Monde

Le Pakistan dans la spirale du pire

Françoise Chipaux, mis à jour le 11.03.2009 à 18 h 12

Arme nucléaire et centre névralgique du terrorisme international.

Manifestation de supporters de Nawaz Sharif  Mohsin Raza / Reuters

Manifestation de supporters de Nawaz Sharif Mohsin Raza / Reuters

Où s'arrêtera la chute? Un an après les espoirs nés du retour à la tête du pays d'un gouvernement démocratiquement élu, les Pakistanais s'interrogent avec une inquiétude croissante sur une situation qui paraît échapper totalement à leurs dirigeants. La crise politique ouverte par la disqualification décidée par la Cour Suprême de l'ancien Premier ministre et chef de l'opposition Nawaz Sharif et de son frère Shabaz, ministre en chef de la province du Pendjab, la plus peuplée du pays, est venue s'ajouter à la crise sécuritaire, économique et sociale qui secoue le Pakistan.

Nawaz Sharif qui accuse directement le président Asif Ali Zardari d'être derrière la décision de la Cour Suprême appelle désormais ses partisans à la «révolution» alors que le principal conseiller à la sécurité du gouvernement l'accuse de quasi «mutinerie» et avertit que d'éventuelles accusations de sédition pourraient conduire l'ex Premier ministre à la prison à vie.

Dans ce contexte, Nawaz Sharif apporte son plein soutien à la «longue marche» décidée par les avocats qui, depuis maintenant deux ans, réclament la réinstallation du président de la Cour Suprême, le juge Iftikhar Chaudhry, écarté par le précédent régime militaire du président Pervez Musharraf. Le président Zardari s'était engagé par écrit avec Nawaz Sharif à la réinstallation des juges démis par le général Musharraf, y compris le président de la Cour Suprême mais est vite revenu sur sa promesse ouvrant une crise de confiance avec l'ex Premier ministre.

La crise politique accapare les esprits à Islamabad alors que les priorités du pays sont sécuritaires et économiques. L'accord signé avec les militants extrémistes dans la vallée de Swat (au nord-ouest d'Islamabad), où l'instauration des tribunaux islamiques a été promulgué, a pour l'instant ramené un semblant de calme, mais, encouragés par leur succès, les militants qui n'ont pas désarmé étendent leur influence aux districts voisins. Dans la zone tribale du Waziristan, frontalière de l'Afghanistan, trois chefs talibans autrefois rivaux ont formé sous la pression du chef des talibans afghans Mollah Omar une nouvelle alliance pour «vaincre les infidèles dont les chefs sont Obama, Zardari et Karzai» selon le texte fondateur de l'alliance.

L'apathie et les promesses non tenues dans la province du Baloutchistan, secouée depuis plusieurs années par des revendications autonomistes, ont fait revivre les nationalistes baloutches qui revendiquent depuis plus d'un mois la détention du chef de l'antenne du Haut Commissariat pour les Réfugiés de l'ONU (HCR) à Quetta, l'américain John Solecki. Celui-ci n'est que le dernier en date des étrangers détenus au Pakistan. L'ambassadeur désigné d'Afghanistan, enlevé en septembre à Peshawar, est toujours porté manquant, comme l'attaché commercial iranien, comme le frère du l'ancien ministre des finances afghan et, enfin, comme une journaliste canadienne. Les talibans refusent toujours d'autre part de rendre le corps d'un ingénieur polonais qu'ils ont décapité.

Plus discrète la guerre qui oppose depuis plusieurs années extrémistes sunnites et chiites a repris de plus belle et plusieurs personnalités chiites ont été tuées récemment à Quetta, capitale de la province du Baloutchistan.

L'insécurité qui règne aggrave la crise économique avec un accroissement du chômage, de l'inflation et de la fuite des capitaux. Selon un décompte de la commission indépendante des Droits de l'Homme, 35 personnes se sont suicidées durant le seul mois de février en raison de la pauvreté ou du manque d'emploi. Les donateurs n'ont toutefois pas de raisons de se précipiter alors que le gouvernement, qui ne compte pas moins de 65 ministres, n'a aucun plan d'ensemble pour faire face à la crise.

Le manque de leadership d'un président qui a perdu la confiance du pays en moins d'un an, l'absence totale d'action du gouvernement constituent des obstacles réels à toutes les initiatives pour tenter de freiner la chute d'un pays de 170 millions d'habitants, possesseur de l'arme nucléaire et au cœur de la problématique du terrorisme international.

Françoise Chipaux

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Journaliste
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