Indécrottables!
Les dirigeants de la Société Générale provoquent un tollé en s'attribuant des centaines de milliers de stock options.
- Siège de la Société Générale à la Défense Philippe Wojazer / Reuters -
Une fois de plus les dirigeants de la Société Générale soulèvent un tollé dans l'opinion publique et la classe politique. Et se font taper sur les doigts par la ministre de l'Economie Christine Lagarde. Le 9 mars, le conseil d'administration de la banque a donné son feu vert à l'attribution de 320.000 stocks options aux dirigeants mandataires sociaux. Daniel Bouton, président, en a reçu 70.000, Frédéric Oudéa, directeur général, a plus que doublé la mise avec 150.000 stocks options, le reste étant partagé à parts égales par les deux directeurs généraux délégués, Didier Alix et Séverin Cabannes.
A droite comme à gauche cette décision rendue publique le 18 mars, provoque l'indignation. Si Xavier Bertrand, le secrétaire général de l'UMP demande des explications à la banque, le porte-parole du gouvernement Luc Chatel qualifie d'indécent l'octroi de stocks options dans la crise actuelle.
Très remontée, Christine Lagarde a exigé que les patrons de la Société Générale renoncent à leurs stocks options. Les impétrants ont fini par faire un geste mais contrairement à ce qu'une lecture trop rapide du communiqué pourrait laisser supposer, ils ne renoncent pas à l'attribution de stocks options mais seulement à les convertir en actions tant que la Société Générale bénéficiera «d'un appui en fonds propres de l'Etat». La différence avec un abandon pur et simple des stocks options est de taille.
Le système en vigueur dans le groupe prévoit que les stocks options ne peuvent être exercées avant un délai de trois ans à condition que le cours de l'action Société Générale soit comparable ou supérieur à celui de ses 14 principaux concurrents. Une fois acquises les actions ne peuvent être vendues sur le marché avant 2013, et la Société Générale indique sans donner de précision, qu'une part importante des titres doivent être conservés par les mandataires sociaux jusqu'à la fin de leur mandat. Le prix d'exercice des stocks options a été fixé à 24,45 euros par unité. Lorsque la banque aura remboursé à l'Etat son injection de quasi fonds propres qui atteint aujourd'hui 1,7 milliard d'euros, elle sera donc déliée de son engagement. Si le cours de bourse du titre Société Générale grimpe dans les prochaines années comme on peut s'y attendre, ses dirigeants réaliseront de coquettes plus-values.
Au-delà du mécanisme des stocks options difficile à décrypter pour qui n'est pas de la partie, ce nouvel épisode du feuilleton «Les patrons de la Soc Gen face à la crise» illustre à quel point les dirigeants de banques n'ont pas encore tiré les leçons de la crise ou se refusent à le faire. Les affres de la Société Générale donnent pourtant de quoi réfléchir.
En janvier 2008, les dirigeants du groupe blêmes de honte avouent au grand jour qu'un de leurs traders, Jérôme Kerviel a perdu 4,9 milliards d'euros sur les marchés. Ils se disent alors victimes d'une fraude. Mais la défaillance des contrôles au sein de la banque lorsque les marchés toutes catégories confondues, déversaient des dizaines de milliards d'euros dans caisses, n'est sans doute pas étrangère à ce gigantesque fiasco. En janvier dernier, c'est en traînant les pieds et presque outragés que Daniel Bouton et Frédéric Oudéa, ont renoncé à leurs bonus en martelant que la banque s'apprêtait à annoncer 2 milliards d'euros de bénéfice. Mais les aides de l'Etat au secteur bancaire sont passées par là, et il semblait pour le moins inconvenant de marier bonus et fonds publics. S'il n'y avait plus de bonus, il restait néanmoins les stocks options...
Au sein de la banque, l'attribution des stocks options passe mal et créé un véritable malaise. L'intersyndicale exige l'abandon de l'attribution des stocks options et de la course à la rentabilité maximale. Elle laisse planer la menace d'une riposte du personnel si la direction maintient ses décisions. La Société Générale bénéficie pourtant d'une solide culture d'entreprise où les salariés ont toujours fait bloc lorsqu'ils sentaient leur entreprise menacée. Ils l'ont encore démontré lors de l'affaire Kerviel. Avec la crise, les milliards de dépréciations d'actifs, les réductions de coûts, les bonus et les stocks options, certains salariés parviennent à saturation, sur le thème trop c'est trop.
Il se dit au sein de la Société Générale que les bonus de la banque de financement et d'investissement en France pourraient atteindre 125 millions d'euros pour l'année 2008, après 250 millions en 2007 et 430 millions en 2006. «Au-delà de l'émotion, le problème de fonds c'est que notre direction et son conseil d'administration n'ont qu'une idée en tête : que tout revienne comme avant» souligne un collaborateur. Il n'est plus temps d'après lui, de vouloir atteindre le plus rapidement possible comme le souhaite Frédéric Oudéa, une rentabilité des fonds propres de 15% et de sacraliser les bonus et autre forme de rémunérations variables. Mais les dirigeants de la Société Générale, comme beaucoup de leurs concurrents, laissent à penser qu'ils sont bien loin de ces considérations. Il leur faudra bien un jour ouvrir les yeux.
Dominique Mariette
Mis à jour le 20/03/2009 à 17h56












































Pourquoi les employés de la Société Générale qui sont les premiers à être pénalisés par l'image désastreuse qu'ils doivent à leurs dirigeants, ne se prennent-ils pas en mains et ne se décident pas à faire une révolution culturelle au sein même de leur banque, au lieu de poser des RTT pour aller battre le pavé derrière des syndicats auxquels ils ne sont, pour la plupart, même pas affiliés et pleurnicher à qui mieux mieux dans les micros que leur tendent les médias ?
Pourquoi ces banquiers continuent-ils à s'attribuer des rémunérations colossales alors que la dénonciation se fait chaque jour plus vive?
En fait ces rémunérations (quelqu'en soit la forme) sont calculées à partir de « résultats obtenus» selon des ratios savament calculés. Elles sont donc rationnelles. Sachez quand même que dans les médias, dans le sport de compétition c'est la même chose. Mieux c'est la règle générale d'un monde où il paraît normal, juste, que les contributeurs participent aux « résultats ». La valeur des rémunérations proportionnée aux résultats, qui est contre?
Le problème c'est que ces valeurs là, ces résultats, ne sont pas couplés aux systèmes de valeurs selon lesquels monte le sentiment d'injustice. Ce sont des valeurs injustes; justesse du calcul injustice du procédé. Or il n'y a de valeurs véritables que communautaires, indicatrices du Sens du bien commun d'une communauté d'enjeux.
Le découplage de la valeur et des valeurs fait que la valeur est arbitraire et justifiée par des rationalités sans référence à un système de valeurs communautaires. C'est cela qui doit être mis en question. Il est insupportable, lorsque l'on prend conscience de cela, que les résultats des entreprises, des activités financières ou même ceux de l'Etat et de tout un chacun, ne soient pas exclusivement évaluées en fonction d'échelles de valeurs qui découlent des systèmes de valeurs communautaires, c'est-à-dire appréciable par ceux qui participent à ces communautés.
La valeur c'est la mesure de la contribution au bien commun dans une communauté de valeurs et d'enjeux. Voilà le nouveau paradigme à découvrir et développer. Une véritable révolution conceptuelle est en train de germer qui fait du Sens du bien commun le principe de toute valeur. Pour beaucoup, on le voit, c'est encore la rationalité qui reste le principe de la valeur, une rationalité universelle, « hors sol », sans Sens et au fond sans valeurs.
Quittons les systèmes inhumains pour découvrir les communautés humaines, seuls lieux de valeurs et donc d'évaluations partagées en référence au Sens du bien commun. Communautés, ensembles communautaires, économie communautaire, paradigme communautaire quelques clés pour renverser les rationalités aveugles de nos banquiers et de toute une civilisation de l'abstraction humaine.
Observation. Il ne suffit pas de découpler la valeur de tout résultat pour résoudre le problème des valeurs comme le font les collectivismes étatiques et certaines formes d'individualisme libertaire.
En fait ces rémunérations (quelqu'en soit la forme) sont calculées à partir de « résultats obtenus» selon des ratios savament calculés. Elles sont donc rationnelles. Sachez quand même que dans les médias, dans le sport de compétition c'est la même chose. Mieux c'est la règle générale d'un monde où il paraît normal, juste, que les contributeurs participent aux « résultats ». La valeur des rémunérations proportionnée aux résultats, qui est contre?
Les bonus que se distribuent actuellement les dirigeants des grandes entreprises mondiales relèvent plus du brigandage que d'une quelconque rationalité qui serait à chercher dans leur participation aux résultats de l'entreprise.
La démonstration aujourd'hui est évidente, avec ces dirigeants qui ont sinistrés leurs entreprises, jetés dans la précarité leurs salariés, ruinés leurs actionnaires et qui s'en vont les poches pleines, remplies au besoin par l'état quand leur entreprise aurait du déposer son bilan dans une stricte logique libérale.
Mais ces bonus étaient tout aussi scandaleux il y a deux ans quand les entreprises semblaient florissantes. Les principaux arguments de Sarkozy, Parisot etc. au temps du libéralisme triomphant et de la fascination pour les gros salaires, c'était:
- Si on ne les paie pas à leur juste valeur, les meilleurs s'en iront à l'étranger.
Avec la crise actuelle j'aurais tendance à dire: laissez-nous les moins bons, sur le long terme, ils nous coûterons moins cher. Ce sont les meilleurs qui nous ont plongé dans la crise actuelle. Mais il existe déjà une étude canadienne, un peu ancienne, sur les performances des entreprises qui montrait que 80% des dirigeants n'ont pas à proprement parler d'influence sur leur entreprise. Ils maintiennent les performances de leur entreprise dans la moyenne du marché. 10% font mieux (c'est eux qui devraient être les seuls à toucher un bonus), 10 % font moins bien. Le critère en entreprise pour toucher un bonus quand on est pas un dirigeant, c'est d'être plus performant que la moyenne de ses collègues.
- Ce sont des salaires de "champion" qu'il faut comparer à celui des sportifs.
L'évolution du revenu d'un sportif est indissociable de ses performances, ou alors c'est qu'il a réussi à faire de son nom une marque, pendant les quelques années où il a été au mieux de sa forme. Dans tous les cas, ses revenus sont indissociables de ceux qu'il procure aux entreprises qui utilisent son image. Ce qui était déjà choquant avant la crise et qui est devenu particulièrement insupportable aujourd'hui, c'est que l'on ne voit aucune corrélation entre la performance du dirigeant et ses revenus.
Curieusement, il y a quelques années, un tribunal avait poursuivi pour abus de bien social un grand dirigeant qui avait fait installé aux frais de son entreprise une alarme dans sa résidence. Ca m'avait surpris car, de par ses fonctions, il était tout à fait admissible qu'il courre un risque spécifique. Par contre aujourd'hui, personne ne parle d'abus de bien social sur des cas qui me semblent beaucoup plus évidents.
Les stock-options sont en France un exemple de tarte à la crème qui génère l’indignation systématique de tout ce qui compte en politique et dans les media, cet article n’étant qu’une contribution de plus à ce fantasme
La seule catégorie légitimement habilitée à critiquer ce système, si elle juge que ça lui est défavorable, est celle des actionnaires, car ce sont eux qui vont payer les plus-values éventuelles et futures de ces options, par la dilution de l’actionnariat que cela entraîne, à la marge en général (5,5/10.000 dans le cas de SG !).
« Si le cours de bourse du titre Société Générale grimpe dans les prochaines années comme on peut s'y attendre, ses dirigeants réaliseront de coquettes plus-values. » C’est vraisemblable, mais c’est une opportunité qui est ouverte à tout le monde, même si le prix d’achat offert (24,45€) n’est pas garanti ; cela dit, le 9 mars, jour de l’attribution, l’action SG cotait 19€….
En tout cas, pas un centime n’est pris dans la caisse de l’entreprise pour ce type d’opérations, et je ne comprends pas et surtout ne partage pas ces cris d’indignation, qui ne sont qu’une posture pour la galerie.
C’est totalement différent pour les bonus, inclus dans les comptes de l’entreprise, et je trouverais normal que le gouvernement intervienne pour les contrôler, ou les traiter de manière appropriée au plan fiscal, tant que le système bancaire est sous perfusion de fonds soit publics, soit garantis par l’Etat.
Pour en revenir aux stock-options, une action est possible au plan fiscal : il suffit de revenir sur les dispositions incitatives et plutôt favorables datant du gouvernement Jospin, à l’époque où DSK et Fabius étaient aux manettes. Les politiques seraient plus crédibles. Mais que les actionnaires décident de rémunérer les dirigeants sur leurs propres deniers, ça ne regarde qu’eux.. Je crains que les professionnels de l’indignation bien pensante ne soient …indécrottables
Je lis dans Le Monde que ce plan concerne en fait 4800 salariés de la Société Générale. Si c'est confirmé, je voudrais que l'auteur explique pourquoi cette information a été occultée.
Parce que ça relativisait considérablement l'indignation de circonstance?
A défaut d'indications détaillées, on peut imaginer que ce plan couvre une grande partie, ou peut-être la totalité, de l'encadrement hiérarchique et fonctionnel de la banque, à des niveaux proportionnels aux responsabilités de chacun dans la réalisation des objectifs de l'entreprise.
On ne peut, à mes yeux, que saluer l'intelligence de la SG, compte tenu de la nécessaire mobilisation de son personnel pour sortir de la crise, mais aussi en raison de l'actuel cours de l'action.
Qui est vraiment indécrottable?
L'Etat les a sauvé avec notre argent donc la Soc gen. doit se plier, celui qui paie a toujours raison dans ce cas. Maintenant, si pars ailleurs les actionnaires ne disent rien, et acceptent que les dirigeants d'une des plus belles banques de la place se goinfrent de stock options après laffaire kerviel (qui entre nous ne sonne pas trés clair sur la responsabilité du management) et ne disent rien c'est aussi leur problème.
Si l'actionnaire est con à ce point je ne vois pas pourquoi ils n'essaieraient pas d'en profiter. Comme disait un banquier célébre, tous les matins il y a un con qui se lève...L'Etat a failli être celui du jour.
Merci à Kerlan22...
D'abord ce ne sont pas les dirigeants qui "s'attribuent" des stocks options, mais le conseil d'administration qui attribue, et donc les actionnaires, si l'Etat veut avoir son mot à dire, qu'il achète des actions de la banque.
Pourquoi Mmme Lagarde ne critique pas la rémunération des dirigeants des pays de l'UE alors que la France contribue au budget de l'Europe et donc aux aides que reçoivent d'autres pays? Oui, ce raisonnement peut sembler tordu, mais des comparaisons un peu malheureuses ne font pas toujours du mal.
D'autre part, le prix des stocks options est le résultat d'un calcul qui est censé traduire l´'évolution attendue du cours de l'action de la Banque. Il est effectivement probable que le prix des actions soit supérieur au prix d'achat des stocks option, mais il le sera uniquement si les gens font bien leur boulot. S'ils ne le font pas, l'économie peut repartir tant qu'on veut, le prix de l'action ne montera pas.
Donc, ce type de rémunération n'est pas aussi injuste que ce qu'on veut nous faire croire, et surtout elle est décidée par les actionnaires (qui ne sont pas tous des individus assoiffés d'argent). Et surtout c'est une re´munération variable directement corrélée aux performances de l'entreprise (ce dont on peut douter pour les bonus)
Alors que notre Peuple, les bras balants, est sidérer d'entendre chaque jour ces millions d'euros lui passer sous le nez pendant que lui voit les chiffres du chômage exploser, il est normal qu'il commence à imaginer un nouveau destin aux millions de containers remplis de chinoiseries qui appauvrissent nos enfants et n'enrichissent que les amis du président ...
Gageons que nos camarades dockers de Marseille, du Havre, de Hambourg, de Brest, de Barcelona ou Anvers qui ont le triste labeur de décharger ces cubes plein de malheurs, gageons donc qu'ils seront les premiers à se saisir de l'épée sociale afin de rejeter tous ces containers à la mer... Le rétablissement d'un octroi europeen me parait inexorable afin d'obliger ces bourgeois importateurs et financiers à relocaliser. Epée sociale contre bouclier fiscal, afin se stopper la montée de nos souffrances et leurs indécences. Portez vous bien, nos enfants veilleront !