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La presse française cinq fois plus aidée que la suédoise...

Frédéric Filloux, mis à jour le 13.02.2009 à 14 h 31

... et trois fois moins lue.

L'excès de subventions à la presse française peut se résumer à quelques chiffres. En Suède, pays de 9 millions d'habitants ultra-connectés, mais avec une forte tradition de lecture des journaux, on compte 449 exemplaires vendus pour 1.000 habitants (8e rang mondial). En France, le chiffre est de 154 exemplaires. Trois fois moins, ce qui met la France au 57e rang mondial.

Les subventions directes? Entre 2003 et 2007, elles ont augmenté de 21% en Suède... et de 71% en France, selon l'Association mondiale des journaux. Et si l'on rapporte ces aides à l'exemplaire vendu, on constate que le quotidien français est 4,7 fois plus subventionné que le journal suédois. Et c'était avant l'annonce du plan de 600 millions d'euros sur trois ans annoncé par le Président de la république.

Ce plan gouvernemental d'aide à la presse n'en finit pas de susciter des questions Outre-Atlantique où la presse quotidienne connaît un effondrement sans précédent. Après la publication d'un article dans la Monday Note sur le sujet ("Media acquisition, the French way", plusieurs confrères américains m'ont demandé des détails sur le plan français. A chaque fois, la question est la même: «ça ne vous gêne pas de recevoir des subsides du gouvernement?». Réponse : oui, sans aucun doute. Vendredi 23 janvier à l'Elysée, on ne pouvait réprimer un sentiment de malaise en écoutant Nicolas Sarkozy évoquer l'indépendance à géométrie variable de la presse française, selon qu'elle s'exprime avec une fougue débridée dans les éditoriaux ou qu'elle tend sa sébile dans les couloirs des ministères.

Dénoncer des subventions est mal venu par les temps qui courent. Les banques, l'automobile connaissent une perfusion financière aux proportions historiques, donc pourquoi pas la presse? En premier lieu parce que subventionner l'information n'a rien à voir avec le soutien d'une filière industrielle classique. Cela crée une relation ambigüe avec le pouvoir politique. Ensuite, une subvention doit être assortie : a) d'une conditionnalité et b) être limitée dans le temps. Rien de tout cela dans le plan actuel. Les 600 millions vont avant tout servir à maintenir hors de l'eau les journaux les plus menacés.

Pour le reste, à savoir la grande mutation vers le numérique, l'abandon des dinosaures industriels que sont les imprimeries de presse au profit d'imprimeries petites, décentralisées qui imposeraient certes une uniformisation des formats, mais qui permettraient d'espérer une pérennité du secteur, de tout cela, il n'est guère question. De la même façon, les concessions demandées au Syndicat du livre ne vont pas beaucoup plus loin que les gains de productivité «naturels» devant intervenir dans les prochaines années.

Il y a bien cette «innovation» avec un abonnement gratuit pour les jeunes atteignant 18 ans au quotidien de leur choix, mais cette poussée démagogique ne va rien changer au problème de fond: toutes les études montrent que les quotidiens nationaux sont massivement rejetés par les moins de 25 ans, avec les arguments suivants (dans cet ordre):
1) déconnexion totale des sujets par rapport à leur préoccupation ;
2) élitisme (dans des groupes lecteurs, on a entendu des phrases du genre «ces journalistes écrivent pour 200 personnes») ;
3) obsession pour la politique politicienne ;
4) contenu mortifère ;
5) accès difficile (articles indigestes, maquettes trop grises), etc.

Le prix n'est pas un facteur déterminant. On peut donc toujours leur offrir une vieille Peugeot avec, certes, toutes les options, ils préfèreront la Smart.

Quant à une limitation dans le temps pour ces aides, elle n'est même plus évoquée. L'idée originale consistant à mettre sur pied un système puissant, destiné avant tout à soutenir une transformation, mais seulement pour quelques années a été abandonnée. Question de conjoncture. Laquelle autorise une prodigalité historique en matière budgétaire. Profitons-en. Telle qu'elle est envisagée, la perfusion est conçue pour durer. Au point de devenir une addiction.

Frédéric Filloux

(Photos : un kiosque à journaux, F de la Mure pour le site de l'ambassade de France, et l'imprimerie du Monde, REUTERS/Benoit Tessier)

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