Société

«Ça ressemble à un cri humain, de femme»

Temps de lecture : 13 min

[Épisode 2] Dans les instants qui suivent la disparition de Patricia Bouchon, le 14 février 2011 à l'aube, les témoignages affluent. Il y a ceux qui ont entendu, ceux qui ont cru voir et celui qui a vu.

Le 15 février 2011, des experts de la brigade scientifique examinent des traces sur un chemin de Bouloc où des effets personnels de Patricia Bouchon ont été retrouvés. | Pascal Pavani / AFP
Le 15 février 2011, des experts de la brigade scientifique examinent des traces sur un chemin de Bouloc où des effets personnels de Patricia Bouchon ont été retrouvés. | Pascal Pavani / AFP

Comme à son habitude les jours de repos, monsieur Ourmières s’en va chercher le pain. Avec sa femme Josette, ils habitent depuis dix-huit ans une maison embellie au fil du temps, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les chambres donnent désormais sur un jardin arboré, et un parterre de fleurs entouré de galets de Garonne longe le muret bordant l’avant de leur propriété.

Ce lundi 14 février 2011, en sortant de chez lui, monsieur Ourmières appelle sa femme: «Viens voir, une voiture a failli rentrer dans notre portillon.» Une voiture qui s’engouffre par erreur dans leur impasse puis fait demi-tour, cela peut arriver, mais là, c’est tout de même embêtant.

La veille, dimanche après-midi, Monsieur Ourmières a jardiné. Il ne reste désormais plus rien de ce travail, si ce n’est des galets de Garonne dans tous les sens sur la terre fraîche et le parterre de fleurs balafré de deux empreintes de pneus.

Déjà, à Bouloc, le bruissement du malheur se répand.

«Le corps n’est pas là»

L’après-midi, madame Ourmières est allée chez le médecin. Dans la salle d’attente, quelqu’un a demandé: «Vous avez vu ce qui s’est passé?». Les mauvaises nouvelles jaillissent ainsi –du moins, c’est comme ça qu’elle l’a appris: une femme avait disparu très tôt ce matin, pendant son jogging.

Josette Ourmières n’avait rien vu, à part la longue trace de pneus sur ses fleurs. Elle n’a pas tout de suite fait le lien. Quand elle a vu les gendarmes, avec son mari, ils l’ont signalé. Des moulages des empreintes ont été faits, des photos aussi.

Tôt ou tard, ils seraient tombés dessus; ils allaient partout. Mais les gendarmes n’étaient pas encore allés dans l’impasse des Ourmières.

Patricia Bouchon ne l’aurait jamais empruntée volontairement: elle ne courait que dans les endroits éclairés. Là, sans éclairage public, à 4h33 du matin, il faisait toujours nuit noire.

C’est pourtant devant la maison du couple qu’une mèche de cheveux et un gant en latex appartenant à Patricia Bouchon sont retrouvés. Un peu plus loin, d'autres cheveux mélangés à des traces de sang, un morceau de doigt de son gant en latex, son piercing de nez et son chouchou noir et beige, plus tard identifié par son mari, Christian Bouchon. Au bout du chemin, enfin, une boucle d’oreille, son fermoir, quatre mégots de cigarette et un élément plus alarmant.


Un repère utilisé lors de la reconstitution du crime, le 17 février 2015 | Rémy Gabalda / AFP

«La troisième scène, à 110 mètres de l’entrée de l’impasse, est la zone la plus importante: on trouve des traces de sang éparses et du sang infiltré jusqu’à cinq centimètres de profondeur dans la terre», détaille la première directrice d’enquête, Véronique Chaudriller.

Trouver tant de sang tempère l’optimisme des enquêteurs. Carlyne Bouchon, la fille de Patricia, espère: «Mais le corps n’est pas là. Si elle n’est pas là, c’est peut-être qu’elle est encore en vie.» La procédure en flagrance pour disparition inquiétante se mue en enquête pour enlèvement, violences et séquestration.

Les époux Ourmières n’ont rien entendu cette nuit-là. Comment auraient-ils pu? Leur chambre donne sur le jardin à l’arrière.

«Des pleurs de désespoir»

L’impasse est composée de trois maisons, où vivent les Ourmières, le couple Nadal et, entre les deux, les époux Schnedler.

Jürgen Schnedler est ingénieur aéronautique, Allemand parlant français: «Lundi 14 février 2011 au soir, je suis allé à Hambourg, et le mardi, je reçois un appel de ma femme: “Gendarmerie! Hélicoptère! Une femme a disparu.” Le lendemain, j’ai fait mon protocole à la gendarmerie de Fronton.»

Dans la nuit du dimanche au lundi 14 février, vers 4h30 du matin, Jürgen a sursauté dans son lit. Il a entendu un bruit. Dany, sa femme, s’est elle aussi réveillée: «J’ai attribué ça au cri d’un animal, des chats qui se battent. Comme on habite à la campagne… Vous savez, les chats, quand ils se battent, ils ont un cri presque humain, aigu.» Mais avec tout son pragmatisme allemand, son mari lui a répondu que non, ce n’était pas ça: «Ça ressemble à un cri humain, de femme.»

Les Schnedler dorment avec les fenêtres ouvertes et les volets fermés. Jürgen ouvre le volet. «Nuit noire. Plus aucun bruit», observe Dany. Ils referment le volet.

C’est alors qu’ils entendent quelqu’un pleurer. «Une voix d’homme: “Excuse-moi, excuse-moi.” Deux fois.»

Jürgen est surpris d’entendre un homme pleurer ainsi. «Vraiment, des pleurs de désespoir, de regret, décrit Dany aux enquêteurs. Pour moi, c’était une décharge émotionnelle non contrôlée.» Dany a longtemps été infirmière en milieu psychiatrique, alors les sanglots, ça la connaît –un peu à la manière des pédiatres, qui savent analyser les pleurs des nourrissons.

Dany et Jürgen ont songé à une dispute de couple, une scène de ménage. Pour être tout à fait honnêtes, ils ont pensé à leurs voisins. Ils ont mis des visages sur l’incident, pour lui conférer moins d’intensité dramatique.

Le couple a ensuite entendu une voiture repartir en trombe, un véhicule tous phares éteints partant tellement vite qu’ils n’ont même pas aperçu les feux arrière rouges au bout du chemin.

Normalement, dans le jardin de devant, les époux Schnedler ont un éclairage automatique. Mais l’ampoule a grillé, «sinon, elle se serait allumée». Il n’y avait pas de bruit de moteur, celui des pneus crissant sur le gravier couvrait tout.

Jürgen croit savoir que la voiture a bifurqué à gauche au bout du chemin, direction Bouloc, parce que «quand une voiture part à droite vers Fronton, on l’entend sur cinq kilomètres».

Et puis la nuit est redevenue silencieuse.

«Le climat est très tendu»

Après la découverte des traces, Christian Bouchon et sa fille Carlyne ont fini par rentrer à la maison. Les journalistes étaient là. Christian ne veut pas empêcher les gens de travailler, mais les sollicitations des médias l’écrasent; il parle d’une «chasse» oppressante, où plus rien ne lui appartient et où tout lui échappe.

Avec Carlyne, ils se réfugient chez sa tante. Il sourit faiblement: «Elle nous nourrissait. Elle s’occupait de nous.»

Une semaine passe. Son visage s’assombrit: «Là, c’est terrible, parce que c’est l’attente.» Quinze jours s’écoulent. «Je me suis posé la question de ce que je devais faire, poursuit-il. J’ai appelé mon entreprise et je leur ai dit que je ne servais à rien chez moi, donc j’y suis retourné. Le travail aide beaucoup, dans ces moments-là.»

Le 3 mars 2011, une cellule d’enquête nommée «Disparition 31» est créée. Seize enquêteurs de la gendarmerie, spécialisés en sciences comportementales, analyse ADN et autres domaines d’expertise, travaillent à temps plein sur le dossier.

À 685 kilomètres de là, depuis le palais de l’Élysée, les consignes sont claires: il faut mettre les moyens.

En 2007, 2009 et 2010, aux quatre coins de la France, trois joggeuses ont été retrouvées mortes. Leur point commun, en dehors de la course à pied, était d’avoir croisé la route d’un individu connu du système judiciaire. À chaque fois, leur tueur avait déjà fait l’objet d’une ou plusieurs condamnations pénales et purgé une peine d’emprisonnement, avant d’être relâché dans la nature.

Ces sinistres faits divers avaient permis au président de la République, Nicolas Sarkozy, de relancer l'un de ses thèmes de prédilection: la question de la récidive pénale. Depuis, les institutions judiciaires, des forces de l’ordre aux magistrats, ont la pression.

Dans le petit village de Bouloc, «le climat est très tendu», admet l’enquêtrice Chaudriller. Des avis de recherche avec la photo de Patricia Bouchon sont placardés dans tous les commerces de la commune. Des gendarmes sont postés aux intersections, aux ronds-points et aux péages pour effectuer des contrôles routiers. L’ensemble de la ville est interrogé, les espaces publics quadrillés: le moindre mouchoir est saisi. En somme, «tout Bouloc est ratissé et mis en procédure».

La directrice d’enquête touche ses notes du bout des doigts. Elle le reconnaît: «Cela crée une psychose.»

Des gendarmes sur le chemin de Bouloc où des empreintes et des indices ont été retrouvés, le 16 février 2011 | Pascal Pavani / AFP

«J’étais suivie par une voiture»

Le téléphone de la cellule «Disparition 31» ne cesse de sonner. «Nous sommes bombardés par les signalements», indique le directeur d’enquête Didier Bonnin. Des médiums prétendent avoir réussi à localiser le corps de Patricia Bouchon. «Avec le pendule, ils disaient: “Je la vois là-bas, je la vois là-bas.”», raconte Didier Bonnin. L’un d’entre d’eux a même rédigé une lettre en écriture automatique. «Ce n’était pas la priorité, mais on les a versés à la procédure, bien sûr.»

Un chef d’entreprise de sécurité se rend à la gendarmerie pour signaler le comportement inhabituel de ses chiens le lundi 14 février au matin: «Mes chiens –ce sont des chiens de défense– aboyaient anormalement en direction du bois qui appartient à mon beau-père. Personne ne va dans ce bois. Ils avaient une réaction typique de la détection humaine: oreilles dressées et queue battante.» Une battue est organisée dans le bois, jusqu’à une carrière de gravats –en vain.

Un habitant de Bouloc raconte avoir vu des flammes sur la route de Fronton, vers 4h45. Mais il s’agit de la camionnette du maraîcher, qui brûle à cent mètres du domicile de Patricia Bouchon: «C’est une camionnette volée, précise l’enquêtrice. Des individus qui devaient connaître les habitudes du maraîcher, car ils ont pris les clés du véhicule cachées sous une poubelle.»

Dans cet univers nocturne parallèle, d’autres témoins ont vu Patricia Bouchon courir seule ce matin-là. Certains avec une tresse dépassant de sa capuche, d’autres avec un bonnet. Franck le boulanger se souvient l’avoir aperçue à l’heure où il prenait le service, dans la descente du stade. Un chauffeur routier est entendu: quelques jours avant le 14 février 2011, il a croisé «une silhouette cachée dans une haie, vers 6h15». Serge, le chauffeur de taxi, reconnaît «en avoir eues, des [personnes] très perturbées dans la voiture».

«Dans le chemin, j’ai vu un véhicule sombre et volumineux, avec le plafonnier allumé et la portière conducteur ouverte.»

Un témoin convoyeur de fonds

Deux femmes témoignent avoir été suivies sur la route, au départ ou au retour du travail. «Quand je rentrais le soir, j’étais suivie par une voiture, mais elle était tellement près que je n’ai jamais pu relever la plaque. La personne mettait les pleins phares. Si je freinais, elle freinait; si j’accélérais, elle accélérait», dit l’une. «C’était après la station-service, vers Bruguières. Un homme chevelu type ébouriffé, cheveux foncés, un peu engoncé. Il me faisait paniquer. Chaque fois que j’essayais de le doubler, il se déportait. Si j'accélérais, il freinait. Voiture couleur foncée, longue, type break. Pour moi, c’était un saoulard», dit l’autre.

Un convoyeur de fonds se remémore être passé vers 5h20 devant l’impasse où l'on a retrouvé le sang de Patricia Bouchon: «Je croisais quotidiennement Patricia Bouchon vers 4h30, 5 heures. Même sous la neige, elle courait. Ça m’interpellait. [...] Ce jour-là, je ne l’ai pas vue. Je commençais à 6 heures. Mais dans le chemin, j’ai vu un véhicule sombre et volumineux, une voiture noire ou bleu foncé type berline, avec le plafonnier allumé et la portière conducteur ouverte.» En audition, il déclare avoir vu «quelqu’un d’imposant à l’intérieur».

Une agricultrice du coin tombe souvent sur Patricia Bouchon à l’heure de sa livraison. Trois fois par semaine, elle livre les supermarchés de Bouloc et Fronton, la commune limitrophe. Ça l’inquiète, cette affaire, d’autant plus qu’elle livre toute seule et que dans les entrepôts à l’arrière des magasins, il n’y a aucune lumière. Mais ce matin du 14 février, elle n’a pas vu Patricia faire son footing.

Qui est la dernière personne à avoir vu la joggeuse de Bouloc?

«Son regard a bifurqué»

Cinq jours plus tard, le samedi 19 février 2011, un jeune homme de 22 ans pousse la porte de la gendarmerie de Fronton. Le directeur d’enquête Frédéric Aüllo en parle en ces termes: «Nicolas Gélis est un jeune passionné de rugby. Il ne s’intéresse pas trop aux faits divers. C’est un garçon sensible. Il ne boit pas, ne se drogue pas. Il est sportif. Il m’a paru sportif.»

Nicolas Gélis est chauffeur-livreur chez Chronopost à Montauban. Les livraisons commencent à 5 heures du matin. Et si le camion ne tourne pas à 5 heures pétantes, son chef l’appelle pour savoir où il est.

Lundi 14 février, il quitte son domicile de Saint-Jory à 4h20 au lieu de 4h15. Il sait qu’avec un coup d’accélérateur, il pourra rattraper son retard, mettre quarante minutes au lieu de quarante-cinq pour arriver au centre de dépôt.

Il n’habite pas très loin de la N20, «la route de Paris, très fréquentée par les camions», et après la zone industrielle, explique-t-il, «on peut bifurquer vers l’autoroute ou passer par Fronton-Bouloc». Lui ne prend pas l’autoroute, «ça permet de ne pas payer deux euros» –même si en vérité, ce n’est pas tant les deux euros: sa voiture n’est pas assurée, et par la route de Bouloc, il a moins de risques de croiser les gendarmes.

Cet entretien à la gendarmerie de Fronton, il s’en serait bien passé: quand on a 22 ans, on a toujours mieux à faire le samedi après-midi. C'est sa mère qui l’a incité à s'y rendre.

Lui n’avait rien suivi. Elle lui a parlé de la mauvaise nouvelle, vu le tapage médiatique, et lui a commencé à cogiter. Il s’est rappelé avoir aperçu une joggeuse à cette drôle d’heure, cela l’a marqué. Il empruntait cette route au lieu de l’autoroute depuis quinze jours, mais c’était la première fois qu’il la voyait.

Patricia Bouchon a subi une opération chirurgicale qui l'a empêchée de courir durant deux semaines. Le 14 février 2011 était son jour de reprise.

Il l’a vue au niveau du panneau de signalisation. Une centaine de mètres plus loin, il a été surpris par un véhicule stationné en plein milieu de la route, tous phares éteints; il a manqué de le percuter. Il a pilé pour éviter la collision, l’a dépassé par la droite pour s’arrêter à son niveau et lui faire un geste peu amical. L’homme l’a regardé dans les yeux.

«Et pfffiout, son regard a bifurqué», se souvient Nicolas Gélis. «J’ai plutôt une bonne mémoire visuelle. J’oublie pas les visages», ajoute-t-il. L’homme a redémarré en trombe, «la première a souffert». Nicolas Gélis regarde l’heure sur son autoradio: 4h33.

Un homme blanc, entre 30 et 50 ans, 1m75 à 1m80, avec un bonnet noir aux bords retournés, mal rasé. Le plafonnier de la voiture était allumé.

«Les gens qui font ça sont très compétents. Ils posent des questions en toute neutralité, arrivent à trouver des traits dominants du visage.»

Nicolas Gélis, témoin

Arrivé à la gendarmerie pour sa déposition en début d’après-midi, Nicolas Gélis n’en sortira qu’au milieu de la nuit. Son témoignage intéresse les enquêteurs au plus haut point.

Le directeur d’enquête Frédéric Aüllo fait le calcul: «Si Patricia Bouchon court à 8 km/h, il lui faut 1 minute 53 pour rejoindre le chemin. Si elle court à 10 km/h, 1 minute 31. Selon la vitesse du véhicule, il lui faut entre 21 et 24 secondes.»

La voiture et Patricia Bouchon se sont forcément croisées.

Une Renault Clio gris anthracite de première génération, trois ou cinq portes, avec les sièges arrière rabattus, sans plage arrière, avec «un peu de bordel à l’arrière»: Nicolas Gélis a exactement la même. Ce que l’on connaît, on le décrit mieux.

Pendant trois heures, Nicolas Gélis travaille avec un portraitiste de la gendarmerie pour établir un portrait-robot. «C’est pas mon métier, mais les gens qui font ça sont très compétents, assure-t-il. Ils posent des questions en toute neutralité, arrivent à trouver des traits dominants du visage. On part d’une dominante physique. Pour moi, c’était la barbe.»

«Un pont bâti à l’ancienne»

Monsieur Marcolin est employé communal à Villematier, une bourgade située à douze kilomètres de Bouloc. Le 29 mars 2011, il s’en souvient très bien: «Tout a commencé sur le coup de midi.» À cette époque-là, il déjeune tous les jours chez ses parents. À table, il reçoit un coup de téléphone.

L'homme fait partie de l’association de chasse de la commune et deux jours auparavant, un copain à lui, lieutenant de louveterie, a perdu son chien lors d’une battue. «Dans l’éthique de la chasse, quand un chien est perdu, on fait tout pour le retrouver», s’applique-t-il à dire. Alors monsieur Marcolin avait parcouru la campagne alentour, frappé aux portes et donné son numéro.

Au bout du fil, il entend monsieur Roumagnac, l’agriculteur: Marcolin avait-il retrouvé le chien, parce que lui avait cru apercevoir quelque chose du côté du pont? «C’est un pont bâti à l’ancienne, avec des briques. Des passages busés, il y en a d’autres, notamment depuis le remembrement des années 1980, mais celui-là, il y est depuis très longtemps. Il est assez connu», relate monsieur Marcolin.

Avant de reprendre le travail, il va jeter un œil. «J’ai regardé dessous, et j’ai vu une légère masse arrondie au niveau de l’eau.» Il ne s’avance pas, ayant aux pieds ses seules chaussures de sécurité.

Une fois sa femme rentrée, à la tombée de la nuit, il enfile ses bottes et y retourne, pour sortir le chien.

«Je pensais sincèrement que c’était un animal. Je me suis rapproché et à l’aide d’un bâton, j’ai soulevé la masse pour la décoller du fond de l’eau.»

Il déglutit, la voix éraillée par l’émotion.

«J’ai été pris de panique. Je me suis rendu compte que c’était un corps.»

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