Economie

La Banque Postale ne connaît pas la crise

Dominique Mariette, mis à jour le 27.03.2009 à 13 h 06

L'établissement a la chance, du fait de sa jeunesse et de son modèle, ne pas avoir d'actifs toxiques dans son bilan.

Un client à un distributeur de la banque postale  Benoit Tessier / Reuters

Un client à un distributeur de la banque postale Benoit Tessier / Reuters

Elle est  jeune et bien portante. Dans le paysage bancaire français, elle détonne. La Banque Postale qui fête ses trois ans, tient la rampe. Elle pourrait même, si elle le voulait, créer un club très fermé, celui des S.A.T (Sans actifs toxiques). En 2005, fous de rage, à l'annonce d'une prochaine transformation des services financiers de La Poste en véritable établissement financier, les banquiers français se sont battus pour faire capoter le projet. Ils se sont lancé dans un intense lobbying après des pouvoirs publics, des parlementaires et saisi la Commission de Bruxelles pour concurrence déloyale.

Pensez donc, la future banque pourrait disposer des 15.000 guichets de La Poste répartis sur tout le territoire avec un produit d'appel sans équivalent, le Livret A ! Pour les banques françaises, la création d'une banque postale émanant de l'Etat, car filiale de La Poste, était un véritable coup de couteau dans le dos, elle allait mettre à mal un marché parvenu à maturité et presque à saturation. Les six grands réseaux qui régnaient sur  la clientèle des particuliers, BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, Banques Populaires, Caisses d'épargne et Crédit Mutuel CIC, seraient contraints de rogner sur leurs marges pour rester compétitifs et s'affaibliraient. Les banquiers décrivaient un véritable scénario catastrophe. En vain.

A l'issue de leur croisade, ils ont perdu la bataille mais pas la guerre. La Banque Postale a bien vu le jour avec l'assentiment de Bruxelles mais la distribution du Livret A est ouverte à toutes les banques depuis le 1er janvier 2009, alors qu'elle était réservée auparavant à La Poste, aux Caisses d'épargne et au Crédit Mutuel.

Sans fanfaronner la Banque Postale déploie depuis trois ans ses forces commerciales pour prendre sa part du gâteau. Dès sa création en 2006, elle a été autorisée à proposer des crédits immobiliers, elle s'est associée à la Société Générale pour distribuer des crédits à la consommation en 2010 et elle vient récemment de conclure un partenariat avec l'assureur Groupama pour vendre dans deux ans à ses clients de l'assurance dommages. La seule restriction qui lui est imposée est de ne pas accorder de prêts aux entreprises.

Pour le reste, la Banque Postale proposera bientôt toute la palette des services destinés aux particuliers et ne désespère pas, un  jour, de prêter aux entreprises. Pour la Banque Postale, 2008 n'est pas marqué du sceau de l'annus horribilis. Elle a progressé dans tous ses segments d'activités : ouvertures de comptes à vue, gestion d'actifs, prévoyance, assurance vie, courtage.....Voilà pour les succès. Mais la crise et la dépréciation des actifs sur les marchés financiers, l'ont contrainte à constituer des provisions qui ont altéré son résultat net. Il atteint 302,6 millions d'euros en baisse de près de 44% par rapport à l'année précédente.

«C'est une année paradoxale, la Banque Postale n'a jamais été aussi forte sur le plan commercial, mais elle a subi les conséquences de la baisse généralisée des actifs détenus en portefeuille  alors qu'elle n'a investi dans aucun actif toxique» résume son président Patrick Werner. En d'autres termes, la situation de la Banque Postale est saine et elle n'a pas souffert de problème de liquidité qui lui est assurée par son bilan.

Une épée de Damoclès reste néanmoins suspendue au dessus de la banque : la banalisation de la distribution du Livret A qui vit ses premiers mois. Le scénario noir pour la Banque Postale serait que la concurrence parvienne à la délester d'un grand nombre de Livret A. Il n'y a pas encore péril en la demeure, les deux premiers mois de l'année se soldent par un transfert de 50.000 Livrets sur 21 millions. Le danger d'un plus grand siphonage n'est malgré tout pas à écarter.

Pour l'heure les dirigeants de la Banque Postale se réjouissent de leur modèle de développement «entièrement validé par la crise», se plaisent-ils à répéter. En d'autres termes, être absent de la banque de marché et très focalisé sur la banque commerciale classique, devient une vertu première en ces temps troublés et rassure la clientèle. Un capital confiance qui vaut de l'or. Les réseaux mutualistes qui rêvaient d'imiter BNP Paribas et Société Générale dans la banque d'investissement  se sont fourvoyés dans des activités de marché qu'ils ne connaissaient pas. Le Crédit Agricole galère depuis le rachat de la banque Indosuez en 1997 rebaptisée Calyon lors du rapprochement avec le Crédit Lyonnais. Le Groupe Banque Populaire et les Caisses d'épargne, ont bu une telle tasse avec leur banque de financement et d'investissement, Natixis, qu'ils se sont vus imposer une fusion et un président François Pérol)  par l'Elysée, avec en prime l'Etat comme futur actionnaire.

Le modèle de banque universelle si cher aux banquiers français ne leur a pas forcément réussi. D'autres alternatives moins risquées et moins bling-bling peuvent prendre le relais.

Dominique Mariette

Dominique Mariette
Dominique Mariette (21 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte