EconomieLife

L'avenir sombre de France Télévisions

Emmanuel Schwartzenberg, mis à jour le 16.02.2009 à 7 h 50

Recettes en berne et charges en hausse mèneront au regroupement de chaînes

Tel un trou noir, France Télévisions est entré dans un mouvement de repli sur soi dont l'ampleur va dépendre de la constitution de son modèle économique..

Aujourd'hui, le groupe des chaînes publiques privilégie dans tous les secteurs une direction unique. Philippe Vilamitjana, directeur de l'antenne de France 5 va être le seul patron des programmes, Arlette Chabot, directrice de l'information de France 2,  va chapeauter l'information de toutes les chaînes  et Paul Nahon, responsable de l'information de la Trois, prendre en main tous les magazines. Difficile, en effet, pour lui comme pour d'autres, de devenir le numéro deux lorsque l'on s'est habitué à ne pas avoir de référent.

Ce mouvement de  réduction des postes au plus haut niveau de la hiérarchie est le prélude d'un mouvement qui va s'étendre aux échelons les plus inférieurs et conduire à la suppression de 1000 postes de travail sur les 11.000  recensés.

Les 260 salariés de France Télévisions Publicité, eux,  sont beaucoup moins bien nantis puisque la suppression annoncée de la publicité sur France Télévision en 2012 provoque la disparition de leur société. D'ici là et pour gérer la commercialisation des  derniers espaces publicitaires, France Télévisions entend les confier à Lagardère, Orange ou Publiprint, la régie du Figaro, qui ont répondu à son appel d'offres.

Cette absence de visibilité sur les recettes à venir des chaînes publiques conditionne la réduction générale du périmètre des chaînes publiques.

Les pouvoirs publics se sont engagés à verser 450 millions d'euros cette année pour compenser l'arrêt de la publicité après 20h mais le versement régulier de cette ressource n'est pas assuré. En période de crise, France Télévisions devra fournir de sérieux arguments pour justifier  l'allocation d'une somme quand  des secteurs vitaux de l'économie seront en grande difficulté.

Bruxelles répugne à valider les subventions publiques qui s'apparentent au financement régulier d'une entreprise fût-elle déficitaire, comme le dossier Alitalia l'a démontré. Les aides d'Etat ne doivent pas fausser  le jeu de la concurrence, or France Télévisions va profiter de ses recettes publiques pour intervenir sur le marché des films ou des droits sportifs.

Enfin, pour mener des négociations avec l'Etat, France Télévisions sera représenté par Patrick de Carolis, un homme qui  ne bénéficie pas, c'est un euphémisme, de la confiance absolue de l'Elysée. Le réalisme incite à constater que son maintien à la tête des chaînes publiques n'est pas  la meilleure garantie du soutien financier de l'Etat. Pour autant, sa présence présente  l'avantage  de poser les premières fondations de cette  réforme et lui imputer, le cas échéant, l'inévitable  dérapage des coûts qu'elle va engendrer.

La constitution d'une entreprise unique de l'audiovisuel publique va impliquer, en effet, l'adoption d'une seule convention collective. A moins de prendre le risque d'un conflit prolongé en adoptant celle qui est la moins favorable aux salariés, la sagesse commande d'étendre à toute l'entreprise la «mieux disante» pour eux, c'est-à-dire celle de France 3 . Ce qui aura un impact très élevé  sur les coûts salariaux.

Recettes en berne, charges en hausse, France Télévisions entame  une vaste réorganisation interne pour résoudre cette équation. Mais elle ne pourra pas éviter  la question du regroupement des chaînes.

Le mariage France 3 - France 5 est déjà à l'étude. Lorsque le châtelain ne possède plus des moyens suffisants pour jouir de toutes les ailes de sa demeure, il se résout à condamner les plus belles salles du château.

Emmanuel Schwartzenberg

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