Le retour du délit de blasphème
L'ONU veut criminaliser les opinions critiquant l'Islam.
- Assemblée générale des Nations Unis à New York en novembre 2008 Mike Segar / Reuters -
La religion musulmane formule des revendications qui vont très loin. Toutes les religions le font, bien sûr, dans là mesure où elles prétendent connaître et être capables d'interpréter les souhaits d'un être suprême. Mais l'Islam se pose comme l'ultime révélation de la parole de Dieu, l'aboutissement de l'ensemble des allusions à la vérité qui ont été accordées à toutes les autres confessions, disponible sous la forme du texte parfait qu'est le Coran.
Si on a parfois l'impression qu'une telle revendication revêt un caractère implicitement autocratique voire totalitaire, il ne vient peut-être pas d'une lecture fondamentaliste du livre sacré, mais de la religion elle-même. Ce sont en tout cas les musulmans du «courant dominant», regroupés sous l'égide de l'Organisation de la conférence islamique, qui exigent de l'ONU, que l'Islam soit non seulement autorisé à faire des revendications autocratiques, mais qu'il bénéficie d'une protection officielle contre toute critique.
Rédigée au second degré, dans le jargon des droits de l'homme et de l'opposition à la discrimination, la Résolution 62/154 des Nations unies sur «La lutte contre la diffamation des religions», cherche au fond à étendre la protection non pas aux êtres humains, mais aux opinions et aux idées, en accordant à celles-ci une immunité exclusive contre toute «offense».
Le préambule est bourré d'hypocrisies, comme dans ce délicieux paragraphe, selon lequel l'Assemblée générale de l'ONU «souligne qu'il importe de multiplier les contacts à tous les niveaux afin d'approfondir le dialogue et de renforcer l'entente entre des cultures, religions, convictions et civilisations différentes, accueillant avec satisfaction à cet égard la Déclaration et le Programme d'action adoptés par le Mouvement des pays non alignés à sa Réunion ministérielle sur les droits de l'homme et la diversité culturelle, qui s'est tenue à Téhéran les 3 et 4 septembre 2007.»
Je crois savoir où nous allons avec cela. (D'ailleurs, je regrette sincèrement de ne pas avoir pu assister à cette réunion et de ne pas vous livrer des informations plus directes sur les saveurs culturelles riches et variées qui l'ont marquée. Je n'ai, hélas, pas pu obtenir de visa.) Les stipulations qui suivent ce préambule au style boursouflé sont de plus en plus tendancieuses à mesure que la résolution se développe. Par exemple, le paragraphe 5 nous dit que l'ONU «se déclare [...] profondément préoccupée par le fait que l'islam est souvent et faussement associé aux violations des droits de l'homme et au terrorisme», tandis que le paragraphe 6 «note avec une vive inquiétude que la campagne de diffamation des religions et le stéréotypage ethnique et religieux des minorités musulmanes se sont intensifiés depuis les événements tragiques du 11 septembre 2001.»
Vous voyez un peu la perfidie? Au moment où cette résolution doit être renouvelée comme chaque année aux Nations unies, le principal État qui la soutien (le Pakistan) passe un accord avec les talibans pour fermer les écoles de filles dans la Vallée de Swat (situé à environ 130 kilomètres de la capitale, Islamabad) et soumet les habitants à la loi de la Charia. Cette capitulation intervient directement à la suite d'une terrible campagne de violences et d'intimidations (il y a même eu des décapitations publiques). Mais, attention, on ne doit pas mentionner la religion de ceux qui mènent cette campagne, de peur qu'on «associe» la foi aux violations des droits de l'homme et au terrorisme.
Dans le paragraphe 6, il y a une tentative manifeste de confondre l'ethnicité et l'allégeance religieuse. Cette insinuation est en fait essentielle à l'ensemble du projet échafaudé par l'ONU. Si on place la religion et l'origine ethnique sur le même plan, on peut insidieusement appliquer à la religion les condamnations qui découlent naturellement du racisme. La stratégie est maladroite, mais elle fonctionne: le terme inutile et vide de sens «islamophobie», aujourd'hui largement utilisé pour faire du chantage moral, témoigne de son succès. Pour être précis, une phobie est une peur ou une aversion irraisonnée et invincible.
Sans qu'il s'agisse de phobie, certains d'entre nous peuvent expliquer avec lucidité et calme pourquoi la «foi» est à leurs yeux la plus surfaite des vertus. Le débat serait aussi bien moins négatif et confus si, par exemple, le Pakistan n'avait pas affirmé à maintes reprises que la religion peut constituer la base de la nationalité. Une affirmation scandaleuse qui est depuis longtemps discréditée. Ce sont ces amalgames absurdes qui sont responsables des rapprochements entre religion et origine ethnique.
Par ailleurs, ce serait aussi moins compliqué si les Hadiths de l'islam n'imposaient pas la peine de mort à tous ceux qui tenteraient d'abandonner l'Islam. On pourrait ainsi savoir avec quasi-certitude qui est un vrai croyant et qui ne l'est pas. Et dans le cas du voile ou du voile pour les femmes, qui le porte de son plein gré et qui est forcée par sa famille. Au lieu de tenter de régler les conflits internes de l'Islam ou de s'attaquer à d'autres questions graves comme le massacre de chiites par des sunnites (et vice versa), la profanation des lieux saints de l'Islam par des malfaiteurs musulmans ou encore la discrimination contre les Ahmadis par d'autres musulmans, la résolution de l'ONU veut amener tout le déni qui trouve son origine dans le monde islamique au cœur de la démocratie contemporaine, héritée des lumières et dans laquelle les individus ont par-dessus tout des droits, pas les religions.
Voyez où nous mène le langage ampoulé du paragraphe 10. Après une brève mention du soutien à la liberté d'expression, il se poursuit ainsi: «l'exercice [de ces droits] s'accompagne de responsabilités et devoirs spéciaux et peut faire l'objet de restrictions prescrites par la loi et exigées par le respect des droits ou de la réputation d'autrui, la sécurité nationale et la sûreté publique, la santé ou la morale publique et le respect des religions et des convictions.»
Le fond de cette prose artificielle est aussi laid que la forme qui l'exprime: attention à ce que vous dites, parce que notre intention déclarée est d'ériger en crime les opinions qui contredisent la seule vraie foi. Ne venez pas dire un jour qu'on ne vous a pas averti!
Christopher Hitchens
Article traduit par Micha Cziffra
Mis à jour le 05/03/2009 à 14h00










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L'auteur de l'article nous invite à une méfiance vis à vis de l'ONU qui voudrait établir une sorte de droit de la pensée. Est-ce compatible avec la déclaration universelle de droits de l'homme de 1948 et ce qui concerne la liberté religieuse? Les musulmans réclameraient que leur religion soit respectée mais l'auteur nous met en garde vers les dérives de ce genre de revendication, pour toutes les religions d'ailleurs. On commence par respecter et on finit par la conversion obligatoire nous ferait-il craindre. Le tableau qu'il nous dresse est tout à fait inquiétant. Je ne peux m'empêcher de penser que le non respect que nous pourrions subir tous est dangereux
Pourquoi ai-je le sentiment que l'auteur ne serait pas obligatoirement du côté de l'innocence bafouée mais du danger lui même? A creuser.
Avant tout se pose la question à quoi sert l'ONU. Pas de pouvoir sur les grands évènements mondiaux, un coût de son fonctionnement opaque, pas d'idéal. Un projet pour l'ONU: remettre tout à plat et revoir la définition de ses fonctions, son financement et son indépendance.
Cet article de Christopher Hitchens sur une résolution onusienne à méditer et qui brandit le bâton de l’anathème contre les « mauvais penseurs » est particulièrement salutaire et dans la ligne de ses ouvrages. Merci Christopher de nous inciter à aller fouiller dans les archives de l’ONU et d’accéder à l’occasion à l’annexe de « l’OIC observatory report on islamophobia ». Cet opuscule de l’organisation de la Conférence Islamique mis en circulation par les bons soins du Haut commissaire des Nations mérite déjà une lecture pour tous afin de bien appréhender le vent d’ouverture qui souffle dans l’univers islamique. Technique vieille comme le monde, les coupables ou persécuteurs se posent en persécutés et l’affaire est dans le sac. Ils peuvent appeler à l’aide en toute sérénité. Il est posé en préambule que l’islam religion de paix et de tolérance, affirme la modération et l’équilibre et exclut toutes les formes d’extrémisme et de terrorisme (sic) ; bien sûr ça ne se discute pas. Ces grands professionnels de l’autocritique veulent dompter les questionneurs. Il n’y a rien à voir, nous sommes bons et miséricordieux. Point. Tout questionnement au-delà de cette déclaration fait sombrer le libre penseur, l’athée et le sceptique peut portés à gober sans rechigner les livres fondateurs des monothéismes et leur pensée magique (Coran), dans l'offense et « l’islamophobie ». Il vont rapidement accroître leurs tares en se trouvant rapidement taxés « de christianophobie » et « de judéophobie » (Bible et Torah) pour se limiter aux monothéismes en forte compétition et en voulant rester oecuméniques.
La résolution onusienne, elle-même, mérite également lecture (19 paragraphes). Le texte en jargon onusien prône la lutte contre la xénophobie et l’intolérance et incite à la fois à multiplier les contacts et approfondir le dialogue entre religions, les hommes et les femmes (oubliées). Il est bien difficile d’être en désaccord avec certains paragraphes de cette résolution pour un démocrate, tolérant et libre penseur. Mais, à l’occasion, on découvre un traitement spécial pour l'islam. Il est souligné qu'il faut aussi condamner les campagnes contre la haine et l’intolérance de l’Islam et la discrimination à l’égard des musulmans. Modèles de tolérance et d’ouverture au monde et à celui de la science, en particulier, comme chacun sait. Pas de considérations pour les autres monothéistes persécutés alors ! Le jargon ampoulé de la bureaucratie onusienne masque mal les tergiversations et hypocrisies d’une institution qui nous a habitués à des reniements répétés tout au long de son histoire. Où commencent la haine et l’intolérance vis-à-vis de l’islam ? Pourquoi le seul islam fait-il l’objet d’un traitement spécial ? Il ne faudrait pas sous couvert « d’islamophobie » caser tout questionneur du contenu du Coran dans le camp des nazillons à crâné rasé véhiculeurs de haine ; trop facile et assez pitoyable procédé. La considération, le respect, ça se mérite. J’attends les manifestations de cohortes de « bons » pratiquants, défenseurs d’un islam dit éclairé ou critique. Ils restent discrets, complices ou coupables de négligeances. Reveillez- vous pour défendre votre religion au lieu d'essayer de faire diaboliser les antireligieux. Faites du bruit pour attirer autant l'attention avec de meilleurs arguments que les talibans et les islamistes décérébrés/décérébreurs de toutes obédiences qui fleurissent de Gaza au Pakistan. Faites un peu de ménage dans votre maison déjà bien fissurée avant de prétendre à des traitements particularistes irrecevables.
En fait, dans ce pensum il est clair qu’il y a une tentative assez grossière de susciter une confusion entre allégeance religieuse et ethnicité. D’accord avec Hitchens, dans de telles conditions, et en cas de succès, cela pourrait permettre d’appliquer à des détracteurs de la religion les condamnations qui découlent naturellement du racisme. L’instrumentalisation d’une telle confusion est déjà à l’œuvre. Chez nous, la fâcheuse tendance à brandir l’antisémitisme en toute occasion pour des débats politiques qui n’ont rien de raciste nous montre qu’il n’y a pas que l’islam qui rêve de criminalisation des opinions en agitant le religieux. La protection est due aux êtres humains, pas aux religions car elles ont le moyens de s’exprimer par les divers canaux qu’elles savent bien exploiter. Quelle aubaine ce textes confus de l’ONU, le rêve des bigots de toutes les religions, criminaliser les opinions critiquant l’islam, le christianisme et le judaïsme, pour ne parler que des monothéismes. Pas de souci, l’islam et les autres religions vont certainement essayer de progresser dans la brèche afin d’utiliser le document pour faire pression sur les états non laïcs ou à la laïcité chancelante. Vu le succès limité de nombreuses résolutions de l’ONU, ce n’est pas demain que les casques bleus vont franchir ma porte pour reformater ma libre pensée. N’oublions pas cependant les déclarations éclairées, riches en ouvertures, du pape qui rêverait bien d’un pouvoir politique au niveau planétaire. Le fantasme des tous les totalitarismes religieux c’est la remise en ordre du monde en diabolisant les mécréants, sceptiques, libres penseurs, athées, libertaires, mieux même, en les criminalisant…..éteindre les Lumières pour nous centrer sur des lumignons étriqués. S’interroger sur une religion frôle vite la diffamation (terme utilisé pour bien diaboliser l’acte). Une telle attitude est-elle susceptible de devenir un crime ? Dans un Occident aux abois asphyxié par « le principe de précaution appliqué à tous les étages » va-t-on instaurer le crime d’offense aux religions, aux opinions et aux idées ? A quand les camps de redressement de la pensée ? Nous nous préparons des lendemains qui chantent. Les défenseurs des valeurs des Lumières contre les propositions magiques des religions ne doivent pas s’assoupir.
Ainsi donc les islamistes ont fait passer une résolution pour "La lutte contre la diffamation des religions".
Chiche ! Appliquons là !
Je propose que soit soumis à l'ONU une résolution condamnant la diffusion du Coran en vertu de cette nouvelle résolution.
Jugez plutôt :
Sourate V Verset 56 :
"O croyant ! ne prenez point pour amis les juifs et les chrétiens ; ils sont amis les uns des autres. Celui quie les prendra pour amis finira par leur ressembler, et Dieu ne sera point le guide des pervers."
Sourate IV Verset 143 :
"O croyant ! ne prenez point d'amis parmi les infidèles plutôt que parmis les croyants. Voulez vous fournir à Dieu un argument contre vous, un argurment irréfragable ?"
Sourte V Verset 85
"Tu reconnaîtras que ceux qui nourrissent la haine la plus violente contre les fidèles sont les juifs et les idolâtre, et que ceux qui sont les plus disposés à les aimer sont les hommes qui se disent chrétiens ; c'est parce-qu'ils ont des prêtres et des moines hommes exempts de tout orgeuil."
... J'en passe et des meilleurs (appel au meurtre des infidèles et autres polythéistes, blasphème contre les dogmes chrétiens, etc, etc).
Le Coran est rempli de versets de haine et de guerre. Son idéologie s'est construite en opposition avec les deux autres "grands" monothéisme.
Il serait dommage de louper une telle occasion.