Humor and seriousness

Narvic, mis à jour le 23.02.2009 à 8 h 16

Backlinks, une chronique insider/outsider de Narvic.

Ce serait donc ça, la marque de fabrique de Slate.com, la raison du succès de ce site aux Etats-Unis... C'est toi qui le dit, Eric [Leser], en anglais, dans un article sur le site américain Paid Content: «Une des raisons du succès de Slate.com est qu'ils ont en même temps beaucoup d'humour et d'ironie. C'est très anglo-saxon, ce n'est pas français; nous ne pouvons pas avoir à la fois l'humour et le sérieux en France, je pense que c'est un défi pour nous. Si nous voulons réussir, nous devons avoir en même temps la qualité traditionnelle des journalistes et l'esprit du net».

Je comprends mieux maintenant vos premiers articles sur la crise économique, les banques, la politique et toussa. Quand Jacques [Attali] nous dit que nous sommes au bord du gouffre et qu'il faut faire un pas en avant, c'est ironique. Et quand Eric [Le Boucher] nous dit que tout est perdu, c'est de l'humour... C'est bien vrai que Jean-Marie [Colombani] est bidonnant, et les chroniques de François [Hollande] désopilantes...

Le web ne s'y est pas trompé. Le gourou du journalisme citoyen sur le net, Jay Rosen, a salué votre lancement d'un twitt narquois [un twitt" = un message sur le service webTwitter. On en parle sur Slate.fr...], aussitôt qualifié par certain de «meilleur du mois»: avec la version française Slate.fr, «les Français vont pouvoir découvrir comment tout ce qu'ils savent est faux». Tout aussi sensible à votre humour, André, sur Actualité de la recherche visuelle, vous a trouvés en effet, «décalé, marrant, léger. Marie-Claire en mieux, avec une tendance à ne pas se prendre au sérieux, un goût pour le second degré très web 2.0. Divertissant. Sympa.»

C'est sûrement l'effet qui se fait déjà sentir de la fine équipe de BienBienBien, qui débarque sur Slate.fr pour écrire «des trucs chics dans un style très gay, tout ce que vous aimez…».

«L'esprit du net», dis-tu Eric? Parlons-en un peu. André, encore lui, ne veut pas tomber dans «la caricature», et voit bien qu'«il y a aussi des papiers sérieux» sur Slate.fr comme celui de Jean-Claude Casanova, «Le protectionnisme est l'enfant naturel de la démocratie». Mais il a l'impression, que c'est pas très net justement, et qu'il a déjà lu ça dans «à peu près tous les éditoriaux économiques des grands journaux ces jours-ci». C'est un peu ce dont Jodelne avait peur (sur Decodinfo): «même si on a l'impression de reprendre les mêmes pour essayer de faire du neuf, espérons que Slate nous apportera une information libre, responsable, indépendante (notamment de son géniteur américain) et qu'il rejettera aussi bien l'infospectacle que la pensée commune et journalistiquement correcte».

Le «journalistiquement correct», c'est un problème... «Pensée unique», dit même de vous, sans prendre de gants, Ronald, sur Intox2007, avec son ton très personnel (c'est-à-dire carrément pas poli du tout): «Finalement ELB [Eric Le Boucher] et consorts n'ont pas évolué, la crise les a secoués, ils se posent des questions mais restent dans le moule TINA [There is no alternative. Il n'y a pas d'alternative]. Ce sont des dinosaures de la pensée unique, seul un gros choc peut provoquer une évolution qui leur sera de toute façon fatale.»

«L'esprit du net», disais-tu, Eric? Ça vous colle à la peau, ça, de ne pas être «digital native». Dans ma première chronique sur Slate.fr, je disais que vous arriviez «les valises pleines»... Phil, un vieux pote, a préféré venir me faire son commentaire chez moi, sur mon blog, et il ne dit pas autre chose : «Je me suis interrogé en lisant ta chronique sur Slate si tu ne t’étais pas fait habilement récupéré par les promoteurs de Slate. Habile en effet de mettre en place un blogueur dont l’image sur le web est plutôt positive, car critique à l’égard des «old medias» (...). Or les fondateurs du Slate français sont tous issus des vieux médias (ils transportent sur le web leurs vieilles valises) et n’incarnent pas franchement l’idée de modernité véhiculée par le web, ni son côté bricolage-bidouille que l’on retrouve chez Rue89 (...) ou Bakchich. (...) Je reste perplexe. C’est exactement l’inverse de l’esprit web où de parfaits inconnus émergent par leur talent...» «L'esprit du net», disais-tu, Eric...

Messages personnels

«L'esprit du net»? Que voulais-tu dire en réalité, Eric ? L'interactivité, avec les commentaires ? Faut reconnaître que, de ce côté là, vous vous y mettez. Il y a maintenant un mode d'emploi («Comment fonctionne Slate.fr») et les «dix commandements du commentaires». Vous faites même de temps à autres des sélections des «meilleurs commentaires», comme on le fait sur les autres sites. Et même vous en «remontez», pour en faire des billets, certains qui ont valeur de témoignage, comme ceux de Tatie danièle et jatem, sur la Guadeloupe...

Jean-Marie accepte même le dialogue avec ses lecteurs sous son premier billet. Ça commence à venir... Mais Grégoire, sur Barbablog, dont j'avais passé le mot à Jacques la semaine dernière (il apprécie d'ailleurs «un magazine qui s'intéresse à ses lecteurs»), n'a pas eu de nouvelles depuis... André, toujours lui!, regrette aussi que vous ne poussiez pas jusqu'à venir causer chez lui (c'est un salon fort réputé et de haute tenue sur le web, je vous assure. On m'y croise, c'est vous dire.): «Bon, on peut l'avouer maintenant: ce billet était un piège. 24h après, toujours pas de comm' de Colombani, Attali, Leser ou Le Boucher. Quoiqu'en dise Narvic, il y a des signes qui ne trompent pas. Si vous voulez jouer avec nous, les gars, faut touiller dans le plat - pas seulement afficher le menu en vitrine.»

Toujours dans les messages personnels. Emmanuel, sur Twitter, n'apprécie guère le système des commentaires: «Bon courage à ceux qui veulent poster un commentaire sur www.Slate.fr : login/pass obligatoires, et modération apriori. Besson 2.0 ?» Surtout Olympe, du blog Le Plafond de verre, et ses copines et copains féministes, se demandent si vous n'êtes pas une affreuse bande de machos: où sont les femmes sur Slate.fr? «Encore un [site] qui se fera sans femmes dirigeantes. Et je suis certaine qu'ils ne s'en sont même pas aperçus. Il faut dire qu'ayant l'ambition» de devenir l'un des principaux lieux en France d'analyses et de débats dans les domaines politiques, économiques, technologiques et culturels, ils ont du penser qu'il s'agissait d'une affaire sérieuse. Pas de celle que l'on confie à des femmes!» C'est pas faux... Et peut-être que je suis un brin féministe, moi aussi... ;-)

La voix des sans-voix

«L'esprit du net».... Tout ça illustre bien, à mon avis, ce que nous dit Nicolas (Versac), dans sa première chronique sur Slate.fr, «le web, espace naturel des réactions au discours émanant de l'autorité»: «En France, le web est encore un immense espace de réaction aux stimuli de l'espace médiatique. Une parole indigne tenue par une personnalité, un détenteur de pouvoir ou d'autorité, sur une chaine de télé? Ce sont des milliers de commentaires qui inondent les forums, blogs et réseaux sociaux. Pourquoi? Par réaction, par désir de corriger, se reprendre, lutter. Les sans-voix se sont découvert un espace naturel et légitime.»

Alors évidemment, Jean-Marie, Jacques et les deux Eric, votre pedigree, fait de vous des représentants tous désignés... de l'autorité. Un mot de travers et vous y aurez droit. Mais André vous a indiqué le mode d'emplois, non? «Si vous voulez jouer avec nous, les gars, faut touiller dans le plat.»

«Humor and seriousness» disais-tu, Eric ?

Narvic
Narvic (3 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte