Le méchant géant vert
Et si la Frankenbouffe était bonne pour l'environnement?
- champ de mais, DR. -
Du point de vue de mon bocal de miso, en revanche, il est évident que tous les consommateurs ne partagent pas cet enthousiasme. Peut-être connaissez-vous le surnom ironique dont sont couramment affublés les OGM : la frankenfood [Frankenbouffe]. Ce sobriquet reflète un vaste éventail d'inquiétudes : certains activistes opposés aux biotechnologies avancent que ces organismes vont contaminer leurs cousins sauvages avec du pollen génétiquement modifié et provoqueront l'extinction des plantes indigènes. D'autres suggèrent qu'ils vont favoriser la croissance de « super mauvaises herbes », des plantes qui développent une résistance aux herbicides que de nombreux OGM sont programmés pour tolérer. D'autres encore craignent que les modifications génétiques ne déclenchent des réactions allergiques chez des consommateurs sans méfiance. Que ces préoccupations justifient, ou pas, une interdiction collective des OGM - souhaitée par beaucoup (voire la plupart ?) des écologistes - est un sujet de débat houleux. La conclusion des réflexions sur ces pièges éventuels se place, cependant, au-delà de toute discussion : pour beaucoup de gens, cette technologie fait froid dans le dos.
Quelle que soit la cause précise de la colère provoquée par les cultures d'OGM, la résistance populaire a pris tout son sens en 2000, quand le National Organic Program [organisme de certification bio du gouvernement américain] a lancé une consultation publique sur leur éventuelle introduction. En réaction, des activistes de l'alimentation durable ont fait pleuvoir sur les responsables un déluge de lettres, au bas mot l'équivalent d'une forêt vierge - 275 000 missives pour être exact, qui ont fait tomber cette mesure dans les oubliettes. Aujourd'hui, dans le même esprit, les écologistes considèrent instinctivement les OGM comme l'antithèse de la responsabilité environnementale.
De nombreux scientifiques, et même quelques agriculteurs bio, pensent aujourd'hui que le rejet hâtif de 2000 était malheureux. Plus récemment, Pamela Ronald, spécialiste en pathologie végétale et présidente du Plant Genomics Program de l'Université de California-Davis, a annoncé la même position. Dans Tomorrow's Table : Organic Farming, Genetics, and the Future of Food, elle explique que nous devrions en fait mélanger manipulation génétique et agriculture biologique si nous voulons assurer un avenir durable à la production alimentaire. Ses recherches, qu'elle mène avec son mari agriculteur biologique, étudient des récoltes génétiquement modifiées qui, au lieu de servir la rapacité de l'agri-business, consolident les bases de la durabilité. Leurs travaux, aussi contraires à l'instinct qu'ils puissent paraître, annoncent une nouvelle frontière verte biotechnique, un royaume caché qui permettrait de nourrir les bientôt 9 milliards d'humains grâce à des récoltes produites de façon écologiquement responsable.
Gramina, entreprise australienne de biotechnologie, a récemment produit une herbe génétiquement modifiée aux taux de lignine moins élevés. Moins de lignine signifie moins de méthane, moins de méthane moins d'émissions de gaz à effet de serre, et moins d'émissions signifie que les écologistes peuvent manger du bœuf sans renoncer à leurs verts idéaux.
Les engrais azotés représentent un autre secteur où agriculture durable et modification génétique pourraient utilement se croiser. Quand une plante ne parvient pas à absorber tous les nutriments d'un engrais, l'azote, aux effets néfastes, s'accumule dans le sol. Il filtre jusqu'aux rivières et aux océans et provoque la création de zones mortes où la concentration d'algues est telle que les autres formes de vie marine disparaissent. Pour répondre à ce problème, Syngenta et d'autres entreprises de biotechnologie sont en train de produire des cultures génétiquement modifiées de pommes de terre, de riz et de blé à la meilleure capacité d'absorption de l'azote, afin de réduire les effets néfastes des engrais azotés. Les premiers résultats suggèrent que les riziculteurs du Sud-est asiatique et les cultivateurs de pommes de terre d'Afrique auront un jour la possibilité de planter des récoltes réduisant les effets nocifs de cette source de pollution agricole longtemps décriée.
Les animaux sont bien entendu tout aussi manipulables que les plantes. Cela fait des siècles que les éleveurs bricolent le patrimoine génétique de leurs bêtes au petit bonheur la chance en les sélectionnant. Ils le font pour améliorer la santé de leurs animaux, augmenter leur poids et réduire leur taux de graisse. Les techniques maladroites de l'élevage traditionnel n'ont jamais permis de réduire l'impact des animaux sur l'environnement. Ce qui n'est pas le cas de la manipulation génétique.
Un exemple : les scientifiques canadiens ont récemment créé un « enviropig » [marque déposée, un écocochon en quelque sorte], goret génétiquement modifié pour produire des déjections au taux de phosphore réduit de 60 %. Comme pour l'azote, l'excès de phosphore, notoire dans les déjections porcines, est un facteur de pollution grave qui entraîne des réactions de grande ampleur en aval. Or, grâce à l'insertion relativement simple d'un gène (celui de la bactérie Escherichia coli) produisant une enzyme digestive appelée phytase, les chercheurs ont fourni aux éleveurs un nouvel outil leur permettant d'alléger leur impact si lourd sur l'environnement.
Quand les agriculteurs entendent parler d'herbe génétiquement modifiée, de meilleure assimilation de l'azote et de cochons plus propres, ils grimpent aux rideaux. Quand on évoque d'autres produits en cours de recherche, comme des betteraves sucrières qui nécessitent moins d'eau et ont un meilleur rendement que la canne à sucre, d'une poudre fabriquée à partir de fougères génétiquement modifiées permettant de décontaminer les sols pollués par des métaux lourds, de graines de coton génétiquement modifiées et comestibles qui ne nécessitent qu'un recours limité aux pesticides, ils sautent au plafond. Et ce qui les enthousiasme tant, c'est non seulement que ces produits rationalisent la production, mais aussi que la technologie des OGM leur permet de jouer un rôle significatif dans la réduction de leurs émissions de carbone.
Cependant, à l'exception des betteraves sucrières modifiées, les OGM mentionnés dans cet article ne sont pas encore mis sur le marché. Les poubelles des laboratoires de recherche du monde entier regorgent d'exemples réussis de produits génétiquement modifiés susceptibles de nous rapprocher d'une agriculture durable. La demande de tels produits reste élevée parmi les agriculteurs - c'est presque toujours le cas - mais les fabricants de produits alimentaires craignent la mauvaise presse que pourraient leur faire des invectives anti-OGM.
Vu le potentiel de réduction de l'impact écologique de ces produits, il est ironique de constater que les traditionnels défenseurs de l'agriculture durable ont mené une campagne fructueuse pour proscrire les OGM, quelles que soient leurs applications. Ils pourraient au moins les traiter comme une matière éthique et scientifique légitime, méritant une audience publique équitable. Une telle audience, me semble-t-il, serait non seulement agréable aux agriculteurs réellement soucieux de durabilité, mais fournirait au reste d'entre nous, ceux qui ne cultivent pas de quoi nourrir la planète mais se contentent d'y réfléchir, une source d'informations scientifiques plus précise que l'étiquette d'un bocal de miso.
James E. McWilliams.
Cet article, traduit par Bérengère Viennot, a été publié sur Slate.com le 28 janvier 2009.
Mis à jour le 13/02/2009 à 9h34














































En résumé, en refusant de manger du veau aux hormones bourré d'antibiotiques, les français sont les principaux responsables du réchauffement de la planète :-)
Cet article met bien en avant l'avenir de la production alimentaire mondiale, mais il ne semble pas aborder le problème de la santé de l'être humain bombardé de l'extérieur et de l'intérieur par une infinité de particules inventées depuis un demi-siècle.
Autre chose qu'il semble tabou d'aborder : le problème de la production alimentaire est tout d'abord lié à la surpopulation.
Alors bien sûr des rangées de boucliers se lèvent quand il s'agit de toucher au sacro-saint principe de reproduction (on est moins réactif quand il s'agit de défendre les autres libertés personnelles, telles la liberté d'expression). Mais force est de constater que l'augmentation non maîtrisée de la population humaine est le premier danger qui menace l'humanité elle-même.
Il est bien sûr peu agréable pour nombre de gens de songer à réguler les naissances humaines comme on régule actuellement les populations de sangliers ou de tortues américaines, mais il s'agit plus d'un complexe de supériorité que d'une réflexion scientifique. Certains gouvernants ont peut-être pensé il y a quelques années que le SIDA aiderait à décimer une partie de la population planétaire, mais - outre le raisonnement odieux- il faut bien constater que ça n'y fait pas grand chose.
On se dirige donc de plus en plus vers un scénario à la "Soleil Vert", mais avouons que nous étions prévenus.......
Je ne vois pas ce qu'il y a d'ironique dans le fait de vouloir proscrire les OGM au sein d'une agriculture durable. L'application principale d'un OGM est de répondre à des critères financiers : il est illusoire de croire que les producteurs d'OGM souhaitent s'impliquer dans l'agriculture durable, ils n'en ont que faire. (dois-je rappeler que "durable" n'est pas souvent synonyme de "rentable" ?)
Fabriquer des cochons propres et des pets de vaches allégés en méthane ? Sérieusement, à quoi cette caricature rime t-elle ?
"Autre chose qu'il semble tabou d'aborder : le problème de la production alimentaire est tout d'abord lié à la surpopulation. "
Je ne suis pas d'accord, le problème de la production alimentaire est principalement lié à la consommation. Si l'origine du problème est la même : nous, humains, ce n'est pas la quantité d'individus ou sa croissance positive qui pose problème mais la façon dont ils (sur)consomment.
Certains propos doivent faire preuve de modération. La régulation des naissances - telle qu'elle est pratiquée en Chine par exemple - est une monstruosité. Quelle place à la liberté, au choix, quand on vous oblige à payer pour chaque enfant "surnuméraire" ? Et quelles conséquences !? Dois je vous rappeler les horreurs qu'on vécu les nouveaux nés handicapés, ou filles sous prétextes qu'ils étaient moins "rentable" que des garçons beaux, grands et forts ? Comment en faire un leitmotiv !? Ce sont des idées dangereuses et qui n'ont que pour seules finalité d'avouer notre incapacité (pas matérielle mais politique !) à organiser la vie à 9, 10, 20 milliards sur terre !
Au delà de ça, la surproduction n'est qu'une question de Capital. Les société traditionnelle amérindienne parviennent à combler leurs besoins (et uniquement leurs besoins) avec moins de 4 heures de travail par jour ! Il s'agit de repenser notre production et notamment notre production agricole pour faire face aux défis de demain. L'agriculture intensive gâche nos ressources naturelles pour un gain de productivité de plus en plus remis en cause par l'agriculture traditionnelle. L'état de la planète ne permet plus le gaspillage et la pollution qui nous ferait tomber, pour le coup, dans une incapacité matérielle à organiser la vie à 9, 10, 20 milliards sur terre !
Enfin un article qui parle intelligemment des OGM. Ce n'est pas trop tot .
Vous pourriez développer votre point de vue ? Qu'y a t-il d'intelligent dans cet article ?
C'est très intéressant de constater que les scientifiques de tous bords démontrent la caractère inoffensif des OGM. Seuls les doctrinaires de l'écologie jouent sur les peurs collectives en s'y opposant. Mais leurs arguments ne sont que des slogans. Le jour où un écologiste fera son mea culpa , je crois que la civilisation aura fait un pas de géant.
Pourquoi les écologistes refusent-ils de prendre en compte le résultats des études scientifiques? Pourquoi entretenir des peurs collectives et ne pas accepter la vérité? il y a tant de progrès réussis grâce aux OGM.
Il s'avère que l'indépendance de la plupart des scientifiques qui démontrent le caractère inoffensif des OGM n'est pas certaine et qu'ils ont des intérêts plus ou moins avoués à fournir de tels résultats. Il existe par ailleurs nombre de scientifiques, écologistes ou non, très compétents, qui démontrent soit le risque des OGM soit le fait que les études publiées démontrant leur caractère inoffensif ne sont pas suffisamment poussées pour être prises en compte et validées.
Malheureusement, le puissant empire OGM est sournois, en France, le cas De Christian Vélot (voir lien en fin de commentaire) est édifiant.
Les écologistes (dangereux fanatiques !) ne défendent pas réellement d'intérêts commerciaux et financiers, mais la société et une maitrise du progrès, en cela, leur démarche est plutôt transparente, alors oui, leur vérité dérange et peut faire peur, mais à qui ? A celui qui doute ? Non, le doute ne peut aboutir qu'au principe de précaution, au respect de la clause de sauvegarde, il n'y a pas d'autres alternatives. La confiance aveugle dans le caractère inoffensif des OGM dénote d'un manque d'information.
Ceci dit, oui, certains OGM participent au progrès, mais confinés en laboratoire, sous surveillance, et pour des applications extrêmement ciblées. Le champ d'application n'est pas le même, la production agricole n'a pas nécessairement besoin de ce type d'organismes mutants pour répondre aux besoins de l'Homme.
à lire :
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=31070
Clair concis et à l'encontre de l'obscurantisme ambiant !
Cet article n'est pas si précis, il prend parti et n'évoque par exemple pas le fait que les OGM sont systématiquement brevetés, ce qui implique une clause de propriété et un contrôle de leur utilisation.
D'accord avec vous pour l'aspect commercial (brevet) mais pas d'accord pour l'aspect scientifique. Ces avancées technologiques doivent être à la disposition de l'humanité comme toutes les découvertes scientifiques fondamentales. Malheureusement dans ce cas la science est bafouée par le commerce.
Le truc inquietant qui n'est jamais expose au public c'est qu'une fois qu'une sequence d'ADN se balade dans la nature, c'est une modification irreversible. Le nucleaire, le chimique, on peut esperer s'en debarasser, des bricolages genetiques, non. Si encore on savait exactement comment fonctionne la cellule, on pourrait pretendre maitriser la chose. Malheureusement, on en est loin.
L'analogie informatique est assez interessante. Imaginez un type qui vous dit qu'il comprend tres approximativement comment fonctionne le programme d'une machine a laver et qu'en consequence ca va lui permettre d'ameliorer le programme de controle d'une centrale nucleaire (parce que ca reste des zeros et des uns, apres tout) et qu'en plus, il ne sera pas possible de revenir en arriere. Vous lui dites, allez-y, foncez?
Je suis pour les OGMs, mais dans les labos ou en environnement ultra-controle.