Caisses d'épargne et Banques populaires: fusion et confusion
Polémique autour d'un mariage bancaire, la chronique de François Hollande.
- Julia Trappe arrive à la Cathédrale de Lima pour son mariage avec le ténor Juan Diego Flores Reuters/Pilares Olivares -
Deux grandes banques, les Caisses d'épargne et les Banques populaires, scellent leur mariage dans un bureau de l'Elysée. L'information pourra déjà surprendre. Mais, en ces temps de crise, on en a déjà tant vu: des interventions massives de l'Etat, sans l'exigence de la moindre contrepartie, et des sauvetages décidés à la hâte, sans la plus petite obligation, de limiter les hautes rémunérations dans les établissements concernés.
Alors, pourquoi se courroucer pour cette fusion qui permet aux nouveaux mariés de la « place » de surmonter les effets des mauvais placements de leur filiale commune Natixis et de devenir la deuxième banque de dépôts du pays ? Sûrement pas pour son opportunité : le rapprochement était préparé depuis de longs mois, même si elle s'est accélérée. Pas davantage pour son intérêt commercial : les établissements sont en effet complémentaires, les Caisses d'épargne bien implantées sur le marché des particuliers et des collectivités locales, les Banques populaires sur celui des PME. L'opération n'est pas non plus contestable sur le plan de sa philosophie : les deux réseaux sont d'inspiration mutualiste et leur culture d'entreprise, quoique différente, est finalement assez proche.
Non. Ce qui choque n'est pas la fusion, mais la confusion. Avec la possible annonce de la nomination du directeur général adjoint de l'Elysée à la tête du nouvel ensemble. Car, c'est une transgression.
Une transgression morale d'abord, car celui qui -au nom de l'Etat- à l'Elysée, organise le rapprochement, fixe la valeur des apports de chacun, décide du niveau des capitaux publics dans le nouveau groupe, se révèle dans le dernier acte -comme dans une farce à rebondissements- le patron de la banque. Bref, le soir de la cérémonie, le marieur part avec la mariée non sans avoir, au préalable, déterminé le montant de la dote. Le procédé est inédit. Et le conflit d'intérêts inévitable : avant d'entrer à l'Elysée, Monsieur Pérol -alors chez David Rotchild- avait été missionné comme conseil des deux banques. Ensuite, auprès du Président de la République, il a lui-même conduit la négociation et proposé d'injecter plus de 6 milliards d'euros de fonds publics dans la société dont il aurait la charge dans quelques semaines. La confusion « privé / public » est à son comble. Et la question peut se poser très simplement : quels intérêts ont été servis? Ceux de l'Etat, des actionnaires ou des futurs dirigeants?
On me dira qu'une Commission de Déontologie va être saisie et qu'elle va rendre un avis ! Mais l'on sait que sa jurisprudence est implacable pour les membres de l'Administration, mais bienveillante pour ceux des cabinets. Ainsi, alors qu'un sous chef de bureau à la Direction du Trésor qui ayant eu à connaître, même de loin, de cette opération de fusion et sans prendre la moindre décision se verra interdire tout pantouflage, en revanche, celui qui -au sommet de l'Etat- aura contribué à la parrainer, en remplissant lui-même la corbeille, sera autorisé à en prendre la tête. C'est finalement l'éthique qui se trouve décapitée.
La transgression est tout autant politique. L'on savait depuis deux ans que Nicolas Sarkozy voulait décider de tout et tout présider. Il ne nous a pas échappé que le Premier Ministre a abdiqué et accepté, sans mot dire, de se dessaisir de ses prérogatives constitutionnelles pour devenir le muet du sérail. Il est non moins évident qu'il n'y a plus de ministres au sein du gouvernement et que ceux qui en ont le titre sont devenus des prêtes-noms ou des bannis. Yves Jégo a rejoint Rama Yade à la cour des proscrits. Mais, jamais repu, le boulimique Président peut aussi démontrer que non content de pourvoir aux emplois civils et militaires, il coopte lui-même les banquiers : obligés, amis, collaborateurs, ils sont là autour de celui qui décide de leur avenir, de leur bonus, voire tout simplement de leur sort.
Rien à voir avec les nominations de 1982 où l'Etat actionnaire à 100 % des banques choisissait les patrons. On pouvait être contre les nationalisations, mais c'était la plus élémentaire logique. Là, il s'agit d'une banque privée. Pas d'un démembrement de la puissance publique. Pas d'une institution régulatrice. Pas d'un organisme à but non lucratif. Non d'un groupe bancaire qui n'est pas sous tutelle, mais sur le marché !
Ainsi va la République sous la présidence Sarkozy ! Après l'exhibition, voilà la confusion. Après le narcissisme, la transgression. Après «l'Etat c'est moi », « tout est à moi » !
François Hollande
Mis à jour le 25/02/2009 à 9h12












































Ah Ah Ah ! "Le marieur part avec la mariée". La boutade était trop simple pour être évitée ...
Vous étonnez vous, Monsieur Hollande, d'une telle transgression ? N'était-ce pas la suite logique après les tribunaux et le parlement dans la sphère publique et les médias dans la sphère privée (et publique d'ailleurs ...) ?
Nicolas Sarkozy n'est plus Président de la République, mais Directeur Général de la France. A sa botte, Bouygues, Largardère, Rothschild, de Carolis, et maintenant Pérol, fidèle directeurs de sections.
La confusion des pouvoirs - exécutif, législatif, judiciaire, médiatique, économique - devient dangereuse, reste à l'opposition (Tiens, n'est ce pas là votre rôle ?!) d'aller hurler ça un peu partout. A la télévision, au Parlement, au peuple entier et pas seulement aux quelques lecteurs de Slate.fr.
Bien entendu, avant qu'il ne soit pas trop tard et a moins que l'effet cliquet est déjà fait son travail ...
Vive le Roy !!
Mais pendant ce temps là des milliers des petits français, disséminés dans des centaines de moyennes entreprises, perdent leurs emplois miséreux de smicards en criant leur colère dans un silence médiatique assourdissant.....
Attention, la famine guette.... N'oublions pas l'histoire....
GRD
Que monsieur Hollande n'a-t-il réussi à se faire élire à la présidence de la république ?
Plus de sauvetages décidés à la hâte, plus de transgressions amorales, plus de fautes de déontologie, plus d'éthique décapitée, plus de ministres prête-noms bannis ou proscrits, plus d'exhibition, plus de narcissisme...
Le rêve !
La méthode est contestable car, comme à chaque fois, brutale. Cela dit, on est désormais habitué au style et on en tient encore pour 3 ans et demi, il serait temps de passer à autre chose.
Cependant la vraie question est la suivante : M. Perol est il un bon patron pour la nouvelle entité? Ses états de service semblent plaider pour le oui.
Par ailleurs, tout le monde râle quand l'état prête de l'argent sans exiger de contrepartie, et M. Hollande n'était pas le dernier. Mais quand l'état place un homme du sérail à la tête d'une nouvelle banque, on crie au népotisme....
Enfin, plutôt que de faire un pataquès de bricoles pareilles, il serait plus interessant de se pencher sur des sujets autrement plus solides...
Cher François,
Que vous ne soyez pas un ami de Nicolas, soit. Que vous ne soyez pas de sensibilité droitière, pourquoi pas. Que vous ne sachiez pas que dot s'écrit sans "e", passe encore. Que vous écorchiez le nom de Rothschild, je vous l'accorde.
Mais que vous en preniez de façon si bassement politicienne et démagogique à Nicolas, non, n'allez pas trop loin. Vous vous décridibilisez mais cela ne semble pas vous faire peur; vous l'avez fait déjà par 2 fois sur ce site.
La critique est facile...la réussite d'une bonne chronique réaliste et constructive est un tout autre art pour lequel vous ne semblez pas avoir les talents requis.
Le jour où vous me prouverez par A + B que vous avez quelques réussites politiques, économiques, philosophiques, voire sociales à votre actif, croyez moi cher François, je serais le premier à faire chapeau bas et à reconnaître vos qualités. Mais, bon, je crois que j'ai encore le temps de contempler l'eau qui passe sous les ponts.
Comme je l'écrivis dans un précédent commentaire, méfions-nous des contrefaçons, un ex-secrétaire général d'un PS en déliquescence ne fait certainement pas un chroniqueur objectif.
Cordialement,
Mr Hollande, je doute moi aussi de votre objectivité.
Mais il faut bien avouer que le traitement du sujet m'a bien fait rire (entrainant le regard interrogateur de mes collègues de bureau...).
Au demeurant, la décision de Sarkosy de placer cet homme à la tête du nouvel établissement créé est bien sur une honte pour un soi-disant démocrate, mais malheureusement, nous n'en sommes plus à cela prêt avec ce triste Sire. Depuis que le président de FT est nommé par Sa Majesté, je ne doute plus de l'hypocrisie à ce sujet du Président de la République.
Ceci étant dit, que fait la Gauche pour éviter cela ? des chroniques douce-amères ? ne pourriez vous pas plutôt tenter de retourner quelques élus de droite (la majorité présidentielle à l'assemblée nationale n'est pas si forte), et ainsi renforcer le pouvoir parlementaire, au profit d'une meilleure distribution des pouvoirs entre l'exécutif et le législatif ?
Il serait temps que l'opposition, plutôt que de bêtement s'opposer, utilise les moyens de la constitution pour empêcher les plus graves décisions de notre Sarko national. Cela n'est pas impossible, et serait une vraie preuve d'intelligence.
Peut-être même cela motiverait-il certains électeurs à voir en la gauche une alternative crédible, plutôt qu'un parti à vocation régional.
Que la gauche se réveille, et s'unisse (quitte même, oh suprême horreur, à aller "draguer" le centre et la droite), pour enfin amener un peu de justice sociale dans notre beau pays.
Monsieur Holland,
Avez-vous réellement besoin de vous "rabaisser" à l'image de certains "politiciens de comptoir" juste parcequ'il faut, qu'à l'instar de vos corréligionnaires politiques, on continue, aussi, à parler de vous et/ou à vous critiquer et admirer?
Ecrivez-vous sincèrement ce que vous pensez ?
Sans doute; car pour on dirait que pour vous Lex es Lex.
Mais, en l'occurrence, est-ce que l'enjeu en vaut la chandelle?
Mais qui sui-je pour me permettre de vous critiquer de la sorte juste après autant de commentaires déjà exprimés, me diriez-vous?
D'accord. C'est un peu trop facile!
Mais, cependant, si j'ose m'exprimer ainsi, c'est pour vous confirmer et vous faire comprendre que vous êtes lu, écouté et même attendu par beaucoup de français...
Croyez-vous sincèrement que le Président de la République ferait fi de la Constitution dans le choix de Monsieur Pérol ?
D'après vous ce serait un mauvais choix?
Par les temps qui courent, avez-vous pensé à la protection des intérêts des trente cinq millions de clients de ces deux banques et aux investissements des deniers de l'Etat accionnaire?
Lorsque Monsieur Sarkozy a soutenu la candidature du Président du l'FMI -DSK- vous êtes-vous autant préoccupé?
Je pense, Monsieur Holland, que vous êtes toujours un homme politique du présent mais aussi de l'avenir.
Soyez donc pragmatique et exprimez-vous en tant que responsable politique; ne serai-ce que par égard de ceux qui vous apprécient.
Vous abaisser à de telles petites manoeuvres à la Bayrou, (qui lui n'a plus d'autre espace pour montrer son existence), vous me décevez M.HOLLANDE, car je vous tiens pour un des personnages le plus compétent et le plus honnête à gauche.
Vous avez, contrairement à FABIUS ou S.ROYAL, l'étoffe d'un futur présidentiable, alors ne vous salissez pas la plume dans des polémiques politiciennes à la BAYROU, comme si la démocratie était en danger, alors que tout le monde, à gauche et à droite, reconnaît la probité de M.PEROL.
Et puis , n'y-avait-il pas plus grave, quand votre mentor, F.MITTERRAND, mentait officiellement sur sa maladie, et pire encore, obligeait un médecin à parjurer ?
"L'Etat c'est moi !" convient aussi bien à MITTERRAND, tellement imbu de sa personne.
Qui d'entre vous, en son temps, à gauche, s'est offusqué des agissements monarchiques du "Sphinx" ?
Cordialement
et n'en deplaise a certains, moi qui suis assez critique a l'encontre de m. Hollande, je dis bravo pour cet editorial tres pertinent et realiste.
OUI il faut dire la verite sur Sarko et sa bande alors que nous avons un gouvernement inexistant et insipide, tout est regit a l'Elysee par le petit caporal.
m. Hollande continuez comme cela et rapprochez vous de vos anciens allies. (remember !).
Ethique ! Les hommes politiques en auraient-ils une ? Je me pose la question. J'y croirais peut-être le jour où ils cesseront de cumuler les mandats. Mais ici, qu'importe l'éthique. S'y accrocher, c'est rester comme le taureau et s'attacher au chiffon rouge sans voir l'épée derrière. Aussi, je souhaiterais savoir – car je n'ai pas suffisamment d'éléments pour le faire - ce que cette nomination pourrait permettre ou faciliter, voire cacher ? Voila un travail de journaliste que j'attends. Quel est l'intérêt ou la somme des intérêts pouvant - peut-être - découler de cette situation, au profit de qui et au détriment de qui ? Qui y gagnerait et qui pourrait y perdre ? Je parle de moyen et long terme. Je doute qu'il y ait un pantouflage pour une personne qui aurait travaillé des mois sur ce dossier. Quelle est la finalité de cette nomination ? Pourquoi cette personne là et pas une autre ?
Bon raisonnement, bien développé et juste si l'on s'en tient à la logique. Le problème est que bien avant son altesse séreinissime Nicolas l'agité, les gouvernements socialistes qui se sont succédés au pouvoir au temps béni de l'alternance n'avaient pas procédé de la même manière, et encore je suis gentil. Nous avons tous en mémoire le Crédit Lyonnais et ses filliales pour ne rester que dans le secteur bancaire. Ces nominations qui ne remontent pas très loin otent toute crédibilité aux protestations socialistes concernant cette fusion.
Le moment ne serait il pas venu de passer à un autre type d'offensive que la critique systématique? Il y a matière c'est vrai mais ce que nous attendons va plus dans le sens de propositions concrètes sur la crise et les moyens d'en sortir, il y a bien dans vos rangs un petit génie de la finance capable de vous guider dans ce sens, ou alors c'est à désespérer.
Puissance de l’Etat et mutualisme, donc à l’honneur donc cette semaine, avec ce grand pari du côté des banques françaises, chez les Caisses d’Epargne et les Banques Populaires.
Medias, observateurs, politiques… Après le temps de l’information émotion, voici celui de l’information morale. Le trouble mental est le même. On se mobilise pour débattre, polémiquer sur la nomination de François Pérol à la tête du 2e groupe bancaire français (juste derrière Crédit Agricole-LCL) et l’un des tout premiers ensembles européens. Le projet économique est passé le plus souvent au second plan. Sa nomination est-elle ou non déontologique ? Que disent les sages ? Curieuse pratique de recrutement toutefois qui n’interroge pas l’impétrant sur son projet économique ? Comment François Pérol fusionnera deux cultures qui, un grand siècle durant, ont façonné leurs différences, alors qu’elles avaient tant de points communs ? Comment managera-t-il 110 000 personnes?
En ce début d’année 2009, en pleine crise économique, quelque chose a basculé. Les deux premières banques françaises sont désormais des banques mutualistes. Voilà le vrai sujet. L’Etat revient dans l’économie… Les réseaux mutualismes, jugés ringards voici dix ans et poussés vers des modèles capitalistiques qui leur coûtent des pertes historiques, portent un modèle de gouvernance, « un homme, une voix », utile pour la réflexion sur la moralisation du capitalisme.
http://labetiseeconomique.wordpress.com