Le PS choisit la voie de la facilité
La soumission au magnétisme de l'extrême gauche présente des risques.
- Martine Aubry lors d'une manifestation à Lille des enseignants REUTERS/Pascal Rossignol -
Listes «ubuesques», méthodes «dignes du parti communiste soviétique»: c'est le maire de Lyon, Gérard Collomb, qui s'indigne après l'annonce de la composition des listes socialistes pour les élections européennes. Quelques jours à peine après les proclamations rassurantes qui avaient salué l'intégration des «royalistes» au sein de la direction du parti. Dès que l'on s'est mis à parler sérieusement, ce qui veut dire, au PS, préparer un scrutin, la bataille rangée a repris. Ici et là ont aussitôt fleuri des promesses de boycott des votes qui, en principe, doivent conduire les militants à valider les désignations faites par le sommet. Les décisions prises l'ont été sur la célèbre base de la proportionnelle des courants, sans égard pour le bilan des eurodéputés; pour qui prétend croire à l'Europe, on ne saurait être plus désinvolte.
Le PS, à dire le vrai, a toujours vécu difficilement ces périodes de désignation, point culminant dans la vie d'une organisation qui est presque exclusivement devenue un parti d'élus. Cela ne devrait pas gêner outre mesure le comportement des électeurs.
A ceci près que cette polémique, et son origine — la protestation du maire de la deuxième ville de France — renvoie à un vrai et désormais trop visible clivage: entre l'appareil, le comité central, pour paraphraser Gérard Collomb, et les grands élus de terrain, ceux qui dirigent toutes nos régions (sauf deux), une majorité de départements et de villes grandes et moyennes. Au premier les batailles idéologiques, la généralisation du «non» à toute réforme ou action venant du pouvoir, aux élus les devoirs et les contraintes de la gestion, le discours et la pratique de la responsabilité.
Un autre épisode récent est venu illustrer cette dichotomie: il s'agit des pressions incessantes exercées par la direction du parti sur les deux socialistes qui participaient aux travaux de la commission Balladur, Pierre Mauroy, ancien premier ministre, et André Vallini, président du conseil général de l'Isère; pour obtenir qu'ils se dissocient de la commission, aux fins de pouvoir accréditer l'idée simple, et simpliste, d'une grossière manœuvre sarkozienne pour affaiblir le PS là où il est fort, c'est-à-dire dans les territoires. Comme s'il n'était pas de bonne tradition républicaine — après tout, la référence à la République et à ses vertus n'est-elle pas de tous les discours socialistes? — de participer à de tels travaux, par définition trans-partisans, menés par un Edouard Balladur consensuel!
Pressions telles que, in fine, et malgré une grosse colère vis-à-vis de la première secrétaire Martine Aubry, Pierre Mauroy, le dernier jour, n'était plus d'accord! Puis nous vécûmes ce sommet: André Vallini, de gauche et républicain, fustigé par la même chef du parti, et dénoncé comme un «esprit libre»! Caporalisme, quand tu nous tient!
Ces épisodes, qui paraissent sur le moment dérisoires, sont pourtant autant d'éléments qui participent des formes que prendra l'alternance. N'était-ce pas cette même gauche de gouvernement qui, à juste titre, faisait à la droite un procès en déni de légitimisme lorsqu'elle boycottait tel ou tel voyage de François Mitterrand, ou attisait la colère de telle ou telle catégorie — paysanne notamment — contre la politique de «rigueur» de ce même Pierre Mauroy?
En fait, les derniers développements de la vie du PS ont permis un début de clarification politique, à défaut d'un véritable choix programmatique.
Au chapitre strictement politique, une seule donnée compte: Martine Aubry a commencé d'asseoir son pouvoir. Elle est, à ce stade, la vraie bénéficiaire de la petite mais ô combien importante phrase de Ségolène Royal à Canal Plus: «je suis derrière Martine Aubry». A trente ans de distance, cela m'a rappelé une autre petite phrase, celle de Michel Rocard abdiquant, à la tribune du congrès de Metz: «je ne serai pas candidat contre le premier secrétaire de mon parti». Il pensait alors qu'il parviendrait à dissuader François Mitterrand d'une nouvelle candidature; au grand désespoir de Christian Blanc, alors son bras droit. De la même façon Ségolène Royal peut penser — avait-elle le choix? — qu'elle préserve ses chances en se montrant bonne camarade; mais c'est surtout Martine Aubry qui a fait sensiblement progresser les siennes.
On cogne, on gagne et on verra
En politique, quelle que soit la détermination d'une personne — Ségolène Royal en a à revendre — les logiques de situation finissent par s'imposer; le plus souvent.
En attendant le résultat des européennes, de nature à changer la donne si elles sont mauvaises pour le PS — elles le seront plus vraisemblablement pour l'UMP — il n' y a pour le moment qu'une seule tête socialiste; armée d'un seul mot d'ordre: élargir le front du refus. Les réformes? Toutes mauvaises. Le plan de relance? Il marque l'incapacité présidentielle à mesurer l'ampleur de la crise. Il ne s'agit pas ici de discuter de ce diagnostic, pour le moins exagérément abrupt: pour en savoir plus, notamment sue l'efficacité des réformes, vient de paraître un livre argumenté de deux économistes, Pierre Cahuc et André Zylberberg, «les réformes ratées du président Sarkozy» (Flammarion), dont les conclusions rigoureuses, certes, sont toutefois plus sophistiquées que le titre ne le laisse croire.
Au delà de ces rapports de force internes, la question centrale est, et sera de plus en plus celle du crédit que l'on peut accorder au discours socialiste face à la crise. On commence à voir se dessiner deux postures: l'une, choisie ou avalisée par Martine Aubry, est d'un classicisme absolu; on cogne, on gagne, et après, on verra! L'autre commence à se préoccuper de ce que pourrait être une politique crédible, au risque de voir resurgir, avant même de gagner, l'éternel procès en trahison de la gauche.
Le retour de Fabius et Hollande
La première semble avoir remplacé le mimétisme avec le parti communiste, dont François Mitterrand a débarrassé le PS, par la soumission au magnétisme de l'extrême gauche trotskiste. Peut-être connaissez-vous la fable des «20%», que les militants socialistes se racontent: hier, lorsque le PS disait, par exemple, «le smic à 1.500 euros», Olivier Besancenot revendiquait «+20%»; désormais, lorsque le leader du NPA réclame «tant», le PS et son porte-parole demande «tant + 20%»... Bref la ligne actuelle satisfait le plus grand nombre, procure le confort de se sentir en phase avec l'opinion la plus radicale, mais fait surtout écran, masque les futurs débats sur la crédibilité du PS; ici, mais aussi, dans une crise à ce point internationale, hors des frontières.
Et déjà, dans ce début de recherche d'un crédit indispensable, deux figures tentent de réapparaître: Laurent Fabius et François Hollande. L'ancien Premier ministre s'est sans doute souvenu qu'il incarna un temps une gauche raisonnable — il n'avait pas de mots assez durs pour l'accumulation des déficits — et capable; après tout, la valeur-clé face à la crise ne sera-t-elle pas la compétence? Le discours de Laurent Fabius laisse donc moins de place à la surenchère ambiante, et revient progressivement à ce qu'il avait su incarner. De même pour l'ancien premier secrétaire, désormais libre d'être lui-même, c'est-à-dire profondément réformiste et européen, et qui cherche à poser une réflexion utile au pays plutôt que la synthèse des courants, comme en témoigne sa plus récente chronique confiée à Slate.fr.
Bien sûr, la tempête actuelle, comme l'élection d'Obama, ont remis l'Histoire dans un sens qui est favorable à la gauche. Mais il suffit de regarder les difficultés des travaillistes britanniques, des socialistes allemands, ou de la malheureuse gauche italienne, pour savoir que le PS pourrait de nouveau être victime de lui-même; à lui donc de mettre ses idées au clair, hors du miroir aux alouettes que lui tendent ceux qui n'ont jamais admis que la gauche gouverne et réforme.
Jean-Marie Colombani
Mis à jour le 06/03/2009 à 7h28






































J'ai vu hier soir sur Euronews des députés socialistes européens (et oui, il n'y a pas que des Français au parlement européen) consternés par les listes concoctées par Martine: 30% de "nonistes" paraît-il (c'est assez vraisemblable si l'on veut faire plaisir à Fabius et Hamon), et aucun souci des compétences européennes (et des incompétences) des uns et des autres.
Effectivement, la situation, à première vue favorable au P.S. dans un climat de crise majeure, révèle bien des failles qui pourraient causer son effondrement pour l'instant repoussé.
Le classicisme incarné par Madame Aubry dans l'opposition à Nicolas Sarkozy est simpliste et dépassé. Il peut faire illusion sur le moment parce que le Français est râleur, indiscipliné mais pas kamikaze. Au moment de l'élection présidentielle, il étudiera les programmes et verra qu'il n'y a rien de neuf.
Fabius et Hollande ont certainement de réelles capacités mais pour l'un son passage comme 1er ministre a laissé des traces indélébiles dans l'inconscient populaire quant à l'autre, ses 10 ans à la tête du P.S. n'incitent pas à lui donner un mandat prestigieux.
La critique, le refus à toute réforme proposée par l'actuel président ont porté leurs fruits dans l'esprit inquiet et anxieux des Français. Il suffit de lire les motifs des grèves pour comprendre que les Français n'adhèrent plus et pensent qu'il suffit de demander pour obtenir comme le sous-entend le P.S..
Pour autant, cette critique est si systématique, partiale et infondée souvent qu'on commence à douter sur l'honnêteté du P.S. : veulent-ils le bien de la France ? Ou seulement le pouvoir ? On arrive presque à trouver Nicolas Sarkozy sympathique et courageux dans ce combat !
Et puis, le P.S. n'a toujours fait aucune rénovation dans son idéologie. De campagne en mandat, le parti arrivera aux présidentielles dans le même état qu'en 2006 ! Un comble!
Enfin, même si Mme Royal a eu cette petite phrase où elle disait se mettre derrière Mme Aubry, les promesses ne tiennent qu'à ceux qui les reçoivent. La dichotomie, exclusive du P.S., est intacte . Voyages multiples à travers le monde ou dans les départements français en sont la preuve. Le discours programmé à Dakar sur la politique africaine du président de la République est une première en la matière qui ridiculise d'une part l'autorité de Martine Aubry et d'autre part, chose gravissime, la politique internationale d'un chef d'Etat en fonction.
Les Français seuls trancheront, dans le meilleur des cas, aux prochaines élections présidentielles au pire par des manifestations mais il ne faut pas oublier que 2002, 2007 ont été des avertissements du ras-le-bol des électeurs vis à vis de leurs élus et des partis politiques.
"Les décisions prises l'ont été sur la célèbre base de la proportionnelle des courants, sans égard pour le bilan des eurodéputés; pour qui prétend croire à l'Europe, on ne saurait être plus désinvolte."
Suite à la constitution des listes, il y a eu des réactions, parfois vives, qui, comme vous l'expliquez n'ont finalement rien de très surprenant aux vues des circonstances. Ceci dit, je m'étonne de la nature des arguments avancés par les grands élus (dont je comprends, par ailleurs, tout à fait la frustration) :L'expérience et la diversité font rarement bon ménage. Difficile de concilier logique de courant et impératif en matière de parité et de diversité (sans même parler du non cumul des mandats) sans toucher à l'existant... de ce fait, il semble logique que certains députés sortants, bien que leur expérience et leur talents soient grands, soient contraint à laisser leur place a des personnalités moins expérimentées, moins reconnues qu'eux même.
Un autre point me surprends: pourquoi dénoncer la logique de courants "après", alors que l'on s'est prévalu de celle ci "avant" pour assurer son maintien?
"Le PS choisit la voie de la facilité"... mais n'échappera pas à son destin, son destin de parti de gouvernement. Reprise du pouvoir : quand? Présidentiel 2017 : c'est dans 100 ans, on y pensera plus tard ; présidentiel 2012 : rien n'est prévisible dans la situation actuelle du monde mais c'est un peu moins exotique que le coup suivant. Réflexion 2012 donc, je fais simple. 1- Nul ne peut dire où la France et les autres (plus exactement les autres donc la France) en seront de la crise, ni le candidat Sarkosy (ou la droite) de son bilan 2007-2012, j'élimine ce facteur (sic).
2- J'élimine également le fait de savoir qui serait candidat(e) du Parti ; hypothèse : le meilleur à cet instant là.
Restera encore et toujours la question du positionnement du PS sur l'échelle idéologique de gauche. Il me semble - et c'est passionnant - qu'il se présente deux scénarii. Soit, premier scénario, le PS continue à ne jamais se remettre du congrès de Tours (1920) et s'abandonne au "magnétisme de l'extrême-gauche" : le candidat du PS donc de gauche au 2nd tour fera un score, peut-être un bon score, peut-être sera-t-il élu et passée l'euphorie il évoluera - comme d'hab. - de l'utopie de la campagne à la réalité des faits ; c'est le scénario clopin-clopan et la France s'enfonce, voire s'ouvre à des aventures extrémistes de tout bord. Soit, c'est le deuxième scénario et il peut être stratégique à l'échelle de l'histoire, le PS se saisit de la situation exceptionnelle qu'est la crise actuelle du libéralisme pour inventer une troisième voie politique, économique et sociale, à laquelle en passant s'associeraient les sociaux-démocrates allemands, les travaillistes anglais, les socialistes espagnols et la gauche italienne ; c'est utopique mais l'utopie est une question de date, n'est-ce pas Talleyrand qui lui, parlait de trahison.
C'est le rôle des dirigeants de "faire la guerre à la crise" (cf dernier édito Hollande), ce serait le rôle des intellectuels de construire ce second scénario.
"Le PS choisit la voie de la facilité."
Votre titre, par ce simple complément d'objet direct "la voie de la facilité", semble suggérer un choix somme toute simple, un "objet premier".
Mais vous auriez tout aussi bien pu lui adjoindre un complément d'objet indirect, un "objet second" qui aurait posé la question du "pour quoi?", du "pour quoi faire?"
Suggérons, au choix : gagner en 2012 (pas très crédible), enclancher la machine à perdre (plus crédible), faire imploser le PS et le scinder en deux blocs irréconciliables (de plus en plus probable), faire le boulot au profit de l'extrême gauche de Besancenot ou Mélanchon (inconsciemment?), savonner la planche à Ségolène Royal (rien n'est moins sûr), etc...
Comment expliquer, alors que la situation internationnale valide ses thèses, que le PS demeure inaudible? ...Sinon qu'il est devenu AUTISTE!
Ci dessous une définition trouvée sur Wikipedia:
"Selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (D.S.M. IV) l'autisme est un trouble envahissant du développement (TED) qui est caractérisé par des altérations graves du développement dans les trois domaines suivants :
Communication verbale et non verbale
Interactions sociales
Comportements, intérêts et activités qui sont restreints et stéréotypés (APA 1994)"
C'est ressemblant, non?
Je crois que le PS, avec Martine Aubry, est en train de redevenir un parti d'opposition, en tant que parti de gouvernement. Le temps imparti pour cette reconstruction est, bien sûr, lié aux prochaines échéances électorales. Mais le travail en profondeur semble se faire et produire une certaine sérennité, une assise bienvenue. Il me semble que, au-delà des personnalités controversées, le PS est en train de redonner la possibilité d'une opposition démocratique crédible. En effet, je reste assez sidéré par le langage politique actuel qui ferait comprendre, la plupart du temps, qu'il ne se serait rien passé entre mai 68 (???!!!) et aujourd'hui. Je crois vraiment que Martine Aubty devrait revendiquer haut et fort les 35 heures qu'elle a mises en place et défendre l'équilibre que Lionel Jospin a produit pendant qu'il était premier ministre. Ce qu'il faudrait au PS, en somme, c'est oublier d'avoir honte de fautes qu'il n'a pas commises. Vaste programme, mais aussi peut-être une accession nouvelle à une forme adulte de la politique. Ce que Mitterrand avait bien mené à bien. Ô combien à bien pour peu que l'on songe une seconde à la joie populaire immédiatement visible lors de son élection. Quel pied ! C'est juste ce qu'il faut à ce pays.
Il ne faudrait pas pousser le bouchon de la barbarie orthographique trop loin !
Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire : "Rien de régler ! " ?
Ca y est, on va pouvoir rigoler à nouveau (façon de parler), les élections européennes approchent, les socialistes se déchirent à nouveau !
Ruptures, intrigues, parachutages, trahisons, rivalités… Après la saison ” Congrès de Reims “, le soap reprend là où on l'avait laissé, à savoir, nous avons le parti socialiste le plus bête du monde !
Il parait que lorsque l'on veut gagner une bataille, il faut aller sur le terrain avec des tactiques bien pensées et une stratégie globale visant comme finalité la victoire. Bref,aller au combat en ordre sérré,non en ordre dispersé. C'est le B.A.BA de toute conquête ou reconquête.
Le PS a toutes les armes nécessaires pour reconquérir son électorat mais il ne semble pas vouloir tirer les leçons de ses errements passés.
Vaincu aux présidentielles en partie par un manque évident de soutien à Ségolène ( n'est-ce pas François ? ), ridiculisé lors du congrès de Reims, le PS remet cela avec les européennes:
Pas de leader national charismatiqe, pas de vision rigoureuse sur la sitution actuelle, une absence quasi-totale sur les conflits antillais, des luttes intestines qui se renouvellent, des parachutages maladroits par gros temps, pas de tragégie globale portant un projet politique et économique rigoureux, un malaise grandissant face à la montée en sympathie du NPA...Le PS est depuis longtemps ( la débacle de Jospin ?) blessé et faute de savoir se soigner, il se nourrit de ses blessures intestines.
Que la droite se rassure, à ce tarif là, il n'y aura pas besoin de se battre beaucoup pour les remporter ces européennes! On peut reprocher ce que l'on veut à Nicolas, il y a belle lurette, lui, qu'il a compris que l'ordre dispersé n'était pas la bonne solution pour gagner.
Cordialement,
Le jour où 'le socialisme' deviendra tout simplement 'le social' un nouvel ère commencera. Mais pour ça il faudra attendre que tous les dinosaures meurent...En France ils ont du mal à le faire.
Depuis plusieurs années, les résultats de sondages ne disent qu'une chose : "Le PS ne joue pas son rôle d'opposant".
Avec une nouvelle direction, le PS essaye donc de répondre à une attente de l'opinion "en cognant" inlassablement sur le gouvernement et le Président de la République.
Que le PS aie choisi la bonne stratégie à long-terme est un autre débat.
en gros, nous sommes tous d'accord, rêvant toujours d'un parti idéal, qui n'existe que dans les rêves, justement. Qui donc plaidait, au XIXème siècle, pour une utopie réaliste?
En attendant, la vie continue: vote des militants sur les listes européennes, sur fond de polémique persistante tant sont grandes les injustices aux dépens souvent de "sortants" qui n'ont eu que le tort de se consacrer exclusivement à l'Europe; grosse offensive sur les libertés - "nous sommes en liberté surveillée", avertit Martine Aubry, avant de nuancer (à peine) en nous assurant que "non", elle ne pense pas que Nicolas Sarkozy veuille se maintenir au pouvoir par les armes (sic); début du seul grand débat qui intéresse la direction comme ses opposants, celui des "primaires" destinées à choisir la candidate à l'élection présidentielle, presque à front renversé car, du coté de Martine Aubry on est plutôt tenté par des primaires ouvertes, pour profiter de la popularité renaissante de la première secrétaire, tandis que du coté de Ségolène Royal, on se demande si le vote des militants ne serait pas plus sur, compte tenu de l'enracinement de l'ancienne candidate.
La question qu'il faudrait poser à Martine Aubry, pour le moment, concerne la pertinence de sa stratégie d'opposition: les libertés sont pour la gauche un fond de commerce, une part de son "core business" comme on dit dans les entreprises; entretenir la flamme n'est donc jamais inutile. A la condition d'être crédible, donc de faire la part de ce qui justifie une inquiétude, voire une mobilisation, et de ce qui ne serait pas démenti par un gouvernement de gauche dirigé par le PS. Exemple: la réforme de l'instruction qui remet au goût du jour des idées que François Mitterrand avait tenté de faire prévaloir pour ensuite y renoncer; il serait plus intéressant de savoir à quelles conditions une telle réforme pourrait marquer un progrès des libertés, plutôt que d'entendre une protestation amalgamant tout et le reste, sans que l'on y voit plus clair pour autant.
J'en reviens donc à mon propos précédent: cogner est une chose, redevenir crédible en est une autre, tellement plus nécessaire.
Enfin en matière de libertés, attendons pour juger que se mettent en place le "défenseur des libertés" crée par la réforme constitutionnelle, poste constitutionnel, donc hors d'atteinte du pouvoir en place, une fois nommé, et qui sera pour les citoyens que nous sommes une garantie, un recours, donc une avancée. Attendons de voir qui sera nommé: nous saurons alors, selon la personnalité choisie, s'il s'agit d'un vrai progrès ou d'une réforme en trompe l'oeil. Sur ce sujet, Martine Aubry aurait du consulter Jack Lang, possible titulaire de la charge....
Le PS ignore deux choses.
1 - que nous sommes dans une mutation de civilisation, de paradigmes, de modèles que la crise financière ne fait que révéler.
2 - que les croyances du PS sont impactées comme le libéralisme parce qu'elles appartiennent aux mêmes fondements intellectuels.
En conséquence, confusément le PS essaie de se sauver ... de la réalité, jalousant la liberté de mentir de l'extrême gauche dont on ferait bien de rappeler les principes et les bases de son discours, ses méthodes et pratiques historiques et ses appels à la violence à peine masqués et incessants.
Qu'est ce qui relie le PS et la crise financière?
Le caractère amoral de l'économie et des comportements. Le cynisme est amoral, économique ou politique.
L'individualisme spéculatif de la poursuite des intérêts particuliers (économiques ou politiques) contre les contraintes communautaires vite jugées liberticides. C'est d'actualité.
Le systémisme qui croit plus à la vertu des régulations mécanistes (économiques ou politiques) qu'à la détermination des hommes, la mobilisation des communautés territoriales de développement, la capacité d'entreprendre et de travailler pour réussir, ensemble.
S'accrocher à la bouée électorale et idéologique de la fonction publique à la française c'est faire le pari que le monde ne changera pas et qu'il laissera l'exception française indemne. Eléphants et dinosaures même combat?
je suis assez d'accord avec votre analyse, et participe peut-être de l'erreur que vous pointez. Selon laquelle ce à quoi nous assistons permet la réhabilitation de la bonne vieille social-démocratie. Il est évidemment beaucoup plus difficile de penser ce que peut-être un après-crise "progressiste", comme d'ailleurs un après-crise tout court, qui ne soit pas la reproduction de ce que nous connaissons. Comme dans tous les grands mouvements qui changent les modes de production et les positions relatives de nos pays il y aura des changements dans nos modes de pensée comme dans les modes d'organisation de nos sociétés: l'enjeu dépasse la gauche, bien sûr, car les formes démocratiques seront aussi affectées. bon travail donc aux prospectivistes!
La social démocratie était certainement une des meilleures voies dans un univers régi par des systèmes de représentations juridico-administratifs de l'espace politique, recouverts en outre par un sytème économique mondial conformément à ses paradigmes fondateurs.
La prospective humaine invite à reconnaître que le monde bâti sur cet espace est en train de gripper et de basculer vers un espace d'ensembles communautaires complexes.
Les espaces politiques anciens, constitués de populations d'individualités en quête d'indépendances, ne répondent plus aux aspirations nouvelles ni aux capacités nouvelles d'interrelations à distance qu'Internet a commencé à rendre exponentielles. Voir l'élection de Barack Obama, son usage des résaux sociaux, débordant largement de l'espace américain d'ailleurs, voir aussi le conflit de paradigme entre Ségolène Royal et le PS lors de la dernière élection présidentielle.
Les mots clés d'une nouvelle perspective ce sont :
- Aspiration à une autonomie impliquée, responsable, des hommes et des communautés humaines dans leurs espaces communautaires propres et multiples (multi-appartenances)
- Construction et reconstruction d'ensembles communautaires complexes à toutes les échelles reprenant notamment les communautés territoriales et nationales (voir les différents étages de la réforme Balladur, communautés d'outremer, Europe...) mais aussi des communautés transversales, d'enjeux de tous ordres notamment communautés économiques, culturelles, etc.
- Engagements dans le Sens du bien commun et les valeurs qui l'expriment comme axe du politique comme de l'économique, toujours communautaires (voir notamment le « social business » de Muhammad Yunus et le « développement approprié »)
- Démocratie communautaire alliant les trois niveaux hiérarchisés de démocratie élective, représentative, participative et la gouvernance communautaire.
Il s'agit bien d'une refondation du politique et de l'économique d'ailleurs, refondation sans table rase mais par changement de paradigme et de représentations intellectuelles pour privilégier les hommes réels tous différents, plutôt que les systèmes normatifs abstraits. Ni le libéralisme ni le socialisme traditionnels, académiques, ne sont compatibles, sans parler de leurs versions archaïques. On voit bien où ça coince, là où la maîtrise des représentations anciennes a constitué la vertu des élites du passé.
Alors où en est le PS? Quelle voie emprunte-t-il? Dans quel monde? C'est bien le sujet de cet article.
En quoi est ce que le PS est soumis à l’extrême gauche ?
Le manque d’égard de la part de Martine Aubry sur le bilan des euros députés constitue un mépris certain, dont le but peut être non avoué, est d’affirmer son pouvoir, de maîtriser son rôle de chef, dans un parti navigant à vue et la menace permanente d’une mutinerie.
Les tactiques des partis sont semblables lorsque qu’il s’agit d’éliminer ceux qui restent à la frange. Il faut d’abord absorber les militants soit en faisant des propositions qui tiennent plus de la surenchère que de réelles intentions, soit en leurs confiants des postes « à responsabilités limitées » dans l’exercice du pouvoir.
C’est ce qu’a fait Mitterrand avec le parti communiste, et c’est ce qu’a fait aussi Sarkozy avec le front national et même avec le PS en pratiquant l’ouverture, il a pratiquement réussit à faire imploser ce dernier. Alors il serait étonnant que Martine Aubry n’en fasse pas de même avec le NPA de Besancenot. Elle limiterait en agissant ainsi les critiques, les divisions, et la dispersion d’électeurs, je pense néanmoins que cette tache sera plus difficile à mettre en place avec le NPA que cela ne l’a été avec le PC.
Quand au retour de Laurent Fabius et de François Hollande, l’un traîne trop de casseroles derrière lui, et l’autre n’a pas vraiment la stature pour qu’ils puissent tous deux apparaître comme indispensables. Il est inutile de penser que l’élection d’Obama favoriserait le PS, Obama est un symbole, un symbole brillant doté d’un programme défini dans un monde changeant et incertain, or c’est ce qui fait cruellement défaut aujourd’hui au PS.., un programme défini et cohérent et le représentant symbolique d’un PS réunit donnant l’espoir à "l’humain" d’un monde meilleur.