Economie

Indécrottables!

Dominique Mariette, mis à jour le 20.03.2009 à 17 h 56

Les dirigeants de la Société Générale provoquent un tollé en s'attribuant des centaines de milliers de stock options.

Siège de la Société Générale à la Défense  Philippe Wojazer / Reuters

Siège de la Société Générale à la Défense Philippe Wojazer / Reuters

Une fois de plus les dirigeants de la Société Générale soulèvent un tollé dans l'opinion publique et  la classe politique. Et se font taper sur les doigts par  la ministre de l'Economie Christine Lagarde. Le 9 mars, le conseil d'administration de la banque a donné son feu vert à l'attribution de 320.000 stocks options aux dirigeants mandataires sociaux. Daniel Bouton, président, en a reçu 70.000, Frédéric Oudéa, directeur général, a plus que doublé la mise avec 150.000 stocks options, le reste étant partagé à parts égales par les deux directeurs généraux délégués, Didier Alix et Séverin Cabannes.

A droite comme à gauche cette décision rendue publique le 18 mars, provoque l'indignation. Si Xavier Bertrand, le secrétaire général de l'UMP demande des explications à la banque, le porte-parole du gouvernement Luc Chatel qualifie d'indécent l'octroi de stocks options dans la crise actuelle.
Très remontée, Christine Lagarde a exigé que les patrons de la Société Générale renoncent à leurs stocks options. Les impétrants ont fini par faire un geste mais contrairement à ce qu'une lecture trop rapide du communiqué pourrait laisser supposer,  ils ne renoncent pas à l'attribution de stocks options mais seulement à les convertir en actions tant que la Société Générale bénéficiera «d'un appui en fonds propres de l'Etat». La différence avec un abandon pur et simple des stocks options est de taille.

Le système en vigueur dans le groupe prévoit que les stocks options ne peuvent être exercées avant un délai de trois ans à condition que le cours de l'action Société Générale soit comparable ou supérieur à celui de ses 14 principaux concurrents. Une fois acquises les actions ne peuvent être vendues sur le marché avant 2013, et la Société Générale indique sans donner de précision, qu'une part importante des titres doivent être conservés par les mandataires sociaux jusqu'à la fin de leur mandat. Le prix d'exercice des stocks options a été fixé à 24,45 euros par unité. Lorsque la banque aura remboursé à l'Etat son injection de quasi fonds propres qui atteint aujourd'hui 1,7 milliard d'euros, elle sera donc déliée de son engagement. Si le cours de bourse du titre Société Générale grimpe dans les prochaines années comme on peut s'y attendre, ses dirigeants réaliseront de coquettes plus-values.

Au-delà du mécanisme des stocks options difficile à décrypter pour qui n'est pas de la partie, ce nouvel épisode du feuilleton «Les patrons de la Soc Gen face à la crise» illustre à quel point les dirigeants de banques n'ont pas encore tiré les leçons de la crise ou se refusent à le faire. Les affres de la Société Générale donnent pourtant de quoi réfléchir.

En janvier 2008, les dirigeants du groupe blêmes de honte avouent au grand jour qu'un de leurs traders, Jérôme Kerviel a perdu 4,9 milliards d'euros sur les marchés. Ils se disent alors victimes d'une fraude. Mais la défaillance des contrôles au sein de la banque lorsque les marchés  toutes catégories confondues, déversaient des dizaines de milliards d'euros dans caisses, n'est sans doute pas étrangère à ce gigantesque fiasco. En janvier dernier, c'est en traînant les pieds et presque outragés que Daniel Bouton et Frédéric Oudéa, ont renoncé à leurs bonus en martelant que la banque s'apprêtait à annoncer 2 milliards d'euros de bénéfice. Mais les aides de l'Etat au secteur bancaire sont passées par là, et il semblait pour le moins inconvenant de marier bonus et fonds publics. S'il n'y avait plus de bonus, il restait néanmoins les stocks options...

Au sein de la banque, l'attribution des stocks options passe mal et créé un véritable malaise. L'intersyndicale exige l'abandon de l'attribution des stocks options et de la course à la rentabilité maximale. Elle laisse planer la menace d'une riposte du personnel si la direction maintient ses décisions. La Société Générale bénéficie pourtant d'une solide culture d'entreprise où les salariés ont toujours fait bloc lorsqu'ils sentaient leur entreprise menacée. Ils l'ont encore démontré lors de l'affaire Kerviel. Avec la crise, les milliards de dépréciations d'actifs, les réductions de coûts, les bonus et les stocks options, certains salariés parviennent à saturation, sur le thème trop c'est trop.

Il se dit au sein de la Société Générale que les bonus de la banque de financement et d'investissement en France pourraient atteindre 125 millions d'euros pour l'année 2008, après 250 millions en 2007 et 430 millions en 2006. «Au-delà de l'émotion, le problème de fonds c'est que notre direction et son conseil d'administration n'ont qu'une idée en tête : que tout revienne comme avant» souligne un collaborateur. Il n'est plus temps d'après lui, de vouloir atteindre le plus rapidement possible comme le souhaite Frédéric Oudéa, une rentabilité des fonds propres de 15% et de sacraliser les bonus et autre forme de rémunérations variables. Mais les dirigeants de la Société Générale, comme beaucoup de leurs concurrents, laissent à penser qu'ils sont bien loin de ces considérations. Il leur faudra bien un jour ouvrir les yeux.

Dominique Mariette

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