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Il faut vraiment croire en l'Amérique d'Obama

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 11.02.2009 à 14 h 48

Le nouveau président des Etats-Unis promet un vrai changement

Nous avons donc vécu la semaine dernière un moment historique, celui qui a vu le 44ème président des États-Unis, Barak Obama, l'a-t-on assez dit, premier président noir, s'adresser à une foule immense, depuis les marches du Capitole à Washington, bâtiment qui fut construit par des esclaves. Il ne fit d'ailleurs qu'une seule brève allusion au symbole qu'il incarne - l'événement parlait de lui-même - en notant que ni son grand-père, ni son père, n'auraient pu être servis dans un restaurant, quand lui-même parle aujourd'hui au nom du pays tout entier.


Ce premier grand discours était à la fois de rupture et d'ouverture. Rupture discrète, et néanmoins ferme, avec la politique menée par George Bush pendant huit ans, marquée du sceau de l'idéologie, celle d'une droite ultra-conservatrice, auquel le nouveau président oppose le pragmatisme. Son adresse concernait donc tous ceux qui ont souffert d'une politique exclusivement favorable «aux plus riches». De même a-t-il dénoncé la «cupidité» qui a conduit à la crise financière actuelle et reproché à Bush et son équipe de ne pas avoir pris les bonnes décisions. «Cette crise nous a rappelé, a-t-il insisté, qu'un pays ne peut prospérer longtemps en ne favorisant que les plus prospères»!


Rupture également en politique étrangère, celle-là très attendue dans le reste du monde, et qu'il marque dès les premières heures de son mandat à la Maison Blanche en annonçant la fermeture de Guantanamo. Cette prison est à elle seule le plus fort symbole du recul des libertés aux États-Unis, et l'exact contraire de ce qu'Obama a énoncé, à savoir que l'impératif de la sécurité ne doit jamais se traduire par l'abandon des valeurs démocratiques : «nous rejetons comme faux, a-t-il proclamé, le choix entre la sécurité et nos idéaux». Au contraire, les idéaux, leur force et la capacité à les respecter seront à ses yeux les meilleurs gages de victoire contre les terroristes de tous bords, auxquels il a promis la défaite.


De quoi sera donc faite la diplomatie américaine, celle de Barak Obama, certes, mais aussi celle de Hillary Clinton, qui succède comme secrétaire d'État à Condoleeza Rice? Dans des circonstances dominées, nécessairement, par la gestion de la crise économique et financière, l'ex-candidate à la présidence devrait bénéficier d'une réelle marge de manœuvre. La première décision présidentielle, en tous cas, devrait permettre la fermeture de Guantanamo, première promesse, qui mettra en difficulté les Européens car ces derniers seront priés d'accueillir les ex-prisonniers, bien embarrassants. L'autre grande promesse, le retrait d'Irak, devrait aussi être une priorité. A dire vrai, le nouveau cours -retrait d'Irak et transfert de 30.000 hommes vers l'Afghanistan- est déjà engagé, là encore avec la perspective de discussions délicates avec les européens car il leur sera demandé aussi de relever le niveau de leur effort.  Obama  a en tous cas le mérite d'avoir très vite identifié la question pakistanaise comme la principale difficulté, qui conditionne toute action efficace en Afghanistan comme la stabilité d'une région menacée par un nouveau conflit Inde-Pakistan.

«Ouvrir un dialogue plus constructif avec nos alliés et tenter de nouer des relations plus fructueuses avec une Russie trop agressive», a également souhaité le nouveau président qui ajoutera à ces dossiers pendants celui du réchauffement climatique, qui appelle à ses yeux ce centre politique énergétique, et un plan de lutte contre la pauvreté dans le monde, ce qui devrait permettre le retour des États-Unis dans un jour plus loyal à l'égard des institutions internationales.

Mais tout le monde aura les yeux tournés vers le Proche-Orient, où, pendant la guerre à Gaza, Barak Obama, resté prudemment attentiste et silencieux, a inscrit le dossier comme une priorité absolue. L'envoi sur place des vieux routiers de la dipmomatie que sont Holbrooke et Mitchell est en soi une première bonne nouvelle. Mais que la tâche est ardue ! C'est un célèbre éditorialiste américain qui la résume en disant qu'il leur faudrait tout à la fois obtenir que le Hamas pacifie sa relation avec le Fatah pour pouvoir intégrer un gouvernement palestinien apte à négocier, aider à l'élection en Israel de ceux qui sont décidés à la paix, notamment contre ceux qui poussent à la poursuite des colonies, réintégrer la Syrie dans le jeu et ouvrir un dialogue avec l'Iran , pousssant à la défaite d'Ahmadinejad : bref, écrit Thomas Friedman, s'ils réussissent tout cela ils mériteront deux prix Nobel !


L'ouverture se marque dans la façon dont il imposé son gouvernement, le maintien du secrétaire à la défense, Robert Gates, l'appel à Hillary Clinton, pour conduire la diplomatie, et soutenir la consultation tous azimuts des "think tanks" en y cherchant les hommes et les idées qu'il jugera les meilleurs : toujours le pragmatisme !


Pour l'heure, arrêtons-nous encore un instant sur ce grand moment, véritable espoir de retour à une gestion qui verrait les États-Unis de nouveau acteurs de la reconstruction d'un équilibre mondial, d'une prospérité et d'un progrès aujourd'hui sérieusement et durablement menacés.


Jean-Marie Colombani
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