Le Kindle2 d'Amazon peut-il sauver la presse?

L'eBook d'Amazon sort aujourd'hui lundi en France, deux ans après les Etats-Unis, où il s'est imposé comme un produit leader.

Le Kindle d'Amazon. DR

- Le Kindle d'Amazon. DR -

Le kindle est le livre électronique d'Amazon, capable de télécharger et de stocker jusqu'à 1.500 ouvrages depuis une simple connexion 3G, sans avoir à souscrire d'abonnement. Il sort en France aujourd'hui, après deux ans d'existence aux Etats-Unis. Cette version internationale coûte 190 euros et offre un écran de 15 cm de diagonale, avec une technologie d'encre électronique qui donne presque l'impression de lire sur du papier.

A l'occasion de cette sortie, Slate.fr republie un article du 10 février dernier.

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Cet objet sur la photo, c'est le Kindle 2, la seconde itération dévoilée lundi du livre électronique lancé il y a deux ans par le géant de la vente en ligne Amazon. De la taille d'un livre de poche, moins de 300 grammes, même pas un centimètre d'épaisseur (détails ici), cette nouvelle version du «eBook» d'Amazon est nettement meilleure que la précédente qui semblait avoir été conçue par un studio de design de Mourmansk.  Certes, l'objet a encore des progrès à faire, à commencer par son prix (359 dollars) qui le range au rayon des gadgets coûteux (Il faut espérer: qui se souvient qu'un Macintosh acheté en 1984 coûtait l'équivalent de 6.500 euros d'aujourd'hui?).

Mais au-delà de l'objet, c'est le modèle économique sous-jacent qui est intéressant.

Non seulement cet eBook propose des livres (23.000 au catalogue, en général à 50% du prix papier), mais il commercialise des quotidiens, des magazines, et mêmes des blogs. Et les tarifs sont plus qu'attractifs: le «New York Times», le «Washington Post», le «Wall Street Journal», le «Financial Times» sont proposés à 9,99 dollars par mois, soit pour un journal paraissant tous les jours le tiers du prix en kiosque (on peut même trouver de meilleures affaires avec certains quotidiens régionaux à 0,20 dollar en version électronique). Même chose pour les magazines : l'hebdomadaire «Time» est ainsi proposé pour 1,49 dollar par mois, soit... 8% seulement du prix dans un kiosque (18,40 dollars)!

Une trentaine de quotidiens et une vingtaine de magazines sont ainsi disponibles en «Kindle version».  A cela s'ajoute 1.200 blogs dont le prix varie de 0,99 à 1,99 dollar (cette manie du centime psychologique) toujours par mois, autrement dit, un prix indolore.

Détail technique essentiel: une fois l'abonnement souscrit, tout ce contenu est transmis de façon automatique et transparente grâce à un réseau 3G dédié, conçu par Amazon et l'opérateur mobile Sprint. Même pas besoin de le synchroniser avec un PC ou d'accéder à un réseau wi-fi. (Cette caractéristique technique retarde le déploiement du Kindle en dehors des USA).

Vers des journaux électroniques et payants?
A en juger par le «bruit» médiatique de ces derniers mois, l'idée d'un modèle électronique payant pour la presse revient au goût du jour aux Etats-Unis sous l'effet conjugué de trois forces.

La première est technique, avec des eBook connecté dont le Kindle n'est qu'une première génération; la recherche sur des écrans flexibles est en train de s'accélérer et les concurrents d'Amazon comme Plastic Logic et son lecteur ultra-fin, ou encore le Readius vont se multiplier (si ce n'est qu'Amazon a l'avantage de contrôler le catalogue, le système de paiement et la livraison par voie hertzienne et le lecteur).

La seconde force est l'économie de la presse sur Internet qui, ce n'est rien de le dire, n'a pas encore trouvé son équilibre. Pour un quotidien ne vivant que de la publicité en ligne, un lecteur sur web rapporte dix fois moins qu'un lecteur sur le papier (si ce n'est que les premiers sont toujours plus nombreux et que les seconds disparaissent). Pour un journal comme le «New York Times», si l'on réduisait tous les coûts (technique, personnel) liés à la production physique du quotidien pour ne garder que l'édition en ligne, la publicité rapportée par celle-ci ne couvrirait même pas le quart des coûts éditoriaux! Cela pour un site qui enregistre plus de 20 millions de visiteurs uniques par mois... (Certes, on peut considérer que si la version papier cessait d'exister, l'audience s'envolerait et les recettes de pub avec, mais l'écart resterait important).

La troisième force est la récession, pour ne pas dire la dépression, qui affecte la presse américaine. L'an dernier, les quotidiens américains ont vu leur chiffre d'affaires publicitaire plonger de 15% à 20% obligeant à de sévères coupes dans le personnel: 31.200 emplois ont été supprimés en 2008, soit 9,1% des effectifs. Et 2009 s'annonce pire encore. Cet effondrement affaiblit plus encore le modèle internet gratuit: les CPM (coût de la publicité pour mille pages affichées) chutent sous le double effet de la conjoncture et d'une offre pléthorique de sites prêts à solder leurs pages.

Il y a donc urgence à trouver d'autres modèle. Pour l'information à haute valeur ajoutée, la diffusion électronique à coût réduit en est une.

Au fait, quid du Kindle en France?

Visiblement, la filiale française d'Amazon — qui semble se résumer à un hangar et à une caisse enregistreuse — a peu d'idées sur le sujet. En février, c'était tout juste si son agence de RP était au courant de la sortie du Kindle 2. Et le fait que le mot «Kindle» cherché sur le site français restitue des étuis pour l'appareil et... une liste de livres érotiques semble n'émouvoir personne. Jeff Bezos, le PDG-fondateur de la firme, sait-il qu'il néglige un marché de 65 millions d'habitants, dont la plupart sait lire? On s'est arrangé pour lui poser la question.


Frédéric Filloux
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L'AUTEUR
Frédéric Filloux, éditeur de la Monday Note, est un contributeur régulier de Slate.fr Ses articles
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Publié le 10/02/2009
Mis à jour le 21/10/2009 à 13h36
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