Economie

La deuxième mort des rentiers

Gérard Horny, mis à jour le 12.03.2009 à 7 h 08

Qui paiera la note de la crise? Les épargnants... et les jeunes.

 Investisseur devant le tableau électronique d'un courtier   Shanghai / Reuters

Investisseur devant le tableau électronique d'un courtier Shanghai / Reuters

Le XXème siècle - ou plus exactement sa première moitié- a coûté cher aux rentiers, ruinés par l'inflation pendant les deux guerres mondiales et les troubles économiques qui les ont suivies (pour faire court, les lendemains de la seconde guerre mondiale n'ayant rien de commun avec ceux de la première). Mais la nation peut leur en être reconnaissante : ils ont largement contribué à financer la forte croissance de la seconde moitié du siècle.

La même histoire peut elle se répéter au début du XXIème ? Certains commencent à le craindre... ou à l'espérer. Interrogé le 4 mars lors d'une rencontre avec l'Association des journalistes économiques et financiers sur la question de savoir qui allait payer la note de la crise et des plans de relance, François Bourguignon, directeur de l'Ecole d'économie de Paris et ancien chef économiste de la Banque mondiale, a répondu en substance : si ce n'est pas l'inflation, l'ajustement sera très long et c'est la population au travail qui en supportera le coût.

Le rythme auquel les lois de finances rectificatives se succèdent dans l'Hexagone, avec des chiffres croissants de déficit et de dette, illustre bien l'ampleur du problème. Encore faut-il souligner que la France ne fait pas partie des pays qui se distinguent le plus par l'ampleur de leurs plans de relance. En moyenne, estime le Fonds monétaire international (FMI), les soldes budgétaires des pays avancés membres du G20 devraient se détériorer de 6 points de pourcentage sur les deux années 2008-2009 et le ratio dette publique sur PIB (Produit Intérieur Brut) devrait augmenter de 14,5 points, l'essentiel de la détérioration devant se produire cette année. Et les déficits budgétaires mettront ensuite du temps à se résorber. En 2014, le rapport dette publique sur PIB de ces pays devrait dépasser de près de 25 points celui qui était enregistré à la fin de 2007.

Bref, la remise à flot de l'économie mondiale coûtera cher,  mais il serait encore plus dangereux de ne rien faire. Toute la question est de savoir comment ensuite sera supporté le fardeau de la dette. Alors que le danger le plus menaçant à court terme reste celui de la déflation, des économistes sont de plus en plus nombreux à prévoir un retour de l'inflation, ce qui ne manque pas d'irriter certains de leurs confrères, à commencer par Patrick Artus. Le directeur des études économiques de Natixis remarque, avec raison, que l'inflation ne se décrète pas. Les politiques monétaires expansionnistes ne peuvent la provoquer que si elles réussissent à entraînent une nette reprise du crédit et si des tensions apparaissent au niveau mondial sur les capacités de production et l'emploi. Dans le contexte économique des prochaines années, une telle résurgence paraît peu probable. Si, sous la pression des gouvernements, les banques centrales continuaient à mener des politiques monétaires très accommodantes, elles risqueraient en fait de favoriser la formation de nouvelles bulles sur le prix de certains actifs.

Admettons que  l'inflation ne soit pas en théorie pure l'hypothèse la plus probable, il n'empêche qu'elle peut apparaître comme la solution la plus souhaitable. Car quel est l'autre terme de l'alternative ? Une croissance contrainte par les nécessités du désendettement et l'effort d'épargne de tous les acteurs économiques, cet effort pouvant le cas échéant être imposé (dans tous les sens du terme) par une hausse de la fiscalité. La conséquence inévitable en serait un chômage toujours élevé et des difficultés d'insertion sur le marché du travail pour les jeunes.

Cruel dilemme pour nos dirigeants. Ainsi que le résume François Bourguignon, « c'est la génération actuelle qui paiera si c'est l'inflation, ce sera la génération future si les gouvernements honorent leurs créances ». Soyons sûrs que la question ne sera jamais posée publiquement en des termes aussi crus. En apparence, le débat sera purement technique. Mais nos dirigeants auront-ils le choix ? Si les Etats-Unis optent pour la première solution -ce qui ne serait pas vraiment surprenant-, Jean-Claude Trichet et son successeur à la tête de la BCE à partir  de novembre 2011 risquent d'avoir beaucoup de mal à maintenir le cap de la stabilité des prix. Et les épargnants pourraient connaître des jours encore plus difficiles. Pour l'éviter, qui osera recommander alors de faire payer les jeunes générations ?

Gérard Horny

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Journaliste
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