Faut-il partager l'optimisme de Trichet ?
Il reste de formidables obstacles à une reprise de la croissance en 2010 - par Eric Le Boucher.
- Jean-Claude Trichet, Président de la Banque centrale européenne Kai Pfaffenbach / Reuters -
«Nous nous approchons du moment où il y aura une reprise». Les marchés financiers négligent des éléments «positifs», à commencer par les plans de relance massifs qui ont été lancés partout dans le monde, des Etats-Unis à la Chine. Ces propos de Jean-Claude Trichet sont-ils à prendre au pied de la lettre ? Faut-il commencer à croire au bout du tunnel ? Peut-on espérer, comme nous l'annonce le président de la Banque centrale européenne (BCE) une reprise «en 2010» ?
Hum, hum... Il faut d'abord noter que ces propos de Trichet-Pangloss ont été tenus en tant que président des banquiers centraux du G10, petit cercle qui se réunit tous les mois à Bâle en Suisse. Alors que les Bourses sont sur une pente effroyable depuis 15 jours, ils visent à souligner que les milieux financiers sont exagérément pessimistes. Trichet n'a pas tort. L'ambiance chez les banquiers est à la fin du monde, d'un monde, de leur monde. Les «valorisations» des entreprises sont devenues ridicules, souvent inférieures à la valeur de leurs stocks. Comme ne comptent que les mauvaises nouvelles, des amalgames sont vite faits qui mêlent des actifs encore valorisables avec des actifs qui ne le sont plus et qui sont donc «toxiques». Et quand même, tout ne vaut pas zéro !
Cela dit notre bon Trichet n'a pas donné de détails sur les indices «positifs» qu'il décèle. A-t-il des «indicateurs avancés» qu'il garde secrets ? Comme des stocks plus bas que prévus ? On note une très légère détente sur les marchés monétaires mais sans que cela puisse être jugé vraiment suffisamment positif pour qu'on y voit le début du commencement d'une amélioration des circuits de financements. Président Trichet est en réalité le bon général au front du pessimisme. Il est dans son job de voir la reprise au coin de la rue pour forcer le sort, «rétablir la confiance» et remonter le moral des poilus de la finance.
Mais les poilus ont du mal à le croire. La BCE elle même a donné, il y a à peine quelques jours, un pronostic très sombre de l'année 2009 avec une récession de -2,2% à -3,2%. La Commission de Bruxelles estime, elle, qu'une reprise en 2010 est désormais «hautement incertaine». Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit désormais une croissance mondiale négative pour cette année, a déclaré mardi 10 mars son président Dominique Strauss-Kahn. En janvier, le FMI espérait encore un petit 0,5% mais l'effondrement de la confiance des ménages et des milieux d'affaires mine la demande intérieure à travers le monde. Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), estime, lui, que le retour à la croissance passe par "une stabilisation préalable du système financier".
Que motive ce pessimisme ? L'état des banques outre-Manche et Outre-Atlantique justement. Les plans de sauvetage mis en route au sortir de l'été n'ont pas été suffisants et la question est aujourd'hui de savoir s'il ne faut pas les nationaliser complètement, pour connaître ce qu'elles possèdent encore comme actifs toxiques et les purger une bonne fois pour toutes. Mais le temps s'écoule et voilà que le secteur de l'assurance est atteint. AIG, le numéro un mondial, a perdu 100 milliards de dollars et il aurait encore dans ses caisses pour 300 milliards d'actifs douteux. Or, les autorités hésitent encore sur les nouveaux plan de sauvetage du secteur financier. Le détail du nouveau plan du Trésor américain de Tim Geithner n'est toujours pas connu.
L'autre raison est la lenteur de l'effet des plans de relance. Celui de Barak Obama de 780 milliards de dollars ne commencera à faire sentir son action qu'à la fin de cette année et en 2010. Entre temps l'économie américaine perd 600 000 emplois par mois... Les aides de Barak Obama n'arriveront-elles pas trop tard ? C'est ce que pensent les milieux financiers qui replongent dans leur noires pensées...
D'où le grand débat qui s'est ouvert entre les deux rives de l'Atlantique et qu'a lancé Lawrence Summers, le conseiller économique de la Maison-Blanche : les Européens doivent adopter des plans de relance beaucoup plus importants, demande-t-il. L'Amérique n'y arrivera pas toute seule, faites une partie du boulot ! Au G20, en avril, nous devrons discuter de la relance mondiale plutôt que de perdre notre temps sur « la nouvelle régulation financière » qui n'est pas si urgente. L'urgent, c'est de sauver le malade ! Ce à quoi les Européens ont répondu par la négative : nous avons fait ce que nous avions à faire, a dit Jean-Claude Junker, président de l'Eurogroupe. Et le débat sera vif car, en Europe, le sentiment prévaut que ce sont les Américains qui sont responsables de la crise et c'est à eux de payer pour en sortir, pas aux Européens !
Cette dispute qui éclaire le désordre politique et les montées des égoïsmes n'est pas de nature à faire croire que la lumière va s'entrevoir en 2010. Mais, en même, temps sait-on jamais ?
Les financiers n'ont pas vu venir la chute, ils peuvent ne pas voir le rebond. Allez-y Jean-Claude Trichet ! Continuez de chanter !
Eric Le Boucher
Mis à jour le 11/03/2009 à 12h56












































Si M.Trichet commence par un truisme: " nous nous approchons du moment où il y aura une reprise", les prévisions de décroissance pour 2009, tant aux USA (-4% par N. Roubini) qu'en Europe (-2,2 à -3,2 % par la BCE) laissent, il est vrai, augurer d'une terrible détérioration de l'emploi qui devrait se poursuivre jusqu'à mi -2010!
Et dans ce contexte, M. Trichet, sûrement mieux informé que beaucoup, a-t-il peut-être considéré, à juste titre, que le premier ingrédient pour préparer une sortie de crise est la confiance et qu'il ne fallait pas en rajouter dans le discours apocalyptique ambiant!
"Les financiers n'ont pas vu venir la chute, ils peuvent ne pas voir le rebond.
Allez-y Jean-Claude Trichet ! Continuez de chanter !"
Je suis désolé de ne pas partager du tout ce dernier point de vue.
Pour la finance et ses tenants, la perception que l'on a de la réalité à bien plus d'effet que la réalité de la situation elle-même. Ce à quoi s'ajoute l'effet de "prophétie auto-réalisatrice" qui veut par exemple que la peur de la crise (le risque de non paiement) fait que l'on ne prête plus et que l'on demande à être payé immédiatement, une chute du crédit, qui provoque la crise.
A l'inverse, dès que le climat sera à l'achat, plusieurs acteurs se mettront à acheter ce qui fera remonter les cours.
Dans les deux cas, la perspective de l'événement (crise, reprise) en provoque les effets.
William Isaac Thomas et Robert King Merton ont été précurseurs sur le sujet.
Les financiers ont provoqué la chute parce qu'il l'ont vue. Il provoqueront le rebond quand il le verront venir. De ce point de vue, chanter la fin de la crise n'est pas idiot.
Il faut se dire que JC Trichet a en sa possession des informations que nous n’avons pas, et qu’en qualité « de grand prédicateur » de la crise, il serait mal venu de notre part de mettre en doute sa parole divine !
S’il affirme que le moment qui nous rapproche de la reprise est proche, c’est évidement que nous sommes proches de ce moment.
Il y aura forcément un moment de reprise, ou l'on se sortira de ce pénible moment !
Mais à quel moment ? Il ne peut nous le dire, en ce moment !
Il faut rester optimiste, et ne pas se dire que les banquiers cachent quelques surprises dans les coffres. Il se pourrait que le contenu de certains soient encore pires que ceux qui ont déjà étés ouverts. Je pense par exemple aux CDS (crédit default swap) une sorte d’assurance qui vaut au bas mot 60 000 Mds, et que les banques ont souscris auprès d'organismes financiers pour garantir les prêts qu'elles accordent aux particuliers et entreprises… Oups !
Laurence Sommers a une vision mondiale là ou nous européen (Pas nous.., nos dirigeants) n’avons qu’une vision nationaliste. J’entends par là, que chaque pays de l’U.E donne dans de petits plans de relances individuels, égoïstes et ridicules, regardant de temps à autre chez le voisin, au cas ou une idée serait bonne à piquer. L’Europe devrait décider d’avoir une action globale et cohérente de ce que chaque pays devrait investir dans son plan de relance.
Mais pour ce faire, il faudrait que l’Europe existe, et L’Europe n’existera pas, tant qu’il ni aura pas d’Europe politique, sociale, économique et militaire. Autrement dit, tant qu’une Europe fédérale n’existe pas il sera difficile de mettre en place une politique de régulation.
Tant que les prérogatives nationales passeront en premier, l’Europe restera qu’une association de pays.
La crise que nous traversons obligera néanmoins les pays à faire des concessions dans l’intérêt commun sous peine d’implosion. La difficulté qu’a l’Europe de se doter d’un superviseur pour contrôler les établissements financiers ainsi que le système financier mondial au travers de règles communes montre la nécessité de franchir une nouvelle étape dans sa construction.
C’est dans ce contexte si particulier que nous vivons, qui m’amène à penser, que ni J.C Trichet ni les économistes si bons soient t’ils, ne connaissent, ni ne peuvent prévoir, à quel moment aura lieu la reprise.
Comme le chante Souchon, Allez rame, rame, rameurs ramez…Ont est tous dans l’canoë…
Vu l'importance de son poste, toute parole de Trichet a des répercussions sur l'état de la bourse. Il est donc compréhensible que le président de la BCE est tendance à minimiser la catastrophe économique actuelle. Je pense donc qu'il est (au moins partiellement) conscient des dégâts, mais essaye de ne pas provoquer de panique supplémentaire. S'il avait des arguments probants pour soutenir son propos, il les aurait utilisés, ce qui semble indiquer qu'il est assis sur du vent.
La crise actuelle étant systémique (les principes de base du système économique mondial sont en cause) en sortir demandera plus que des plans de sauvetage de banques et là, cela risque de coincer, vu que schématiquement, c'est aux mêmes personnes qui ont provoqué la crise par leur politique à qui l'on demande de réformer le système. Si par sortie de crise, il faut entendre retour à une croissance économique minimale en Europe (disons 3%), 2010 me semble irréaliste, je parierais plutôt sur cinq ou six ans de récession / stagnation et, à condition que nous évitions la dépression (il reste quelques pétards suceptibles d'exploser genre AIG, et l'effet domino des faillites et du chômage commence à peine à se faire sentir).
+1 Carbone 14...
J'ai tendance à me considérer comme un optimiste, mais si on revient à plus de 1 ou 2 % de croissance par an avant 2012, je serai vraiment surpris.
Au fait, j'avais fait un rapide calcul pour le plaisir, Mr Le Boucher pourrait peut être me dire où je me trompe.
Prenons un salaire de 1500 € net. Soit environ 3000 € bruts. Soit environ 36 000 € par an.
Maintenant, imaginons que l'état décide de faire un plan de relance de 36 000 000 000 (36 milliards...) d'euros par an pendant 2 ans (soit 72 milliards, "seulement", quand on sait que Sarko en a déjà dilapidé la moitié de cela dans son paquets fiscal, ses heures sup, et environ 3/4 fois cette somme dans les sauvetages de banques [bon, là j'exagère, mais vous voyez le principe]).
Selon mes calculs (mais j'ai du me tromper...), cela créerait environ 1 000 000 (un million d'emploi).
Finalement, ce plan permettrait de proposer un emploi à 40% des chômeurs français pendant 2 ans, le temps que le plus gros de cette crise ne se tasse.
En visant les chômeurs de longue durée et les jeunes, il permettrait de donner une vraie bouffée d'oxygène à ces populations.
Avec les charges sociales payées, ASSEDIC, Retraiite, etc., les déficits de ces organismes se réduiraient, et ils auraient plus de moyens pour mieux gérer la situation difficile qui s'annonce.
Enfin, ces emplois "bien payés" (1500 € net représente un bon salaire) pourraient permettre de :
Nettoyer les rues de certaines villes parmi les plus salles
Aider les personnes âgées
Aider les personnes handicapées
Aider les familles nombreuses
Améliorer la sécurité (eh oui, on peut être de gauche et n'avoir rien contre plus de flics... s'ils arrêtent les contrôles de papier dans la rue basées sur la couleur de peau...)
Voir même (soyons fou) aider les associations diverses et variées qui font beaucoup pour le social et la culture dans ce pays.
Etc. (les possibilités ne manquent pas !!)
Et surtout participer à la relance de la problématique consommation intérieure française, premier pilier de la croissance du pays depuis 10 ans.
Alors bien sur, je me rend bien compte qu'un tel plan ne crée pas de valeur (le sauvetage des banques en crée ??? il évite de détruire des valeurs, au profits des actionnaires... j'en pleure encore), même si finalement la réinjection de manière directe de tout cet argent dans la société de consommation ne pourrait qu'être un bonne chose pour les création de valeur par les entreprises ! (plus d'argent dans la population générale implique des carnets de commande mieux remplis)
Je re-pose donc la question... où mes calculs sont-ils faux ?? 70 milliards d'euros ne permettraient ils pas à l'état de proposer pour deux ans à 1 million de personne en France une bouffée d'oxygène, un "CDD sans perspective", mais pendant lequel les personnes pourraient continuer à chercher un emploi (une fois un autre emploi trouvé, il sera toujours possible de le "remplacer" par un autre chômeur, toujours avec cette limite de 2 ans...).
J'ai argumenté dans un autre article sur la nationalisation des établissements bancaires et financiers déficitaires (plutôt que des aides, et a défaut d'expropriation... presque préférable IMHO) de manière exceptionnelle le temps d'épurer les comptes et afin de les remettre sur le marché privé ensuite, mon calcul ci-dessus est dans la même veine. Il ne s'agit pas de créer une société communiste qui nationaliserait le principe même de l'emploi, mais de dépenser l'argent prévu pour la relance dans la création d'emplois utiles (même si non créateurs de valeur) temporaires, qui n'empêcheraient pas la recherche d'emploi (voir la favoriserait dans le sens ou le point de départ de cette aide serait qu'elle est fortement limitée dans le temps !), et redonnerait un nouveau souffle à l'économie.
J'oubliais les économies sur les 600 000 RMI en moins à verser, les 400 000 cotisations chômage en moins à verser aussi, le regain de confiance obtenu par un chômage qui passerait de 3 millions à 2 millions de personnes, etc.
Quand on sait que le plan de relance de Sarkosy est de 35 milliards (et selon le FMI, n'est pas suffisant), que ces 35 milliards seront au final moins bien utilisé (pertes de par la bureaucratie, de par le fait que les entreprises utiliseront certains de ces milliards pour éponger leur dettes, ou continuer à bien payer les cadres sup) que si l'argent était proposé directement sous forme de salaires, je continue à me poser la question.
Il y a forcement une raison oubliée dans mon raisonnement pour que cette solution ne soit jamais envisagée.
Mais je repose donc la question à mon économiste préféré... où me suis-je planté dans mon calcul ??
(sachant que je suis un grand partisan de la réduction de la dette publique, un tel plan devrait être accompagné d'une sévérité budgétaire exemplaire, afin de réduire les déficits structurels abyssaux de la France).
Mais on parle aujourd'hui de comment injecter une somme d'argent suffisante dans l'économie pour limiter les risques sociaux, éviter l'enfoncement de l'économie (et rappelons le encore et toujours, en France, l'économie est tirée par la consommation des ménages, aujourd'hui encore !), et restaurer une confiance suffisante le temps que le marché ait absorbé le choc des pertes abyssales des banques.
Alors je pose la question une dernière fois. Où me suis-je trompé ??
M. Le Boucher,
Pourriez-vous nous donner votre point de vue sur les risques d'hyperinflation à court terme du fait des politiques monétaires actuelles pour éviter ou sortir de la déflation ?
Autre question : que faire de son cash en période d'inflation élevée ?
Autre question : les créanciers des Etats-Unis accepteront-ils une forte inflation ?
Autre question : La BCE suivrait-elle dans cette voie alors que son Traité institutif impose un contrôle de l'inflation ?
Dernière question : Historiquement, connaît-on des politiques de "QE" qui n'ont pas généré de l'inflation élevée, autrement dit les Etats et les banques centrales peuvent-elles juguler ou contrôler l'inflation une fois que le cycle inflationniste se met en route ?
Je me doute que vous ne répondrez pas directement à mes questions, mais peut-être qu'elles alimenteront un prochain article de votre excellente plume !