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L'avenir est au «cloud computing»

Michael Agger, mis à jour le 09.03.2009 à 15 h 36

Stocker ses données et ses applications sur l'Internet fait disparaître le risque de les perdre.

NetBook  Nicky Loh / Reuters

NetBook Nicky Loh / Reuters

Comme je passe mes journées devant un ordinateur, je passe beaucoup de temps à essayer de faire en sorte qu'on s'entende bien. Et je me pose des questions du genre: est-ce que mon ordinateur aime ce logiciel? Ou est-ce qu'il le fait se sentir tout ballonné et lent? Devrais-je enfin apprendre quelques raccourcis clavier ou bien continuer à utiliser la souris, même si mon poignet ne va pas tarder à tomber?

Pendant des années, j'ai été de façon intermittente un adepte du logiciel Mac Quicksilver, qui se présente comme étant un «lanceur d'applications» assez puissant - permettant de lancer des pages Web, de trouver des numéros de téléphone, et d'envoyer des fichiers par mail rien qu'en tapotant sur quelques touches du clavier - mais c'est bien plus que ça ; c'est une véritable philosophie. Si vous aussi vous devenez un adepte de Quicksilver, vous atteignez un état de wei wu wei - l'agir non-agir. Voici ce qui est indiqué sur le site : «Quicksilver devient une véritable extension de vous-même ; le processus s'efface pour ne laisser que les résultats».

Cette philosophie me semble plutôt juste - à mon sens, le meilleur ordinateur c'est celui qui disparaît pendant que vous l'utilisez. La plupart d'entre nous, qui utilisons des ordinateurs au quotidien, ne les aimons pas vraiment. On voudrait juste que cette boîte fonctionne - c'est-à-dire  écarte-toi de mon chemin, j'ai des choses à faire. Il arrive parfois qu'on ait du mal à discerner lequel des deux sert l'autre. Observez comme l'utilisateur accompagne son ordinateur lorsqu'il y installe un programme, lorsque celui-ci récupère d'un crash, ou lors de fastidieuses mises à jour. Observez comme l'utilisateur nettoie le disque dur et soigne l'ordinateur de tous ses virus. Et comme avec toute relation un peu compliquée, définir quelques règles de base peut aider. J'ai beaucoup aimé les « Règles d'al3x pour atteindre le bonheur informatique ». En voici quelques extraits:

-Utilisez aussi peu de logiciels que possible

-Utilisez des logiciels qui ne font qu'une chose, mais qui la font très bien

-N'utilisez pas de logiciels qui font énormément de choses mais de façon médiocre

-Utilisez un éditeur de texte simple et que vous maîtrisez. Pas un traitement de texte, un éditeur de texte.

-N'utilisez pas cet éditeur de texte pour autre chose que pour créer et éditer des fichiers texte.

Faire disparaître «la machine ordinateur», c'est un idéal et c'est l'objectif de Sam Schillace, le Lando Calrissian de Google. Il surveille la Cité des Nuages de Google, ses outils de communication et de partage, comme Gmail, Google Docs, et Google Calendar. Si le concept du «cloud computing» (Ndt : littéralement «l'informatique dans les nuages», traduit par «l'informatique via Internet») est un peu flou, l'exemple de Gmail peut aider à mieux le comprendre. Vos mails sont stockés sur les serveurs de Google - plutôt que sur votre disque dur. Grâce à cette technologie, vous avez accès à votre courrier de n'importe où, et pas que depuis votre ordinateur.

Ça a l'air génial - et ça l'est effectivement -,  il y a néanmoins quelques inconvénients. En avril dernier Paul Boutin soutenait sur Slate qu'il y avait un paquet de raisons de ne pas s'aventurer dans les nuages et de garder plutôt «les pieds sur terre» : des connexions parfois bancales, le fait que les applications du nuage ont moins de fonctionnalités que leurs équivalents sur disque dur, la rapidité et la puissance de traitement que possèdent les ordinateurs, et ce désir très sain qu'on a parfois de se déconnecter complètement d'Internet.

Depuis l'année dernière, les principales applications du nuage, comme Gmail, ont rajouté une fonctionnalité offline, et les navigateurs font tourner ces applis de plus en plus rapidement. (La preuve avec le nouveau Safari.) Pourtant, les remarques de Boutin n'ont rien perdu de leur justesse. On attend toujours la pagination sur Google Docs, par exemple, et travailler dans le nuage avec une connexion Internet un peu bancale peut devenir un véritable cauchemar. Et puis pas mal de gens ne sont juste pas à l'aise avec l'idée que leurs fichiers et leurs photos soient stockés dans une espèce de royaume des ténèbres de l'Internet.

Mais ces gens-là changeraient rapidement d'avis à propos de ces ténèbres si un jour leur disque dur les lâchait mais qu'ils savaient leurs précieuses photos de familles bien en sécurité au creux du nuage. (Ce qui nous amène à une autre règle du bonheur informatique : Un disque dur est un objet. Il lâchera. Répétez : Il lâchera. Utilisez Mozy si vous êtes un fainéant.) C'est ahurissant de voir à quel point il est difficile de couper le cordon avec son ordinateur. Schillace aime jouer à un petit jeu avec les journalistes : il leur propose de reformater le disque dur de leur ordi perso, et le sien avec. (Jusqu'ici, personne n'a accepté.) Le message qu'il veut faire passer, c'est Contrairement au vôtre, mon ordinateur n'est qu'un simple appareil qui me donne accès au nuage ; j'en suis complètement indépendant.

Selon lui, l'ordinateur disparaît une fois qu'on a décidé de faire confiance au nuage. «Travaillez quand bon vous semble», dit-il. «Ne vous inquiétez pas de savoir où se trouvent les choses. Lancez simplement votre navigateur, et faites votre travail.» Les applications Web, comme celles du nuages, sont étudiées pour être ouvertes à tous, faciles d'utilisation, et légères. Qu'elles n'aient pas des dizaines de fonctionnalités est un avantage. Arrêtez de faire des histoires à propos des polices de caractères ; écrivez. Quand vous partagez un document, rappelez-vous qu'il ne s'agit pas d'un livre que vous empruntez à la bibiliothèque et auquel personne n'a accès tant que vous ne l'avez pas rendu, laissez les gens faire leurs modifications simultanément et c'est l'ordinateur qui réglera les conflits.

Les applications Web de Google essaient de ne pas imposer d'étiquette «humaine». Les mails, la messagerie instantanée et les applications de partage qui facilitent notre travail ont donné naissance à un nouveau modèle qui nous pousse à des interactions de plus en plus fréquentes, et de plus en plus limitées. Schillace s'extasie à chaque fois sur ce nuage qu'il voit comme un « superconducteur de la communication entre les gens ».

Le danger pour Schillace et ses collègues est qu'une appli comme Google Docs devienne une sorte de «Microsoft Word dans un navigateur» et prenne dix minutes à charger. «Essayer d'intégrer autant de suggestions que possible dans une application, parce qu'on sait qu'on a des millions de fans inconditionnels», explique Schillace, «c'est tout bête, mais c'est l'échec assuré». Devoir toujours faire mieux, créer une application qui offre toujours plus de possibilités; tout ça nous éloigne de l'objectif principal: la simplicité. Schillace a réalisé à quel point il était «vraiment très simple de gâcher complètement Gmail», et pourtant l'équipe Gmail a réussi à garder une application légère en conservant son côté modulaire. On a le choix d'activer ou non des fonctions comme le chat, le gestionnaire de tâches, ou encore l'étonnamment populaire Old Snakey.

Schillace, qui est arrivé chez Google après avoir lancé Writely, un des premiers traitements de texte en ligne, est surpris de la rapidité avec laquelle le nuage a décollé. Sans parler du nombre de gens qui utilisent ces applications, il y a un élément-clé, le «OK, j'ai pigé». On se rend très vite compte qu'une fois dans la fenêtre d'un navigateur, peu importe qu'on soit sur un Mac, un PC, ou un téléphone portable ; ça nous plaît. La popularité croissante des Netbooks peut être interprétée comme un signe de la part du public, qui se rend compte que «ce truc du nuage marche vraiment». Pourquoi mettre 1.500 euros dans un ordinateur alors qu'on peut effectuer une grande partie de notre travail en ligne? Le fameux marché du «casual gaming» est aussi en plein boom. Oui, ces petits jeux en Flash auxquels vous jouez dans votre navigateur devraient selon certains analystes devenir dans quatre ans une industrie pesant un milliard de dollars.

Bien évidemment, il y a encore beaucoup de travail avant de pouvoir se la couler douce au paradis du nuage. Qui paie pour tous ces trucs déjà? Mes données sont-elles vraiment en sécurité? A l'heure actuelle, développer à la fois des applications du nuage et d'autres qui ne le sont pas est la voie intermédiaire la plus judicieuse. Et puis adopter la philosophie du nuage a quelque chose de grisant en plus du côté libérateur. Et si j'arrêtais de me coltiner 7.000 photos et que je mettais les 200 meilleures sur Flickr? Et si je laissais Google choisir qui sont mes contacts les plus importants ? Est-ce que j'ai vraiment besoin de garder tous mes devoirs de fac sur mon disque dur? Allez, envoyez les nuages.

Michael Agger Traduction par Nora Bouazzouni

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