Monde

L'Amérique doute de son allié pakistanais

Françoise Chipaux, mis à jour le 24.02.2009 à 13 h 06

Islamabad collectionne les échecs et les reculades face aux talibans et à al Qaida

Un policier surveille une manifestation de tribus à Islamabad REUTERS/Mian Khurshee

Un policier surveille une manifestation de tribus à Islamabad REUTERS/Mian Khurshee

Au centre de la réflexion américaine sur une nouvelle approche stratégique du conflit en Afghanistan, le Pakistan sera très présent cette semaine à Washington. Le ministre des affaires étrangères, Shah Mahmoud Qureishi, le chef de l'armée, le général Ashfaq Parvez Kayani, le chef des services des services de renseignement le général Ahmed Shuja Pasha et le directeur des opérations militaires, vont débattre avec les autorités américaines en présence de responsables afghans des moyens de freiner la dégradation de la situation en Afghanistan. La nouvelle administration du président Barack Obama hérite d'une situation plus que périlleuse en Afghanistan et cherche pour y remédier une collaboration plus étroite du Pakistan voisin dont les zones tribales servent de refuges aux militants extrémistes de tous bords, talibans et Al Qaida principalement.

Washington qui a déjà versé depuis 2001 plus de dix milliards de dollars au Pakistan s'interroge toujours sur la position exacte des acteurs d'Islamabad. « Au cours de mes années à Washington, j'ai rarement vu une question aussi sérieusement discutée par les experts et les spécialistes du renseignement que celle de savoir si l'armée et les services de renseignements pakistanais partagent l'engagement du président Asif Zardari de lutter contre le terrorisme » affirmait cette semaine Richard Holbrooke, l'envoyé spécial de Barack Obama pour l'Afghanistan et le Pakistan ou l'Afpak, comme le dossier est aujourd'hui dénommé.

L'accord signé la semaine dernière en faveur du renouveau des cours islamiques dans le tout le district de Malakand (Nord-Ouest) pour apaiser les militants extrémistes qui y faisaient régner la terreur en particulier dans la vallée de Swat, à deux heures de la capitale Islamabad, a été diversement commenté à Washington. M. Holbrooke y a vu une « quasi capitulation » alors que le secrétaire à la défense Robert Gates a considéré qu'à certaines conditions, il pouvait être un modèle pour la recherche de la paix en l'Afghanistan.

Vu d'Islamabad, cet accord est surtout un aveu d'impuissance des autorités, l'armée et les forces de sécurité déployées depuis octobre 2007 dans cette région s'étant montrées incapables -manque de moyens, de volonté ou de direction- de venir à bout de militants bien armés, déterminés et prêts à tout pour faire régner leurs lois. L'accord est aussi caractéristique du manque total de stratégie du gouvernement face à des extrémistes dont l'influence ne cesse de grandir. Les autorités oscillent en permanence entre des opérations militaires dont la brutalité radicalise la population et des accords de paix, négociés en position de faiblesse, qui profitent toujours aux militants. Comme tous les précédents, l'accord de Swat a peu de chances de durer mais il témoigne une fois de plus que la terreur paie.

Sortir du cycle infernal dans lequel se noie le Pakistan est toutefois de plus en plus compliqué. L'état a quasiment perdu le contrôle des zones tribales et d'une part de la province frontalière du Nord Ouest. Les 750 millions de dollars dévolus par les Etats-Unis pour le développement des zones tribales comme moyen de contrer les extrémistes n'ont quasiment rien changé en l'absence de capacités d'absorption et alors qu'aucun opérateur ne peut agir dans ces zones pour des raisons de sécurité. Indispensables à toute solution, les Etats-Unis sont aussi maintenant une part du problème, l'antiaméricanisme cristallisant les rancoeurs de très nombreux pakistanais et jouant en faveur des militants.

Le manque total de confiance entre Washington, Islamabad et Kaboul obère aussi grandement la coopération. Les équipements réclamés par l'armée pakistanaise pour combattre les extrémistes -hélicoptères, brouilleurs, intercepteurs de communications notamment- sont livrés aux comptes gouttes, quand ils le sont, par crainte de voir ces éléments tombés entre les mains des talibans. Convaincre d'autre part l'armée et les services de renseignements pakistanais que le terrorisme est leur principal ennemi et non l'Inde demandera des actes plus que des bonnes paroles.

Enfin, élu démocratiquement, le gouvernement et le président manque du leadership et de la crédibilité nécessaire pour faire admettre au pays que la guerre contre le terrorisme est sa guerre et que pour tenter de la gagner des mesures drastiques s'imposent.

Françoise Chipaux

Image de une: Un policier surveille une manifestation de tribus à Islamabad REUTERS/Mian Khurshee.

Alire aussi sur l'Afghanistan, deux articles de Fred Kaplan, l'expert en questions militaires de Slate.com:  L'instabilité du Pakistan rend impossible une victoire en Afghanistan et Le bourbier afghan sera-t-il le Vietnam d'Obama.

Françoise Chipaux
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Journaliste
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