La microfinance, une solution à la crise financière
Les banquiers traditionnels ont détourné à leur profit un système dont ils devaient être les serviteurs - Par Jacques Attali
- Une employée de la Yes Bank vérifie un billet de 500 roupies à Mumbai REUTERS/Punit Paranjpe -
A priori, la microfinance est trop petite pour représenter un enjeu significatif dans la crise financière mondiale qui vient de commencer : elle ne concerne que les plus pauvres des entrepreneurs du monde, qui n'empruntent que quelques centaines de dollars par an, pour assurer leur fonds de roulement, ou pour développer leur petite affaire. Au total, elle ne représente qu'un encours mondial de 30 milliards de dollars, ce qui est évidemment dérisoire, comparé aux 80.000 milliards de dollars d'encours du système bancaire mondial. Plus encore, beaucoup regardent avec mépris ces institutions de microcrédit, comme si elles incarnaient la forme la plus archaïque de la finance, qu'il faut très vite dépasser, pour permettre à tous les gens du monde d'avoir accès aux banques conventionnelles, dont la présence dans un quartier ou une ville est vue par ces soit-disant élites comme une marque de progrès économique et social.
En réalité, elle est au cœur de ce qui constituera un jour la réponse structurelle à la crise financière. Parce qu'elle est fondée sur des principes exactement inverses de ceux pratiqués par les banquiers qui ont déclenché la crise : une finance éthique, responsable, au service de l'entreprise, fondée sur la connaissance intime du client.
Chacun reconnait maintenant que la source principale des désordres actuels réside dans un système financier tout occupé à faire des profits pour lui-même par un octroi excessif de crédits à des consommateurs ou des entreprises n'ayant pas nécessairement les moyens de rembourser ( en particulier les plus pauvres, au moyen des prêts subprimes), transférant à d'autres les risques de ces crédits , gardant pour soi l'essentiel des profits qui devraient revenir aux entreprises, en inventant des produits virtuels, sans aucune réalité. Les banquiers sont devenus les héros d'un système dont il devrait être les serviteurs. Ils se servent trop souvent avant de servir.
La micro-finance répond point par point à ces critiques, par les quatre principes qui la fondent, et qui devraient inspirer la réforme du système financier mondial :
-D'abord, par sa philosophie : la micro-finance vise à aider ses clients à devenir autonomes, en leur accordant des crédits générant des revenus, et non pas les endettant, sans espérance de richesse nouvelle autre qu'une spéculation patrimoniale. Si le système bancaire américain avait appliqué les principes de la micro-finance, les subprimes n'auraient sans doute jamais existé.
-Ensuite par son mode d'octroi des crédits : connaître les besoins des clients. Les agents de crédit, dans la micro-finance, connaissent leurs clients, ils ont une idée très précise de leur capacité à rembourser. Si le système bancaire avait appliqué ce principe, il n'aurait jamais accepté de financer des prêts titrisés à des clients lointains, mal connus.
-Aussi par sa façon de concevoir la façon de risquer : une institution de micro-finance garde dans son bilan les crédits qu'elle accorde, donc les risques ; et ne prend même parfois pas de gages. Si le système bancaire avait appliqué les principes de la micro-finance, il n'aurait jamais accepté de transférer les risques à d'autres acteurs, perdant tout contact avec l'analyse réelle des risques, avec la seule garantie fantomatique des CDS.
-Enfin par sa morale : servir. La micro-finance est au service des entreprises et non d'elle-même. Elle considère que sa finalité est d'aider les entreprises clientes à faire des profits plus que d'en faire elle-même. Même si ses taux d'intérêt sont élevés, les profits qu'elle dégage sont très inférieurs à ceux des entreprises qu'elle finance. Si le système bancaire mondial avait appliqué les principes de la micro-finance, il n'aurait jamais accepté de garder pour lui l'essentiel des profits créés par ses prêts. Cela ne l'aurait pas empêché de participer à une forte croissance : celui de la micro-finance est à deux chiffres.
Il est donc essentiel de promouvoir aujourd'hui la microfinance et de mettre ses quatre principes au cœur de la réforme de la finance mondiale. De comprendre que les principes de la micro-finance, que les principes d'une finance éthique, ne sont en rien ceux d'une finance archaïque, mais qu'ils constituent l'avenir de la finance, la condition de la survie de l'économie mondiale. Il est en particulier essentiel de faire de la finance une industrie au service des autres et non d'elle-même. De faire de la banque un service d'intérêt général et non une source d'accaparement du profit. Il est aussi urgent d'utiliser les patrons de cette industrie financière si particulière comme conseils dans la réforme du système bancaire mondial.
Sans doute faudra-t-il beaucoup d'efforts pour convaincre les maîtres de la finance d'aujourd'hui, dont l'arrogance reste entière, malgré leur débâcle, d'écouter ces banquiers au pied nus, venus de nulle part. Il faudra aussi lui accorder beaucoup plus de moyens pour se développer, pour toucher plus de pauvres, relançant ainsi une demande mondiale saturée au Nord par l'excès de dettes, et participant ainsi à l'émergence d'un monde nouveau, plus équilibré, plus juste, dont la naissance marquera le commencement de la fin du désordre actuel.
Jacques Attali est président de Planet Finance
Mis à jour le 08/03/2009 à 18h37












































Oui: "science sans conscience..." La situation actuelle n'est que la conséquence d'un déficit colossal d'investissement dans l'éducation et la culture, c'est-à-dire dans les valeurs! les vraies! on s'aperçoit enfin combien "les autres valeurs" sont évanescentes même en comptabilité! Heureusement il reste quelques repères portés par quelques individus éclairés et le micro-crédit est une bonne solution, encore que sa dénomination même de crédit renvoie à cette comptabilité mortifère: c'est plutôt une solution de maxi-confiance en l'avenir!
L'un des principes oubliés de la microfinance est hélas beaucoup moins politiquement correct.Il consiste pour une association très connue en France à faire des prets aux plus démunis pour des projets d'activité à des taux d'intéret très élevés en n'oubliant pas au passage le système dit "vertueux " de la caution.
Triste monde qui permet aux plus riches de s'endetter à bas coût pour acheter du virtuel titrisé et qui promeut une association d'usuriers
Triste monde où le religieux médiatique prend le pas sur l'analyse et l'efficacité du vrai politique qui consisterait à bonifier des prêts aux plus désargentés
Triste monde où le bénévolat répond à des appels d'offre du secteur public pour mettre en place des politiques et les faire vivre sur le terrain par recul du service public, où l'associatif génère des permanents et des voitures de fonction,des frais de route et de mission payés en partie par les intérets versés par les plus pauvres
Confusion regrettable des genres nés des reculs décrits par Attali. Mais là où il voudrait du micro,ne faudrait-il pas plutôt des choix macro-économiques ?
Après nous avoir rompus aux micro voitures, micro ordinateurs, micro logements, micro salaires et micro ambitions, reste plus que la micro finance pour profiter un maximum de nos micros revenus....
Micro banque, maousse costo pour maxi spéculateurs !
Tant que le travaille productif ne sera pas plus rémunérateur que l'usure....
GRD
Je trouve cet article très démagogique et surtout rédigé par l'auteur au service de son propre marketing, car même si le microcrédit me paraît un très bon instrument de développement, il n'est en aucun cas une solution à la crise financière !
Par ailleurs Jacques Attali en profite pour à nouveau accabler "les banquiers", ces parasites, ces voleurs qui se sont enrichis indûment sur le dos de l'économie réelle, les désignant dans leur ensemble comme des boucs émissaires faciles. Il fait de même dans son avant dernier livre "La crise et après ?" en préconisant un recadrage du métier de banquier (sans distinguer les activités de banque d'affaires et de banque commerciale classique), qui "aurait dû en rester à un métier modeste et ennuyeux". Je pense qu'il est malsain de faire l'amalgame et de jeter l'opprobre sur toute une profession, utile et nécessaire, alors que quelques activités (crédits subprimes, titrisation, CDS) de surcroît venue des Etats-Unis ont été à l'origine de la crise. Ceux qui se sont enrichis sont des traders et des dirigeants, pas les employés de banque ...
Hormis ces remarques, tout à fait d'accord pour soutenir le microcrédit.