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La crise économique et financière est plus grave que ne le reconnaît Obama

Devant la bourse de New York en octobre. Shannon Stapleton / REUTERS.

Devant la bourse de New York en octobre. Shannon Stapleton / REUTERS.

Le secrétaire américain au Trésor tient un discours plus réaliste que le président américain.

Début février, après que le gouvernement américain prenait deux mesures considérables visant à renforcer la confiance dans l'économie, le marché financier faisait des embardées. Comme le montre ce graphique de la moyenne industrielle du Dow Jones (sur 5 jours), les valeurs sont remontées les 5 et 6 février au moment où l'accord sur la stimulation fiscale se concrétisait. La seule anticipation d'un paquet de stimulation de plus de 800 milliards de dollars (quelque 620 milliards d'euros) a suffit pour rassurer la population : «les jours heureux sont revenus ! ». Mais mardi dernier, alors que le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, présente le dernier plan destiné à stabiliser l'industrie financière en déclin, les valeurs cèdent l'essentiel de leur hausse.

Qu'est-ce qui explique cette réaction bipolaire de la Bourse? Ce plan représente un double effort agressif destiné à traiter les maux qui affectent à la fois l'économie tout entière et le pitoyable secteur financier. Pourquoi le plan financier de Tim Geithner inquièterait-il Wall Street alors que le plan de stimulation ne l'a pas fait? En tant qu'orateur, Geithner n'est certes pas Obama. Le secrétaire au Trésor pourrait s'efforcer de se montrer plus optimiste, mais à quoi bon? Les investisseurs ont perdu confiance dans le système financier précisément parce que les responsables politiques et les décideurs ont choisi la réaction classique de l'après-bulle qui consiste à promettre un retour rapide des profits. [Dans mon prochain e-livre, «Dumb Money» («L'argent stupide»), je qualifie de «lent démasquage» la prise de conscience que les magnats de la finance sont une bande de balourds ignares.]

Tim Geithner fait preuve d'un pessimisme réaliste au sujet de la crise économique, tandis que les autres responsables à Washington - y compris Obama - n'ont pas pris la mesure de sa gravité. A écouter le discours qui entoure le projet de stimulation, on croirait que l'économie américaine est déjà stabilisée, qu'elle est capable de respirer de façon autonome, prête à se remettre sur pied et à avancer. Le projet de loi proprement dit s'intitule «Plan de redressement économique et de réinvestissements». Son succès se mesura à travers des étapes déterminantes, notamment le sauvetage ou la création de quatre millions d'emplois, a expliqué Barack Obama lors de sa conférence de presse du 9 février.  Ce chiffre, qu'il a cité à six reprises, a servi à justifier le montant de l'aide et son caractère urgent: «Il est important que le montant et le champ d'application du plan proposé soit suffisants pour que nous puissions sauver ou créer quatre millions d'emplois.»

 

Etant donné la réalité, il aurait mieux valu que Barack Obama s'abstienne de cette mention. Ce qu'il faut comprendre: la situation est compliquée et il se peut qu'elle s'aggrave. Mais ce plan concerne le redressement économique et la création d'emplois.

Tim Geithner a donné un autre ton à son discours; et son diagnostic est totalement différent: l'économie américaine n'est pas prête à recevoir un traitement ambulatoire ou des séances de rééducation, loin de là. Elle tente tant bien que mal de respirer sans assistance. Plus grave encore, elle risque toujours de contaminer son entourage. Le secteur financier, procyclique dans les phases montantes - l'argent facile engendre plus d'argent facile - est également procyclique dans les phases descendantes. «Au lieu de catalyser la reprise, le système financier l'entrave», a-t-il souligné.

Pour le secrétaire américain au Trésor, ce plan vise davantage à stabiliser l'économie en traitant les problèmes par ordre de priorité qu'à la relancer. Il suffit de regarder le langage qu'il tient. Le nom du site web de cette initiative est composé des mots «stabilité» et «financière» (FinancialStability.gov). «Nous allons exiger que les institutions bancaires subissent un test d'effort — pour reprendre la terminologie médicale — complet et soigneusement préparé», a précisé Tim Geithner. Le secrétaire au Trésor a expliqué que le simple fait de stabiliser les «patients» sous sa responsabilité serait long et coûteux. «Cette stratégie coûtera cher, elle comportera des risques et prendra du temps», a-t-il prévenu.

Même à la fin du traitement, il faudra peut-être attendre longtemps avant que l'économie ne recouvre la santé. «Aussi cher que cet effort puisse nous coûter, nous savons que le prix d'un effondrement total de notre système financier serait incalculable pour les familles, les entreprises et pour notre nation». (Voici la fiche d'informations du Plan de stabilisation financière.) Ce qu'il faut en retenir: le krach financier est toujours là. Le mieux qu'on puisse espérer est que les centaines de milliards de dollars consacrés aux dépenses et à l'aide gouvernementales contribuent à stabiliser la situation économique du pays.  

L'ensemble de l'économie américaine commence à s'apparenter au secteur financier, et c'est le plus grand défi d'Obama. Les derniers chiffres sur les suppressions d'emplois, les ventes de voitures et la croissance économique globale montrent une économie qui descend en vrille. Les politiques espèrent peut-être que ce que connaît l'économie ressemble à la sensation qu'on éprouve en faisant du saut à l'élastique : après une chute brutale, on est complètement soulagé de s'envoler aussi sec. Mais ils devraient tempérer leurs promesses à propos de la reprise. De nombreux économistes estiment que le plan de stimulation proposé est insuffisant! Le discours d'Obama au sujet de la relance a beau être rassurant, dans l'état actuel des choses, le pessimisme de Timothy Geithner est plus crédible.

Visionnez le discours du secrétaire américain au Trésor Timothy Geithner sur le plan de redressement.


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