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Football: les agents de joueurs, un mal nécessaire?

Patrick Magdelain, mis à jour le 11.02.2009 à 17 h 52

Personne ne songe sérieusement à étouffer cette profession à l'image écornée.

joueurs sur un terrain de foot

joueurs sur un terrain de foot


«Salut Paul, nous nous sommes croisé en Ecosse par l'intermédiaire de Colony Capital. J'ai cru comprendre que tu cherchais un défenseur. Je sais que Bobo Baldé que tu connais aimerait beaucoup revenir en France. Fais moi signe." En recevant ce texto au cœur de l'été, j'étais un peu surpris. D'abord parce que je ne m'appelle pas Paul, mais Patrick. Ensuite parce que je me suis demandé ce que Bobo Baldé [photo ci-contre], défenseur central du Celtic Glasgow qui tient plus du vieux cheval sur le retour que de l'étalon, pouvait bien espérer au PSG.

Car ce texto était manifestement adressé à Paul Le Guen, l'entraîneur du club parisien et ex coach des Glasgow Rangers, à un jet de pierre du club où évolue Bobo depuis sept ans. C'est le problème de transférer des messages par texto: parfois les touches sont trop petites et on se plante d'une ligne dans la liste des destinataires.

Evidemment, j'ai endormi l'affaire. Ce n'est pas parce que Lilian Thuram, recalé en raison d'une malformation cardiaque, n'est finalement pas venu au PSG que j'étais prêt à accepter Bobo Baldé, en tant que supporter parisien, en solution de repli. Puis je me suis demandé combien aurait pu toucher l'émetteur du texto, et combien j'aurais pu toucher moi aussi comme "intermédiaire".

Il suffit de quelques recherches pour trouver le tarif "classique" des agents de joueurs: plus de 10% du transfert, et entre 5 et 7% du contrat de travail. Vu les sommes en jeu, le chiffre peut faire rêver. Il fait d'ailleurs fantasmer les nombreux wannabe agents qui passent chaque année le concours de la fédération. Et l'afflux annuel de jeunes requins à la recherche d'argent facile et rapide ne fait pas beaucoup pour l'image de la profession.

Mais osons la provocation: l'agent de joueur est utile. D'abord comme conseil de joueurs rarement titulaires d'une maîtrise en droit des affaires. Ils sont très rares ceux qui, comme Paul Le Guen, à l'époque où il gambadait, ont pour habitude de négocier leurs contrats eux-mêmes. Ensuite comme facilitateur d'affaires d'un marché qui ne vit que grâce au mouvement perpétuel de joueurs, et donc de capitaux. La récente passe d'armes à la tête du PSG entre l'actionnaire, Sébastien Bazin, et le président de l'époque, Charles Villeneuve, autour de la supposée vente forcée de Sessegnon ou Hoarau (les joueurs les plus «bankables» de la capitale) lors de l'intersaison pour renflouer les finances montre bien que sans transferts, difficile pour de nombreux clubs de présenter des comptes à l'équilibre.

D'ailleurs, personne ne songe sérieusement à étouffer cette profession qui a pourtant mauvaise presse. Ni à en limiter les abus. Car les nombreuses réglementations mises en place au début des années 2000, dans la foulée de la révélation de nombreuses malversations autour du transfert d'Arthur Moses sont facilement détournées. Même le Sénat, pourtant a priori peu sensible aux choses du ballon s'est penché sur la question et a listé les nombreuses dérives.

L'Union européenne a bien tenté aussi de mettre son nez dans le maelström. Sans avancées pour l'instant. Et Bobo Baldé? Après avoir refusé de rejoindre les Wolverhampton Wanderers fin août, il est toujours au Celtic Glasgow, où il n'a pas joué une seule minute. Peut-être que si Paul Le Guen avait reçu le texto...

Patrick Magdelain

Photos Reuters (Bobo Baldé sur la deuxième)

Patrick Magdelain
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