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L'ascenseur social fonctionne en France, mais il descend!

Gilles Pinte, mis à jour le 17.02.2009 à 18 h 39

La formation continue ne joue pas du tout son rôle de promotion

 

Au moment même où un nouvel accord sur la formation continue vient d'être signé, des études montrent un phénomène inquiétant : la mobilité sociale décroît rapidement en France. Cela interroge à la fois la formation initiale et la formation continue.

Le terme de promotion sociale a été inventé en 1959. A l'époque, il fait référence au système de formation continue et d'éducation permanente en construction qui aboutira à la loi de 1971 inspirée par Jacques Delors. Dans l'esprit des législateurs de l'époque, il s'agissait par la seconde chance de pouvoir s'élever socialement. Le vingtième siècle, entre autres avancées sociales, a vu la généralisation de la mobilité sociale  dite ascendante. D'une génération à une autre, les enfants ou petits-enfants d'ouvriers ou d'employés devenaient enseignants, cadres ou médecins... Bref, s'élever au dessus de la condition sociale de ses parents était la norme.

Une étude de l'Insee publiée récemment dans la revue Economie et Statistiques montre qu'il est aujourd'hui plus rare de dépasser la condition de ses parents et ce, quelles que soient les classes sociales. De même, la proportion et le nombre de salariés payés au Smic augmentent en France, alors que, dans le même temps, le niveau d'étude et les qualifications des actifs sont en hausse. Il est paradoxal, dans un pays où le diplôme est une obligation sine qua non pour trouver un emploi, que seulement 1% des actifs obtienne une certification reconnue par le biais de la formation continue chaque année. Pour les actifs les moins qualifiés,  la proportion est encore plus faible. Ce chiffre est très faible en comparaison de nos voisins européens : 5 % en moyenne avec des pics à 9 % dans les pays nordiques et au Royaume-Uni. Si les chiffres de la promotion professionnelle et sociale ne sont pas catastrophiques, c'est en grande partie parce que les jeunes diplômés occupent souvent en début de carrière des postes déqualifiés par rapport à leur diplôme initial et qu'ils évoluent ensuite.

Ces tendances posent de nombreuses questions alors que les pouvoirs publics français et européens tentent de promouvoir le concept d'éducation et de formation tout au long de la vie. Se former tout au long de la vie, sans qu'il y ait de promotion sociale, risque de dégoûter les salariés. Notre système de formation continue ressemble à ces modèles de tapis roulant pour amateurs de jogging : plus il accélère, plus on est obligé de courir vite, non pas pour avancer, mais pour ne pas tomber.

Dès 1990, on a pu déjà constater une chute de la mobilité ou de la promotion professionnelle ascendante après une formation. Une des raisons principales est la durée des formations ; celles-ci sont de plus en plus courtes. Cela est souvent éludé lors des négociations sur la formation continue. Si les emplois deviennent moins physiques et moins standardisés, il est alors paradoxal d'observer que les formations qui sont le plus financées sont celles qui sont de courte durée et adaptatives au poste de travail. Les pays nordiques ont bien compris que les formations longues étaient les plus à même de répondre aux besoins et aux évolutions socio-économiques. Cinq millions de personnes se forment en France, mais pour une majorité ce sont des formations courtes et adaptatives et il est avéré que les stages de moins d'un mois n'ont presque pas d'effet sur la carrière des salariés. Les partenaires sociaux semblent avoir mis de côté la question de la promotion sociale pour se focaliser sur des considérations financières et techniques qui ne résoudront que partiellement l'opacité et les insuffisances du système.

Comment rendre alors la formation continue plus efficace au regard de la promotion sociale ? Le problème français de la formation continue n'est pas un problème d'argent, puisque la France avec environ 24 milliards d'Euros est au deuxième rang mondial des pays qui investissent dans la formation continue, mais un problème de société. Il y a très peu de liens entre la formation initiale et la formation continue tout au long de la vie. Les relations entre les deux mériteraient d'être repensées. Une telle proposition n'est évidemment possible que si dans le même temps, les pouvoirs publics favorisent un changement culturel visant à revaloriser ou à valoriser l'expérience par rapport à la formation initiale.

Nous sommes dans une société qui réserve ses meilleures places aux jeunes qui ont participé à la course à l'échalote du diplôme le plus élevé possible obtenu le plus jeune possible. Pour preuve, les marchés internes de l'entreprise paraissent aujourd'hui affaiblis ; les entreprises recourant plus facilement au recrutement externe. On pourrait comme dans d'autres pays accorder des aides, des labels aux entreprises et aux organisations qui favorisent la mobilité interne ascendante. Il faut penser à un système qui lie l'acquisition de compétences supplémentaires à une mobilité professionnelle ascendante : vouloir rendre la formation plus efficace devrait passer par le fait de relier par voie contractuelle le suivi d'une formation ou l'acquisition d'un titre ou d'un diplôme à une progression salariale ou professionnelle. Là réside certainement les fondements d'une véritable flexisécurité.

Dans d'autres pays, plus on se forme et plus on accède à des postes à responsabilité. La formation permet alors ainsi un décloisonnement des classes sociales. Des outils largement inexploités existent comme le congé individuel de formation. Ce dispositif laisse une place à l'autonomie du salarié  pour une formation de son choix et une durée qui permet vraiment une reconversion ou un perfectionnement. Malgré son efficacité, il n'est accordé qu'au compte-goutte. Le CIF qui représente un droit pour le salarié à suivre une formation de son choix tout en étant rémunéré est le dispositif qui permet le plus d'ouverture à la fois à la culture générale, à la formation et à la mobilité professionnelle. Même si le nombre de CIF augmente depuis 1984, celui-ci reste insuffisant : environ 30 000 par an, alors qu'il en faudrait au moins 100 000. Là réside l'objectif d'une vraie réforme. Un redéploiement des moyens financiers et des dispositifs autour du CIF permettrait enfin de donner une consistance au slogan d'éducation et de formation tout au long de la vie.

Gilles Pinte
Gilles Pinte (5 articles)
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