Life

Le temps de la Tablette

Farhad Manjoo, mis à jour le 08.02.2009 à 14 h 22

Ce que la fureur « netbook » révèle sur le futur des ordinateurs portables

Les fabricants de PC voient ces machines comme John McCain a vu le gouverneur de l'Alaska : un moyen simple de redonner un coup de jeune à une gamme de produits qui s'essoufflait. Asus avait une longueur d'avance, mais en 2008 la plupart des principaux fabricants de PC dont Dell, HP et Lenovo, avaient lancé leur propre netbook (voire plusieurs). Les derniers modèles de netbooks devaient être les vedettes du CES (Consumers Electronics Show) de Las Vegas, et des rumeurs complètement infondées prétendaient qu'un netbook allait être présenté au Macworld, le salon consacré à Apple à San Francisco. Il est difficile de dire si les ventes de la saison représentent une tendance ou juste une lubie – l'expérience utilisateur que proposent les netbooks est loin d'être parfaite; certains regretteront sans doute leur achat et se feront la promesse de dépenser plus la prochaine fois. L'essor des netbooks pourrait aussi nuire à l'industrie du PC. Comme l'a prédit cette année un cadre chez Sony, ces machines bon marché pourraient entraîner «un nivellement (des prix) vers le bas», réduisant encore plus les bénéfices déjà maigres des fabricants de PC.

Mais les ventes de netbooks démontrent le besoin encore réprimé d'une machine qu'aucune société n'a encore réussi à fabriquer – une machine qui, selon moi, entraînera le prochain boom du PC. Pour le moment, le marché des ordinateurs portables est dominé par deux types d'engins : des netbooks bon marché mais qui ne savent pas faire pas grand chose, et des laptops Apple, chers, qui savent faire beaucoup de choses, et les font très bien (7 des 25 meilleures ventes de portables sur Amazon.com sont des MacBooks).

Les consommateurs abandonnent les gammes intermédiaires, ce qui est assez logique :  pourquoi dépenser 800 dollars (620 euros) dans une machine qui tourne sous Windows Vista alors que pour 400 dollars (310 euros) vous pouvez avoir un ordinateur avec un système d'exploitation bien plus estimé, Windows XP? D'un autre côté, si vous voulez un portable qui soit votre ordinateur principal, pourquoi dépenser 800 dollars (620 euros) dans un engin sous Windows Vista alors que pour 200 dollars (150 euros) de plus vous avez la garantie d'un ordinateur sous Mac OS qui n'aura jamais de virus, et ne plantera jamais (et peut s'il le faut tourner sous Windows) ?

Je pense que le fossé entre ces deux extrêmes, c'est de l'or en barres : le succès des netbooks prouvre qu'il y a un véritable désir de posséder un second PC, un ordinateur qu'on utiliserait dans le canapé ou dans le train, plutôt que sur un bureau. Leur popularité va de pair avec l'appétit grandissant des consommateurs pour des gadgets plus sobres, moins tape à l'œil. Le netbook est la caméra Flip des ordinateurs, un appareil dont les innombrables limites ne semblent pas en diminuer l'intérêt, mais plutôt l'augmenter. Il faut une machine de ce genre, mais en mieux : quelqu'un doit fabriquer un ordinateur portable séduisant, facile à utiliser, pas complètement hors de prix, et qui ferait une seule chose très bien : surfer sur le web.

Il y a énormément d'améliorations à apporter aux netbooks: premièrement, ils sont laids – la plupart  font plus de 2,5 cm d'épaisseur, ce qui est plutôt normal pour un portable standard, mais un peu bizarre sur un modèle réduit. Ensuite, plusieurs défauts les empêchent d'exceller dans ce pour quoi ils sont faits, c'est-à-dire la navigation web version ultraportable. Plus précisément, ce qu'il manque à la plupart, c'est un accès aux réseaux mobiles – si on veut se connecter au Net loin d'un hotspot Wi-Fi, il faudra utiliser une carte spéciale ou connecter son téléphone portable à son ordinateur (cependant, quelques modèles récents – comme l'Acer Aspire One – ont une puce 3G intégrée).

Plus important encore, les netbooks devraient tourner sous de meilleurs systèmes d'exploitation, en particulier un système qui serait mobile, permettant ainsi de télécharger et d'installer des applications à la volée, en over the air. (NDLT : Over The Air, abrégé OTA, désigne un système de transmission de données qui se fait via le réseau cellulaire et non via un câble).

Tout cela peut ressembler à un plaidoyer pour qu'Apple fabrique un netbook. Mais ça n'en est pas un. Pendant des années, les gens ont encouragé Apple à construire des ordinateurs moins chers, une demande qui ne fait qu'augmenter en cette période de crise. Mais son PDG Steve Jobs a constamment rejeté cette idée, à peu près pour la même raison citée par le cadre de chez Sony – le nivellement vers le bas pour finir par fabriquer de la camelote.

Plus important encore, les partisans d'un netbook Apple ont tendance à oublier que la marque commercialise déjà un ordinateur ultraportable et moins puissant : le MacBook Air. Si Apple lançait un portable plus petit et bon marché, les consommateurs se demanderaient sûrement que faire de cet autre petit portable bien plus cher ?

Je suggère plutôt que ce nous appelons aujourd'hui netbook devrait être toute autre chose : une tablette tactile qui gèrerait tout ce qui est photos, musique, films, e-mails, jeux vidéo, et qui permettrait aussi de surfer sur le web. Il y aurait une mémoire interne moindre, puisque les ressources de l'ordinateur dépendraient principalement du nuage Internet. Pourquoi l'absence de clavier? Pour que l'engin soit considéré comme un simple appareil, c'est-à-dire pour qu'on en aie une utilisation passive : lire ses mails ou des pages web, regarder des photos, partager des documents en réunion... On pourrait l'avoir sur les genoux et traîner sur Facebook en regardant la télé, ou lire les infos dessus, au lit, avant de se coucher. On consulterait ses mails dans le bus en allant au travail, avec la possibilité d'y répondre en utilisant le clavier tactile, et une fois au bureau, on y connecterait un clavier USB.

Bientôt des tablettes Apple, Sony, TechCrunch ?

Apple pourrait évidemment fabriquer ce genre d'appareil. Ce dont je vous parle, c'est d'un sous-iPhone ou un sous-iPod Touch – en fait, un qui fasse 7 pouces au lieu de 3,5 et possède un processeur un peu plus puissant, et qui serait vendu 400 ou 500 dollars, soit 300 ou 400 euros (plus l'achat d'un contrat de données). Les fans d'Apple réclament depuis longtemps que la société fabrique un ordinateur-tablette, mais d'autres que Jobs pourraient tout aussi bien lancer un tel produit – Sony, Samsung, Nokia et Motorola, par exemple. Ou bien une startup : l'été dernier, TechCrunch a lancé un appel pour les aider à développer en crowdsourcing leur propre projet de fabrication d'une tablette web pas chère ;  pour l'instant, ils ont déjà un prototype assez sommaire. Les entreprises qui fabriqueraient un tel appareil n'auraient même pas à soucier des logiciels : l'industrie informatique a maintenant accès à Android, la plateforme open source de Google, qui en plus de posséder une interface élégante, plus intuitive et tactile, propose un kiosque d'applications externes. Evidemment, Google bénéficierait énormément de la multiplication de tels appareils conçus spécialement pour fonctionner en réseau, et qui ne vous laisseraient pas décrocher du web quelle que soit la pièce de votre maison dans laquelle vous vous trouvez. Il y a en effet tellement de bénéficiaires potentiels à ce genre de projet – Apple, Google, Intel, les opérateurs de téléphonie mobile, et bien sûr vous et moi, complètement possédés par le web – que je serais bien étonné de ne pas voir apparaître une tablette web géniale en 2009. J'ai vraiment hâte.

Cet article, traduit par Nora Bouazzouni, a été publié sur Slate.com le 29 décembre 2008.
Farhad Manjoo
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