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  • Par Henri Tincq
  • Henri Tincq est un journaliste, spécialiste des questions religieuses à la Croix et au Monde de 1985 à 2008. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont dernièrement Les Catholiques.
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La machine à laver, une pilule qui ne passe pas pour l'Osservatore Romano

Nouvelles illustrations du divorce entre les conservateurs de l'Eglise et les femmes.

Mardi 10 Mars 2009
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Le nouveau patron de l'Osservatore Romano, Gian-Maria Vian, historien cultivé et distingué, très francophile, nommé en 2006 par Benoît XVI, veut faire du quotidien du Vatican, écrasé par son image vieillote et conservatrice, un outil de communication libre et moderne. Il y réussit au delà de toute mesure, dans un article à l'humour très spécial qu'il a publié dans son édition du 8 mars, confiée pour la journée de la femme à une journaliste italienne, Guilia Galeotti. Pour celle-ci, la... machine à laver serait le nec plus ultra de la libération de la femme, en quelque sorte son septième ciel, comme elle l'explique sans rire.

Mesdames, n'allez pas chercher d'autre moyen d'émancipation supérieur au lave-linge! Poétique était le lavoir où les femmes du village faisaient la conversation, mais contraignante était la corvée de linge. Si elle a disparu en Occident, elle demeure en Afrique. L'inventeur de la machine à laver (en 1767), un théologien allemand du nom de Jacob Christian Schäffer, est donc un bienfaiteur de l'humanité. «Mets la lessive, ferme le couvercle et détends-toi »: son premier mode d'emploi n'était-il pas prophétique, interroge Guilia Galeotti? Et la célèbre féministe américaine Betty Friedan n'a t-elle pas chanté «la sublime mystique de pouvoir changer les draps deux fois par semaine au lieu d'une»? «Au début, les machines étaient très encombrantes, explique sérieusement l'auteur de l'article. Mais la technologie a mis au point des modèles plus stables, légers et efficaces». Ainsi a pu se construire «l'image de la super-femme au foyer, souriante, maquillée et radieuse parmi les appareils électroménagers de sa maison», écrit l'Osservatore Romano, dans un style qui a dû faire frémir plus d'un cardinal, dans les bureaux austères et machistes de la Curie.

Humour volontaire ou pas? En tout cas, Giulia Galeotti dérape carrément quand elle écrit qu'au XXème siècle, c'est la machine à laver qui a libéré la femme. «Certains disent que c'est la pilule, d'autres la libéralisation de l'avortement, ou encore le fait de travailler hors du foyer. En réalité, c'est la machine à laver». Toutes les femmes le savent, ajoute t-elle. La machine à laver vient même d'être célébrée par l'Anglaise Kate Bush dans une chanson où elle décrit les rêveries de «Mrs Bartolozzi» - son titre - en regardant tourner son linge.

Giulia Galeotti n'est pas docteur de l'Eglise. Son libre propos n'engage pas le Vatican, mais il fait des ravages dans les milieux féministes, sur les sites et blogs du monde entier. Dans la même livraison de l'Osservatore Romano, l'éditorialiste Lucetta Scaraffia, se prévalant de l'autorité de la philosophe française Sylviane Agacinski, épouse de Lionel Jospin, s'efforce de convaincre son lecteur que l'Eglise a historiquement joué un rôle capital dans la marche pour l'égalité des femmes. Elle a lutté contre leur mariage forcé, institué leur libre consentement. L'Eglise, plaide t-elle, est pour l'égalité, dans la différence des sexes.

Certes, mais comment ignorer la méfiance qui inspire encore tant de textes de l'Eglise, de décisions, de règles de fonctionnement, la composition même de sa hiérarchie? «Où est donc ici la moitié de l'humanité?», tonnait le cardinal Suenens, archevêque progressiste de Bruxelles, lors du concile Vatican II (1962-1965), quand 2.500 hommes - pape, cardinaux, évêques - décidaient seuls, sans une femme, du sort de leur Eglise. En 1994, le pape Jean Paul II transformait en dogme la pratique selon laquelle tous les ministères ordonnés de l'Eglise catholique (épiscopat, sacerdoce, diaconat) étaient «exclusivement et définitivement réservé aux hommes». Exit le sacerdoce féminin que les anglicans et les protestants ont introduit; exit même le diaconat féminin qui existait pourtant dans les communautés chrétiennes des origines.

Macho de l'année

L'humour noir de l'Osservatore Romano n'a d'égal que celui de l'archevêque de Paris, le cardinal André Vingt-Trois, à qui les Chiennes de garde, à l'occasion de la Journée de la femme, viennent d'attribuer le titre de «macho de l'année». Le 6 novembre, sur les ondes de Radio Notre-Dame, à propos du rôle des femmes dans la célébration des offices, il avait déclenché une belle polémique en affirmant: «Le plus difficile, c'est d'avoir des femmes qui soient formées. Le tout n'est pas d'avoir une jupe, c'est d'avoir quelque chose dans la tête». Furieuses, des théologiennes catholiques s'étaient instituées en «tribunal de la jupe» pour le juger. Depuis, l'archevêque de Paris a demandé pardon pour ce propos «blessant», mais le mal était fait.

Le scandale Sobrinho

Beaucoup plus grave — et cette fois l'envie de sourire manque et fait place au cri scandalisé — est la décision prise par un certain José Cardoso Sobrinho, archevêque de Recife, dans le Nordeste pauvre du Brésil, d'excommunier la mère responsable d'une fillette de 9 ans qui, enceinte de jumeaux après avoir été violée par son beau-père, avait avorté. La grossesse de la fillette, cadette d'une sœur déjà handicapée, mettait sa vie en danger. Toute l'équipe médicale a été excommuniée avec elle.

La polémique est telle au Brésil que le président catholique Luiz Inacio Lula da Silva est intervenu pour «déplorer profondément» cette mesure de l'archevêque de Recife, successeur de Dom Helder Camara, qui fut l'une des plus belles figures progressistes de l'Eglise catholique des dernières décennies, nommé à sa place par rétorsion. Il s'est même trouvé un cardinal de la Curie romaine, et l'un des plus importants, Giovanni-Battista Ré, préfet de la congrégation des évêques, pour approuver, dans La Stampa du 7 mars, une telle excommunication.

En France, le quotidien catholique «La Croix» s'est révolté. «Il arrive que des enfants naissent de viols et redire leur dignité n'est pas incongru, écrit le 8 mars sa directrice, Dominique Quinio. Mais en l'occurrence, une autre vie est en jeu, tout aussi fragile, celle d'une fillette déjà si douloureusement blessée. Sa vie à elle ne doit-elle pas être protégée? Faut-il en rajouter en condamnant sa mère, ses médecins? Faut-il punir les femmes pour les crimes des hommes? Excommunication, un mot que l'on entend décidément trop en ce moment», conclut l'éditorialiste de La Croix. Bel exemple d'indépendance.

Henri Tincq

Crédit photo : Machine à laver, Tangi Bertin, CC (Creative Commons) /FLICKR

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Comments

La machine à laver et Barbie?

Le Vatican célèbre la machine à laver, Karl Lagerfeld la poupée Barbie chez Colette...

Je me souviens d’avoir eu une poupée Barbie, elle avait de petites ballerines noires, un rouge à lèvres et un petit peigne minuscules, à glisser dans un sac à mains noir tout aussi petit. Dans les années 1970, de quoi Barbie aurait-elle eu besoin de plus? Je me souviens de l’année 1975, l’arrivée de la mixité à l’école primaire… Je me souviens de monsieur Haby, de la loi qui portait son nom, tant son nom courait d’une cour d’école à l’autre. A cause (grâce!) de la loi Haby, soudain, nous retrouvions les garçons que nous avions quittés après la maternelle. Ils venaient dans nos « écoles de filles », nous allions dans leurs « écoles de garçons »… Au temps du Big Bazar et de Rock Collection, filles et garçons mélangés, nous avons appris à partager nos jeux, les billes, les « gendarmes et les voleurs », pour les uns, « passe, passera, la dernière restera », pour les autres.

Je me souviens d’avoir été émue en regardant le magnifique documentaire de Virginie Linhart, « 68, mes parents et moi », partie à la rencontre de ses frères et sœurs de mai 68, Nathalie Krivine, Samuel Castro, Mao Peninou, tous nés de parents militants et intellectuels engagés, maoïstes, trotskystes, etc, dont certains ont sacrifié leur vie professionnelle et personnelle au service d’un idéal révolutionnaire. Leurs parents fumaient, vivaient en communauté. Robert Linhart, le père de Virginie, normalien, fondateur de l’Union des Jeunesses Communistes, partit travailler chez Citroën comme ouvrier. Il raconta L’établi. Ses parents avaient des choses plus importantes à faire que « s’occuper d’elle »…

Aujourd’hui, les filles de 1968 ont quarante ans. Une génération de filles. Même âge, même époque, et pourtant, quelle mémoire collective à partager? Peu de souvenirs, de livres d’enfants, peu de comptines. Autre autorité, autre famille, autre éducation, des histoires individuelles confrontées à l’Histoire, pour les unes… ou si peu, pour les autres. Virginie et ses sœurs de 68 ont grandi dans un monde sans Barbie, interdite par leurs mères féministes. Qu’elles en soient rassurées, elle n’ont rien raté… Pourtant, à regarder en arrière ces années passées, un fil commun nous relit : mai 1968. Grâce à l’histoire des unes, Virginie, Nathalie et les autres, aux passions de leurs mères, le cours de l’Histoire a pu changer pour les autres.

Plus que les machines à laver...

htt://labetiseeconomique.wordpress.com

L’église décomplexée…

Celle qui prône le retour à l’ordre moral ! Qu’elle balaye devant sa porte, car ce qui est immoral, et hideux dans toute ces histoires c’est bien l’église elle-même, et son chef suprême qui ne dit mot et consent…Le pape !

Le changement qu’elle opère en reprenant en son sein, les intégristes dont certains vont jusqu’au négationnisme, montre à quel point elle se radicalise, et pas de la plus belle manière.

Le pardon, la compassion, tous ce préceptes enseignés sont balayés du revers de la main, préférant excommunier la victime et tout ceux qui l’on aidé plutôt que le coupable. Non pas que l’excommunication me touche, a vrai dire je m’en fou. Mais c’est ce que cet acte peut représenter pour certains, qui font de l’église décomplexée d’aujourd’hui, une institution désuète, archaïque et socialement peu recommandable.

Dieu doit vraiment se retourner dans sa tombe !

Jen

Soyons honnetes avec l'Eglise, J Sairien et H Tincq

Loin s'en faut, je ne suis pas catholique mais plutôt athée ( par logique Darwinienne)...
Néanmoins, je n'apprécie guère la manière avec laquelle on raconte et travesti l'histoire des excommunications récentes:

Pour les évêques intégristes: une bonne fois pour toute il serait bon de préciser que si ils ont bien été "désexcommuniés", en aucun cas à ce jour, ils n'ont été réintégrés au sein de l'Eglise. Pour cela, ils devront faire amende honorable et reconnaître les dogmes et principes de Vatican II. En clair, ils ne sont pas prêt d'être réintégrés...
Que l'Eglise romaine cherche à regrouper ses ouailles, cela ne me semble pas choquant, surtout si l'on connait l'importance du mouvement de feu Mgr Lefevre en nombre " d'affiliés" (cf La Croix de samedi dernier). Telle était la démarche de Benoit XVI, oeuvrer pour l'unité des chrétiens, à près tout cela fait partie de son job.
En ce qui concerne cet idiot de Wlliamson, ses propos abjects n'ont aucun rapport avec cette histoire de désexcommunication. Qu'un homme, n'appartenant plus à l'Eglise romaine, tienne des propos incohérents, libre à lui. Benoit XVI, sans doute mal informé (à dessein ?) aurait du mieux cibler ses futurs désexcommuniés.

En ce qui concerne cet illuminé d' archevêque de Recife, vous oubliez Mr Tincq de préciser que la décision de celui-ci - l'excommunication de la mère et de l'équipe médicale - a été annulée tout aussi vite par la conférence épiscopale brésilienne et le Vatican. Je gage que l'avenir de Mgr Sobrinho s'assombrira rapdement au sein de l Eglise.

Néanmoins, Mr Tincq, je partage tout a fait votre annalyse sur le rôle de la femme dans l'Eglise. Pourquoi n'auraient-elles pas le droit d'administrer un quelconque magistère? Je ne comprends pas et pourtant, j'essaye !

Dans toute ces histoires, seuls 2 reproches justifiés doivent être fait à Benoit XVI et à l' Eglise:
Ne pas savoir communiquer intelligemment,
Ne pas suffisamment prendre en compte les évolutions de notre monde,
Mais, hélas, ce n'est pas nouveau, l'Eglise, réactionnaire au sens éthymologique du mot, a trop souvent péché par défaut de communication.

Cordialement,

Le courage en questions

Il faut avoir plus de courage pour rétablir la vérité que de crier au scandale avec la foule. Le signataire doit se protéger derrière son athéisme c'est dire le climat qui règne sur ce sujet ou d'autres et qui doit interpeler la presse. Hurler avec les loups, inciter au discernement ou exciter les esprits? Le projet de Slate devrait faire murir ce type de courage de plus en plus souvent et c'est tant mieux.
Le courage c'est aussi se poser des questions et vous dites que vous ne comprenez pas la position de l'église sur le magistère des femmes. On peut trouver des explications mais qui ne suffisent pas. Il y a me semble-t-il un déficit dans la conception même de l'homme qui puisse éclairer ce type de positions comme les autres relatives à l'avortement de la jeune brésilienne. C'est un paradoxe que la religion de l'homme s'intéresse si peu à la nature humaine et ne puisse soutenir des clarifications intelligibles au-delà de l'argument d'autorité. Heureusement même au sein de l'église ça ne marche pas au pas comme avant.

Roger Nifle Humanisme Méthodologique et Prospective humaine
http://journal.coherences.com

@R. Nifle, prospectiviste...

Cher Mr Nifle,

Afin de ne pas monopoliser "le commentariat", je m'étais dit que je ne répondrais pas aux éventuels commentaires de mes posts, mais m'ayant ci-dessus mis un coup de pied au derrière, vous m'y obligez.
Si je fais mention de mon athéisme, cela n'est en nul cas pour me protéger. Je pensais que, prenant en partie la défense de l'Eglise dans ce post, et afin de rétablir 2 vérités, il était bon que les éventuels lecteurs sachent que ce n'était point un catho qui écrivait pour une fois.

Dire que les dits- évêques n'ont pas été réintégrés dans l'Eglise, que la maman et l'équipe médicale n'ont en fin de compte pas été excommuniés, je ne vois pas ou:
- il y a courage à rétablir une vérité trop occultée dans les médias, cela me paraît tout naturel,
- si scandale il y a, c'est de taire, à dessein, la vérité. Pourquoi les médias relaient si peu les 2 infos ci-dessus?
- hurler avec les loups ? certainement pas en ce qui me concerne
- Discernement ? les médias en ont particulièrement manqué sur ces 2 affaires. Plus rapides et nombreux à annoncer l'excommunication brésilienne que son annulation, peu diserts sur les tenants et les aboutissants de la main tendue de Benoit XVI envers ses ouailles égarées.
Slate, je l'ai écrit, est un concept génial mais encore imparfait. En effet, pas un mot à ce jour sur la lettre de Benoit XVI aux évêques du monde entier et sur sa contrition pour ces 2 affaires. Etrange, non? moins vendeur qu'une analyse sur le " Nique ta mère"? Pourtant, un pape qui demande pardon, ce n'est tout de même pas courant !

Par ailleurs, vous écivez que "la religion de l'homme s'intéresse si peu à la nature humaine ", désolé, l'Eglise ne le fait que trop, mais malheureusement selon moi, avec un prisme trop réactionnaire.

Enfin, lorsque j'écris " prospectiviste fatigué ", j'aurais du écrire "prospectiviste fatigué par l'écriture de phrases interminables". Je lis régulièrement et avec attention vos commentaires et j'avoue que parfois, je me perds un peu devant le manque de simplicité, au moins dans la forme, de vos propos. Et pour finir, à l'occasion, éclairez nos lanternes et expliquez nous ce qu'est un prospectiviste.

Allez, cordialement, sans rancune, et bonne journée ensoleillée à tous les "slaters"

@ corto 74

Je ne me suis pas bien exprimé sans doute mais mon commentaire n'était pas critique mais reconnaissant.
Quant la nature humaine s'il est question de comportements il l'est moins de ce qui les justifie de par la nature de l'homme.
Quant à mes propos de prospectiviste, hormis les carences probables de l'écriture ils ont comme caractéristique d'avoir à dire des choses qui ne ressortent pas des modèles ou paradigmes habituels, s'agissant de traiter de phénomènes qui sont rarement analysés. Du coup cela peut provoquer des "ruptures de cognition". Dit autrement au lieu de traiter des questions d'actualité à plat et les évaluer selon des modèles classiques il s'agit de les mettre en perspective en rapport avec des changements de fond de l'ordre d'une mutation de civilisation, moins de ce qui se passe que de ce qui devient. La prospective a été créée en France par Gaston Berger mort en 1960, père de Maurice Béjart, mais qui s'en souvient? il disait qu'un chef d'entreprise devait être un philosophe en action. On peut l'étendre à tout responsable quelque soit sont métier.
Le prospectiviste fatigué, notez le, ne tenait pas du tout les propos que vous dénonciez et plutôt l'inverse, comme ici. Et pourquoi n'avez-vous pas le droit de signer tout en nous le signalant. Drôle de signature mais vous avez-sans doute de bonnes raisons.

Roger Nifle Humanisme Méthodologique et Prospective humaine
http://journal.coherences.com

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