Caisses d'épargne et Banques populaires: fusion et confusion

François Hollande, mis à jour le 25.02.2009 à 9 h 12

Polémique autour d'un mariage bancaire, la chronique de François Hollande.

Julia Trappe arrive à la Cathédrale de Lima pour son mariage avec le ténor Juan Diego Flores Reuters/Pilares Olivares

Julia Trappe arrive à la Cathédrale de Lima pour son mariage avec le ténor Juan Diego Flores Reuters/Pilares Olivares

Deux grandes banques, les Caisses d'épargne et les Banques populaires, scellent leur mariage dans un bureau de l'Elysée. L'information pourra déjà surprendre. Mais, en ces temps de crise, on en a déjà tant vu: des interventions massives de l'Etat, sans l'exigence de la moindre contrepartie, et des sauvetages décidés à la hâte, sans la plus petite obligation, de limiter les hautes rémunérations dans les établissements concernés.

Alors, pourquoi se courroucer pour cette fusion qui permet aux nouveaux mariés de la « place » de surmonter les effets des mauvais placements de leur filiale commune Natixis et de devenir la deuxième banque de dépôts du pays ? Sûrement pas pour son opportunité : le rapprochement était préparé depuis de longs mois, même si elle s'est accélérée. Pas davantage pour son intérêt commercial : les établissements sont en effet complémentaires, les Caisses d'épargne bien implantées sur le marché des particuliers et des collectivités locales, les Banques populaires sur celui des PME. L'opération n'est pas non plus contestable sur le plan de sa philosophie : les deux réseaux sont d'inspiration mutualiste et leur culture d'entreprise, quoique différente, est finalement assez proche.

Non. Ce qui choque n'est pas la fusion, mais la confusion. Avec la possible annonce de la nomination du directeur général adjoint de l'Elysée à la tête du nouvel ensemble. Car, c'est une transgression.

Une transgression morale d'abord, car celui qui -au nom de l'Etat- à l'Elysée, organise le rapprochement, fixe la valeur des apports de chacun, décide du niveau des capitaux publics dans le nouveau groupe, se révèle dans le dernier acte -comme dans une farce à rebondissements- le patron de la banque. Bref, le soir de la cérémonie, le marieur part avec la mariée non sans avoir, au préalable, déterminé le montant de la dote. Le procédé est inédit. Et le conflit d'intérêts inévitable : avant d'entrer à l'Elysée, Monsieur Pérol -alors chez David Rotchild- avait été missionné comme conseil des deux banques. Ensuite, auprès du Président de la République, il a lui-même conduit la négociation et proposé d'injecter plus de 6 milliards d'euros de fonds publics dans la société dont il aurait la charge dans quelques semaines. La confusion « privé / public » est à son comble. Et la question peut se poser très simplement : quels intérêts ont été servis? Ceux de l'Etat, des actionnaires ou des futurs dirigeants?

On me dira qu'une Commission de Déontologie va être saisie et qu'elle va rendre un avis ! Mais l'on sait que sa jurisprudence est implacable pour les membres de l'Administration, mais bienveillante pour ceux des cabinets. Ainsi, alors qu'un sous chef de bureau à la Direction du Trésor qui ayant eu à connaître, même de loin, de cette opération de fusion et sans prendre la moindre décision se verra interdire tout pantouflage, en revanche, celui qui -au sommet de l'Etat- aura contribué à la parrainer, en remplissant lui-même la corbeille, sera autorisé à en prendre la tête. C'est finalement l'éthique qui se trouve décapitée.

La transgression est tout autant politique. L'on savait depuis deux ans que Nicolas Sarkozy voulait décider de tout et tout présider. Il ne nous a pas échappé que le Premier Ministre a abdiqué et accepté, sans mot dire, de se dessaisir de ses prérogatives constitutionnelles pour devenir le muet du sérail. Il est non moins évident qu'il n'y a plus de ministres au sein du gouvernement et que ceux qui en ont le titre sont devenus des prêtes-noms ou des bannis. Yves Jégo a rejoint Rama Yade à la cour des proscrits. Mais, jamais repu, le boulimique Président peut aussi démontrer que non content de pourvoir aux emplois civils et militaires, il coopte lui-même les banquiers : obligés, amis, collaborateurs, ils sont là autour de celui qui décide de leur avenir, de leur bonus, voire tout simplement de leur sort.

Rien à voir avec les nominations de 1982 où l'Etat actionnaire à 100 % des banques choisissait les patrons. On pouvait être contre les nationalisations, mais c'était la plus élémentaire logique. Là, il s'agit d'une banque privée. Pas d'un démembrement de la puissance publique. Pas d'une institution régulatrice. Pas d'un organisme à but non lucratif. Non d'un groupe bancaire qui n'est pas sous tutelle, mais sur le marché !

Ainsi va la République sous la présidence Sarkozy ! Après l'exhibition, voilà la confusion. Après le narcissisme, la transgression. Après «l'Etat c'est moi », « tout est à moi » !

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