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- Par Nicolas Vanbremeersch
- Nicolas Vanbremeersch, blogue sur Meilcour et dirige l'agence Spintank.
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Nicolas Vanbremeersch
Seul l'Internet rejette la loi sur le téléchargement illégal
Hadopi: le web contre le reste des médias
Sujet en or pour chroniqueur de l'espace public numérique : Hadopi. Les débats sur le projet de loi «Internet et création», qui entend régler les problèmes des droits d'auteur sur Internet et instaurer une «réponse graduée» contre le téléchargement numérique illégal, illustrent en effet plus qu'aucun autre l'autonomie du web par rapport aux autres dimensions de l'espace public. De fait, les médias et le web agissent quasiment comme deux miroirs du débat, à la nature totalement opposée.
Sur le web, il est très difficile de trouver un soutien au projet de loi. La majorité des espaces sociaux regorgent de textes le critiquant. A l’inverse, au fil des émissions télé, radio ou tribunes dans la presse, on peine à trouver des porte-paroles reconnus des internautes et des voix véritablement critiques. Les rares émissions qui traitent du sujet donnent la parole à des artistes, des représentants des ayant droits, des producteurs. Presque jamais aux associations ou aux experts faisant autorité sur le web.
Rareté contre abondance, ensuite. Raréfaction d'un sujet qui semble lasser les médias d'un côté (ont-ils l'impression d'en avoir fait le tour?), hyper abondance de production de contenus de l'autre. Vidéos, billets de blogs, longues discussions de forums, relais de pétitions, photomontages, tout l'attirail du situationnisme militant du web, jusqu'à des expériences de direct avec twitter, est mobilisé. Il y en a partout contre Hadopi, en mode vent debout, permanent.
Comment expliquer le contraste flagrant entre le calme — dans les médias et dans la rue — et l’ébullition du web? Pourquoi l’agacement de l’un ne passe pas à l’autre? J'ai des pistes.
Première. Les internautes sont des feignants. Ils ne sont bons qu'à râler, à poster des argumentaires copiés et collés sur le blog d'à côté, vous dira Pascal Nègre, patron de Major rencontré sur un studio-télé. C'est pour ça qu'on ne voit pas leur colère, somme toute réduite, dans la rue. Fausse piste. Il ne faut pas être paresseux pour faire la belle vidéo de JC Frog, pour inventer un black out du net (avec tout son kit de militant numérique), pour écrire les billets d'analyse (voire plus) de Numerama, pour réaliser le patient travail de collecte, recoupage, décryptage des internautes. L'énergie est palpable, l'invention de formes multiple, le travail manifeste. Il doit bien y avoir quelque chose d’autre..
Deuxièmement. Le sociologue dira que cela répond à la vision de réaction/correction du web. Les internautes sont dans une logique de défiance et de réaction sur ce qui est émis dans l'espace médiatique. Ils n'ont pas de capacité d'initiative, et ne font donc qu'agir, comme ils le font sur tant de sujets, sur des stimuli des autorités instituées. Pas faux. Ça explique en partie le caractère massivement négatif (anti Hadopi) des productions que l'on trouve en ligne: si les speakers officiels du sujet, dans les médias, pratiquaient moins certains raccourcis (vol, pirates, disque=musique…), peut-être y aurait-il moins de réactions. Mais enfin, ça n'explique pas que les médias y soient insensibles, non?
Troisième. Les internautes sont incapables de s'organiser pour faire pression avec efficacité. Celle-là me parle plus. Le black out du net, lancé par la Quadrature du net, est à cet égard très emblématique. Voilà une opération qui fédère, en ligne, des milliers de sites, blogs, comptes Facebook et Twitter, et espère l’effet de propagation virale, de mimétisme des internautes, pour emporter une masse très importante. Problème : les députés n’en ont cure, ils ne pratiquent pas vraiment le web et ne verront sans doute pas ce black-out, sorte de sit-in silencieux du web. Mais surtout, ce mode de militantisme ne sort pas de l’espace numérique, n’entre pas dans un rapport de forces, ne va pas faire pression. On touche là le principal sujet. Il existe un camp, en France, prêt à rassembler plusieurs centaines de milliers de signataires sur une pétition, plusieurs dizaines de milliers de relais actifs, mais incapable de transformer cette action dans la vraie vie.
Or, le web n’est plus seulement le lieu du militantisme en ligne. Barack Obama l’a bien montré, utilisant le Réseau pour organiser une action militante à grande échelle. Beaucoup, dans les réponses à un micro-sondage que j’ai lancé sur Twitter, semblent partager cette opinion. La question est donc: pourquoi ces internautes n’arrivent-ils pas à dépasser le stade de la pétition numérique, de la protestation sur leurs blogs, de l’expression sur le web?
Là encore, j’ai des pistes.
La première, c’est que le web manque d’acteurs qui ont un réel intérêt dans cette affaire. Malgré des tentatives lors du précédent débat, sur le projet DADVSI, il n’existe pas d’association active et légitime qui ait mandat de représentation des internautes (que sont les audionautes devenus?). Pas de génération spontanée d’acteur fédérateur, militant, actif. Cela tient notamment à une évolution générationnelle : ces débats sont si anciens que les militants des premiers jours sont devenus âgés, ils ont changé de boulot, de situation, de perspectives. Jamais, non plus, ils n’ont trouvé de financement stable, s’appuyant sur un noyau dur de militants. En parallèle, les associations familiales et de consommateurs sont très en retrait: elles ont tort, puisqu’elles se cantonnent comme d’habitude à un mode d’action traditionnel de relation directe avec les pouvoirs publics plus que de mobilisation des internautes.
Cette absence de mobilisation est symptomatique, non de la déshérence des internautes, mais de l’atonie des corps constitués, des intermédiaires de représentation, des syndicats et associations, qui, pour la plupart, ne sont pas à la recherche de soutiens populaires, d’appels à mobilisations. C’est également symptomatique d’un corps politique également assez protégé de l’opinion, et attendant plus de son leader politique que des citoyens mobilisés. A force de blocages, de manque d’ouvertures, d’autisme, les corps constitués anéantissent l’espoir des citoyens que leurs mobilisations puissent parvenir à quelque chose. La lassitude est forte.
A travers le débat sur Hadopi, c’est en fait l’effritement d’un système médiatique et politique, ses failles, ses lambeaux de peinture, qui sont mis sous nos yeux, et la nécessité d’une forme de renouveau, qui peut venir du web, qui est, en creux, mise en exergue…
Nicolas Vanbremeersch
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Comments
dans 20 ans
Dans 20 - 30 ans, 100% de la population aura internet.
L'acces au reseau se fera par une ID electronique securisée pour chaque individu.
On nous dira: Cela permet d'identifier les amateurs de media pornopedophiles, de securiser les achats, de voter, de combattre le terrorisme.
UNE HONTE!
Richard Grandmorin
http://twitter.com/R_Grandmorin
Conflit de générations
sur le contraste entre le net et les autres médias, je pense aussi que la différence de génération compte :
si l'on caricature (très légèrement), qui parle sur le net ?
- les jeunes
- les technophiles
- les classes moyennes
- la contre-culture
et dans les autres médias ?
-les vieux
-la classe dominante
-utilisant certes internet mais n'ayant pas acquis (bientôt?) cette culture read/write propre au web
et le fossé est de plus en plus grand entre ces 2 groupes : en terme de revenus, de culture ou d'habitudes
Distance
Oui, effectivement il existe une grande distance entre le discours des médias et les réactions sur internet.
Tout d'abord, il semble important de noter que beaucoup de média se sont, au cours des années, extrêmement "peoplisé" si je puis utiliser ce néologisme. De ce fait les personnes ayant le sentiment qu'elles ont un intérêt financier direct à une répression du style de celle que va mettre en place la loi sont sur-représentées dans ces modes d'expression. Cette sur-représentation décourage toute tentative d'explication . Allez par exemple demander à parler de ce sujet lors du Grand Journal de Canal+. Vu la composition du plateau, vous avez les plus grandes chances de vous faire écharper...
Ne parlons bien entendu pas de nos députés et autres hommes politiques pour lesquels la défense du statut quo semble être la seule ligne de réflexion. On l'a bien vu lors de la publication du rapport Attali sur la croissance. Ils furent les plus actifs défenseurs de toutes les rentes de situation, des avocats et notaires jusqu'aux chauffeurs de taxis. Le mot d'ordre à ce niveau : Surtout pas de vagues afin que nous puissions conserver nos mandats.
Le niveau de réflexion est tout aussi décourageant chez les éditeurs de musique, de films ou de livre. Ils semblent tous considérer qu'ils vendent, non de la musique, du divertissement, de l'information ou de la littérature, mais des galettes plastiques et du papier. Cela est frappant quand on voit les éditeurs chanter les louanges du beau livre par rapport au mauvais E-reader. Quelle myopie dans la vision des aspirations de leurs clients, quelle absence de vision marketing ! Dans un premier temps les éditeurs de logiciels ont eu le même comportement. Ils vendaient des logiciels dans de jolies boîtes aux rayons des hypermarchés et autres Darty et FNAC, les protégeaient par toutes sortes de procédés plus inutiles les uns que les autres et se faisaient joyeusement pirater. Un beau matin, ils ont compris qu'en mettant leurs produits en vente directement sur internet, ils en tireraient un profit net beaucoup plus important que celui généré par leur ancien système. Depuis on ne les entend plus se plaindre de piratage.
Le problème avec les éditeurs de musique et de films et, dans quelque temps de livres, c'est cette incapacité à accepter un changement dans les modes de consommation de leurs clients. Un exemple : je dispose personnellement d'une discothèque relativement conséquente acquise au cours des années et je n'ai jamais téléchargé illégalement, mais depuis quatre ou cinq ans mes achats ont diminué de façon très conséquente. Usant de mon droit à copie privée, je rippe mes CD sur mon ordinateur pour les écouter dans ma résidence secondaire (avant j'achetais en double), je suis un auditeur régulier de Deezer, Musicovery, Fstream et des chaines musicales sur le câble ou le satellite, là encore consommation de galettes en baisse. Comme tout le monde ce qui m'intéresse, messieurs les majors et madame la ministre, c'est la musique , pas le plastique. Pourquoi malgré les demandes réitérées vous obstinez-vous à ne proposer aucun autre mode de consommation de vos produits ? Nous sommes dans une ère de consommation immédiate. Le déplacement chez un vendeur physique ou le délai de livraison d'une commande par Internet est aujourd'hui un frein supplémentaire à vos ventes, ils serait temps que vous vous en aperceviez !
C'est sans doute cette absence de volonté d'évolution tant des politiques que des éditeurs qui découragent les consommateurs dans leurs protestations sachant que la répression a toujours été la conséquence du manque de capacité d'évolution d'une société.
Oubli
Imaginons un instant qu'un projet de loi fasse demain obligation pour la Poste de garder une trace des expéditeurs et destinataires ainsi que la date de chaque courrier ou paquet passant entre ses mains.
Imaginez-vous le tollé ! Tout un chacun (à l'exception des rédacteurs du projet) broderait à loisir sur le thème de la mort des libertés publiques, du secret des correspondances, de la société totalitaire etc. Imaginez les tribunes de tous les organes de presse et de tous les partis politiques, des ONG, des penseurs de tous bords et même de certains qui écrivent régulièrement dans Slate.
Ce projet a été voté il y a quelques années mais simplement pour les E-mails et là , bien sûr, aucune réaction des susdits.
Après cela il n'est pas étonnant que les internautes soient sans illusions sur le secours qu'ils peuvent attendre de l'environnement qu'il soit politique ou médiatique qui démontre à chaque occasion qu'il ne considère généralement Internet que comme un gadget.
Faire entendre sa voix
Vous dites qu' "il n’existe pas d’association active et légitime qui ait mandat de représentation des internautes".
C'est faux et pour n'en citer qu'une, je citerais l'APRIL qui s'est fortement impliquée contre le projet DADVSI que vous mentionnez.
Ceci dit, vous soulevez à juste titre le problème de la représentativité de tels mouvements qui, lorsqu'ils se fédèrent, prennent conscience souvent trop tard du fait qu'ils doivent s'adapter aux anciens modèles et qu'un nombre significatif d'adhérents est nécessaire pour relayer l'opinion d'une majorité pourtant non silencieuse...
Internet n'est pas figé
Les acteurs du net restent volontairement en retrait car le plus grand nombre des contributeurs à son évolution, ceux qui le font et le feront changer, sont singuliers. A la volonté de limiter les capacités du réseau répondront en toute certitude les imaginations les plus élaborées pour en effacer les contraintes régulatrices. Les décisions visant à brider la jouissance philanthropique du réseau ne seront que des réponses techniques opposées à des ambitions humano-technologiques bien plus puissantes. Car l'évolution du net ne repose pas sur un guidage exclusivement politique et commercial mais sur des contributions individuelles démultipliées. Agir à la source identifiée des flux d'information qu'est la connexion internet provoquera l'éclosion de multiples rhizomes susceptibles pour tout à chacun d'accéder au réseau et de parvenir à ses fins par d'autres moyens. Tous les internautes ne sont pas des feignants. En revanche la discrétion devient un bien démocratique.
sic
Le Web
Le Web est un non seulement un espace offshore, mais si je comprends bien aussi un paradis fiscal. Quand on s'appercevra qu'il est aussi une "grey zone", on créera une webonu pour prendre des bonnes résolutions, une webotan pour y mettre bon ordre, un webtpi pour condamner les fautifs, bref des webmachins. Pour s'en échapper, il ne nous restera plus alors qu'à réinvestir le dernier espace de liberté, de paix et de justice: le monde réel!
Philojean