Culture

Le Salon du livre cherche un nouveau souffle

Jacques Braunstein , mis à jour le 12.03.2009 à 17 h 36

Nombre de visiteurs en baisse, lassitude des professionnels...

Le Salon pourrait déménager de la Porte de Versailles vers le Grand Palais. Photo Emmanuel NGuyen

Le Salon pourrait déménager de la Porte de Versailles vers le Grand Palais. Photo Emmanuel NGuyen

La manifestation se tient du 13 au 18 mars, à la Porte de Versailles.

29 ans, 50.000 m2, des centaines d'exposants, 5.000 dédicaces... Le Salon du livre fait partie de ces manifestations qui rythment la vie culturelle comme le Festival de Cannes ou la Fiac. Il est de bon ton de s'y rendre, sans que personne ne se pose jamais de questions : «A quoi ça sert?», «A quoi bon organiser un Salon pour une activité qui se pratique forcément seul et souvent dans sa chambre»?

Pourtant, chaque année, ils sont là, fidèles au poste. Reed Exposition, l'organisateur, organise. Le Syndicat national de l'édition subventionne (notamment la présence des écrivains du pays invité). Les éditeurs payent leurs stands en maugréant. Et le public vient.

Enfin moins qu'avant: autour de 2000, le salon accueillait chaque année 220.000 visiteurs. En 2008, ils n'étaient plus que 165.000. Et les mesures de sécurité exceptionnelles déployées quand Israël était le pays invité n'étaient pas seules en causes. Ces chiffres sont à rapprocher des 149.000 visiteurs qui arpentent désormais les allées du Salon du Livre de Jeunesse de Montreuil ou les 200.000 que l'on croise au Festival de BD d'Angoulême (même si les connaisseurs estiment les chiffres de ces manifestations plus ciblées un peu optimistes). Ce sont de sérieux concurrents et ils démontrent que les progrès de la vente en ligne ne sont pas la seule cause de la baisse de fréquentation du Salon parisien.

Ambiance plombée

Bref, la plus grande librairie de France n'est plus ce qu'elle était. Si tout ce petit monde se retrouve avec joie pour la fête du livre, financièrement, ce n'est pas franchement une affaire pour les éditeurs. C'est même souvent la déprime: «les gros éditeurs sont là parce qu'ils en ont les moyens, les plus petits pour dire qu'ils ne sont pas si petits que ça et les encore plus petits pour montrer qu'ils existent malgré tout, note une attachée de presse. Chaque soir tout le monde se plaint. On ne vend pas assez, seuls les people attirent avec leurs dédicaces... Et pendant ce temps-là, les bons auteurs attendent le lecteur qui ne vient pas.»

Plus mesurée, Juliette Joste, éditrice chez Flammarion constate. «Chaque année ça me plombe, ça me mine une semaine à l'avance, l'idée de revoir les mêmes têtes que l'an passé, de dire les mêmes choses... Mais c'est un panorama de toute la profession et si ça n'existait plus, ça me manquerait. D'ailleurs mon premier boulot, je l'ai trouvé au Salon en arpentant les allées avec mon CV».

Certains éditeurs hésitent à y prendre un stand. Comme Vincent Barbare, le patron du très grand public «Editions First»: «Sur un plan comptable, le Salon de Paris n'est pas rentable pour nous. Et pour les affaires c'est davantage à Francfort, Londres ou Bologne que ça se passe. A Paris, les Américains ne viennent pas. Alors, bien sûr, on rencontre des lecteurs, des libraires, nos distributeurs du Maghreb ou des Dom-Tom. Donc, chaque année on hésite. Longtemps on n'est pas venu, depuis deux ans on a un stand, et l'année prochaine on verra...»

Le Salon devrait-il se transformer en une foire comme celle de Francfort? Où les professionnels du monde entier se rencontrent sans vendre de livres au public (300.000 visiteurs, 7.000 exposants). Là, tout le monde sait vraiment pourquoi il est là: faire des affaires, acheter les best-sellers étrangers, parfois sur un simple pitch. D'autres songent à une manifestation plus littéraire, plus resserrée, qui réintégrerait le Grand Palais (ou le salon avait lieu jusqu'en 1994). Plus chic et central mais qui ne dispose que de 20.000 mètres carrés. Pour l'instant, ce n'est pas l'option retenue, au contraire. Reed Exposition, la société organisatrice a rappelé Bertrand Morisset, commissaire général de 1998 à 2002. Son but est clair: «Pendant plusieurs années, le Salon ne s'est pas remis en question, il a continué à viser les gros lecteurs qui sont de moins en moins nombreux. Moi, je veux faire venir des jeunes et des familles, les amateurs de BD, de polars, de Manga. Organiser des événements, des mini concerts.»

Remettre le stand au centre

De même, depuis des années, le pays invité était le principal axe de communication du Salon. Etats-Unis, Italie, Inde, Brésil, Chine, Russie, Israël... Mexique cette année. Ce pays doit financer la moitié des frais de l'opération. «On n'est pas près de voir une années consacrée à la Côte d'Ivoire ou au Benin», se moque un connaisseur. Et ce système pourrait être remis en cause dès l'an prochain comme l'explique Morisset : «Certains se disent: “le Mexique? Ça m'intéresse pas trop, j'y vais pas.” C'est quand même dommage, alors que l'espace consacré à ce pays ne représente que 10% du Salon. C'est pourquoi on a remis le livre au centre de notre communication avec des affiches, partout sur les Champs-Elysées notamment, et un spot télé accrocheur.»

Est-ce que ce sera suffisant pour apaiser des éditeurs qui on vu leur chiffre d'affaires au Salon, plonger de 10 à 20% l'an passé et dont les perspectives de vente cette année sont moroses, crise oblige. Bertrand Morisset l'espère. «Les éditeurs ne disent pas "c'est trop cher". Ils disent "c'est cher pour ce que c'est". A nous de leur en donner plus. Plus de public, plus d'événements, plus de tables rondes qui les concernent vraiment... Plus de services aussi. Qu'ils sentent que c'est leur salon.»

Bref, il est prêt à mouiller la chemise pour attirer le chaland avec son style goilleur tout sauf élitiste. Vaste programme. Mais sursaut indispensable si le Salon veut continuer à rythmer la vie du milieu. «Tout le monde se dispute lors de la rentrée littéraire et de sa course aux Prix, et où tout le monde se réconcilie au Salon, avant de recommencer...», note un auteur fataliste.

Et moi, même si je ne sais pas trop pourquoi, je vais de ce pas, faire un tour Porte de Versailles.

Jacques Braunstein

Image de une: le Salon pourrait déménager de la Porte de Versailles vers le Grand Palais. Photo Emmanuel NGuyen

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