Monde

Hongrie, Lettonie, République tchèque destabilisées par la crise

Daniel Vernet, mis à jour le 27.03.2009 à 13 h 09

Les démissions de Premiers ministres se succèdent.

Manifestation à Riga, le 13 janvier dernier. REUTERS/Ints Kalnins

Manifestation à Riga, le 13 janvier dernier. REUTERS/Ints Kalnins

La crise financière et économique qui frappe tous les pays européens mais en particulier les nouveaux membres de l'Union menace de se transformer en crise politique. Trois chefs de gouvernements ont été déjà été contraints à la démission dans des Etats de l'est qui ont adhéré à l'Union européenne en 2004: le Premier ministre de Lettonie, Ivars Godmanis, celui de Hongrie, Ferenc Gyurcsany et mardi 24 mars, celui de la République tchèque, Mirek Topolanek.

Le cas de ce dernier est un peu à part. Outre le fait qu'il a succédé à Nicolas Sarkozy à la présidence du Conseil européen, sa chute est due à des querelles dans le microcosme politique praguois, plus qu'à la dégradation de la situation économique. Il n'en reste pas moins que la République tchèque, qui jusqu'à ce dernières semaines semblait épargnée par la récession, est touchée comme les autres. La production recule, le chômage augmente et la couronne tchèque, qui s'était appréciée, a perdu 7% par rapport à l'euro. C'est moins qu'en Pologne où le zloty a perdu près du quart de sa valeur en six mois.

Tous les pays de l'ancien camp socialiste sont touchés à des degrés divers. Pendant vingt ans après la chute du mur de Berlin et la disparition du système communiste d'économie administrée, ils ont fait des efforts remarquables pour s'intégrer dans l'économie globalisée. Ils ont appliqué avec zèle les conseils que les gourous néolibéraux leur prodiguaient pour être dignes d'entrer dans un club très convoité. Ils ont assouvi leur besoin de rattrapage en attirant les investissements par une sorte de dumping fiscal.

Après quelques années difficiles, quand les anciennes structures avaient été détruites sans que de nouvelles activités ne soient encore apparues, ils arboraient des taux de croissance deux à trois fois supérieurs à ceux de leurs partenaires d'Europe de l'Ouest. Les particuliers ont étanché leur soif de consommation en s'endettant dans des devises fortes, l'euro, le dollar, le franc suisse. Avec la chute des monnaies locales, nombre d'entre eux sont en cessation de paiement. Les Polonais, Lettons, Roumains, etc., qui par dizaines de milliers étaient partis travaillé à l'Ouest et contribué à la vitalité du marché local, rentrent pour rejoindre l'armée des chômeurs. Les salaires du privé et du public sont autoritairement baissés, jusqu'à 30% en Lettonie.

Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que des gouvernements, déjà fragilisés par un éclatement du paysage politique qui leur assure des majorités branlantes, doivent céder la place, parfois sous la pression de la rue, comme à Riga. L'instabilité politique n'y est pas une nouveauté. Plus encore que dans les pays d'Europe de l'Ouest, les électeurs ont l'humeur changeante. Les gouvernements qui ont été réélus à l'Est se comptent sur les doigts d'une main. L'alternance est la règle.

Après plusieurs décennies de parti quasi-unique, la structure politique peine à se stabiliser. De vielles formations qui existaient avant la deuxième guerre mondiale refont surface, de nouvelles apparaissent. Les coalitions sont fragiles, tributaires autant aux ambitions personnelles qu'aux divergences idéologiques.

Rien de bien original, dira-t-on. Certes. Mais cette instabilité politique intervient dans une période de crise — les salaires sont bas et la protection sociale embryonnaire — et dans des pays où les habitudes démocratiques sont récentes. Un terrain propice pour des démagogues qui n'hésitent pas à entonner des refrains nationalistes.

Les partenaires des nouveaux membres de l'UE s'en inquiètent sans vouloir se donner les moyens d'empêcher le retour d'une ligne de partage au centre du continent.

Daniel Vernet

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