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- Par Jacques Attali
- Jacques Attali est un des fondateurs de Slate.fr. Economiste, écrivain, éditorialiste à l'Express, Président de Planet Finance. Il est l'auteur de nombreux essais et romans dont récemment La Crise et après ?
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Jacques Attali
Jacques Attali est un des fondateurs de Slate.fr. Economiste, écrivain, éditorialiste à l'Express, Président de Planet Finance. Il est l'auteur de nombreux essais et romans dont récemment La Crise et après ?
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Jacques Attali répond aux artistes
La loi Hadopi ne protège pas la culture mais les revenus de quelques entreprises. La gratuité des échanges sur le Net ouvre de formidables opportunités.
Bien des artistes ne semblent pas admettre que l’Internet leur ouvre de formidables potentialités créatrices, que le projet de loi dite Hadopi, qui vise à interdire le téléchargement gratuit, ne vise pas à les protéger, mais à réserver l’essentiel de la valeur produite à quelques entreprises, et qu’un autre système de rémunération, fondé sur la nature profonde de l’Internet, leur assurerait un meilleur revenu et une bien meilleure reconnaissance sociale, s’ils s’en emparent avant que ne s’y rallient les entreprises qui la combattent aujourd’hui.
1. Le commerce de la musique et du cinéma sur l’Internet obéit au même modèle économique qu’à la radio ou à la télévision.
Quand la radio est apparue, bien des artistes refusèrent d’y parler, ou de laisser leurs disques y passer, de peur de perdre des spectateurs pour leurs concerts. Puis ils comprirent que la gratuité de la radio créait de la demande pour leur musique. De même, la télévision, longtemps vue comme un ennemi du cinéma, en est aujourd’hui le premier agent de promotion. Et, comme la radio est une des premières sources de financement de la musique, la télévision est en France la première source de financement du cinéma. Radio et télévision ont même profondément influencé la nature du geste créateur.
La gratuité des échanges est aussi dans la nature de l’Internet, comme elle est dans celle de la radio et de la télévision. Plus rien n’empêchera les consommateurs d’échanger entre eux par email les millions, les milliards même, de fichiers musicaux ou de films dont ils disposent déjà . Rien ne les poussera à acheter davantage de CD, ni à payer le téléchargement de fichiers qui ne leur apportent aucune valeur ajoutée, artistique ou économique, par rapport au téléchargement gratuit. Pourtant, cette gratuité, légale ou non, n’empêchera pas la croissance économique planétaire, de la musique, du cinéma, des jeux vidéo et de tous les autres secteurs associés. Elle leur ouvrira même, au contraire, de formidables perspectives, artistiques et financières, comme la gratuité des livres, offerte par les bibliothèques, offre un formidable potentiel de développement à l’industrie du livre.
Cela ne signifie pas qu’il faille laisser ce domaine sans contrôle, en particulier sur la nature de ce qui y est diffusé: la gratuité ne supprime pas la nécessité de la règle, comme on le voit pour les services publics.
2. La gratuité d’un service pour le consommateur n’entraine pas nécessairement celle du travail de celui qui le fournit.
Le fait qu’un produit ou un service soit gratuit pour les consommateurs ne signifie évidemment pas que celui qui le fabrique doive travailler gratuitement: par exemple, même si les soins des médecins à l’hôpital public sont gratuits, les médecins y sont payés. Les cours des professeurs de l’Education nationale sont gratuits, et les professeurs sont payés. L’écoute de la radio est gratuite, et ceux qui y travaillent sont payés, par la publicité et la redevance, c'est-à -dire par des recettes collectives.
Et comme les auteurs de livres (et les libraires) sont évidemment rémunérés, et doivent continuer de l’être, les auteurs et interprètes de musiques ou de films doivent évidemment l’être, même quand la technologie impose la gratuité. En particulier, ils doivent être rémunérés pour l’usage de leur œuvre sur le Net, comme ils le sont à la radio, par des droits d’auteurs répartis à partir d’une ressource globale, collectée auprès des principaux bénéficiaires du téléchargement, les fournisseurs d’accès à Internet, et distribuée ensuite par des sociétés dont les artistes doivent être les maîtres.
3. Le projet de loi actuel ne vise qu’à freiner le développement d’Internet pour préserver le profit des majors.
Contrairement à ce que beaucoup soutiennent, les consommateurs n’ont rien à gagner à ce texte: les peines de prison pour contrefaçon numérique prévues par les textes antérieurement en vigueur continueront de s’appliquer au pénal, en plus des sanctions nouvelles prévues par la loi Hadopi; la Cnil précise même, dans son avis sur ce projet de loi, que «sur la base de procès-verbaux constatant un même fait, la mise à disposition sur internet d'œuvres protégées par les droits d'auteur, les SPRD et les organismes de défense professionnelle pourront librement choisir de saisir l’Hadopi (…), le juge civil (…), le juge pénal».
Le projet de loi prévoit aussi, et c’est hallucinant, d’endoctriner les enfants des écoles. J’exagère ? Lisez l’article 9 /bis/ /(nouveau)/ : « L’article L. 312-9 du code de l’éducation est complété par un alinéa ainsi rédigé:
« Dans ce cadre, ils reçoivent une information, notamment dans le cadre du brevet informatique et internet des collégiens, sur les risques liés aux usages des services de communication au public en ligne, sur les dangers du téléchargement et de la mise à disposition illicites d’œuvres culturelles pour la création artistique, ainsi que sur les sanctions encourues en cas de manquement à l’obligation définie à l’article L. 336-3 du code de la propriété intellectuelle et de délit de contrefaçon. Les enseignants sont également sensibilisés. »
Il est insensé de ne pas comprendre que l’accès à l’Internet constitue un droit fondamental, et que l’école doit apprendre aux enfants à s’en servir, et non pas à s’en méfier. Et si l’école prétend faire le contraire, elle n’y réussira pas, mais elle continuera à approfondir le discrédit qui la guette.
De même, les artistes, sans cesse mis en avant dans les débats, ne bénéficieront pas non plus de cette loi et les débats l’ont bien montré: tous les amendements proposés, même ceux venus de l'UMP, ont été refusés quand ils prévoyaient d’améliorer la rémunération des auteurs et interprètes (1). Comme si les artistes étaient des mineurs; comme si seuls leurs producteurs savaient utiliser l’argent public, si généreusement laissé dans leurs caisses par des crédits d'impôts ou par d’autres mécanismes.
4. La licence globale peut fournir des recettes nouvelles significatives pour les auteurs, les interprètes, les cinéastes.
Ce qu’on nomme la licence globale, prélèvement minime sur les recettes des fournisseurs d’accès à Internet (dont pourraient aussi bénéficier tous les acteurs de ces métiers : agents, producteurs, distributeurs), contribuera à financer les auteurs, les interprètes, les cinéastes, en ajoutant aux ventes de produits et services nouveaux, adaptés à cette nouvelle époque. Les fournisseurs d’accès peuvent et doivent le financer. Et comme les télévisions, ils seront bientôt les premiers financiers de la musique et du cinéma.
Il est hallucinant de voir tant d’artistes respectables ne pas comprendre que la licence globale constitue même la source de financement la plus prometteuse pour leur avenir. Et que les fournisseurs d’accès vont leur fournir de formidables nouveaux espaces de création.
C’est aux artistes de trouver au plus vite la meilleure façon de la collecter et de la répartir, sans tomber dans un système bureaucratique. Bien des systèmes non intrusifs existent pour cela, comme les sondages, le tatouage des œuvres, ou les statistiques de partage des œuvres, disponibles sur les moteurs de recherches de Peer to Peer. Comment peut-on prétendre sérieusement que cela accentuerait la concentration actuelle des rémunérations, alors que cela aurait pour effet au contraire de permettre à des artistes encore méconnus de se faire connaître.
Cela ne serait d’ailleurs pas la première fois que les artistes et leurs collaborateurs se rémunèreraient en se partageant des contributions collectives: c’est ainsi que sont rémunérés ceux qui touchent une partie du prélèvement sur les recettes publicitaires des chaines privées; ceux qui reçoivent les produits de la taxe de copie privée; et même, d’une certaine façon, les intermittents du spectacle rémunérés par les contributions des autres, ceux qui travaillent à la radio ou à la télévision par la redevance, et ceux qui sont rémunérés par la Sacem.
On pourrait faire la même liste pour le cinéma, et on constaterait que «l’exception culturelle française» est en fait un système très efficace de financement mutualisé des artistes, par diverses contributions collectives, dont une contribution des télévisions, qui finance à elle seule chaque année la moitié de la production de films. Aussi, tous les arguments avancés imprudemment par les cinéastes contre la licence globale pourraient servir aussi à dénoncer l’actuel financement du cinéma. Et ceux qui protestent contre la gratuité du net au nom de l’exception culturelle se rendent-ils compte qu’ils prononcent en fait un réquisitoire contre les modes de financement qui les protègent aujourd’hui?
Si les artistes ne s’emparent pas de cette nouvelle ressource potentielle, s’ils ne débattent pas dès maintenant entre eux de la meilleure façon d’en faire un usage dynamique, les entreprises de la distraction, (qui changeront bientôt d’avis et oublieront la loi Hadopi comme ils ont oublié les DRM), se rallieront à la licence globale et en organiseront le partage à leur seul profit. Les fournisseurs d'accès pourraient alors trouver enfin un intérêt à verrouiller vraiment les réseaux, pour garder le monopole de la fourniture de contenus. Les artistes en seront, une fois de plus, les victimes. Pour s’en convaincre, il suffit de voir ce que ces firmes ont fait pour défendre les disquaires ou les vidéoclubs: Rien. Alors que les éditeurs de livres, eux, ont su défendre les libraires.
5. La licence globale accélérera aussi une modification très profonde et très positive du mode d’organisation des métiers de l’art.
C’est par les services qu’elle rend aux consommateurs qu’une entreprise peut survivre, pas en retardant l’émergence d’une technologie. En particulier, l’écoute gratuite sur l’Internet constitue même une formidable promesse pour l’avenir des artistes.
C’est en effet une incitation à se rendre plus souvent au concert, dans les musées, et au théâtre; c’est l’annonce du basculement de la valeur vers le spectacle vivant et les expositions. Au lieu de tenter de maintenir des privilèges d’arrière-garde, les majors elles-mêmes devraient donc s’intéresser davantage aux métiers de demain: organiser des concerts et des expositions, développer des films de qualité et spectaculaires, justifiant qu’on paie cher pour aller les voir, comme les films en 3D. Certains, les plus imaginatifs, le font déjà : des organisateurs de concerts commencent à distribuer gratuitement à la sortie d’un concert une clé USB contenant l’enregistrement du spectacle qui vient d’avoir lieu. D’autres commencent à diffuser des spectacles d’opéras dans les salles de cinéma. Et il existe déjà aux Etats-Unis plus de 1.500 salles en 3D.
Encore faut-il s’intéresser à la technologie, ne pas en avoir peur, en exploiter toutes les potentialités pour créer.
6. Enfin, cela annonce une mutation du rapport à l’art, que peu de gens veulent voir: un des avenirs les plus prometteurs de la musique et du cinéma est en effet dans l’incitation, que favorise l’Internet, d’en faire et non plus seulement d’en consommer: l’industrie du futur, dans la musique, est donc aussi celle des partitions et des instruments (dont les DJ sont les annonciateurs). Dans le cinéma, ce sera le marché des caméras et des bans de montage. Plus généralement, cela annonce un monde où chacun voudra faire de l’art et pas seulement en consommer. Une toute nouvelle économie s’annonce: ceux qui veulent s’octroyer le monopole, financier ou artistique, de l’art disparaitront; les artistes (ou plutôt la dimension artistique de chacun de nous) en seront les vainqueurs.
Encore faudrait-il avoir le courage d’apprendre à utiliser l’Internet (et demain les nanotechnologies) et ne plus se contenter de s’en plaindre et de le subir.
Jacques Attali
(1) : l’amendement N°440 qui prévoyait que tout vendeur de phonogramme ou de vidéogramme devait afficher la part revenant aux créateurs sur le prix de vente ; l’amendement N°441, pourtant présenté par trois groupes, qui aurait pu contraindre l’ensemble des utilisateurs à fournir aux organismes collecteurs les statistiques précises des titres diffusés; l’amendement N°443 (et 439) qui prévoyait qu’un rapport serait présenté au Parlement avant le 31 octobre 2009 sur la mise en œuvre d'un fonds en faveur de la création musicale; l’amendement N°444 qui prévoyait la création d’une contribution créative ; a les amendements N°394 (419 et 445) qui prévoyaient la taxation au bénéfice des artistes de l'ensemble de la recette publicitaire sur internet ; les amendements N°215 (et 412) qui prévoyaient la mise en place d'un système de licence collective étendue pour les sites de streaming, refusée au motif suivant, si éclairant: «il faut laisser aux producteurs négocier eux-mêmes, car les artistes ont besoin de leurs producteurs...»
Image de une: Dans un grand magasin de produits culturels, Ã Nice. REUTERS/Eric Gaillard
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Comments
OK Atali
M. Atali a un avis sur tout, Qui embrasse trop mal étreint. Ceci dit, là je l'approuve. Nous n'apprenons rien du passé semble t il? Nous répétons les mêmes erreurs. La musique anglo saxonne a envahi nos radios en autorisant la diffusion libre.
Nous avons l'opportunité de faire de même sur le net pour la musique et le film. Je n'ai jamais été autant au cinéma que maintenant et pourtant je télécharge. Au passage,je note que je n'ai aucune difficulté à télécharger des films américains alors que les films français sont en général criptés. Cela ne vous rappelle rien. Sacré SACEM!!!!!!
uburoi
Un grand merci Monsieur Attali
Vos analyses de 1978 avec la parution de Bruits m'avaient beaucoup frappées, celles de 2009 dans cet article sont remarquables de précision et de compréhension d'une mutation de civilisation à laquelle un grand nombre parmi nos élites restent aveugles. Raisonner sur des transformations comme le phénomène internet dans les cadres mentaux du passé est l'erreur commise dans cette affaire. En particulier je soulignerai la conception de l'économie qui est en train de basculer vers une économie communautaire, la valeur qui doit se référer dorénavant aux valeurs et au Sens du bien commun, la crise des représentations classiques qui doit s'ouvrir sur l'intelligence du Sens et des communautés de Sens. Au-delà du langage vous en fournissez des illustrations concernant les modes de financement des artistes forcément communautaires, l'évolution de la création elle-même en rapport avec des espaces culturels nouveaux, et la crispation mentale sur des représentations conservatrices erronées sans doute aggravée par l'agitation des lobbies qui n'ont jamais pour but d'éclairer mais d'influencer.
Roger Nifle Humanisme Méthodologique et Prospective humaine
http://journal.coherences.com
Une nouvelle taxe ?
Quelle sera son montant et qui payera au final ? Certainement l'internaute qui verra son abonnement augmenter ou calculé sur les volumes des fichiers enregistrés.
Et comment rémunérera t-on les écrivains quand des livres numérisés seront téléchargeables gratuitement ?
Je suppose que M Attali acceptera de mettre gratuitement à disposition ses ouvrages et se retournera vers les FAI.
Lira t-on plus pour autant ?
M Attali me fait penser à ces conseillers des Princes qui se font facturer cher leurs prestations dont le montant se retrouve au final sur la feuille d'impôt du citoyen qui n'a rien demandé et qui s'étonne, ensuite, des déficits abyssaux.
Quand tout sera gratuit, le travail et la créativité le seront-ils ou l'Etat nous donnera t-il des tickets ?
Kir
Réponse à tout
"Le commerce de la musique et du cinéma sur l’Internet obéit au même modèle économique qu’à la radio ou à la télévision. "
Vraiment?? Super! On a donc trouvé la solution à tous les problèmes soulevés par la loi hadopi. Ne cherchez plus le modèle économique de le musique et du cinéma sur internet, il est là sous vos yeux, copiez la télé et la radio, copiez les audiences et les revenus en baisse de tf1, france télévision et M6, la radio et internet? pareil, à aprt qu'internet c'est global et la radio local...
Non, je crois que le modèle économique n'est pas encore trouvé, on peut déjà écouter de la musique en toute légalité sur internet, extraits sur les sites des artistes, pages myspace, deezer... on a même plus de choix qu'à la télé ou à la radio où on n'a qu'à espérer entendre les morceaux qu'on aime.
Quels revenus ? Une licence globale à calculer comment? Et la publicité? Il y a une grande différence entre une publicité tr`s agressive à la mi-temps d'un match de foot ou entre deux morceaux sur rtl et une fenêtre dans le coin d'une page web. La publicités sur internet se vend beaucoup moins cher qu'un écran à la télé ou même qu'une page dans un journal.
Autre point... Heureusement que je n'ai pas attendu la télévision et la radio pour écouter de la musique, sur internet (comme chez un disquaire) je peux chercher, découvrir, écouter autre chose que ce que nous passe la télévision et la radio. Pourquoi? Parce que justement ces deux médias ont un modèle économique qui les oblige à passer toujours la même musique (ou toujours les même films, tous les hivers on a le droit aux bronzés à la télé...).
Pour le reste, je suis donc d'accord, internet permet de se faire connaître, de pousser les gens à aller aux concert ou au cinéma. Mais ça aussi ça met en danger les revenus de la musique, on ne peut pas aller voir trois concerts la mème soirée (déjà , vu les prix même des petites salles, un par jour ça revient vite cher). Si l'offre augmente plus vite que la demande (multiplication des artistes, accès plus facile aux oeuvres, etc.) et que les prix ne diminuent pas, les ventes ne vont pas augmenter, elles ne vont pas baisser non plus, mais elles vont se diluer entre plusieurs artistes.
Ce n'est qu'une hypothèse, et je ne pense pas que la loi y changera quoi que ce soit. La question qui reste à mon avis c'est : les artistes et majors ont-ils besoin de gagner autant d'argent (100€ les places pour le concert de coldplay en septembre je crois...)
le droit d'auteur
L'analyse de J. ATTALI est intéressante en ce qu'elle tente de se dégager
des a priori actuels pour percevoir les enjeux futurs.
Mais je crois qu'il faut aller plus loin...
Et oser remettre en cause la notion de propriété intellectuelle qui est un droit
prohibitif et à nul autre pareil.
C'est en effet un droit qui semble être établi par déclinaisons des autres régime de la propriété,
mais qui en réalité fait exception aux autres modes de propriété.
Tout d'abord la propriété foncière, par exemple, s'accompagne de l'obligation d'entretien.
Ainsi si vous êtes propriétaire d'un terrain et d'une habitation vous devez l'entretenir.
Au risque de perdre cette propriété.
En revanche la propriété intellectuelle n'impose aucun devoir au propriétaire.
Au contraire le devoir incombe à l'utilisateur (droit de suite…).
Un équivalent à ce devoir d'entretien pourrait être pour le possesseur de droits la remasterisation et
le transfert vers les nouveaux supports sans coût supplémentaire pour les acquéreurs d'une licence d'utilisation.
En second lieu, ce régime de propriété est à l'origine d'inégalité entre artistes.
Selon que vous soyez plasticien, parolier ou interprète vos droits sont totalement différents.
Prenons le mieux protégé, le parolier: chaque diffusion de la chanson à laquelle il a participé à l'âge de 20 ans (par exemple) lui rapportera de l'argent jusqu'a sa mort. Ses descendants conserveront des droits. Il peut même faire interdire la publication par un site internet les paroles dont il est l'auteur. Cela même si ce site est destiné à des possesseurs de la licence d'utilisation de la chanson...
Intéressons-nous au plasticien, lui produit une toile, la vend 2000 euros. Voila sont bénéfice net en une seule fois. Plus aucune vente de sa création ne lui rapportera*.
Voyons, à présent le cas de l'interprète: eh bien en dehors de son cachet, zéro euro, il n'est pas considéré comme auteur.
Il ne semble pas amorale de souhaiter une égalité de destin économique de ces trois artistes.
Enfin, en matière de commerce de propriété intellectuelle l'essentiel des échanges ne consiste pas
en cessions de propriété mais en cessions de droits d'utilisation. Ainsi lorsqu'on "achète une chanson ou un film"
on n'achète en fait que le droit d'utilisation dicté par les intérêts exclusifs du cédant. C'est un contrat
déséquilibré entre un ensemble de professionnels et un utilisateur.**
Il semble logique de mettre en face de ce faible droit de l'acheteur un prix cohérent.
Un autre point de vue, centré sur la valeur d'échange et de fécondité, pourrait conduire à imaginer
une propriété intellectuelle qui s'éteindrait au fur et à mesure des ventes.
Sans être exhaustif ce petit exposé apporte quelques éléments en faveur de la nécessité d'une refondation de la
propriété intellectuelle.
Si cela présentait un intérêts pour les lecteurs, un autre billet pourrait aborder le sujets des abus des exploitants
des droits liés à la propriété intellectuelle.
*les techniciens du droit me rétorqueront sans doute que juridiquement les actes présentés ici, sont distincts.
Sans doute mais l'usage confond ces actes... Et surtout la morale les compare.
** Habituellement le législateur tente de rééquilibrer (cf relation bailleur-locataire)
Vitalys
@Vitalys
Ainsi si vous êtes propriétaire d'un terrain et d'une habitation vous devez l'entretenir.
Au risque de perdre cette propriété.
Mais inversement, si vous entretenez votre bien, vous pouvez le transmettre à vos héritiers et vos héritiers à leurs héritiers, aussi longtemps que ceux-ci ne souhaiterons pas la vendre. Inversement la propriété intellectuelle est la seule dont la fin est programmée.
Prenons le mieux protégé, le parolier: chaque diffusion de la chanson à laquelle il a participé à l'âge de 20 ans (par exemple) lui rapportera de l'argent jusqu'a sa mort. Ses descendants conserveront des droits. Il peut même faire interdire la publication par un site internet les paroles dont il est l'auteur. Cela même si ce site est destiné à des possesseurs de la licence d'utilisation de la chanson... C'est même pire que cela, un artiste peut décider de détruire toutes ses oeuvres. Ca s'inscrit dans une conception idéologique de l'auteur qui veut que son oeuvre soit le prolongement de sa personnalité. A ce titre, s'il considère que finalement son oeuvre est nulle, il a le droit de la détruire. C'est un privilège exhorbitant, et en même temps c'est la moindre des choses. Qui mieux que l'auteur peut décider de ce qu'il veut rendre public ou non ?
Intéressons-nous au plasticien, lui produit une toile, la vend 2000 euros. Voila sont bénéfice net en une seule fois. Plus aucune vente de sa création ne lui rapportera*. Vous confondez la propriété matérielle du support de l'oeuvre, et les droits immatériels attachés à l'oeuvre. L'acheteur du tableau ne peut pas utiliser une reproduction du tableau pour faire de la publicité pour son entreprise par exemple, et inversement l'artiste peut avoir vendu le tableau et néanmoins céder des droits de reproduction à un industriel ou à une collectivité pour faire de la publicité. Ce n'est pas la propriété matérielle des oeuvres qui est remise en cause par Internet. Par ailleurs en France il existe un droit de suite sur les ventes publiques destiné à l'auteur, mais il est vrai que ce droit est bien menacé.
En second lieu, ce régime de propriété est à l'origine d'inégalité entre artistes. Et donc rétablissons l'égalité entre artistes, supprimons tous les droits ?
on n'achète en fait que le droit d'utilisation dicté par les intérêts exclusifs du cédant. C'est un contrat
déséquilibré entre un ensemble de professionnels et un utilisateur. Rassurez-vous quand l'acheteur est une entreprise, une agence de publicité, une major de la chanson, une chaîne de télévision, ou même simplement lorsque l'auteur à faim (et l'immense majorité des auteurs a un revenu inférieur au SMIG) le déséquilibre est totalement en faveur de l'acheteur. C'est même dans cette situation que se trouve l'origine du droit d'auteur.
El Gato
Hadopi une loi réactionnaire
Le gouvernement, avec cette loi se discrédite devant la jeunesse. Hadopi permettrait aux majors un retour à la bonne vieille époque où l'accès à la culture était destiné aux plus riches, où les prolétaires se sacrifiaient de temps en temps pour acheter des albums d'artistes bien connus. Tout le monde était content, le mouton payait bien cher et toujours pour les mêmes. Le P2P a changé la donne, nous a libéré de tout cela. Avec cet échange gratuit, la jeunesse a pu constituée une formidable culture musicale et cinématographique. Donc grâce à l'ADSl, le P2P fut une véritable Révolution. Voilà pourquoi Hadopi est réactionnaire. Tout retour en arrière est impossible.
Le P2P fut une nouveauté technologique; lutter contre est aussi absurde que ceux qui s'opposaient à la circulation du métro. D'ailleurs ce qui caractérise les softs du moment en informatique, c'est l'obsolescence. Car ce qui téléchargent n'utilisent plus le P2P trop contraignant au niveau des temps d'attente et de la qualité souvent douteuse. Donc c'est loi se focalise sur des moyens déjà dépassés.
La libre circulation de la
La libre circulation de la musique sur Interne, c'est ainsi que devrait me semble-t-il être dénommé un phénomène qualifié de "piratage" au nom de la protection de la création et des créateurs, plus certainement des intérêts de ceux qui les ont représenté et se réfugient derrière eux. J'en parle au passé, car il est déjà écrit que leur attitude les condamne.
Qui peut douter que cette circulation procède d'une exigence sociale, vu son ampleur ? Qu'elle correspond, dans des sociétés marquées par une "financiarisation" et une "mercantalisation" en pleines expansions, à une réaction inverse de rejet ? Au besoin d'instaurer des rapports qui ne s'inscrivent pas systématiquement dans la sphère de l'argent, ou tout du moins suivant des modèles économiques obsolètes ?
Bien d'autres exemples de ce même phénomène pourraient être donnés, même s'ils ne sont pas de la même force.
Faut-il s'étonner, par ailleurs, que ce besoin (qui a pu se concrétiser via Internet), fasse l'objet d'une telle criminalisation, comme tant d'autres manifestations sociales hors normes du moment, car tout simplement dérangeantes ? Comme le signe d'un contrôle social intolérant et abusif.
Cela ne signifie pas que la rémunération de la création musicale, pour ne parler que d'elle, soit simple affaire à résoudre et à mettre en place. Mais il est trop facile de refuser de l'envisager autrement qu'elle ne l'est actuellement, en enjoliveant les choses. En présentant le monde de artistes comme si la très grande majorité d'entre eux ne vivaient pas, ou mal, de leur activité musicale. Il pourrait y avoir de la redistribution dans l'air, grâce à cette nouvelle circulation.
François Leclerc
@Attali
Bien des artistes ne semblent pas admettre que l’Internet leur ouvre de formidables potentialités créatrices, Je n'ai pas rencontré beaucoup d'artistes qui contestaient le fait que l'Internet ouvrait de formidables potentialités créatrices. Ca ne les intéressait pas forcément à titre personnel, mais on a encore la liberté de créer en dehors d'Internet. :-)
Ce qui les préoccupe c'est leur survie économique.
et qu’un autre système de rémunération, fondé sur la nature profonde de l’Internet, leur assurerait un meilleur revenu et une bien meilleure reconnaissance sociale, s’ils s’en emparent avant que ne s’y rallient les entreprises qui la combattent aujourd’hui. Je ne demande qu'à me laisser convaincre, mais pour l'instant aucun modèle économique crédible n'a encore émergé.
Le commerce de la musique et du cinéma sur l’Internet obéit au même modèle économique qu’à la radio ou à la télévision. La radio et la télévision d'avant l'Internet s'inscrivaient dans un modèle économique totalement différent. Peu d'opérateurs et donc peu d'offre, (la rareté de l'offre étant même gérée par le politique). Ils émettaient dans un cadre strictement national. L'exploitation des oeuvres n'étaient pas en concurrence avec les anciens medias, parce que chaque media avait son support et son lieu physique et social de consommation. Lorsque l'on découvrait un titre à la radio, on ne pouvait choisir ni le moment, ni la fréquence de sa rediffusion. On achetait le disque ensuite pour pouvoir l'écouter tout à loisir sur son tourne disque. Le film du dimanche soir à la télé a sans doute fait perdre au cinéma sa clientèle familiale, mais il s'est refait une santé avec les adolescents qui voulaient fuir le film du dimanche soir en famille, et les cinéphiles qui n'étaient pas emballés par la programmation grand public et VF de la télévision. Une rémunération des auteurs était nécessaire. Sans leur accord, il était impossible d'avoir un contenu à diffuser. Elle était également facile à mettre en place avec un petit nombre d'opérateurs et une économie de ces medias qui nécessitait des contenus relativement chers et difficiles à produire.
A l'inverse, Internet est mondial, et les opérateurs innombrables. La distinction des supports et des modes de consommation (radio, télé, disques etc.) n'a plus lieu d'être. On trouve tous les contenus sur Internet. Et tous ces contenus peuvent être portés sur un autre support pour être consommés dans des contextes sociaux divers. Les moyens à mettre en oeuvre sont dérisoires et donc les coûts de production ne sont ni un frein, ni un filtre. Une rémunération des auteurs n'est pas nécessaire à l'économie du système et d'ailleurs un grand nombre des nouveaux auteurs qui s'expriment sur Internet ne le demandent pas. Au moins au début, tant qu'ils ne recherchent que la reconnaissance sociale.
La gratuité d’un service pour le consommateur n’entraine pas nécessairement celle du travail de celui qui le fournit. C'est vrai, mais ce qui est nouveau avec Internet, c'est que c'est gratuité est revendiquée comme un dû par le consommateur. La gratuité du médecin, c'est un choix de société sur lequel tous les français sont d'accords, mais personne ne dit que le médecin doit travailler gratuitement. On pourrait même dire qu'une partie de notre identité nationale ne repose pas sur le drapeau comme les américains, mais sur l'idée que nos impôts doivent servir à payer nos frais médicaux. :-)
La licence globale peut fournir des recettes nouvelles significatives pour les auteurs, les interprètes, les cinéastes. Je suis en effet convaincu que la seule solution technique envisageable serait la licence globale, mais je doute de sa viabilité économique et politique. Elle sera perçue comme un impôt intolérable, ce qu'elle sera de fait. C'est la puissance publique qui devra en définir le montant (le pourcentage) en arbitrant entre sa volonté de soutenir la création, et sa volonté de préserver le pouvoir d'achat pour soutenir la consommation de services et de biens manufacturés. Elle suscitera une vive controverse avec les internautes qui refuseront de la payer parce qu'ils n'utilisent Internet que pour bosser. Ses supporters seront qualifiés de passéïstes retranchés derrière une ligne maginot intenable, car je n'imagine que se mette en place mondialement une licence globale que tous les pays imposeraient aux fournisseurs d'accès. Lesquels fournisseurs d'accès protesteront avec énergie, et non sans arguments, car pour reprendre l'exemple de la télévision, c'est comme si l'on avait demandé à EDF et non à l'ORTF de financer la création.
c’est l’annonce du basculement de la valeur vers le spectacle vivant et les expositions.
Ca n'a rien à voir avec le mode de rémunération de la création. Les gens passent tellement de temps aujourd'hui derrière un écran, qu'ils sont contents de toucher de temps en temps des gens et des objets réels.
Certains, les plus imaginatifs, le font déjà : des organisateurs de concerts commencent à distribuer gratuitement à la sortie d’un concert une clé USB contenant l’enregistrement du spectacle qui vient d’avoir lieu.
Si c'est cela les plus imaginatifs, c'est terrifiant. Vu que le contenu de la clef USB, les spectateurs ont pu le télécharger sur leur ordi avant d'aller au spectacle, et que si c'est cette représentation qu'ils veulent, ils pourront la télécharger en arrivant chez eux, le cadeau, c'est la clef USB elle-même. Et donc pour avoir du monde à son spectacle il faut offrir une clef USB, un peu comme la presse il n'y a pas si longtemps qui donnait des lunettes de soleil en plastique ou un collier doré pour vendre un journal !
un des avenirs les plus prometteurs de la musique et du cinéma est en effet dans l’incitation, que favorise l’Internet, d’en faire et non plus seulement d’en consommer: l’industrie du futur, dans la musique, est donc aussi celle des partitions et des instruments (dont les DJ sont les annonciateurs). Dans le cinéma, ce sera le marché des caméras et des bans de montage.
Qu'Internet permette à toutes sortes de nouvelles industries de voir le jour, c'est une évidence. Et c'est pourquoi je ne m'inquiète pas pour les majors. Elles ont toutes sortes d'opportunités pour recycler leurs capitaux.
les artistes (ou plutôt la dimension artistique de chacun de nous) en seront les vainqueurs.
Parmi ces mutations que personne ne veut voir, il y aura cette situation paradoxale où jamais autant d'individus ne voudront vivre de leur création, et où proportionnellement aussi peu en auront la possibilité.
El Gato
Merci M. Attali
Enfin des propos intelligents qui contrastent avec les aberrations que l'on peut entendre ci et là par les députés et notre charmante Ministre de la Culture.
Jugez vous même du degré d'information et de connaissance des membres du gouvernement et de l'Assemblée Nationale au sujet de la loi Hadopi, ou plus particulièrement du Bittorrent et du P2P :
http://www.dailymotion.com/swf/x8o9h1
Comment laisser ainsi mettre en œuvre une telle loi par des personnes si peu au fait des nouvelles technologies ?
Pour revenir sur l'article, comme le montre bien Jacques Attali, les artistes ont été les premiers gagnants de l'essor d'Internet, qui leur a offert une visibilité accrue, une reconnaissance pour leur œuvre et une adhésion massive de fans. Vous m'excuserez la référence, mais je pense à Grégoire, chanteur nominé aux NRJ Music Awards 2009 dans la catégorie "Révélation française de l'année", aujourd'hui distribué par le groupe Warner, entièrement grâce à Internet avec le site MyMajor Company et MySpace.
Voici la page qui retrace son histoire, et qui devrait inspirer davantage les majors et autres députés : http://www.mymajorcompany.com/gregoire
Internet est une formidable plateforme de communication, un tremplin pour les artistes. Certains groupes comme Radiohead ont su s'adapter à la nouvelle donne, et adopter des coups marketing en conséquent. Ainsi lors de la sortie de son nouvel album, le groupe a proposé son album gratuitement en téléchargement pendant une durée déterminée. Cela n'a en aucun cas empêché les fans d'acheter le CD, ou encore de participer au concert.
Finalement le téléchargement illégal répond également à une autre logique, il correspond à la réaction des internautes par rapport à la qualité des contenus culturels. Sans émettre de jugement de valeur, je ne pense pas que l'on puisse placer par exemple le dernier film de Clint Eastwood sur le même plan que la dernière production de Eric & Ramzi...Les téléchargeurs sont des individus comme les autres, et ne verront pas d'inconvénient majeur à se rendre au cinéma, payer leur ticket à 8€, pour voir un film qui en vaut la peine, considérant que c'est le lieu le plus approprié et le plus agréable pour visionner un film de qualité. En revanche, ces mêmes téléchargeurs aimeraient avoir la possibilité de regarder d'autres films pour lesquels il est moins indispensable d'aller au cinéma, et faute de pouvoir accéder au film de façon légale, au même moment que la sortie cinéma et à coût approprié pour une visualisation sur ordinateur, ces derniers se rabattent sur les sites de torrents et autres réseaux P2P, qui outre les fichiers s'articulent autour d'une véritable communauté solidaire et coopérative.
En ce qui concerne les livres, et pour répondre @Blanc Cassis, vous constaterez vous même qu'il est peu agréable de lire des livres numérisés sur un écran d'ordinateur, aussi grand soit-il. Nos voisins d'outre-Manche, ont, pour remédier à ce problème, et vivre avec leur temps, développper un livre numérique. Vous avez sûrement entendu parler du Kindle, maintenant Kindle 2, proposé par Amazon pour la "modique" somme de 300$ avec l'accès à un catalogue important de livres numériques. Le confort à l'utilisation est nettement plus agréable et le modèle économique est assuré en ce sens où les internautes achètent ces livres numériques qui leur sont délivrés dans un format spécial lisible uniquement sur ce type d'appareil. L'opération, eu égards aux sondages effectués par les différents médias Hi-Tech, a connu un franc succès.
Aujourd'hui en France, les Echos ont développé un abonnement qui comprend l'achat d'un lecteur de livre électronique couplé à un abonnement d'un an au journal. Pour le moment ces offres sont hors de prix, tout simplement pcq il reste à démocratiser ces lecteurs d'ebook afin de baisser sensiblement leurs coûts de production. Néanmoins c'est une technologie qui a de l'avenir et qu'il faudrait tenter d'accélerer, plutôt que de freiner. Après tout l'innovation est le moteur de progrès technique, et les entrepreneurs ont toujours su derrière instaurer un modèle économique. Avec la crise économique, c'est le moment ou jamais d'entamer des changements.
Pour conclure je pense que l'on arrive à une période clé dans le développement d'Internet, un phénomène qui est arrivé trop vite pour les éditeurs de contenus culturels classiques et institutionnels tant dans le domaine du cinéma, du livre, des médias ou de la musique. Ces derniers adoptent la mauvaise attitude, car au lieu de tenter de s'adapter en fonction des nouveaux modes de consommations spécifiques à cette plateforme à une tendance qui sera vraisemblablement persistante dans le futur, les éditeurs tentent de préserver leurs marges, leurs bénéfices en imposant leurs contenus par le biais de protections, d'incompatibilité matérielle, par le recours au gouvernement pour stigmatiser et diaboliser les effets d'Internet sur la culture. C'est là leur plus grosse erreur : Internet est aujourd'hui le plus prometteur vecteur de diffusion de la culture, et au lieu de le combattre, il serait plus pertinent d'essayer de l'agrémenter en développant des contenus physiques et numériques parfaitement adaptés. Certains sauront admettre cette nécessité et passeront le cap de la transition vers Internet, d'autres mourront progressivement, malgré leurs tentatives inlassables d'opposition, tout simplement parce que le Web est une communauté, bien plus réactive que n'importe quelle entreprise...
Alex, un étudiant de 20 ans à Sciences Po, téléchargeur à ses heures, faute d'offre adaptée
Alex
Une loi impossible à appliquer
- Le téléchargement peut s'effectuer sur internet au sein de réseaux privés virtuels (VPN)
- La surveillance des données cryptées transitant sur un VPN n'est pas envisageable à grande échelle
- Sauf à interdire les logiciels qui utilisent des tunnels HTTP pour traverser les firewall (Skype, VPN et autres), c'est à dire verrouiller l'internet comme en Chine, techniquement, il sera vain de vouloir empêcher le téléchargement de musique et de films.
- L'utilisation du réseau Tor ou de serveurs relais (proxy) sécurisés en dehors du territoire français permettrait aussi de déjouer la surveillance.
Cette loi connaîtra le même sort que les DRM: elle sera contournée et elle empoisonnera la vie de ceux qui utilisent internet pour autre chose que le téléchargement, jusqu'à ce que ceux qui aujourd'hui la réclament, demain, l'abandonnent.
Il serait étonnant que les conseillers techniques des auteurs de la loi Hadopi ignorent ces faits. Cette loi n'est donc pour les producteurs qu'un moyen de gagner du temps, croient-ils, avant d'être obligés de changer de business model. En réalité, ils perdent du temps et perdront leur business.
JR
Modèles économiques basés sur la création
Les nouveaux modèles de consommation culturelle sur Internet sont déjà ancrés dans les usages de la génération Y qui réinventera le marché. Les producteurs et les diffuseurs, eux, n'auront pas changé leurs méthodes et leurs approches. Ils ne souhaitent rien voir, rien entendre, rien accepter. Ils ne souhaitent pas négocier. Pour échapper à un affrontement stérile, créez, consommez et diffusez en ligne. Allez, par exemple, échanger vos tracks sur http://www.kompoz.com car les nouvelles technologies ne permettent pas seulement de produire et distribuer autrement. Internet, c'est de la créativité en commun. Ca commence à se savoir chez les gens de 7 à 77 ans à Perros Guerrec comme à La Ciotat. Ne ratez pas le coche, la génération Y pourrait nous le reprocher.
Gilles Misrahi
gilles.misrahi@gmail.com
vaste débat sur nos modes de
vaste débat sur nos modes de vie et de consommation contemporains
il est évident que la loi hadopi semble mal adaptée face à la logique d'internet qui appelle non pas directement à la gratuité, mais à une communautée d'échanges et de partages notamment des biens culturels
il sagit de comprendre notamment ce que représente un bien culturel, et quel en est l'intérêt économique.
concernant le peer to peer, la question s'adresse essentiellement au cinéma, à la musique, et éventuellement la littérature.
en ce qui concerne le cinéma, la possibilité de télécharger un film n'enlèvera rien à la volonté de faire une sortie pour aller au cinéma, il sagit alors essentiellement de la vente de dvd, défendre le particularisme de la culture française par le financement que représente la vente de dvd peut se comprendre, mais pour être un peu direct le cinéma ne m'intéresse guère, la profusion de films qui embellissent le réel ou tente de le retranscrire me semble un loisir obsolète,
" entre les murs " par exemple ne semble pas avoir demandé bcp de moyens financiers, je ne suis pas certain " qu'astérix contre cléopatre " soit davantage pertinent. le cinéma est certe un puissant vecteur d'aculturation dont la france fut un emblème dans les années 60, et dont les états-unis par exemple se servent à merveille pour propager leur vision du monde. en ce sens, la loi hadopi peut représenter un soucis de permettre à la création cinématographique française de se maintenir à l'égard de la puissance américaine, qui semblera avoir toujours les moyens de produire du grand spectacle sans attendre une rentabilité de la vente de dvd, l'état français notamment ne semble pas capable de défendre une même logique, lors que le succès en salle de telle ou telle production ne nous permet pas de traverser l'atlantique ou de conquérir le monde. en ce sens la perte de bénéfice qu'occasionne le peer to peer crée des déséquilibres en faveur des plus puissants et remet en cause notre " indépendance socio-culturelle ".
la perspective d'une licence globale pourrait alors prendre tout son sens par une entente entre les fai, les maisons de productions, les artistes et l'état, mais cela demanderait à l'état de jouer un role de producteur artistique avec l'aide des fai, ce que l'état est dejà mais tout simplement de définir une offre raisonnable sur internet d'accession à l'ensemble d'une vidéothèque, c'est sans doute ce que tente de faire certaines offres mais cela doit se faire en harmonie avec le commerce d'internet.
en ce qui concerne la musique c'est injouable, personnellement je télécharge sur youtube, qui certes est progressivement censuré, mais l'offre est relativement diversifiée pour être satisfaisante.
il est certain que si la connexion internet de chacun permet d'accéder gratuitement à toutes formes de productions artistiques, ou de logiciels, la rentabilité de la conception de ces différents biens pose problème, il doit se mettre en place une entente entre le financement du réseau, l'accés à internet et l'obtention de contenu, les producteurs de films, concepteurs de logiciel ou de jeux ne pourront se maintenir indéfiniment face à un mode de distribution essentiellement gratuit ou seulement financé par la souscription à un abonnement internet et c'est alors a nouveau l'entente entre les fabricants d'ordinateurs, de réseaux, et des réseaux de distribution qui doit s'harmoniser débat microsoft, linux par exemple dont la logique voudra que soit s'impose un modèle économique soir l'approbation d'un meileur système.
d'une façon plus globale c'est essentiellement la question du commerce et des biens culturels dont il est ici question, du financement de nos divertissements et de notre savoir, il se pourrait assez ambitieux d'envisager que le partage sur internet favorise non plus la commercialisation excessive de produits culturels parfois jettables, et redonne une juste valeur à la création.
je préfererais que internet et les médias me racontent le présent d'un monde qui change et s'améliore, que les médias permettent d'être présent partout dans le monde et d'en construire une histoire réelle enthousiasmante qui ne souffre d'aucun commerce, que de débattre sur les modalités d'accessions à quelques tartufferies de cinématographes contemporains.
HADOPI
Monsieur ATTALI, bravo. Vous avez globalement raison. Mais sur ce sujet, il n'y a pas d'inquiétudes à avoir. Hadopi , si il est appliqué, aura une durée de vie limitée, très limitée.
HADOPI est contraire au bon sens.
Le Conquérant