L'après-crise se prépare aujourd'hui

Jean-François Copé, mis à jour le 20.03.2009 à 15 h 07

La chronique de Jean-François Copé.

Tunnel de Bataapati en Hongrie   Karoly Arvai / Reuters

Tunnel de Bataapati en Hongrie Karoly Arvai / Reuters

J'ai toujours pensé que c'était dans les périodes de crise que se révélait l'aptitude au commandement. Celle-ci exige notamment une capacité à anticiper les grandes évolutions du monde et à trouver les mots pour les expliquer aux citoyens.

La crise que nous traversons n'est pas un simple «trou d'air» dans la croissance mondiale. Ce n'est pas la bulle internet des années 2000 ou le krach de 1987. C'est une crise systémique, qui remet en cause bien des dogmes et bien des positions établies. J'ai la conviction que le monde sera profondément différent après cette crise.

A court terme, les mesures que prend la majorité en faveur de l'investissement et de l'emploi sont évidemment les bonnes et les seules possibles. Mais je pense, en conscience, qu'il ne faut pas craindre de parler dès à présent aux Français de l'après-crise et de ce que nous devons faire pour en sortir plus forts.

-Quels sont les pays qui compteront dans le monde d'ici 10 ans ? Ceux qui seront particulièrement attractifs, où il fera bon vivre et où on arrivera à créer de la richesse durable ?

-Les pays qui innovent et inventent de nouveaux standards, dans les différents domaines économiques, culturels... Ceux qui imposeront les modèles automobiles propres de demain ? les prochains services en ligne ?

-Les pays qui offrent une formation d'excellence à une part croissante de leur population, pour maintenir l'employabilité et l'innovation au plus haut niveau.

-Les pays qui permettent l'égalité des chances et offrent une cohésion sociale, sans freiner la réussite.

-Les pays qui ont réussi leur révolution environnementale, notamment pour ne plus dépendre entièrement des énergies fossiles : carbone, gaz...

- Les pays qui disposent d'infrastructures de transports et des réseaux numériques extrêmement performants pour garantir la mobilité de leurs citoyens

- Les pays qui ont des marges de manœuvre budgétaires pour moderniser en permanence leurs services publics, pour ne pas peser trop sur les acteurs privés...

- Enfin, les pays qui font valoir leur valeur ajoutée, notamment culturelle, dans un univers globalisé : savoir qui l'on est, d'où l'on vient, pour savoir où l'on va.

Sur tous ces créneaux, la France connaît l'excellence et peut gagner en compétitivité. A une condition : il faut nous mobiliser en visant l'avenir. Il y a déjà beaucoup de secteurs où la France est performante : énergie, nucléaire, communication, environnement, bâtiments, infrastructures publiques, patrimoine culturelle ou naturelle...  Il faut continuer à voir loin, à investir.

Je m'inquiète d'un réflexe de certaines entreprises à la vue courte, pour qui baisse d'activité signifie très rapidement licenciements. Heureusement, beaucoup de dirigeants ont compris que le temps disponible de leurs équipes en période de crise pouvait être mis à profit pour miser sur l'innovation et la formation, pour développer de nouvelles méthodes, de nouveaux produits et services afin de préparer le rebond. Ce sont des tels comportements d'anticipation qui peuvent nous permettre de sortir renforcés de la crise.

Nous devons également vivre de véritables révolutions intellectuelles pour mieux optimiser nos atouts. Prenons par exemple le cas de la santé. Aujourd'hui, avec les numerus clausus, le plafonnement des dépenses, nous sommes dans une logique de restriction, de gestion de la pénurie de moyens. Pourquoi ? Parce que la santé reste une activité essentiellement locale, financée par la redistribution.
Mais demain ?

Nous savons tous que le tourisme médical croît à grande vitesse, que de plus en plus de personnes sont prêtes à voyager plusieurs milliers de kilomètres pour une opération importante, dans les meilleures conditions et à meilleurs coûts. Est-ce que nous n'avons pas vocation à nous imposer à l'échelle internationale sur ce secteur où nous avons des hommes et des femmes de grande qualité, des équipements parfois très performants, des entreprises de pointe ? Comment pouvons-nous développer nos avantages compétitifs dans ce domaine pour vendre nos prestations à l'extérieur au lieu de n'avoir qu'une idée : nous contraindre pour limiter les dépenses ? Il faut par exemple «mettre le paquet» sur la télémédecine qui combine haute technologie de l'information et expertise médicale et qui permettra de plus en plus à des équipes situées en France d'opérer des patients situés à l'autre bout du monde. La santé peut alors devenir un secteur créateur d'emploi, sans forcément peser sur les dépenses publiques.

Il en va de même pour la recherche médicale : nous nous spécialisons pour répondre aux besoins de notre population locale qui est plutôt âgée et riche, alors que la majorité de la population mondiale est plutôt jeune et pauvre. Il faut maintenir et développer notre recherche sur des maladies qui touchent peu la France. Cela permet d'offrir des réponses médicales performantes et économiques, qui feront reculer les maladies tout en permettant à la France de gagner des parts de marché à l'étranger.
Considérer la santé comme un atout économique exportable et pas seulement une dépense sociale à réduire au minium, cela impose une révolution mentale. Mais c'est au prix de telles révolutions intellectuelles et d'une anticipation permanente que nous pourrons renforcer notre croissance à long terme.

Les crises sont souvent l'occasion de remises en question, de changements d'habitudes. Ne tentons pas «seulement» de sauver les meubles. Partons de nos atouts, regardons ce que sera le monde dans 10-20 ans et faisons aujourd'hui les efforts pour être aux premiers rangs dans les secteurs d'avenir.
Jean-François Copé

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