis dans son intégralité, est éloigné de cette «brutalité» qui fut prêtée au pape par certains médias. Quand l'Eglise veut diffuser un message qui, pour elle, est toujours long, nuancé, complexe, elle se heurte à l'impitoyable logique de simplification et sélection médiatique, celle qui privilégie les titres courts, les petites phrases, les messages directs, clairs, accessibles. Toute mutilation de son discours apparaît, aux yeux de l'Eglise, comme une trahison. C'est le noeu du divorce entre elle (comme dans les autres institutions croyantes) et les médias.
Du remarquable et long discours de Benoît XVI à Ratisbonne (Allemagne), en septembre 2006, sur les rapports entre la foi et la raison, l'opinion ne sera informée que d'un dialogue qui tient en quelques lignes, remontant au XIVème siècle à Constantinople, entre un chef musulman et le patriarche chrétien de la ville sur la violence intrinsèque à l'islam. Les témoins de ce voyage (comme l'auteur de cet article qui a suivi plus d'une soixantaine de voyages de Jean Paul II et Benoît XVI) peuvent attester que les agences de presse américaines n'ont relayé que ce petit bout de dialogue, très circonscrit dans le temps, mais réduit dans la bouche du pape à un amalgame entre islam et guerre sainte qui a mis le feu aux poudres dans tous les médias arabes. On se souvient de la suite.
Que de fois un pape aimé comme Jean Paul II, évoquant la «culture de mort » qui règne dans le monde contemporain, a t-il été aussi la victime de tels amalgames! Comme celui qui lui était prêté de vouloir comparer les cimetières d'enfants non-nés» dans les avortements avec les «camps de concentration» nazis.
2- Suprématie occidentale et spécificité africaine
A la surprise de ceux qui ignorent tout des mentalités africaines, des personnalités du continent noir ont approuvé le propos de Benoît XVI sur le préservatif. Archevêque de Dakar, le cardinal Théodore-Adrien Sarr a déclaré: «Je demande aux Occidentaux de ne pas nous imposer leur unique et seule façon de voir. Dans des pays comme les nôtres, l'abstinence et la fidélité sont encore des valeurs. Elles sont encore vécues et contribuent à la prévention contre le sida».
Mgr Simon Ntamwana, archevêque de Gitega au Burundi, relève «le glissement de pensée» de l'Occident et critique son «hédonisme sexuel». Ajoutant: « Ce n'est pas le seul préservatif qui va diminuer le nombre d'infections du sida, mais aussi une discipline que chacun doit s'imposer»
On dira que ce sont des propos d'ecclésiastiques qui volent au secours du pape. Mais le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, également président du Comité de lutte contre le sida de son pays, a approuvé le pape dans son rappel à l'Afrique que le préservatif n'est pas le seul moyen de protéger contre le virus HIV. Et il observe: «En France, l'intelligentsia ne comprend pas notre proximité avec les responsables catholiques. Pour nous, l'Eglise est d'abord synonyme d'écoles et de dispensaires. Et pour nous aussi, le débat sur le sida n'est pas théorique, il est urgent et pratique. Si l'abstinence est un moyen de prévention, pourquoi s'en priver! Le Burkina est une société plurielle et plusieurs modes de prévention peuvent cohabiter : l'abstinence, la fidélité, et le préservatif».
Le fossé religieux entre l'Occident et l'Afrique sur les questions de sexualité n'étonnera pas ceux qui suivent la crise interne à la religion anglicane (80 millions de fidèles dans le monde) et le schisme en cours. Quand, en 2003 aux Etats-Unis (New-Hampshire), un évêque notoirement homosexuel a été élu à ce poste pour la première fois, ce sont toutes les communautés anglicanes d'Afrique qui se sont révoltées en bloc. Dans ce continent, le fondamentalisme biblique (qui interdit l'homosexualité) rejoint de plus en plus des structures sociales qui reposent sur la «famille», au sens large et dans sa seule forme hétérosexuelle. Ce fait peut susciter de légitimes critiques sur l'intolérance des Eglises africaines (protestantes, anglicane, évangélique autant que catholique) qui progressent à vive allure. Mais il ne devrait pas nous aveugler complètement sur nos certitudes occudentales.
3- Amalgame et crise d'autorité dans l'Eglise
La troisième leçon à méditer porte sur la dérive intellectuelle qui consiste à rapprocher des affaires qui relèvent d'ordre différent et les interpréter selon une grille unique définie à l'avance. A cet égard, la dégradation vertigineuse de l'image de Benoît XVI vient de la succession, dans un laps de temps rapproché, de décisions, qui traduisent sans doute une orientation générale conservatrice, mais sont aussi d'origine différente et susceptibles d'interprétation plurielle.
On dit ce pape «intégriste», parce qu'il a levé l'excommunication de quatre évêques de droite consacrés en 1988 sans mandat pontifical (alors Jean Paul II) par Mgr Marcel Lefebvre, évêque dissident du dernier concile Vatican II (1962-1965). Mais on dit moins que cette étape (attendue) fait partie d'un processus de réconciliation avec une minorité intransigeante de catholiques traditionalistes qui n'a jamais fait son deuil du type d'Eglise autoritaire qui était hégémonique avant Vatican II. Et on ne dit pas du tout que ces évêques réhabilités ne sont pas rétablis «dans la pleine communion de l'Eglise» (ce que le Vatican a souligné dès le lendemain de la levée de l'excommunication), et que, selon le pape même, les réformes du concile ne sont pas non-négociables.
On le dit aussi, sinon «révisionniste», au moins en retrait dans le dialogue avec les juifs inauguré par ses prédécesseurs, sous prétexte que, parmi les évêques excommuniés, l'un d'entre eux, Richard Williamson, a mis en cause l'existence des chambres à gaz. Mais on laisse peu d'espace à l'argument de l'ignorance et de la bonne foi. Le manque de vigilance du pape est coupable, le silence de ses conseillers scandaleux. Mais on ne dit pas assez qu'après des jours de stupeur, le monde juif a repris des relations normales avec ses interlocuteurs catholiques. Et que, dans une longue lettre aux évêques du monde entier, le pape s'est livré à une autocritique que l'on ne trouverait jamais (ou très exceptionnellement) dans la bouche ou les écrits d'un haut responsable politique.
Autre interprétation hâtive dans une autre affaire dramatique, suivant celle des évêques intégristes et puisant au même climat hostile créé par la complicité du pape avec les milieux les plus conservateurs : celui-ci est rendu co-responsable de l'excommunication, prononcée par un évêque brésilien contre une fille de 9 ans, enceinte de jumeaux à la suite d'un viol (par son propre beau-père), et qui s'est fait avorter. Cette excommunication a soulevé l'indignation partout dans le monde. Mais a t-on dit avec assez de force qu'elle a fait l'objet de nombreux désaveux cinglants: par Mgr Renato Fisichella, l'une des plus hautes autorités du Vatican sur les questions morales; par la conférence de tous les évêques de son pays, le Brésil, qui a levé cette excommunication de la filette; enfin par maints responsables d'Eglise, notamment des évêques de France qui ont rappelé l'évidence : avant la lutte contre l'avortement que prohibe l'Eglise, le devoir numéro un de tout chrétien est la miséricorde et la compassion.
Les crispations qui atteignent ainsi, comme dans une spirale infernale, la personne du pape et divisent l'Eglise jusqu'à son sommet traduisent d'incroyables erreurs de cap. Mais l'objectivité commande d'aller au delà des stéréotypes, d'éviter les assimilations hâtives, de vérifier autant que possible son information, enfin de ne pas céder au piège des petites phrases et de la pensée unique.
Henri Tincq
Mis à jour le 22/03/2009 à 7h36








































On ne dira pas ici que les médias ont fait de la désinformation.
A mon sens, quand on sort des propos de son contexte de la sorte, on peut vraiment parler de désinformation.
De façon générale, on pourrait croire qu'hormis son inclination conservatrice et les erreurs que vous mettez en exergue, on peut penser que ce pape a une approche bien trop intellectuelle pour nombre de journalistes qui ne veulent retenir que les choses simples et percutantes. On peut aussi se poser la question s'il ne l'est pas aussi un peu trop pour des fidèles à la recherche de certitudes dans un monde où il y en a de moins en moins
bien vu mais y'a pire: "investigation"
ce n'est pas guillaume durand qui à "enquêter" sur un sondage ?
dans la réalité il a lut l'entête du sondage.
en même temps un sondage pas "si négatif" à sarko c'était trop pour certain.
Les média surf sur la vague de l'opinion.
les "journalistes", "intéllos" tirent vite pour récupérer de l'auditoire.
il suffisait de voir le ps et ses 1000 personnes au lieu des 6000 attendus qualifié de "demi succes" car la presse était là ELLE!
la valeur de certains propos se perds dans les raccourcis et approximation.
2- Suprématie occidentale et spécificité africaine
A la surprise de ceux qui ignorent tout des mentalités africaines, des personnalités du continent noir ont approuvé le propos de Benoît XVI sur le préservatif. Archevêque de Dakar, le cardinal Théodore-Adrien Sarr a déclaré: «Je demande aux Occidentaux de ne pas nous imposer leur unique et seule façon de voir. Dans des pays comme les nôtres, l'abstinence et la fidélité sont encore des valeurs. Elles sont encore vécues et contribuent à la prévention contre le sida».
Ce qui est reproché au Pape, ce n'est pas de prêcher l'abstinence, c'est de considérer que le préservatif propage le sida. C'est comme si pour dénoncer la vitesse excessive en voiture, on dénonçait le port de la ceinture de sécurité en affirmant qu'elle incite les automobilistes à rouler plus vite.
On dit ce pape «intégriste», parce qu'il a levé l'excommunication de quatre évêques de droite consacrés en 1988 sans mandat pontifical (alors Jean Paul II) par Mgr Marcel Lefebvre, évêque dissident du dernier concile Vatican II (1962-1965). Mais on dit moins que cette étape (attendue) fait partie d'un processus de réconciliation avec une minorité intransigeante de catholiques traditionalistes qui n'a jamais fait son deuil du type d'Eglise autoritaire qui était hégémonique avant Vatican II. Et on ne dit pas du tout que ces évêques réhabilités ne sont pas rétablis «dans la pleine communion de l'Eglise» (ce que le Vatican a souligné dès le lendemain de la levée de l'excommunication), et que, selon le pape même, les réformes du concile ne sont pas non-négociables.
Ce qui reste le plus mystérieux dans cette histoire, c'est que l'excommunication est une décision extrêmement symbolique qui ne se prend pas à la légère. Sa levée suppose qu'il y ait eu, me semble-t-il, négociation et une évolution dans la doctrine d'au moins une des deux parties. Dans la mesure où cette minorité traditionaliste (intégriste?), n'a manifestement pas dévién d'un pouce dans sa doctrine, force est de supposer c'est le Vatican qui a adopté un certain nombre de leurs idées.
Mais a t-on dit avec assez de force qu'elle a fait l'objet de nombreux désaveux cinglants: par Mgr Renato Fisichella, l'une des plus hautes autorités du Vatican sur les questions morales; par la conférence de tous les évêques de son pays, le Brésil, qui a levé cette excommunication de la filette; enfin par maints responsables d'Eglise, notamment des évêques de France qui ont rappelé l'évidence : avant la lutte contre l'avortement que prohibe l'Eglise, le devoir numéro un de tout chrétien est la miséricorde et la compassion.
Lorsque dans ce contexte, le Pape rappelle son opposition à tout avortement thérapeutique, ces évêques me semblent en opposition avec le pape sur cette excommunication de la fillette. "Combien est amère l'ironie de ceux qui promeuvent l'avortement au rang des soins de la santé des mamans ! Combien est déconcertante la thèse de ceux qui prétendent que la suppression de la vie serait une question de santé reproductive" Cette petite fille de 9 ans était enceinte de jumeaux...
enfin par maints responsables d'Eglise, notamment des évêques de France qui ont rappelé l'évidence : avant la lutte contre l'avortement que prohibe l'Eglise, le devoir numéro un de tout chrétien est la miséricorde et la compassion. Je ne suis pas un historien, mais il me semble que ce mot de miséricorde nous renvoi au moyen-age, aux œuvres de miséricordes, et à cette position très ambiguë de l'église vis à vis de la pauvreté et de la souffrance imposée aux hommes par un Dieu de justice et de miséricorde, qui a rendu longtemps suspecte aux yeux de l'église toute guérison qui n'était pas du seul fait de la volonté divine. La maladie était un châtiment divin et la manifestation la plus évidente du caractère divin du Christ n'était ce pas sa faculté de guérir les malades ?
Tout est dans le titre de ce commentaire, j'ajouterai simplement que je suis profondément athée mais que je déteste les haros sur la religion catholique et sur le pape. Sans la culture chrétienne une chose est sûre je ne serais pas là...
Ce n'est pas pour le défendre.
L'église catholique avec son chef sur la Terre
est trop gros morceau pour un pauvre pécheur.
Le sida, aussi, de ses peurs aux traitements,
est trop grosse et douloureuse affaire.
Alors quoi ?
Un simple essai de remémorer le grand mal (quand tout l'acronyme s'y retrouve)
qui guette sans relâche n'importe quel papier ou commentaire
sur n'importe quel sujet :
- Sectarisme, ou tout excès de subjectivité, après que le deuil de l'objectivité est admis.
- Précipitation, sous la dictature du scoop, aggravée par la veille permanente d'Internet.
- Amalgame, volontaire (voir sectarisme) ou non (voir méconnaissance).
- Simplisme, image de l'élitisme dans un miroir, plus gênant car ses victimes sont plus nombreuses.
- Méconnaissance, préparation insuffisante, voire négligée (conduit à la suivante).
- Erreur, dont la correction, nécessaire, n'atteint jamais la puissance du premier tir.
Bravo pour cet excellent article, d'une clarté, d'une objectivité que je tiens à saluer.
Si vous le permettez, je n'interviendrai que sur un point. Celui du préservatif et de la polémique qui s'en est suivie au moment justement du SIDACTION dont M. Bergé est une personnalité active.
J'ai suivi son intervention dans l'émission de FR5 face à un vicaire camerounais dont, excusez-moi, j'ai oublié le nom. J'ai été très surpris de la violence des propos de M. Bergé en réponse aux paroles de M. le vicaire qui rejoignaient votre article.
Je pense que cette polémique a enflé parce que les déclarations du Pape Benoit XVI vont en l'encontre du choix de vivre une sexualité libre pour les homosexuels et certains hétérosexuels. Inutile de parler d'échangisme banalisé, de "sex-toys", de sexualité via les sites de rencontres sur internet. La liberté sexuelle de l'intelligentsia parisienne du Marais se heurte à la réalité quotidienne en Afrique et à sa culture. D'où cette polémique.
J'illustre cette pensée par quatre phrases de votre article qui reflètent bien mon sentiment :
"J'exprimerai donc en Afrique cette double nécessité de renouveler l'homme intérieurement, de lui donner une force spirituelle et humaine pour un juste comportement à l'égard de son propre corps et de celui de l'autre, et de souffrir avec ceux qui souffrent, rester présents dans les situations d'épreuve. C'est la juste réponse, et c'est ce que fait l'Eglise, offrant une contribution très grande et importante.»
"Mgr Simon Ntamwana, archevêque de Gitega au Burundi, relève «le glissement de pensée» de l'Occident et critique son «hédonisme sexuel». Ajoutant: « Ce n'est pas le seul préservatif qui va diminuer le nombre d'infections du sida, mais aussi une discipline que chacun doit s'imposer»
"En France, l'intelligentsia ne comprend pas notre proximité avec les responsables catholiques. Pour nous, l'Eglise est d'abord synonyme d'écoles et de dispensaires. Et pour nous aussi, le débat sur le sida n'est pas théorique, il est urgent et pratique. Si l'abstinence est un moyen de prévention, pourquoi s'en priver! Le Burkina est une société plurielle et plusieurs modes de prévention peuvent cohabiter : l'abstinence, la fidélité, et le préservatif».
"Quand, en 2003 aux Etats-Unis (New-Hampshire), un évêque notoirement homosexuel a été élu à ce poste pour la première fois, ce sont toutes les communautés anglicanes d'Afrique qui se sont révoltées en bloc. Dans ce continent, le fondamentalisme biblique (qui interdit l'homosexualité) rejoint de plus en plus des structures sociales qui reposent sur la «famille», au sens large et dans sa seule forme hétérosexuelle."
Pour terminer, je dirai que par le discours de Benoit XVI, on ne peut que comprendre que la liberté sexuelle ne mène qu'à la destruction tant du corps malgré la médecine, le préservatif que de l'âme dont la religion a la charge. L'argent est utile mais une règle de vie est tout aussi utile car même si un jour un traitement est trouvé, il existera toujours un danger si notre comportement amoureux reste vagabond et dangereux. N'oublions pas que la syphilis est toujours une maladie active et mortelle malgré les médicaments !
Oui, tout est dit dans cet excellent article de M.Tincq.
Je ne suis pas pratiquant, encore moins admirateur d'une église catholique dont les méfaits et exactions connues ou cachées ont souvent abusé des populations craintives et anxieuses de l'au-delà.
Mais se permettre de crier haro sur un personnage aussi cultivé et aussi fin théologue que le pape actuel, surtout quand on s'appelle Dechavanne, et qu'en plus, il est de bon ton parmi la jet set des medias d'arborer le ruban rouge, non pas pour soutenir la recherche médicale, mais pour dénigrer le pape, a quelque chose d'éminemment indécent.
"Si on n'y met pas l'âme, si on n'aide pas les Africains, on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d'augmenter le problème."
Même si ce qui est dit après atténue la brutalité des propos de Benoit XVI, je ne comprends pas en quoi la distribution de préservatifs augmenterait le problème.
Si vous prenez les choses sur le plan seulement factuel du fonctionnement technique alors il y a problème. Si vous le prenez sur le plan stratégique ce qui était plutôt la nature du discours tenu alors c'est autre chose et si vous le prenez sur le plan du Sens alors c'est la manière dont cela a été compris en Afrique chez ceux qui sont aux premières loges. Il y a encore une autre manière de le comprendre c'est celle qui est source de la violence constatée. Elle ne fait pas honneur à ceux qui ne dépassent pas l'archaïsme et la confusion des sentiments. Là est tout le problème.
Bonjour,
Ce matin une idée m'est venu en pensant au propos récent du Pape sur l'usage(ou non-usage)du préservatif.
Je me suis dit"il serait bien qu'un footballeur du type Samuel Eto'o ou Didier Drogba le week-end prochain après avoir marqué un but soulève son maillot et dévoile sur un tee shirt une inscription du type"mes frères il faut utiliser le préservatif'.
(Mes frères sonne un peu communautaire mais peu importe cette fois-ci)
Voila je pense que cela serait un geste fort car après la religion, une des voix les plus écoutées en Afrique sont celles(à la lumière de ce que j'ai pu entendre) des footballeurs les plus reconnues.
Mon post n'a rien a voir avec le texte(quoi que) simplement n'ayant aucun contact avec des personnes éminentes capablent de soumettre cette idée a ces footeux, je me suis dit que peut-etre en déposant un post sur slate.fr où de nombreuses personnalités écrivent,peut-etre que celles-ci pourraient grace à leurs contacts soumettre cette idée a des footballeurs du type drogba eto'o.
Voila le sens de ce post, je pense sincèrement que si un(e) de vous, personnalités publiques bénéficiant de réseaux essayait de se procurer le numéro de footeux africains idolatrés afin de leur soumettre cette idée, cela pourrait etre un signe très fort pour les peuples d'Afrique et sauver au moins à n'en pas douter quelques vies.
Voila Voila je vous laisse le soins de faire cette démarche en votre nom, que j'espère, qui peut paraitre simpliste mais qui aura du rentissement sur de nombreuses vies à mon avis.(quelques vies vaut la peine de tenter cette démarche qui peut encore une fois paraitre dérisoire mais je pense que ce ne sont pas les grands discours mais les symboles qui marquent le plus les peuples)
Tentez!!
Merci
Cenzo, Bonjour. Tout d'abord, remarquable article qui remet les pendules à l'heure (pour qui veut savoir l'heure !). Sinon, même en utilisant les préservatifs, il arrive que des femmes soient enceintes car le préservatif était poreux. Donc si un spermatozoïde a pu passer, le virus du sida, au moins 150 fois plus petit, passera plus facilement, voire plus fréquemment.
Donc faire croire, avec des slogans publicitaires que le préservatif est le seul moyen d'empêcher la propagation du sida, entraîne de la part des utilisateurs – soit une déresponsabilisation et des comportements à risque - soit en toute bonne foi, une certitude d'agir en toute sécurité et de pourtant pouvoir transmettre le virus.
En cela, la distribution de préservatifs ne suffit pas à enrayer l'épidémie, voire peut l'aggraver.
Mais je souscris au fait que le Pape pêche (un comble pour un Pape !), d'un manque de clarté dans ses propos.
"Sinon, même en utilisant les préservatifs, il arrive que des femmes soient enceintes car le préservatif était poreux. Donc si un spermatozoïde a pu passer, le virus du sida, au moins 150 fois plus petit, passera plus facilement, voire plus fréquemment."
Il arrive aussi que la progression du sida soit ralentie ou stoppée grâce aux politiques de prévention mettant en avant l'usage des préservatifs dans de nombreux pays. Où alors je suis mal informé.
http://www.rue89.com/2009/03/22/michel-cymes-degomme-christine-boutin
.
Nous savons tous quoi penser du négationnisme. Nous savons tous ce qui peut aider une enfant de 9 ans enceinte d'un viol par son beau-père. Nous savons tous quel rôle joue le préservatif contre le VIH. Nous n'avons nul besoin qu'on nous le dise, nulle discussion n'est nécessaire.
Nous le savons tous, parce que nous avons du bon sens en matière morale. Croyants ou incroyants, nous avons tous une conscience morale, tout simplement.
Le pape n'est pas victime de la simplification médiatique, de la suprématie occidentale, de son manque de vigilance sur ses conseillers, que sais-je encore. Il ne fait preuve non plus d'aucune mauvaise foi, il ne fait pas d'erreur. C'est en toute conscience que l'intégrisme catholique contredit le bon sens moral. L'affirmation est claire et dogmatique (elle réfère explicitement au dogme, toute autre position étant renvoyée au "relativisme").
Et le contenu de cette affirmation, c'est que le bien est le mal, et que le mal est bien. Il s'agit ici d'une inversion de la conscience morale. Cela s'appelle la perversité.
Merci Mr Tincq,
Votre article a le mérite de remettre les pendules à l'heure. Il eut été complet si vous eutes précisé en ce qui concerne l'affaire brésilienne que mére et équipe médicale ont aussi été tout aussi vite "désexcommuniés".
Il eut été complet si, pour une fois, l'opprobre pouvait être jetée encore plus vertement à l'encontre de cette foule de politiques et de peoples qui ne se sont même pas donné la peine de lire intégralement la déclaration du pape, plus prompts à se faire mousser, démagogues, en criant au scandale...
Juppé (pourtant, je l'aime bien, lui), Douste, Morano, Buffet, Delanoé, Ardisson, Bergé, Dechavanne, Romero, Delfraissy,le Ps, Medecins du monde, Bachelot, Act-up...et bien d'autres. Honte à vous qui furent plus rapides à condamner des propos que visiblement vous n'avez même pas pris le temps de lire intégralement... Dans quel but, votre vindicte anti-pape ? Par démagogie, sans aucun doute.
Alors, comment voulez-vous que l'on accorde le moindre crédit à vos déclarations, programmes ou autres, vous jeteurs d'opprobre injustifiée qui ne savez pas lire ou du moins qui faites semblant de ne pas savoir lire !
un athée de la première heure qui ne vous salue pas !
Pas cordialement,
Et si il est bon, comme le fait cet article, de replacer les choses dans leur contexte et de ne pas caricaturer les propos du Pape, il faut quand même mesurer les conséquences de ses prises de position en Afrique, où le préservatif est culurellement difficile à mettre en place et où, d'un point de vue de santé publique, les propos de Benoit XVI vont entrainer la contamination de milliers de personnes.
C'est un fin théologien, on ne comprend pas ce qu'il dit, c'est possible. Mais il reste que, volontairement ou non (et cette fois ci c'était volontaire, puisqu'il s'agissait d'une question dont la réponse était préparée à l'avance), les propos du Pape vont tuer.
En tant que laïc, c'est ce que je considère comme important. L'intelligence n'est pas une excuse, dans ce cas, ce serait plutôt un facteur aggravant. J'aurais préféré mettre ces propos sur le compte d'un Alzheimer débutant.
Ne nous voilons pas les yeux : le Vatican est de plus en plus conservateur, il existe une dérive doctrinaire qui ne date pas de Benoit XVI, et qui est inquiétante. Ele justifie l'intolérance au nom de la lutte contre le relativisme moral.