Culture

Le personnage Mickey Rourke fascine bien plus que l'acteur

Jonathan Schel, mis à jour le 18.02.2009 à 7 h 56

La gloire, la déchéance et avec "The Wrestler" une grande chance pour les Oscars

Mickey Rourke arrive à la cérémonie des BAFTA à Londres

Mickey Rourke arrive à la cérémonie des BAFTA à Londres

Quand il apparaît à l'écran sous les traits de Randy "The Ram" Robinson — le héros de «The Wrestler» (sortie le 18 février)-, on peine à le reconnaître. Est-ce vraiment lui, le play-boy de «La Fièvre au corps», le tombeur de Kim Basinger, la sensation des années 1980? Ce visage cabossé, ces pomettes gonflées, cette peau tirée... Pire encore, cet air d'être tombé au fond du trou et de ne plus pouvoir en sortir. Il n'est pas beau à voir Mickey Rourke, star éclair de l'ère Reagan, acteur surdoué qui avait disparu comme tant d'autres une fois écoulées ses quinze minutes de gloire : la faute à la drogue, à l'alcool, démons hérités d'une enfance traumatisante, entre un beau-père violent et une mère absente. «Quand il vous est arrivé des trucs pareils, soit vous passez votre vie en prison, soit vous vous auto-détruisez», confiait-il récemment au Village Voice.

Alors, Mickey Rourke s'est auto-détruit. Lentement, méthodiquement, à plaisir. Il a tourné le dos à un début de carrière fulgurant qui l'avait emmené de grands cinéastes — Francis Ford Coppola («Rusty James», 1983) et Michael Cimino («L'Année du dragon», 1985) — en francs succès commerciaux,  — «Diner», aimable comédie de Barry Levinson en 1982; «Neuf semaines et demi», sensation érotique de l'année 1986; «Angel Heart», fantaisie diabolique d'Alan Parker en 1987... En 1991, alors que tous les bons scénarios atterrissent chez son agent, il plaque tout pour devenir boxeur professionnel. Lui qui a déjà refusé «Rain Man» et «Platoon» ne prend même pas la peine de lire «Pulp Fiction» que lui propose un Tarantino encore peu connu.

Inutile de dire que sa carrière de boxeur ne va pas bien loin, tout comme son bref mariage avec le mannequin Carre Otis. A la fin des années 1990, Rourke est une épave, qui vivote de petits boulots offerts par des copains — une apparition chez Sean Penn («The Pledge», 2000), un rôle de brute épaisse dans «Sin City» (Robert Rodriguez, 2005) — et claque la porte si on ne le laisse pas amener son chihuahua (qu'il considère comme son «fils») sur les plateaux. Il fallait un miracle pour ressusciter la carrière de Rourke, un miracle et un ange gardien : le réalisateur Darren Aronofsky, lequel avait, lui aussi, bien besoin de refaire surface. D'abord loué pour la fantaisie ingénieuse de «Pi» (1998), le New-Yorkais avait séduit un large public avec le psychédélique «Requiem for a Dream» (2000) avant de plonger tête baissée dans le ridicule le temps d'une fable romantique qui fut aussi un échec cinglant, «The Fountain» (2006).

Ecrire pour Mickey Rourke le rôle d'un catcheur sur le retour, idole des années 1980 devenue un has been complet, c'était une idée en or, même si les studios — qui ont renâclé à financer le film — ont mis longtemps à s'en rendre compte. Aronofsky, lui, n'avait pas de doute: «avec ce film, tu auras une nomination à l'Oscar», avait-il assuré, à juste titre, à son acteur principal. De fait, la statuette pourrait bien revenir à Mickey Rourke dimanche à Los Angeles, et pas seulement parce qu'il est excellent dans «The Wrestler», forcément plus vrai que nature en lutteur déglingué, accro aux stéroïdes et aux souvenirs de sa brève période de gloire, survivant à grand peine en marge de la société.

Si Rourke est si bien placé pour décrocher le titre de meilleur acteur — son seul vrai rival est Sean Penn, extraordinaire dans «Milk» de Gus Van Sant (sortie le 4 mars), c'est qu'une histoire de come-back est toujours le scénario préféré des Américains, à la ville comme à l'écran. On songe à Sinatra, que l'on croyait fini, voix abîmée, image désastreuse d'époux adultère, qui décroche le rôle du charmeur Angelo Maggio dans «Tant qu'il y aura des hommes» (Fred Zinneman, 1953), remporte l'Oscar et reconquiert le grand public. Ou à Marlon Brando, que l'on croyait perdu depuis des années dans les sables mouvants de Tahiti et qui opère un retour surprise en magistral Don Corleone du «Parrain» (Francis Ford Coppola, 1972), avec là aussi un Oscar à la clef. Ils sont nombreux, les films hollywoodiens qui s'achèvent sur l'image du héros acclamé par une foule en délire... Mickey Rourke aura-t-il droit, lui aussi, à son happy end?

Jonathan Schel
Jonathan Schel (29 articles)
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