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GM, Ford et Chrysler ont encore de l'avenir

Eric Leser, mis à jour le 05.02.2009 à 17 h 01

L'administration Obama ne laissera pas tomber l'industrie automobile américaine.

L'industrie automobile américaine est stigmatisée depuis des semaines. De nombreux parlementaires américains et économistes suggèrent de laisser tout simplement l'économie de marché faire son œuvre et les constructeurs faire faillite. Pour l'opinion publique américaine, les trois grands (« Big Three »), à savoir General Motors (GM), Ford et Chrysler, ont mérité ce qui leur arrive. Leurs dirigeants ont depuis des décennies méprisés les consommateurs en pensant qu'ils parviendraient éternellement à leur vendre des véhicules chers, de médiocre qualité et inadaptés à leurs besoins.


Mais l'industrie automobile américaine ne disparaîtra pas. Le 17 février, les trois constructeurs doivent présenter à l'administration un plan de survie et le mettre en oeuvre d'ici au 31 mars. Il doit comprendre des concessions sur les salaires et le financement des retraites négociées avec les syndicats et des perspectives de renouvellement en profondeur des gammes de véhicules dont la consommation énergétique doit fortement baisser. Il n'est tout simplement pas imaginable que l'administration Obama laisse tomber l'automobile. Le faire serait d'ailleurs une erreur majeure économique et sociale. Une faillite des « Big Three » reviendrait à ajouter une nouvelle calamité à une économie dont la sortie de récession est aujourd'hui espérée au mieux dans le courant de l'année 2010.

 

Si les groupes automobiles américains sont en mauvaise posture commerciale et financière depuis des années, ils ne seraient pas menacés de disparition pure et simple s'ils ne faisaient pas face à la pire conjoncture aux Etats-Unis depuis les années 1930. En cas de retour à la croissance, GM, Ford et même Chrysler pourraient redevenir des entreprises viables, surtout si elles parviennent à s'attirer les bonnes grâces de la nouvelle administration qui a fait de la baisse de la consommation d'énergie une priorité. Fiat fait clairement ce pari en décidant de prendre 35% du capital de Chrysler.

L'Etat fédéral peut d'autant moins abandonner son industrie automobile qu'il porte tout de même une part de responsabilité dans son effondrement. La stratégie suicidaire consistant pour les constructeurs à abandonner le terrain des voitures de petite et de moyenne taille et à tenter — et réussir — pendant 15 ans, à faire acheter en masse aux Américains des 4X4 encombrants, polluants et coûteux n'a été possible qu'avec l'accord au moins tacite des administrations démocrate comme républicaine. Washington a longtemps superbement ignoré les problèmes de consommation d'énergie, d'émission de gaz à effet de serre et de surendettement des ménages.

La transformation aujourd'hui inéluctable du marché automobile américain et des habitudes de consommation ne peut se faire sans l'intervention massive des pouvoirs publics. Elle a déjà commencé l'an dernier avec 25 milliards de dollars de prêts exceptionnels (19 milliards pour GM et Chrysler et 6 milliards pour GMAC). Cela ne sera pas suffisant pour faire des constructeurs américains des champions des véhicules hybrides, électriques et à hydrogène. Une partie de l'enveloppe de soutien à l'activité, estimée aujourd'hui à 825 milliards de dollars, sera consacrée à l'automobile. Et des incitations fiscales pour changer les comportements des acheteurs sont à l'étude. Cela inquiète Angela Merkel. La chancelière allemande entend défendre ses constructeurs nationaux et ne veut pas «d'aides permanentes» à l'automobile américaine.

Si GM, Ford et Chrysler survivent aux prochains mois, tous les espoirs leur sont permis. Dès 2010, les ventes devraient retrouver aux Etats-Unis des niveaux relativement importants. Elles sont aujourd'hui descendues autour de 10 millions de véhicules par an. Ce chiffre, tout simplement le plus élevé jamais atteint, n'est pas tenable. A ce rythme, il faudrait en effet 24 ans pour renouveler le parc automobile américain, ce qui revient à utiliser et faire fonctionner en moyenne pendant 24 ans ! Si le renouvellement du parc revient à un rythme, plus réaliste, de 15 ans, cela se traduira par 15 millions de ventes annuelles. On sera loin des niveaux records, mais cela permettra à GM, Ford et peut-être Chrysler, le plus mal en point des Trois — de survivre, et éventuellement, de prospérer.

Eric Leser

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