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La France des déserts médicaux

Géraldine Chaponot, mis à jour le 25.03.2009 à 21 h 28

Il n'y a jamais eu autant de médecins dans l'hexagone, il faut pourtant en recruter d'urgence en Roumanie.

Salle d'opération de l'höpital Ambroise Paré à Marseille  Jean-Paul Pelissier / Reuters

Salle d'opération de l'höpital Ambroise Paré à Marseille Jean-Paul Pelissier / Reuters

Ils sont où, les médecins? Il y a quelques jours à l'Assemblée nationale, on n'avait qu'un mot à la bouche: les déserts médicaux. C'est un chapitre entier de la loi "Hôpital, patients, santé, territoires" discutée par les députés. Daniel Paul, député communiste du Havre, en témoigne au cours du débat: «Je me suis livré, au début du mois de janvier, à une petite expérience. J'ai sollicité un rendez-vous auprès d'une demi-douzaine d'ophtalmologistes de ma région. Un seul m'a proposé une consultation au mois de juin, aucun ne pouvait me recevoir plus tôt ! Certains me proposaient même un rendez-vous au mois de décembre!»

La presse a arpenté les campagnes, à la recherche de territoires désolés. L'Express, pour ne citer qu'un exemple, s'est rendu à Mondoubleau, dans le Perche (Eure-et-Loir), où l'on manque de médecins généralistes.
Du 31 mars au 4 avril, la société Revitalis Conseil spécialisée dans le domaine, va prospecter en Roumanie. Il vous manque un médecin dans votre commune? Revitalis vous en trouve en Europe de l'Est. Tout comme l'Association pour la recherche et l'installaton de médecins européens (Arime), qui oeuvre sur le même créneau: elle recherche «d'urgence» : un cardiologue, un radiologue, un anesthésiste et on en passe.

Pourtant, des médecins, la France n'en a jamais compté autant. «Au 1er  janvier 2007, la France comptait 208 000 médecins actifs. Il s'agit là d'un maximum historique», explique la Drees (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques dans un tout récent rapport (la démographie médicale à l'horion 2030). Un maximum en valeur absolue mais aussi en nombre de médecins par habitants.

Alors quoi? Des médecins plus nombreux mais introuvables, seraient-ils tous en RTT? Est-elle finie, l'époque des 70 heures par semaine, à l'hôpital ou dans un cabinet? Oui, reconnaissent du bout des lèvres les députés. Pierre Méhaignerie par exemple: " Il faut prendre en compte les conditions de vie et de travail demandées aujourd'hui par les professions médicales. Par exemple, certaines femmes peuvent souhaiter ne travailler que quatre jours et au sein d'un groupement". Ou encore Jacques Domergue: «Aujourd'hui, lorsqu'un jeune finit ses études à vingt-huit ou vingt-neuf ans, il reste pendant dix ans en dehors de la régulation ou de l'organisation sanitaires. Pour les femmes, la vie personnelle entre en jeu, ce qui est normal. Quant à ceux qui effectuent des remplacements, ils bénéficient d'une qualité de vie peut-être supérieure à ceux qui s'installent, situation sur laquelle il convient de s'interroger.»

Les femmes ne composent encore que 40% des effectifs de médecins: la féminisation n'est que commencée. Mais elles sont majoritaires aujourd'hui à s'engager dans la profession: en 2007, selon l'Atlas de la démographie 2008 produit par le Conseil de l'Ordre, elles ont été plus nombreuses que les hommes à s'inscrire (55% contre 45). Les femmes entraînent la profession sur la voie de l'harmonisation vie de famille - vie professionnelle. Résultat: il faut plus de médecins pour soigner autant de malades. Ainsi à Mondoubleau, un des trois médecins qui restent est mère de trois enfants. Deux jours par semaine, elle pratique la médecine du travail et termine à 17 heures.

Si le nombre de médecins en exercice est plus important que jamais, celui des médecins libéraux n'a pratiquement pas augmenté depuis une quinzaine d'années: passant de 113.546 en 1995 à 115.285 en 2006, estime l'assurance maladie. Les médecins seraient-ils tous des salariés abandonnant la pratique libérale?

Voilà ce qu'en dit le Conseil de l'Ordre: «De 1986 à 1997, la médecine libérale domine la médecine salariale ; puis à partir de 1998 les effectifs de médecins salariés ne cessent de croître au
détriment de la médecine libérale qui par voie de ricochet constate une nette diminution de ses effectifs (toutes spécialités confondues). En 2007, le Tableau de l'Ordre des médecins enregistre quatre fois plus de médecins salariés que de médecins libéraux. Cette nouvelle tendance d'une propension vers la médecine salariale ne concerne pas uniquement quelques cas isolés mais l'ensemble des spécialités médicales et chirurgicales.»

Et sur les 5000 nouveaux médecins de l'année 2007, 3276 ont choisi le salariat, 1206 sont devenus remplaçants et seulement 470 se sont installés. Il y a de l'avenir pour les Roumains.

Géraldine Chaponot

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